Tag Archives: adaptation de comic book

IRON MAN **

8 Fév

2sur5  C’est avec Iron Man que Marvel Studios produit son premier film, après avoir contribué aux Spider-Man, X-Men, Blade ou encore aux 4 Fantastiques. Il ouvre dans le même temps le Marvel Cinematic Universe, dès lors franchise officielle d’adaptations des comics. Circulant entre les poncifs, à la lisière de l’Indiana Jones méditatif ou du X-Men visionnaire, Iron Man présente un aspect désuet, presque nostalgique, exaltant une morale héroïque pour le plaisir du geste.

La séance est assez curieuse, la longue et intense exposition en Afghanistan précédant un déroulement presque morose ; Jon Favreau et ses associés préparent le terrain et la procrastination est manifeste. Cultivant malgré lui la frustration et le rebondissement pépère, Iron Man se développe le mieux sur le terrain sentimental, avec la confrontation de ce vieux garçon cynique (Robert Downey Jr, savant furieux et sauveur blasé) et de son assistante dévouée.

Dans l’ensemble, Iron Man ne fait que s’inscrire dans la tradition de ces grands spectacles ennuyeux mais virtuoses, passant de l’hystérie à la vacuité tout en créant un ronron cotonneux ; ces spectacles qui ont si peu à raconter mais savent si bien meubler, parfois avant de dévoiler le grand jeu. Au public de prendre ses réservations pour le second opus : après ce final, c’est promis, il n’y aura plus moyen de louvoyer.

Note globale 50

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Suggestions… The Avengers + Les Gardiens de la Galaxie    

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Aspects favorables

Aspects défavorables

* entertainment de haut-vol dans son premier-tiers

* scènes d’action, personnages et pistes prometteuses

* un show ouvertement vide

* la légèreté, l’euphorie ou les deux ? Une décision !

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FRITZ THE CAT *

11 Nov

fritz the cat 2

2sur5  Détenant le premier classement X pour un long-métrage d’animation (si on met de côté Cleopatra des Animerama, l’obtenant semble-t-il par erreur ou négligence), Fritz the Cat (1972) est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme de Robert Crumb. Fritz the cat est l’oeuvre la plus célèbre de ce pape des comics ‘underground’. Il sera tellement dégoûté par le film qu’il demandera à en être dissocié et fera mourir sa créature fétiche peu après.

Fritz the cat est l’archétype parfait de l’homme inaccompli, sale, puant et immature, avançant vers le monde comme un parasite tout en se croyant au-dessus de la mêlée. S’il était humain, Fritz pourrait devenir lecteur voir même contributeur pour le Charlie Hebdo et ces autres merdes prenant leur virulence de gorets pour un attentat aux nécroses sociales. Dans un monde jungle, où tous sont beaufs et malhonnêtes (c’est le côté « anarchiste – de droite » du délire), Fritz se pose en complaisant, vêtu comme un antagoniste ; l’inverse serait davantage méritoire.

En effet, tout ce qui fait l’époque (ère hippie) mais aussi les courants contestataires est caricaturé. Fritz raille la stupidité de ces jeunes filles revendiquant leur ouverture d’esprit, alignées sur des éléments de langage émergents à l’époque et dominants aujourd’hui ; il prend le contre-pied de cette contre-culture bidon, prétexte pour bourgeois et étudiants en mal de causes nobles et de marginalité superficielle. Finalement, le film pourrait être très avisé, presque visionnaire, car il n’a aucune illusion sur ces postures rebelles et sur les prétextes des rebellocrates, passés, présents et futurs.

Cependant il n’y a pas tant de structure et de volonté dans Fritz the Cat. Fritz est un beauf de son temps, cherchant à profiter de l’ébullition qui l’environne. Il a l’intelligence de tirer parti des situations s’offrant à lui et prendre à son compte les indignations ‘politiquement correctes’ ou celles adaptées à ses auditoires d’exclus ou des bas-fonds. Ainsi il amadoue les gens, se moque d’eux et les exploitent. Pour déguiser ses simples intérêts vicelards, il mime l’artiste illuminé et baroudeur malheureux arrivé au bout de lui-même et du monde.

Il se fait défenseur de la cause noire et se pose en tribun, contre les patrons et les blancs, pour les noirs et les ouvriers considérés comme des esclaves ; quand son prosélytisme crée des émeutes, il s’amuse. Parfois c’est tendu, mais globalement, comme c’est fun ! Il y a bien des gens pour le remettre à sa place ; le corbeau (les blacks sont des corbeaux dans Fritz, choix improbable) se prenant pour un homme du grand monde, le péquenaud au milieu du désert lui rappellent ce qu’il vaut vraiment sous ses fanfaronnades. Soudain le Fritz est chahuté, mais il s’en remet vite. De toutes manières, le film prend son parti, celui d’un chantre de la paresse, de la médiocrité et de la jouissance élémentaire.

Sans ses provocations et ses déguisements d’anar ou de chaman, Fritz ne serait rien, tout au plus un prétendu petit anar’ sans aucune contenance. Il n’est en rien à contre-courant, c’est un opportuniste et un être tout à fait conformiste ; de ce conformisme d’adaptation permanente propre aux pattes molles, aux esprits lâches, vierges et inaboutis. Ralph Bakshi ne voit pour Fritz que l’hédonisme de pourceau ; il n’y a aucun intérêt pour un quelconque progrès, pour quoique ce soit de nouveau (comme il s’en réclame) et encore moins pour une démarche constructive. Le Fritz de Bakshi est juste un amoureux de la baise, de la bonne chair et de l’herbe magique. Voilà du punk pour jeunes adultes bedonnants.

Les braillards ‘engagés’ trouveront ici ce que leurs chers Simpson n’ont jamais osé afficher explicitement. En vérité, Fritz the Cat est un produit profondément nihiliste, avec certaines considérations réactionnaires ; mais comme anarchiste, moraliste revendicatif ou réactionnaire, Fritz est passif de A à Z. Tout le monde peut donc venir pousser son petit cri de vierge effarouchée sans être vraiment chamboulé. Les rebelles factices sont toujours les préférés des médias traditionnels et du public, aussi il n’est pas étonnant que Fritz the Cat ait engrangé plus de 100 millions de $ de bénéfices. Or ce film fait mal, mais pas comme il s’en réclame.

Il fait mal car il utilise les armes de la subversion pour servir son hymne à la régression. Du point de vue de Fritz, il faut dévorer le monde et multiplier les expériences, cumuler cunnilingus et missionnaires avec un maximum de partenaires. C’est un point de vue, largement étayé, finalement identifié et théorisé par ses auteurs : « on passe ses meilleures années à fouiller dans les poubelles encyclopédiques », mais la connaissance, ça sert à rien au final, nous alerte Fritz ! Ce film fait mal aussi car face à des forces nuisibles, souvent indirectes, à l’harmonie et au développement d’une société comme à l’intégrité d’une personne, il se contente de les jauger de loin et d’alimenter leur stupidité.

Fritz ne cherche pas à purger la société, à provoquer un chaos libérateur, pas plus qu’il ne veut s’en séparer. Il n’a aucun courage ni aucun jugement. Il est de la race des destructeurs et des parasites lucides, ceux qui ont tout intérêt à nourrir le statut-quo dans la décadence. En plus de la catastrophe éthique, ce spectacle est une peine en raison de la bêtise de son style. Tout y est vulgaire, balourd et transparent, des leçons de vie pour adolescents bloqués, de la philosophie pour potaches ‘punk’ dans l’idée mais sans idées.

Note globale 38

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SIN CITY **

2 Oct

sin city

2sur5  Au début de sa carrière, Frank Miller se voit remettre la direction de Daredevil par les Marvel Comics, en tant que dessinateur et scénariste. Pour cette vieille série lancée en 1964 et stagnant depuis, ce sera l’occasion d’une renaissance. Plus tard, Frank Miller crée sa propre bande dessinée, Sin City (1991-2000). Robert Rodriguez, collaborateur de Tarantino, en est fou et veut absolument le transposer au cinéma : le transposer plutôt que l’adapter, car le film devra être celui de Miller, tel que la BD. À force de sacrifices et d’investissement, Rodriguez finira par convaincre Miller de le rejoindre en tant que co-réalisateur.

Sin City sort en 2005 et frappe les esprits par sa splendeur visuelle et son style singulier. Respectant scrupuleusement la BD, il est en noir et blanc, avec quelques couleurs ponctuelles sur des objets, des yeux, lorsqu’il s’agit d’attirer l’attention ou l’émotion sur un élément en rupture. Le spectacle peut être un choc, une révélation même ; et en cela Sin City aura toujours un point pour lui. Toutefois la machine tourne à vide. Fabrique totalement random et sans contenant, Sin City cultive les mêmes motifs, actions, mots, déclinés sans arrêt. La joliesse, voir le raffinement, ne peuvent suffir à un long-métrage : le film en devient un Marienbad badass.

Les dialogues sont d’une grande connerie ; les groupies opposeront que si Sin City est à c’est là l’esprit recherché, que c’est pour faire comme dans la BD, qu’il s’agit d’une attitude ! Or ce n’est pas parce que la bêtise est un parti-pris qu’elle en devient valable. On doit admettre la réussite formelle, même pour la nuancer ; puis on reviendra toujours à l’identité du produit. Justement cette grandiloquence plouc est la norme dans la galaxie Sin City, comme cette dimension onirique et libidinale, avec ces otages consentantes et appétissantes. Et alors que Frank Miller a été réputé, en tout cas sur Daredevil, pour la qualité de ses scripts et de ses personnages, ici le scénario s’avère d’une médiocrité crasse.

Il n’y a pas l’ombre d’une idée, du symbole lourd pullulant aisément, des protagonistes poussifs cherchant à constituer l’archétype du héros badass. Marv par Mickey Rourke est le plus abouti dans ce domaine, mais Hartigan (le principal) par Bruce Willis et Dwight par Clive Owen apparaissent comme les pales copies du précédent. Et concernant Marv, le trait est aussi lourd que les prétextes mollassons : fondamentalement, celui-ci est parti venger sa Goldie, assassinée au terme d’une grande histoire de culbute une nuit. Elle n’existe pas dans le film, ni pour lui : mais il va buter quelqu’un et en chemin, car il est dans une BD, il rend l’affaire romantique, au moins avec ses phrases à lui.

Malgré sa colonne vertébrale douteuse, le film fut un immense succès et incita Frank Miller à se lancer dans la réalisation avec The Spirit ; et à produire le 300 de Zack Snyder, où deux visions controversées et deux styles voisins se sont rencontrés.

Note globale 46

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THE WALKING DEAD *****

16 Mar

5sur5  Walking Dead est l’histoire d’un groupe de survivants dans un monde post-catastrophe où pullulent les zombies. Adaptation d’un comics culte pour la chaîne AMC après les succès Breaking Bad ou Mad Men, c’est devenu l’une des séries les plus appréciées et téléchargées.

Je l’ai découverte sur le tard, un soir il y a quelques mois. J’y allais sans aucune attente, elle m’a galvanisé. C’est une de ces fictions dans lesquelles on se sent pénétrer intégralement, envers laquelle un lien mental si fort se crée qu’on s’y sent organiquement relié. J’ai dévorée les trois saisons en à peine une semaine, profitant d’une courte séquence favorable à une telle boulimie. Ce genre de délectation est rare : j’ai ingurgitées de la sorte (sur un temps bien plus long) les premières saisons de South Park, mais dans ce cas il ne s’agissait encore que d’un divertissement. Et la nuit blanche passée à explorer la première saison de Twin Peaks ne m’avait pas englouti d’une telle manière. De rares spectacles ont pu trouver cet écho, car ils étaient pour moi un pur miroir : Hannibal, Battle Royale, Hellraiser forcent un contact, dépassent le cadre habituel, même celui des chefs-d’oeuvres les plus justes et puissants, pour instaurer un rapport direct et surtout, une proximité impudente. Leur métaphysique spontanée semble issue de mon rapport au réel ou des paysages de mon esprit. Forcément, The Walking Dead est l’une de mes séries favorites.

Walking Dead est le survival brut, pur, absolu. Il met en scène le combat permanent pour la survie, lorsque chaque instant de l’existence se déroule dans l’urgence. Sous la menace, perpétuellement éveillés et forcés d’être agiles, nous avons le devoir d’agir. Cette situation cultive l’attachement émotionnel (aux personnages et finalement, à ce contexte où il faut se battre, conquérir et affirmer), stimule l’action. L’implication est totale car contrairement aux autres séries où nous sommes réduits à l’état d’accompagnants passifs, ici nous sommes des conseillers réduits au silence. La nécessité s’infuse en nous ; le rapport à l’atmosphère est double, avec la sensation de l’adopter et celle de s’y fondre ; à la mort de l’égo, s’ajoute l’exaltation de l’instinct.

Dans cette configuration, les personnages ne peuvent qu’être forts ou se dépasser. Nous marchons à leurs côtés, impliqués – ou alors nous ne sommes que des laborantins. Tout s’expose avec une transparence parfaite ; pas la peine de masquer ses affects. On ne triche pas. Aucun intérêt. La vie est trop courte et on a plus les moyens. Dans un instant peut-être, on sera mort ou victorieux.

Alors il faut prendre la décision qui s’impose. Prendre des risques. Chasser le doute. Écraser ce qui s’écarte des instincts. Être guidé par la volonté seule. Être responsable de ses actes, en adéquation avec ses idées, ici et maintenant, et pour plus tard, car les implications sont partout. Tout est crucial, les choix définitifs et catégoriques sont le lot de chaque instant.

Explicite et tranchante, Walking Dead est simultanément raffinée. Pudeur et pugnacité mêlées. Pas de pièges, pas de faux-semblants, pas de mystères. C’est pour sa matière humaine que la série fascine autant. Car elle confronte à la véritable individualité, aux dilemmes moraux, convoque les tripes. Quand chacun sait que la lâcheté est coupable et qu’hors du combat pour la vie, le reste est un luxe ou un accessoire. Ce niveau d’existence hystérise et rend aussi plus vivant, sûr de soi, clairement soi, qu’aucun autre.

Saison 1 ****

Prise de contact violente et intense. Rick se réveille à l’hôpital et découvre un monde ravagé par une épidémie. Il trouve quelques survivants et devient le leader du groupe. Il s’agit de fuir, à l’autre bout du pays, où peut-être se trouve des ressources et la délivrance, qui peut-être a été épargné. L’environnement est semé d’embûches et surtout de zombies, que nous pouvons rejoindre. Il y a aussi tous les problèmes humains et ces mauvaises passions que le drame et l’anomie ne peuvent contenir. Tout est menace, tout est révélateur. C’est le désert, il faut tout défricher et on ne peux plus rien cacher. 

Saison 2 *****

Période d’accalmie temporaire. Le groupe trouve refuge à la campagne, dans une ferme auprès d’une famille et notamment de Herschel, le vieux propriétaire. Il est temps pour les survivants de se découvrir, d’apprendre à vivre ensemble ; de retrouver aussi, une certaine paix, de découvrir la possible harmonie entre eux et l’environnement, le temps aussi de revenir sur soi.

Chacune des trois premières saisons est une merveille. Impossible d’opérer une hiérarchie tant tout est pertinent. D’un point de vue empirique, cette saison 2 est moins virulente que la première, moins tendue. Elle est aussi bouleversante, autant par les intrigues entre personnages que par le rapport nouveau établi à la Nature, entre foi et sérénité d’une part, vigilance et curiosité d’une autre. Alors qu’on bondissait sans relâche dans la saison 1, ici la langue des tripes est plus nuancée, trouve une expression totale. 

Saison 3 *****

Cette saison a convaincus même les plus acerbes ; elle met en scène la tentative de reconstruction, de reformation du contrat social et d’ébauche de la civilisation. Rick et sa bande font d’une ancienne prison leur pied-à-terre, tout en entrant en contact avec une cité organisée contenant d’autres survivants, maintenue sous la coupe du Gouverneur à l’écart d’un monde devenu hostile et imprévisible.

Dans cette saison, le problème, c’est les hommes. Ils sont capables du meilleur et incapables de ne pas le mettre en péril. Les principes et besoins futiles viennent toujours à bout des constructions et des efforts les plus honnêtes. Le danger est moins auprès des zombies que dans l’affrontement entre deux groupes tâchant de se reconstruire, l’un aux mains de survivants, l’autre occupé à renaître docilement.

La saison est aussi marquée par le chaos généré par Merle : on constate l’effet papillon, engendré par un cas de conscience pour un criminel et un dégénéré. Une tragédie, quand l’heure est aux choix lucides. Et au besoin de respecter les nécessités et la clarté qu’offre une condition d’existence si pure, si impitoyable. 

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SAGA SPIDER-MAN ***

27 Juin

A trois semaines de la sortie du quatrième opus de la saga, retour sur le triptyque supervisé par Sam Raimi. Les Spider-Man de ce goreux non repenti avaient su redonner leurs lettres de noblesse aux méga-blockbusters de l’action-movie US. On y découvrait un super-héros geek et candide assurément plus conformiste et consensuel que son homologue et concurrent Batman, mais plus facétieux et charmeur aussi.

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SPIDER-MAN ***

4sur5 Le réalisateur d’Evil Dead et de Darkman se voit définitivement intégré par Hollywood qui lui confie l’adaptation live de Spider-Man, vieille icône des comics Marvel. Un début affreusement cliché autour de l’archétype de l’intello scientifique asocial malgré lui. Un super-blaireau qui acquiert de super-pouvoirs ; si le genre est geek par tradition, ce super-héros là l’est par définition.

Mais le film dépasse tous les stéréotypes sur lesquels il se fonde ( »j’ai un don/une malédiction » : Monk aussi, hein!), et partant, surpasse toutes les espérances. Car ce que Raimi met en scène, c’est une brillante métamorphose : le personnage s’affirme, se dote d’une certaine répartie, gagne en charisme. Il devient attachant et son capital sympathie inespéré permet au spectateur de s’impliquer. C’est d’ailleurs la sensation globale éprouvée devant ce Spider-Man : le film part du cliché, et d’un héros sans attrait, pour devenir particulièrement stimulant et ouvert (d’une romance insipide il évolue vers une intimité riche) ; tout devient possible et cet état d’omnipotence est forcément séduisant. Les séquences édifiantes et intimistes s’emmêlent sans laisser le moindre répit (le combat dans l’immeuble de feu, pour ne citer que lui, concilie parfaitement ces deux pôles) ; le simple film de super-héros est chargé d’une force émotionnelle telle que Spider-Man en arrive à ressembler à une sorte de conte. Un conte sur la mue, le passage à l’âge adulte, les choix qu’il implique et le courage qu’il exige (on pourra estimer que les pouvoirs permettent l’accomplissement de la puberté).

C’est aussi la lutte de deux personnages en plein dédoublement ; en face, Willem Dafoe, gueule hors-norme pour parfait méchant, campe un Bouffon Vert cynique à la rhétorique séduisante. Une créature du Mal qui n’est pas sans rappeler le Joker du premier Batman.

Note globale 73

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SPIDER-MAN 2 ***

4sur5 Un opus plus tard, le super-héros s’inflige une super-couverture avec un métier super-banal (quelle frustration de voir un tel personnage s’infliger pareil, bien que nécessaire, double-jeu). C’est donc machine-arrière toute : Spider Man côté pile est exploité par ses employeurs, à côté de la plaque à cause des difficultés  »techniques » inhérentes à sa double-vie, toujours en retard et endetté, ses conditions de vie sont minables.

Bientôt il voit tout ce qui était cher à ses yeux défiler : l’amour, l’amitié, la carrière, peut-être même les pouvoirs. C’est la remise en question : reprendre la vie normale, ou rester condamné au statut de super-héros ? Le jeune homme est partagé devant les dilemmes qui se posent à lui ; toujours indécis et spontané, quelquefois opportuniste, il subit cette responsabilité qui l’a rendu accroc ; défendre le Bien.

Ce leitmotiv est un véritable refuge narcissique puisqu’en parallèle il lui accorde la toute-puissance. Léger revers de la médaille : en face, l’adversaire a changé de style, mais la figure du Méchant de service n’est pas enrichie (la prestation d’Octopus est néanmoins spectaculaire). Mais la lutte du Bien contre le Mal passe en second plan ici, au profit de combats beaucoup plus humains ; Spider Man 2 est un grand blockbuster existentiel. Pas boursouflé pour autant, le résultat est toujours aussi haletant, voir fascinant.

Note globale 73

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SPIDER-MAN 3 ***

3sur5 Spider Man a réglé ses comptes, il a été démasqué par ses proches. Des ambiguités ont donc été levées, alors qu’elles comptaient parmi les principaux rouages du scénario. Spider Man va-t-il concilier bonheur au foyer et hyper-activité publique et extra-professionnelle ? Et justement, tout semble concilié, d’un côté les aspirations intimes ont trouvées satisfaction, de l’autre Spidy est adulé par la foule.

Cet équilibre, cette sérénité nouvelle amène SM3 à déboucher sur de nouvelles pistes. Le film prend la forme d’un épilogue à propos du succès total et de l’éthique d’un super-héros. Les choses s’arrangent globalement, les problèmes éthiques ou sentimentaux sont mineurs mais finalement empoisonnent la vie du personnage ; la menace désormais, le motif de suspense, c’est la chute de la star. Le film sait susciter l’attente et le doute sur l’équilibre acquis. Mais ce qui booste véritablement cet ultime opus, c’est la vengeance personnelle de l’Araignée et l’inauguration de son double ténébreux. Ce dernier combat permet une nouvelle fois au héros de gagner en profondeur, achevant d’explorer ses dernières facettes.

Loin de l’allégresse de la découverte, Spider-Man 3 rompt avec ses prédécesseurs en se montrant beaucoup plus sombre (dans la mesure du possible d’un film aussi colossal et grand-public). La saga perd en illusions juvéniles mais la grâce est (presque) intacte. Il n’est donc pas interdit d’être suspicieux à l’annonce d’un Spider-Man 4 tant celui-ci apparaît obstinément conclusif ; les grandes thématiques de la trilogie ont été liquidées et ont trouvées réponses, les trois opus s’imbriquent parfaitement. Peut-être s’agira-t-il d’opérer une levée des zones d’ombres du personnage plus intense encore. La bonne option sera obligatoirement dans le renouvellement total ; alors, vers quoi Spider-Man s’apprête-t-il donc à basculer ? L’abus de pouvoirs ou l’usage à  »mauvais escient » ? La colère et la domination ? L’abandon à une vie plus ordinaire, qu’il ne saurait plus supporter ? Ou cet opus sera-t-il une simple synthèse des traits connus du héros ?

Note globale 65

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Les Spider Man sur Allociné : 1, 2, 3, 4
Les Spider Man sur Metacritic : 1, 2, 3, 4

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Autour de Sam Raimi :

* réalisateur > Jusqu’en Enfer-Drag me to Hell, Intuitions
* producteur > 30 jours de nuitThe Grudge (remake US), Boogeyman-la porte des cauchemars, Les Messagers