SITCOM (Ozon) *

24 Juil

sitcom ozon

1sur5  François Ozon est connu pour 8 femmes, Potiche, Le temps qui reste, des drames un peu mélos et généralement percutants. Son premier long-métrage le rend presque antipathique et il vaut mieux le découvrir après les autres crus, tant sa sensibilité y est contrariée, au mieux rabaissée. Sitcom sort en 1998, deux ans avant la révélation critique de Sous le sable. Une famille BCBG y est en train d’éclater, suite à l’arrivée à la maison d’un rat blanc aux ondes négatives. Ozon a alors déjà beaucoup de réalisations et d’expériences derrière lui (une dizaine de courts dont Regarde la mer).

Sitcom a des éléments en mesure de le rendre ‘culte’, de faire jubiler et fournir des anecdotes en rafale. Il ressemble à un mix de l’Alex de la Iglesia des heures les plus beaufs (Action mutante) et de la comédie de boulevard à gros sabots visant John Waters (le découvreur de Divine, abomination miracle). Les protagonistes sont caricaturaux et ridicules ; il faut les rendre pénibles pour que ce soit caustiques – et finalement aimables, car on est fous-fous et amoureux de ces fantaisies, voyez-vous ! Sitcom va dans le lourd, l’excessif, le grivois, le trash familial. À fond. Et avec une inintelligence déconcertante.

Les personnages sont totalement décousus. Supposés évoluer du cliché vers le taré, ils sont surtout très mal écrits. Sitcom n’a pas de destination, une approche psychologique imbécile ; sans être totalement irréel par son contenu, il est aberrant dans sa conception. Il est l’équivalent des comédies audiovisuelles de déshydratés, ou effectivement des sitcoms diverses, en plus odieux et ‘éthéré’, apparemment distancié. L’exubérance paie, potentiellement, mais jusqu’au-bout Sitcom se contente d’enfiler des  »perles » folklo. Court dans ses idées, il fait écho au vaudeville bien trivial tout en plombant, grâce à son pastiche de sitcom inoffensives, une narration banale et sans envergure.

Il enfile les gags épais et malicieux sans rien avoir à développer, sinon ses provocs d’ado au bord de l’apoplexie. Par exemple, le plan à plusieurs sert à appater le chaland ; on insiste bien, jusqu’à invoquer la puissance des cocombres. Et finalement, au terme de cette échauffe lourdingue : la tribu gay était simplement en train de s’adonner aux plaisirs du Trivial Poursuit. Hihihi on vous a bien eux ! Le problème de ce foutage de gueule c’est qu’il ne rime à rien. Ozon nous brandit un « et non ! » lui permettant de ‘surprendre’ lors d’une scène éclair (la mère allant vérifier ce qui se trame), alors que le spectateur sait très bien que la partouze est à l’oeuvre.

Ce faux-semblant bidon est une démonstration de plus de la paresse flambeuse et de l’idiotie sereine de ce film ; c’est probablement le détail de trop, car il va devenir impossible de croire encore à ce Sitcom ou suspendre encore ses jugements, dans le cas où on a pas été pris au jeu. Ozon va trop loin : il pourrait se contenter de chasser le réalisme, il accouche d’un produit sans cohérence. Cette déstructuration n’est pas absurde dans la mesure où il s’agirait d’employer du matériau humain comme on traiterait de la patte molle avec ses besoins, ses compulsions et ses éruptions d’âmes saccagées. Le film est stupide mais somme toute, il honore sa logique.

On se pamera sur ce film ‘choqueur de bourgeois’ abattant les tabous (amour libre jusqu’au-bout) et tirant sur le vieil ordre patriarcal, sur la famille d’antan. Concrètement nous avons à faire à une famille de déchets enclins aux expérimentations en tous genres (inceste compris). La déliquescence se normalise avec le meurtre du père, dont le laisser-faire exagéré ne lui aura pas évité d’être sacrifié ; gratuitement, sauf pour le symbole, car il est fort et vient boucler le film sur une note consistante, quand bien même elle est opportuniste au degré le plus balourd qui soit. Par cette courbette finale, le film a bien du ‘sens’, en dépit de son manque de pertinence et de cohésion (les acteurs allègent le fardeau, notamment Marina de Van en interprètant une espèce de maniaque).

Sitcom lutte contre des chaînes qui n’existent plus ; il est fait pour les petites natures se voulant corrosives alors qu’elles utilisent un bazooka pour anéantir leurs grands-parents à l’agonie. Film anti-bourgeois ? Film où des petits-bourgeois vivaient sur des repères morts et se flinguent pour s’épanouir dans la médiocrité, la laideur (type Un dos tres en gay-friendly), la théâtralité et les jouissances primaires. Chacun est libre de s’en délecter tout en acclamant le caractère supposé subversif (et même libérateur!) de cette dimension où les amorphes et les émotifs sans repères et sans futur règnent en maître. Si vous rêvez d’un monde de dégénérés mollassons, ce film pourrait devenir votre bible.

Note globale 30

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Willard + La Cérémonie + Le Festin Nu + Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu + Théorème/Pasolini + Tenue de soirée + Family Portraits + Pink Flamingos + Les rois du patin

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (1), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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