THE HATE U GIVE *

5 Mar

2sur5 Une douce et jolie propagande prônant la conscience ethnique et la généralisation de son martyr – gommant le reste (du monde). Ce nouveau film pro-black ne se contente pas de brandir la reconstitution de faits réels ou de fictions représentatives dans le but de nourrir une plainte ; il prône une fierté ethnique et va au plus loin que le permet le politiquement tiède et correct dans le différentialisme (il est donc modeste en pratique et plus poussé dans ses implications). Nommé en référence à 2-Pack (et réalisé par le signataire du biopic Notorious Big), THUG est une affirmation identitaire/communautaire, sans recourir à la violence, sans se complaire dans la rage – en tartinant de miel ses vœux pieux (avec conviction tant la couche est grasse). Ce film a vocation à atteindre le plus de monde (sans être un tour de piste cynique forgé pour les seules récompenses médiatiques) ; les ‘puristes’ seront peut-être dérangés par ce manque de hargne et par la remise d’un ‘mouton noir’ à la police. Les publics arrivant avec scepticisme (quelqu’en soit la dose) n’auront globalement pas de surprises, sauf éventuellement sur la forme adoptée, peut-être plus prudente et subversive que prévu (Spike Lee oblige même en mode ‘décontracté’, Blackkklansman est bien plus frontal).

Le film est tellement focalisé, son discours si obtus, qu’il accumule des zones aveugles remplies de manières qu’on pourrait retourner contre lui en grattant à peine, ou simplement en refusant de s’en tenir à ce vide ou à cette sélection minimaliste. Il montre les noirs se tuant entre eux (en-dehors de ces bavures policières) à cause des mafias tenant les ghettos ou tirant les parcelles noires plus bourgeoises vers le ghetto. Il montre les dissensions chez les noirs en raison de cette criminalité et ceux qui n’en tirent aucun bénéfice, de ceux qui assument et revendiquent leur spécificité biologique et ceux adoptant le profil bas. Dans tous les cas c’est la faute des blancs – eux seuls limitent la puissance black. Ce qu’on voit en premier lieu, c’est la solidarité spontanée et intransigeante d’une communauté noire pour soutenir un des leurs face aux autorités ou à la cité. Cette solidarité compulsive renvoie à celle des minorités et des dominés, mobilisés par une douleur partagée. Chez les noirs plongés en milieu mixte elle apparaît plus qu’ailleurs, même en-dehors des incidents graves. Même les minorités sur-actives et sur-représentées aujourd’hui ont eu besoin de passer par des médiations internes, de se formaliser, de prendre conscience de leurs liens communs et surtout de leur pertinence. Or ici il est question de la race (ou de subdivision raciale si on estime qu’il n’y a qu’une race humaine et ses variations apparentes) ; et probablement de la race [ou de l’ethnie] où les membres sont les plus sensibles à cette appartenance naturelle – si les afro-américains ne devaient y être plus sensibles qu’à cause de leur situation de minorité, c’est qu’ils sont devenus plus américains qu’africains, simplement ce seraient des américains ‘culturels’, étrangers au reste de l’Amérique et appelés à bâtir la leur (ou retrouver une terre plus accueillante ?).

Insidieusement ou malencontreusement, THUG présente la mixité raciale comme impossible ou hautement improbable ; la cohabitation est naturellement rude, les ententes et les mélanges se font à la marge. Au-delà le mensonge et l’incompréhension domineront nécessairement. Le film ne prétend pas directement que des séparations sont nécessaires, il montre simplement les noirs perpétuellement lésés par les blancs (la police américaine raciste, les contrôles omniprésents, la violence – si cette violence est interne aux blacks, on reste évasif ou en revient aux racines attribuées aux blancs). Il y a alors plusieurs options, mais dans tous les cas reste un problème venant des blancs et de leur système. Le compte-rendu est aussi simpliste ; il constate un malheur et appelle au changement des mentalités en attendant le changement de régime. C’est un Chez nous inversé [aimable pour les aliénés observés] ; il y a une sorte d’inversion dans cette démonstration, où les malheurs des Noirs prévalent, ceux des Blancs [race privilégiée] sont dérisoires et leur seule mention devient odieuse (ils n’existent qu’en bouffons ou prédateurs, ou bien en crétins de bonne volonté, soit la version allégée des précédents). Tout en émettant des déclarations pacifistes et tolérantes, THUG alimente la rancœur contre un bloc antagoniste tout-puissant et pourtant inconscient de son hostilité, tout comme ses ouailles sont inconscientes de leur racisme bien ancré (celui des noirs envers les blancs n’étant apparemment pas un problème, tout au plus relevant de la farce un peu poussive mais réaliste – les goûts douteux de ces meutes d’adeptes de Tears for Fears, la crispation du père digne de Clavier et son alter ego africain dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu). Il recycle les clichés et les idées reçues, issus du passé, amalgames de fantasmes et d’épisodes historiques ou de réalités présentes – donc à défaut de haine on conserve ce qui l’a soutenue, on le maintient bouillant tout en se voulant mûr et apaisant. THUG manifeste l’hypocrisie d’un groupe tirant la ‘vertu’ de son côté, en plus d’avoir sa légitimité de victime/dominé ; une fausse tolérance et un pacifisme planqué (pacifisme car la guerre est trop risquée pour son camp) ; en somme ce qu’il projette sur l’ennemi.

THUG jouit d’une grosse force émotionnelle mais demeure niaiseux (un peu à l’occasion et massivement en conclusion). Le sérail du teen-movie a beau ne pas brimer son expression, il ne s’élève pas plus haut en dernière instance ; être un film de positionnement fait aussi son attrait. Malgré ses masques [de circonstance plutôt qu’à dessein] et ses omissions, on sait ce qu’il prétend et préfère. Un de ses meilleurs points est l’affichage de ce vol identitaire par les blancs, qui va au-delà de ‘l’attribution culturelle’ elle-même présentée comme gênante : ces cohortes de lycéens blancs #BLM sont écœurantes, leur candeur les rend encore plus insupportables que leur arrogance. Pour une approche fouillée ou réfléchie, on repassera – à la place nous recevons une invitation à la compassion (il n’y a qu’à pleurer des victimes) et au final un film à la fois rude dans ses engagements de fond et passe-partout dans ses principes, ses affirmations (et beaucoup devraient n’y voir que du Mandela dernière période – papy souriant et généreux abolissant les discriminations et réconciliant la Terre entière). THUG est plus candide encore que Selma (et plus turbulent car ce n’est pas l’heure du biopic) ; la si forte en glucose Couleur des sentiments est moins manichéenne à l’arrivée – elle aussi versait dans le sentimentalisme, elle aussi manifestait une envie de comprendre ou du moins alléger la charge de l’ennemi – en revanche elle le faisait. Ici, au maximum, on aperçoit de timides remarques antagonistes, qui ne sont pas de taille à rabattre les cartes (le flic coupable venait de travailler dans une zone à haut péril – il s’était trop bien habitué à parer aux menaces).

Note globale 38

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Malcolm X + Get Out + Twelve years a slave

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (8), Audace (5), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

Voir l’index cinéma de Zogarok

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