SCANDALE / BOMBSHELL *

28 Jan

2sur5  Une séance très abordable et même divertissante grâce à sa tournure de mockumentary racoleur, simpliste et déterminé tout en dégoulinant de partout, l’absence de rigueur et la préférence pour la satire aidant. Les bons mots pleuvent, souvent de la bouche du méchant, généralement pleins d’une vulgarité et d’une médiocrité rendant le spectacle comique pour n’importe qui n’est pas crispé (soit par l’importance d’un si noble combat, soit par son ignominie) et pas exigeant. Malgré toute sa vertu et son engagement le film commet des lapsus étranges, spécialement via le personnage lamentable de Nicole Kidman [troisième et dernier stade pour la blonde archétype de Fox News] – qui effectivement se paye une revanche et cherche à faire fructifier son malheur et se défausser de sa décrépitude. Quand elle signe un contrat qu’elle bafoue d’avance et que le film choisit de se terminer là-dessus, on s’explique mieux la présence (probablement aussi à mettre sur le compte de la maladresse et de l’incompétence) d’ouvertures et d’ambiguïtés ; et on sait ce qu’il faut attendre.

Le film semble mettre de l’eau dans son vin revendicatif [victimaire], spécialement via Megyn, de loin la plus intéressante des trois femmes ; Kayla n’est qu’une friandise pour les deux sexes, sauf peut-être pour les envieuses flétries. Probablement sa relation saphique sert à retourner les clichés et les attentes machistes.. ou bien c’est l’ordre patriarcal qui continue d’imprégner jusqu’à ses honnêtes pourfendeurs – plaignons donc le film pour ses fautes et prenons-les comme témoins ! Aussi quand Gretchen déborde de jalousie entre autres mauvaises passions, le film semble le présenter positivement, comme l’expression d’une grande et forte femme humiliée mais sur la voie du triomphe. Pourtant on la voit introjecter le puissant Roger avide de loyauté – les demandes libidineuses en moins, le carriérisme et l’orgueil en plus. Et quand des arguments atténuant la monstruosité de la cible, ou même son ascendant, sont apportés, ils se noient immédiatement dans le flot d’une narration excitée mais pas vive à tous les degrés.

La cause est loin d’être flattée. Les cibles faciles ou à l’ordre du jour sont chargées, les victimes ‘safe’ sont montrées acculées puis applaudies ; heureusement le film n’est pas aussi sommairement con et grotesque que son ouverture le laisse présager – la présentation des locaux par Charlize/Megyn est un sommet de cette potentielle ironie qui pourrait n’en être aucunement – peut-être que les Barbies aiment trop leur rôle malgré tout. À quelle vague doit se rattacher ce féminisme ? Féminisme corporatiste ? Féminisme pour post-bimbos nanties ? Féminisme des collaboratrices ingrates une fois le pactole ramassé ? Même le courage et l’authenticité sont relatifs, il vient un temps où ils ne sont plus que de façade.

À défaut de prises de positions claires concernant les questions sérieuses, relatives au pouvoir et aux hiérarchies, on à droit à des scènes curieuses et des répartitions des points pour le moins clivées. Climax du dégueulasse vomi dans un canevas convenu : l’opposition entre le collaborateur indirect soutenant les poursuites contre Ailes, avec sa kippa lors d’une réception ; à l’autre bout du fil un proche de Roger sortant d’une église catholique/protestante [prononcez ‘slash’]. Pourtant cette maison-là a bien produit Weinstein et Eppstein mais peu importe ; à la limite il manquait un enfant au bout de la bite de l’aspirant sosie assurément dégradant de Rudy Giuliani. Mais ce serait aborder trop de fronts à la fois et minorer la saine, juteuse et paisible cause des femmes [célèbres lésées et affamées]. Bombshell n’est pas totalement pusillanime, il sait même donner le nom des Murdoch, indiquer leur emprise et le népotisme ; mais il est comme figé face à eux. Peut-être ce cas reflète trop celui des grandes filles du film ; à tous les étages c’est une bataille entre ouvriers de l’establishment et gros décideurs apparemment indéboulonnables.

C’est quand le temps vient de verser dans le sentimentalisme ou de prendre des grandes poses de combattantes que la gaudriole vire au malsain. Les plans pleins de commisération sur la fille de Kidman restent le plus pathétique dans le premier registre ; dans le second, la déclaration de Carlson d’après laquelle Roger (et par extension les hommes de pouvoir) sèment la discorde entre les femmes est bien gratinée aussi. C’est balayer deux possibilités : induire en compétition, voilà ce que font les patrons ou les supérieurs à leurs inférieurs ; voilà ce que savent s’infliger les employés, ou simplement les gens, y compris les femmes même [surtout] en vase-clos. Enfin ce rejet de toutes sortes de vices et spécialement ceux qui nous habitent sur un épouvantail est le propre de toutes les idéologies, de tous les groupes sociaux en surchauffe, puis de probablement tout ce qui se consolide dès qu’on est plus de deux désocialisés sans intérêts pressants et particuliers. Décidément rien d’original.

Attaquer un patriarche et un tyran, La llorona vient de le faire, avec d’autres lourdeurs typiques mais toujours d’une plus grande valeur. Dans celui-là aussi le casting, resserré, est essentiellement féminin, mais ces femmes, également d’un milieu d’élite, n’avaient pas besoin de se déguiser en pouffes de compétition, ni adopter jusque dans leur chair les codes, idéaux et compulsions de la potiche en taillons aiguilles et au discours redondant de brailleuse conservatrice/réactionnaire (un postillon d’Élisabeth Lévy les écrase toutes !). Mais il y a là un examen de conscience trop lourd ; idem pour leur rôle strictement politique, car elles ont été ces égéries droitières bien trop intensément et bien trop longtemps pour rester crédibles en jouant les victimes du système. Mais peut-être que les légions anti-socialistes contiennent plus de femmes perroquets, de cruches vaniteuses et embourgeoisées jusqu’au trognon ? Dans l’avant comme dans l’après, ce sont des guerrières en porcelaine [quoique cette matière soit un peu trop noble et traditionnelle].

Note globale 38

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Prête à tout + Lion + Society + Showtime + Killing Fields/La déchirure + Spring Breakers

Les+

  • je me suis beaucoup amusé
  • encore un Gros Roger
  • du dialogue con mais bon
  • perspicacité fugitive mais constante

Les-

  • mise en scène des plus grasses
  • écriture pauvre
  • garnitures vilaines, esthétique ‘gâtée’
  • casting paumé (ce qui n’est pas sans charme !)
  • discours maladroit voire confus
  • salement opportuniste

Voir l’index cinéma de Zogarok

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