THÉORÈME ***

5 Avr


3sur5  Théorème ne convainc pas tout de suite, mais intrigue trop pour laisser le doute contaminer. Il est généralement qualifié de film mystique et a réussi le tour de force d’être porté aux nues autant par les intellectuels, la gauche morale que les représentants de l’Église. Loin de la virulence malade ou de l’explicite de la plupart des œuvres ultérieures de Pasolini (dont Salo sera le point-d’orgue), Théorème laisse le spectateur se débrouiller.

 

Il se déroule en deux parties égales. Dans la première, un personne mystérieux annoncé par un télégramme séjourne chez une famille bourgeoise. Dans la seconde, les membres de la famille partent chacun à la poursuite de leur révélation.

 

Cette première partie est assez opaque. Au moment du départ du jeune homme, chaque membre de la famille dresse le bilan dans un dernier face-à-face avec lui. Des relations qu’ils ont entretenus, peu nous a été exposé, sinon quelques moments anodins où se jouait un rapprochement crucial. Il n’y a rien que nous n’avions pas senti, mais Pasolini confine sous la surface et même hors de ses séquences l’émulation procurée par le jeune homme. À la place, on en a vu que les approches de chacun, tentant de s’approprier le jeune homme et, probablement, y parvenant. Mais ce à quoi nous avons accès n’est encore que la béance de leurs vies chastes et aseptisées.

 

La deuxième partie amène au dévoilement, enfin. C’est en fait un processus de dégradation venu entériner l’échec de cette condition bourgeoise. Les personnages vivaient désolés dans le confort en s’échappant à la vie. Leurs reliques étaient aussi inertes, mais avec cette visite, l’intensité spirituelle est venue à eux et les incite à se débarrasser d’attaches périmées pour se découvrir.

 

Et éventuellement, comme c’est le cas pour le père de famille, pour échouer et se faire dominer, car le sursaut arrive sans doute trop tard. Ici, le problème avec les valeurs bourgeoises est d’amener au vide, où la vitalité s’arrête car les manques de l’homme démuni sont tous comblés. Chez Pasolini on ne sort de la bourgeoisie et de ses pièges que par la décadence et la sublimation mêlées, car personne n’est suffisamment mature pour surmonter la perspective de sa fin ni pour remplir de sens son existence.

 

Le Christ de Pasolini est un jeune homme chétif, calme et distant. Terence Stremp a sans doute un vague magnétisme et une présence curieuse, mais aucun charisme. Drôle de choix, donc, de même que celui du jeune fils. L’incarnation d’Andrés José Cruz est gênante de fausseté, les rôles féminins bien plus subtils. Les passions propres à Pasolini, c’est-à-dire ses goûts homosexuels et son rapport ambivalent au sacré, ont manifestement influencées sa représentation d’un prophète.

 

Et celui-ci est bien frêle. Mais en fait, la personnalité de ce jeune homme n’a aucune importance. C’est donc naturel qu’à l’écran il n’en ait pas. Tout ce qui compte, c’est que quelqu’un soit venu briser la solitude et le statisme. Une bouffée d’oxygène dans un océan funèbre et sans toxiques.

Note globale 66

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

 

Suggestions… Belle de Jour

 

Voir le film sur StreaMafia

 

Voir l’index cinéma de Zogarok

 

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