LA PIEL QUE HABITO ***

29 Juin

4sur5  Largement inspiré de la nouvelle Véra des Contes cruels de Villiers L’Isle-Adam, La Piel Que Habito ne se dévoile pas d’entrée de jeu. Il nous présente un étrangle trio : Robert Ledgard, chirurgien renommé, Marilia sa domestique et Vera, retenue en captivité dans son manoir près de Tolède, apparemment dans l’acceptation. Ayant accompli trois des neuf greffes de visages connues à ce jour, il compte mettre au point une peau synthétique tout en gardant le secret concernant ses expérimentations sur Vera.

 

Toute la seconde moitié est un flashback, levant les zones d’ombre de la première en montrant tout le processus (en six ans) ayant amenée Vera à sa situation actuelle ; et la concrétisation, enfin, de ce processus. Dix-huitième film de Almodovar, La Piel que Habito est une grande réussite de son auteur après des livraisons contrastées. Il exalte ses grandes thématiques avec une franchise qui semblait perdue et la somme de ses paradoxes réconciliés, sans la moindre zone de candeur ou d’enthousiasme idéologique. Les icônes d’autrefois sont des monstres comme les autres, la trangression d’autrefois s’assume comme une norme péremptoire (« tu n’es pas mon fils, je t’ai seulement mis au monde »).

 

La forme se veut plus sage, la photo est lumineuse, la construction l’emporte sur ces trois héros de tragédie, quelquefois interrompus par des créatures insipides ou répugnantes (l’infâme fils de Marilia débarquant déguisé en tigre). Ils sont des avatars élégants ne se comprenant pas eux-mêmes et se laissant conduire par les instincts de ce chef-d’orchestre désincarné qu’est Ledgard. Almodovar défie l’invraisemblance et cela fonctionne grâce à son perfectionisme : tout est cohérent et chaque rebondissement est comme un rappel à l’ordre, toujours plus violent.

 

Le spectateur est mis en position de complice de ce manège pervers et le manoir est le théâtre des expérimentations d’un créateur malade. Il y a du Franju (Les Yeux sans Visage) et du Cronenberg (Faux Semblants) ici bien sûr, mais La Piel que Habito rappelle plus encore sur le fond Phantom of the Paradise et Prison de cristal, où deux âmes viciées enchaînent leurs cobayes dans une bulle sur-mesure. Almodovar s’identifie probablement au rôle de Frankenstein confié à Antionio Banderas et le film pourrait faire écho aux conditons de tournage de La Mauvaise Education où le crossgender forcé, Gael Garcia Bernal, était réfractaire. Pour l’anecdote, La Piel que Habito marque les retrouvailles entre Almodovar et Banderas, son acteur fétiche.

Note globale 74

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

 

Suggestions… Crash + Hellraiser le Pacte + Salo + Black Swan + Melancholia

 

Voir le film sur StreamingClic 

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

 

Publicités

3 Réponses to “LA PIEL QUE HABITO ***”

  1. Moonrise juillet 4, 2015 à 04:27 #

    J’ai adoré ce film, cette plongée élégante et tragique dans la névrose.
    Je trouve par contre la note un peu sévère comparée à la critique !

    • zogarok août 8, 2015 à 03:15 #

      Possible pour la note, il m’arrive d’avoir des 6+/7+/8+, celui-là en fait partie. C’est pour ça que je n’ai pas publiée la critique sur SC.

  2. dasola juillet 22, 2015 à 18:26 #

    Rebonjour, peut-être parce que j’avais lu le roman de Jonquet, j’ai été un peu déçue par le film qui a des qualités et en particulier la photo. Il n’aurait pas fallu que je lise le roman à l’histoire plus ambigüe. Bonne soirée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :