JOHN DOE: VIGILANTE *

10 Nov

1sur5  Dans ce film sorti en salles uniquement en Amérique du Nord, un tueur bute les connards de ce monde, tel un Dexter en mission ou un bon citoyen trouvant une méthode ‘vertueuse’ pour purger ses pulsions sadiques. L’essentiel du film est un flash-back, le tueur étant interrogé par un journaliste et la séquence retransmise en direct à la télévision ; la demande est là et lui a ses incantations à balancer à une heure de grande écoute. Ses cibles fétiches, voire exclusives : les pédophiles. Ah, le vilain facile de notre temps ! Celui qui vole, celui qui pille, celui qui ment, celui qui détruit, celui qui génocide. Non ? Non, ça c’est sans doute un trop gros morceau. Dénoncer des éructations parmi ‘nous’ est facile, pointer des systèmes est dangereux : après tout, pour chasser du pédophile il vaut mieux rester à l’abri de la colère des vrais maîtres et oppresseurs.

Quand on souhaite s’indigner sans corrompre son petit confort on se tourne vers un salaud limpide, une cible facile, puis on déverse sa haine sur lui. Et puis il y a toutes ces frustrations de soumis sans grâce à liquider ! John Doe Vigilante fait mine de se soucier de cette menace : le film se referme sur un épisode annoncé au départ où les bâtards de John Doe profite de l’occasion (le jugement vient d’être rendu) pour laisser aller leurs penchants agressifs. En employant le prétexte donné par le ‘héros’ ils le déshonorent d’emblée. JDV incorpore un soupçon de cette réalité pour éviter d’être un bloc uniforme, mais ce soupçon est tellement insignifiant qu’il ne peut servir qu’à deux choses : parrer aux critiques ou imiter une espèce de synthèse, autrement dit feinter l’intelligence (et pourquoi pas la tempérance!).

L’attaque des émo déments surfant sur la vague ‘John Doe’ est aussi hasardeuse (on entrera jamais chez ces groupes : il y a seulement une scène où quelques bons citoyens venir beugler leur colère) que la révélation des exactions du journaliste, tortionnaire avec un regard satanique à ses heures perdues. Les effets de la croisade de John Doe sont éludés sans être absolument niés ; JDV ne pose pas de questions, il nous souffle que tout a été pesé et que ses réponses sont les seules, donc les seules pertinentes (et audacieuses). Les spécialistes et personnalités des médias sont répartis en trois camps : ceux qui savent percevoir la grandeur du personnage (sans justifier leur sentiment) et sont appelés à l’analyser avec fascination ; ceux qui prennent en charge l’affaire avec cynisme et sans a-priori (le journaliste face à John Doe) ; ceux qui confessent une petite admiration voire une adhésion (Jake/Daniel Lissing et son journalisme-poubelle trouvant probablement là une sorte de rédemption).

John Doe Vigilante exploite à fond l’essence ‘démago’ et la fibre ‘droitiste’ du genre, en occultant l’esprit individualiste qui caractérise les coups-d’éclats du genre (de l’ancêtre Un justicier dans la ville à Harry Brown en 2009). Loin de cultiver l’ambiguité ou de mêler ses figures fortes aux horreurs projetées, JDV attise une espèce de fièvre rappelant ces moralistes dominés par un gêne totalitaire, mais conscients de leur inadéquation dans tout régime où les émotions régressives ne font pas la loi ; et invoquant dès lors des réactions ahuries mais ‘justes’. Kelly Dollen reprend la définition élémentaire du genre pour pondre un gros brûlot monomaniaque et légèrement délirant ; la criminalité et le Mal se résument à la pédophilie, à quelques résidus près (mari violent). Il faut dire qu’un scénario où chaque malheureuse sur le chemin de ‘John Doe’ est concernée par la pédophilie aurait sans doute paru plus bigger than life qu’un cartoon pour anémiés au sang troublé depuis quinze générations.

Peut-être que Kelly Dollen a raté une occasion en or en occultant l’inceste ! Cette variété folklorique de la pédophilie n’aurait probablement pas heurté tous les spectateurs : en effet le coupable est systématiquement est un hommes blanc, pauvre, marginal, d’une quarantaine d’années. Ainsi tous les masochistes et les animaux enragés ne parvenant pas à se muer en hommes sont servis : les gueux projettent la contamination de tous les poisons sur d’autres gueux [pédophiles]. Certains sont fiers de leur race et y trouve quelque grandeur, quelque légitimité ; d’autres sont fiers d’être des âmes serviles et sensibles qui un jour aimeraient tant soulager leurs souffrances pathétiques sur des pédophiles. Quelle belle manière de faire jusqu’au-bout la preuve de sa dévotion et de son (civisme de méduse ressemblant à un) ‘activisme’ bienveillant !

John Doe Vigilante balaie laconiquement quelques corollaires négatifs (les parents des victimes de John Doe), de façon suffisamment molle pour ne pas contrarier le mot d’ordre (déclaré) : stop aux « nuances de gris ». Objectif atteint vu le degré d’obscénité du produit. Seule la dramatisation caricaturale estompe vaguement la perception du point de vue de JDV, dont la bassesse choque moins que son invraisemblable ‘réductionnisme’. La seule voix dissidente à la croisade du Messie est une femme survoltée s’incrustant dans un micro-trottoir pour blâmer celui qui se fait  »juge, juré et bourreau » !

V pour Vendetta avait laissé quelques fachos anxieux sur le côté ; d’ailleurs les Wachowski avaient sans doute l’impression de défoncer un de leurs chefs. Maintenant V pour Vendetta a son petit frère wannabe brun. Les beaufs de droite (post-moderne) détestant la méchanceté et la pédophilie pourront rejoindre leurs faux frères beaufs de gauche (post-moderne) détestant l’oppression et l’homophobie. Que les prétendues « extrême-gauche » et « extrême-droite » se rejoignent n’est pas encore démontré ; que les démagogues rivalisent de simplisme et de professions de foi stupides est un phénomène avéré, John Doe Vigilante en est une expression remarquable.

JDV nous pose bien une question : ais-je regardé un film de bourgeois opportunistes légèrement débiles, l’œuvre de péquenauds en surchauffe (qui ont au moins la chance d’être à l’abri des théoriciens dégénérés les plus sophistiqués) ou le tract d’un club de sous-Femen fatiguées où les phobies auraient pris le pas sur les principes ? Les seuls mérites de JDV sont l’expression de sa bêtise, c’est-à-dire sa capacité à remuer le spectateur et surtout à l’assommer ; lorsqu’une œuvre cherche à communiquer la nausée éprouvée par ses auteurs, ou même une nausée abstraite, beaucoup d’abnégation suffit à rendre le résultat percutant, au moins sur le moment.

Note globale 32

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (1), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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