A CURE FOR LIFE ***

7 Juin

3sur5 A Cure for Life ressemble à son personnage principal, magnétique mais peu charismatique. Comme lui il tutoie les sommets, se laisse corrompre et enfumer par des vapeurs incertaines. L’édifice est fragile mais le charme opère. Le scénario est aberrant, rempli d’inconsistances et d’oublis, pourtant le résultat est captivant. Pour un spectateur novice ce peut être palpitant ; pour un autre plus rodé (ou bien gavé ou blasé), l’illusion sera mentalement disqualifiée, mais les restes sont puissants. Après Rango et Lone Ranger, le réalisateur des trois premiers Pirates des Caraïbes prouve au moins qu’il n’est pas un yes-man : Gore Verbinski sait être un émancipé bizarre, contrarié, apparemment cultivé.

Le film semble fonctionner à l’hypnose et au culot. Il avance vers l’implosion en mettant un maximum de perspective et d’intensité dans l’ensemble des séquences ; autant de saillies leurrant un esprit de suite escorté par un savant éparpillement. En vérité c’est un grand recyclage : de la littérature et du cinéma gothique ; de la dystopie (le management des vieux rappelle Soleil vert et la considération pour leur état L’Age de cristal) ; des grands thrillers américains (une scène à la Marathon Man). Une référence plus récente vient à l’esprit : Shutter Island, dont le réalisateur a fourni un autre cousin en esprit d’A Cure for Life, le Loup de Wall Street porté par un Dane DeHaan plus en possession de ses moyens – nommé Leonardo DiCaprio.

Les stéréotypes narratifs les plus criants appartiennent au cinéma récent : la litanie d’une fille(tte), le coup du chevreuil (exploité dans Get Out au même moment). Eux aussi sont des béquilles. A Cure for Life ne se définit pas par ces petits emprunts au registre collectif, qu’il sait fondre à sa façon (pour le chevreuil, avec sa corne bloquée dans le pare-brise et son allure de loupé surnaturel – The Voices de Satrapi avait élevé le niveau avant que ce ‘trope’ n’en devienne un si voyant). Hannah ressemble à une héroïne burtonienne, avec une charge érotique explicite inconcevable chez le papa d’Edward. Les mélopées ultra clichées se joignent à une bande-son raffinée, accrochant brutalement au début avant de s’installer dans la longueur – toute le travail d’ambiance est ainsi, noyant dans un tourbillon harmonieux le temps de se jeter d’une splendeur ou d’une horreur surlignée à une autre.

À terme se répand la sensation d’une liquidation magnifique, là où celle d’une arnaque serait aussi légitime – l’ambition animant le film est immense, le goût de la grandeur l’emporte sur toutes autres considérations (les seules vertus sûres sont esthétiques ; le château est celui de Hohenzollern, au sud de l’Allemagne), rend l’affaire fébrile. Des thèmes sont propulsés puis abandonnés (la broyeuse capitaliste/corporatiste, la fatuité de ‘l’ambition’ individuelle, l’homme contemporain comme zombie volontaire), s’avèrent juste la sève ou les ornements de scènes sentant le soufre, qu’il s’agisse de rapports de domination, de psychologie ou de métaphysique – ou simplement de médecine dévoyée. Le final en plusieurs temps est une espèce de foire, entre la débauche fantasy mainstream puis bientôt la bisserie insolente.

Il n’y a plus que l’ombre des intentions dans les derniers instants (en symbolisant la prise de liberté ultime, tout en gardant vive l’hypothèse fainéante et grandiloquente ‘mais tout cela n’est qu’un rêve’). À ce stade le personnage est passé de la légèreté embarrassante à la sortie de lui-même. Tout le métrage s’en trouve éclaboussé – ou plutôt s’en trouverait si l’inanité grandissante des dialogues et les renonciations trop faciles de Lockhart n’avaient pas sabordée la crédibilité (il ignore les pistes fortes ou débuts d’aveux, commet quelques maladresses – et des naïvetés hallucinantes dans le village d’à côté). Reste la satisfaction d’une balade troublante et efficace d’un point de vue horrifique et même, mais dans une acception artificielle, sentimental. Les fans du Dracula de Coppola pourraient prendre A Cure pour un chef-d’œuvre – il en a les cartouches et l’énergie.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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