Tag Archives: Stéphane Audran

PARIS VU PAR **

20 Jan

3sur5 La capitale en six épisodes – les grosses têtes de la ‘Nouvelle vague’ prennent chacun un arrondissement. Il faut se coltiner des débuts décourageants. Jean du premier film (‘Saint-Germain des Prés‘ par Douchet) se parle ‘à lui-même’ : voilà toute cette fausseté et cette balourdise de cinéma français ‘jeune et dynamique’ de l’époque. L’introduction architecturale pour touristes est bien aimable mais ce Paris est repoussant (il le sera encore un peu dans les suivants).

Gare du Nord‘ de Jean Rouch, avec Gilles Quéant en tombeur et « roi de la jungle » déprimé, est une bonne petite leçon existentielle – agaçant à bon escient avec ses deux idiots du départ (le mari est un ‘trop bon trop con’ surnaturel en théorie et courant en réalité), elle étant la pire (une hypocrite mesquine et une geignarde) et ça se confirmera. Le troisième, ‘Rue Saint-Denis‘ de Pollet, fait se rencontrer Melki dans son rôle de timide (quasiment le même que pour L’amour c’est gai) et Micheline Dax en prostituée présentable mais au langage sans ambiguïté – une Froide Primaire exemplaire dans la Caractérologie de Le Senne (Amorphe bien entendu, face à un Sentimental timoré). Une bonne comédie.

Place de l’étoile‘ de Rohmer est très bavard et en fait des tonnes en toutes circonstances, mais tout en penauderie – avec une once de burlesque pour relever la sauce. La mise en scène y est plus propre et ambitieuse. Godard à ‘Montparnasse et Levalois‘ joue des petits tours insensés avec sa bande-son (introduire des silences, baisser discrètement le volume des discussions) – ses bidouillages cryptiques et déliés sont aussi plats que cette première séquence pourrie à la forgerie. Le sursaut la concluant et le passage chez le second mécano rendent la chose caustique. Tout ça reste balourd dans l’élocution comme dans l’organisation, franchement bête et trivial une fois qu’on a franchi les barrières du bordel.

‘La muette’ nommé ailleurs ‘Pharmacie La Muette‘ clôt la séance sur une crise familiale bien banale et grotesque. Comme celui de Pollet il se passe en intérieur – bourgeois évidemment, Chabrol trouve encore l’occasion de les moquer, pas en province cette fois et en se mouillant personnellement. La future Femme infidèle est clairement la malheureuse du lot – son cas est même triste car on l’imagine difficilement pouvoir se relever, elle n’a ni l’avenir ni les moyens de son côté, seulement le confort et les médicaments pour s’engluer. À l’arrivée cette anthologie est réussie, grâce à son unité presque garantie et bien que les styles des réalisateurs ne se ressemblent pas.

Notes spécifiques : St-Germain 4, Gare 7, St-Denis 6, Place 5, Montparnasse 4, Muette 6.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (-), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (7), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (6)

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LES PREDATEURS DE LA NUIT **

8 Fév

2sur5  Jes(u)s Franco est un grand artisan bisseux, donnant essentiellement dans l’érotisme et l’épouvante. Il alimente les bases de données de répertoires de bizarreries et de nanars, mais n’a pas toujours donné dans la gaudriole ou le travail bâclé. Certains de ses films sont ‘cultes’ au sens strict (La comtesse noire, Une vierge chez les morts-vivants, Vampyros Lesbos) et au premier degré. Les Prédateurs de la nuit n’est pas de ceux-là : cet opus sorti en 1987 marque plutôt sa consécration, si on s’en tient aux chiffres et aux apparences.

En effet, le film est produit par René Chateau (sous le pseudo Fred Castle), éditeur vidéo ultra influent dans les années 1970-1980. Grâce à lui de nombreux films d’Horreur, parfois des ‘classiques’ refoulés (dont Massacre à la tronçonneuse), ainsi que le cinéma de Bruce Lee, ont trouvé un large public. Pour une fois Jess Franco bénéficie donc d’un budget décent et surtout d’un casting plein de stars, à l’échelle française (dont Stéphane Audran, vieillie et abîmée [épuisée] pour jouer la patiente curieuse et amère) sinon au-delà (Helmut Berger). Grâce à ces ressources, Les Prédateurs de la Nuit constitue une séance kitsch (voire nanardesque) et chic de premier choix, où Franco revisite Les Yeux sans Visage et son propre Orlof de 1962 (qui en était déjà un détournement) dans le Paris lascif et sous coke des années 1980.

Le film est impossible à prendre au sérieux ; s’il est ridicule, c’est au sens le plus positif. Son mélange des genres est improbable, sûrement pas brillant ni foncièrement original, mais il lui profite : thriller, horreur chirurgicale, comédie sarcastique et non-assumée.. dans chaque domaine Les prédateurs est outrancier, férocement superficiel et généreux. L’aspect parodique n’est pas bien déterminé, mais l’humour plutôt délibéré, compte tenu des remarques ‘acides’ que s’envoient les personnages, ou de la présence de protagonistes relativement bouffons. Celui de Marcel Philippot (identifié comme l’antagoniste de service dans une pub MAAF imitant le style Palace) l’est complètement, dans la peau d’un petit marquis de la mode, homosexuel : la scène « pas mon Ming ! » avec Doudou (le bodybuildé) est une grande joie nanarde.

Mais le film est aussi en partie raté, au-delà de sa légèreté ou de ses aspirations putassières. Quelques ambitions sincères semblent chercher à s’exprimer : les effets spéciaux sont très agressifs, malheureusement encore trop fauchés (et pas seulement pour les transplantations de visage) quand ils ne sont pas simplement aberrants (maquillages téméraires). Le film se veut sérieusement glamour, il y réussit assez bien, dans la mesure où c’est possible à un pseudo-porno soft. Malgré quelques coups de mous dans la première partie, il reste assez jubilatoire. Au ‘second’ degré certes, mais parce qu’il semble difficile à appréhender au premier, oscillant entre le désolant épanoui et l’absurde guindé. C’est du rococo cheap mais bien chargé, divertissant quoiqu’il arrive. Le panel de musiques est très réduit, le contenu parfois radieusement dégueulasse, presque euphorisant (le theme sirupeux de Vincenzo Thomas).

Le scénario et les promesses sont tordus, mais les repères solides, les fondamentaux les plus beaufs comme les plus grandiloquents à l’honneur (le saphisme est ici évidemment toujours complémentaire à l’hétérosexualité ; il y a également un ancien nazi). Raffinés dans leurs registres, les dialogues sont à la hauteur : petites réflexions désabusées de mondains mélancoliques et autres Mengel blasés, quoiqu’immortels. Toutefois Jess Franco, qui n’est pas du genre à se trouver des excuses, n’estimait pas beaucoup ces Prédateurs de la Nuit : ce serait davantage un film de producteur, donc celui de Château. D’ailleurs si Brigitte Lahaie n’apparaît plus nue désormais, après s’être notamment exhibée chez Jean Rollin (un autre ‘bisseux’ fantaisiste très productif), c’est parce qu’elle son amante à l’époque ; à la place, elle livre un jeu intense pour un personnage redoutable dans l’idée mais aussi puéril que les autres, celui de la dangereuse maîtresse, ange de la mort à ses heures.

Note globale 51

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Volte/Face + Les Prédateurs + Le Sadique à la tronçonneuse + Maniac Cop + Hellraiser II + Prince des Ténèbres   

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Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (1)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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