LA CHAIR DE L’ORCHIDÉE ***

16 Déc

3sur5  Patrice Chéreau était un metteur en scène d’opéras et de pièces de théâtre, très influent et controversé au départ. Pour son premier film, il adapte un roman de James Hadley Chase : The flesh of the orchid (1948), qu’il a adoré dans son adolescence. Chéreau estimera par la suite que L’homme blessé (1983), son troisième opus, est son premier véritable film ; et pour apprendre l’essentiel, à ses yeux, de ce qui en faisait un cinéaste, il faudra attendre La reine Margot (1994). En plus de ses deux premiers films qui seraient donc des brouillons, il n’aime pas le quatrième, Hôtel de France.

Beaucoup de spectateurs pourront partager ce sentiment devant La chair de l’orchidée, mais s’il s’agit de brouillon c’en est un de la meilleure sorte : c’est un ‘exercice de style’ où se sent l’héritage du théâtre de la cruauté. Chéreau recycle des figures classiques, de la tragédie, du policier, presque du conte ; il donne une envergure tragique à leurs gestes et à leurs costumes. Leurs aventures sont moins marquantes. Quand la tentation d’imiter la profondeur l’emporte, cela donne des saillies vaseuses jouant l’intelligence indéchiffrable. Il faut dire que les personnages ne sont pas des lumières malgré le clinquant de leurs décors et de leurs ressources ; ce sera d’ailleurs une constante dans les films de Chéreau, focalisé sur la part bestiale de ses sujets, mais généralement dans un certain luxe.

On pourrait parler d’animalité de rentiers mélodramatiques. D’ailleurs si La chair de l’orchidée a une identité c’est bien par là. Pas besoin de raconter une histoire, de préciser des enjeux ou de nourrir le suspense policier ; il est question de pouvoir et tout autour, tout ce qui se ressent et se produit, n’est qu’une peccadille en chemin ; un avatar. Les acteurs de L’orchidée sont liés par leur complaisance pour un ‘statut quo’ et des manigances de l’ombre (ça donne au film des airs d’ancêtre de Martyrs, friqué et réactionnaire contrairement à lui). Les faux-semblants sont donc légion, notamment l’impression d’avoir à faire à une sirène en la personne de Claire ; c’est une étape au mieux, pas une vocation. Certains personnages apparemment importants vont être carrément évacués, voire oubliés ; des points obscurs tomberont en obsolescence. Ce n’est pas nécessairement frustrant, sans doute grâce au concours de Jean-Claude Carrière au scénario (collaborateur important de Bunuel pendant sa période française – nous sommes un an après Le fantôme de la liberté).

C’est charmant si on se laisse porter, si on est disposé comme on le serait pour l’adaptation d’une BD ; ce serait un dark soap, adulte de surcroît ! Il y a des méchants cérémonieux, des excentriques en carton, des mystères un peu surfaits et des conflits familiaux fumeux. On trouve surtout Rampling en nymphe névrosée, glaciale par accident, dévêtue à l’occasion et condamnée à la victoire finale. Et puis il y a ces endroits pour riches sentant la poussière, ces lieux sombres à la placidité inspirante. Si L’orchidée fait penser à certains films noirs, il renvoie aussi (même si c’est malgré lui) à un certain ‘glauque’ italien, quand il se penche sur des résidus de l’ancienne bourgeoisie occidentale (Macabro, L’emmurée vivante, etc). L’orchidée va peut-être plus loin dans le fantasme et le cliché. Il devient une sorte de collage somptueux, relativement fluide : Chéreau aligne des séquences comme autant de sentences, donnant l’impression de travailler un puzzle aux charmes incroyables, au caractère limpide mais insaisissable, fait pour les fulgurances et les expressions immobiles ; pas pour s’animer en péripéties.

Chéreau a attribué une part de la responsabilité de l’aspect « collage » au roman, répétant que Chase aurait notamment pioché dans Quand la ville dort (Huston – 1950).. pourtant sorti deux ans après la publication. En fait Chéreau trouvera dans Quand la ville dort (Huston – 1950) un de ses morceaux les plus éloquents du roman (selon lui), devenu une scène de son propre film. Mais au-delà du remake involontaire, le style propre à Chéreau est en cause (on pourrait le dire flâneur et démonstratif). L’orchidée ne fait que le caricaturer, sans que ce soit disqualifiant. Deux traits majeurs apparaissent dans ses films : une dramatisation hypertrophiée, une continuité laborieuse ; l’activité prend forme grâce à des foucades, des éruptions sauvages mais aussi très péremptoires, comme le seraient des décrets. Tous les hystériques peuplant les films de Chéreau semblent s’agiter au-dessus de flux parfaits, finis, qu’ils souffrent de ne pas cerner ni maîtriser. Dans ce premier film, les cas comme ça sont vite éliminés (on est plutôt souverainement blasés, quoique nerveux). La petite ribambelle d’actrices réputées s’en écarte : Edwige Feuillère, Simone Signoret et Rampling, toutes en contrôles même lorsqu’elles semblent dépassées. Cette réunion de comédiennes phares appartenant à plusieurs générations souligne l’intérêt purement formel de cette entreprise.

Note globale 63

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Piel que HabitoMelancholia

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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