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BREAKFAST CLUB ***

16 Juin

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3sur5  Souvent considéré comme le meilleur teen-movie réalisé, Breakfast Club est taillé pour contrarier les cinéphiles rodés qui n’y trouveront pas la matière promise, tout en frustrant les amateurs du teen-movie beauf et orienté exploits potaches de l’ère American Pie. Loin de se proposer comme une étude psychologique ou sociale, loin de la sensibilité radicale de Virgin Suicids, Breakfast Club réussi à parler un langage universel et simple, sans détours. Il flirte avec les clichés sans s’y enfermer.

 

« Un surdoué, un athlète, une détraquée, une fille à papa, un délinquant (un marginal) » se retrouvent en colle un samedi. Nous passerons la journée avec eux, en huis-clos. Les parents sont chargés abondamment et responsables des humeurs dépressives, la seule autorité adulte est un surveillant colérique passant ponctuellement faire l’inspection. Le film se met à la hauteur des adolescents, sans être racoleur, en adoptant une position démagogue nuancée. Il fait fonctionner l’identification à ces cinq archétypes et ose les rapprocher, jusqu’à les contraindre à réaliser leurs convergences après avoir pris soin de briser la glace.

 

Les persona de chacun sont mises à mal, de même que leur vigilance. Le film est sympathique pour cela car il est une séance de psy ouverte où les adolescents ne redoutent pas les confessions lourdes, avec le ridicule et l’humilité que cela implique. Le prix de cette introspection ouverte est aussi dans une parodie de rébellion que chacun sait sans lendemain, où chacun gomme ses frustrations derrière un enthousiasme débordant et se met à nu mais pour un court instant. Mais si chacun est voué à retourner à sa place, au moins ces individualités auront éclatées, transgressant leur servage à des figures policées (y compris, sinon en particulier celle du marginal) ; et ainsi ils forment le Breakfast Club, même si cela restera leur secret.

 

Spécialisé dans la représentation de l’adolescence, John Hugues a boosté le teen movie avec ce film. Il y a cependant une confusion sur ce qu’il aurait engendré : malgré toutes ses citations dans la culture américaine depuis trente ans, Breakfast Club est au mieux une réinvention du genre, mais les catégories qu’il insinue ne sont pas novatrices (le teen movie existe depuis que l’adolescent lui-même est une catégorie, depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale) et ne dépendent pas de lui (toutes ces formes ne sont pas récurrentes grâce à la télévision mais car elles se retrouvent dans le réel – puis sont construites, travaillées, capturées et figées par des codes).

 

Par ailleurs, si le film est très bien écrit, il contient de très jolies formules sonnant juste sans être nécessairement judicieuses (« quand on vieillit le cœur se dessèche »). Elles sont souvent tributaires de ce pessimisme à l’égard du monde des adultes, dont les deux seuls représentants dans le film font les frais (le concierge s’en tire en étant un gars cool, bien que sans puissance). Là-dessus John Hughues est hésitant, comme ses personnages, flattant leurs confortables préjugés, tout en les laissant réaliser l’ampleur de leurs projections, sans trop savoir quoi en faire à ce stade.

Note globale 70

 

Page Allocine & IMDB      + Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 67 à 70 suite à la mise à jour générale des notes et à une seconde vue (mai 2019).

Voir l’index cinéma de Zogarok

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MACABRO *

16 Juin

macabro lamberto

2sur5 Superbe titre, jolie affiche, synopsis ultra stimulant et même, à l’intérieur, des éléments à la hauteur. Macabro n’est pas un colossal gâchis parce que dès le départ il sent le factice, le copycat sophistiqué sans véritable caractère. C’est une série B avec de beaux atours. Elle pose des bases intriguantes et y patauge, comme un sous-Blue Holocaust sans charme. Le bis italien a souvent des graisses qui font son intérêt, des accès poseurs et gratuits comme dans un patchwork incapable de canaliser son énergie et de résister à la tentation du grindhouse grandiloquent.

Là il n’y a ni candeur ni générosité, c’est juste l’évanouissement. Pour ses rares connaisseurs, le film a pourtant une aura légèrement ‘culte’. Il faut dire que c’est le premier film solo de Lamberto Bava, fils de Mario ; il avait réalisé Chiens enragés (1974) et le téléfilm La Venere d’Ille (1979) avec son illustre père auparavant. Par la suite, il aura une carrière prolifique dans l’horreur, sans dépasser les frontières du cinéma de genre – et de son public. Le seul de ses films qui soit relativement connu est Démons (1985), série B avec bikers, zombies et mise en abyme badass.

Et accessoirement film de lourdaud avec des qualités esthétiques. Comme ce Macabro donc, propre mais au montage périmé, toujours les mêmes échelles de plan, sans aucun mouvement ni effet particulier. Le bisseux se la joue classiciste et le résultat est ultra crispé. Bava dispose d’atouts (l’aveugle et son interprète, le scénario) et de références mais n’est pas concluant. Son Baiser macabre (titre français, rarement employé) tourne au drame bourgeois excentrique et au produit sinistre globalement raté. La femme erre, le concierge reste là exsangue, la gamine passe de temps en temps.

Le vice et la frustration couvent. En fin de film surviennent des confrontations intéressantes, apportant l’ampleur manquant à l’ensemble du film. Cette réalité hystérique et mélancolique est survolée par un auteur ambitieux, inhibé et manifestement en-dehors de ses terres de prédilection, qu’il ne connait sans doute pas encore.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Abandonnée + L’Emmurée Vivante + Obsession + L’étrange vice de Mme Wardh + Sanctuaire + Le Charme discret de la bourgeoisie + Salo 

Voir le film sur YouTube (VO) 

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