DEADPOOL *

30 Déc

1sur5  Sparring-partner de Wolverine, Deadpool a séduit grâce à son humour et eu droit à son propre comics (séries etc). Il est réputé pour sa ‘dérive’, s’affirmait comme un super-héros loser, auto-flagellateur, s’adressant au public. En 2016 il est porté à l’écran et connaît un succès fulgurant, ouvrant un nouveau filon pour Marvel (une réplique annonce la trilogie). Il se distingue par son ironie surlignée et un tombereau d’obscénités, plaqués sur les schémas les plus éculés. Autrement dit Deadpool refourgue une camelote pétaradante en mentionnant perpétuellement ‘c’est pour rire’ assorti de ‘bravo toi-même tu sais’ ou ‘hey tu es à bord avec nous ça va bien se passer’.

Double effet : inclure le spectateur dans un délire assez pauvre pour qu’il l’apprécie mieux, se sente participer à la sape tout en goûtant ce qu’il doit aimer ; maintenir des schémas rebattus et installer un univers médiocre en les amenant du côté d’une subversion vide de sens, de but et sans altérité, trouvant là une caution pour lécher la poussière en ayant l’air frais voire novateur. Avalanche de sous-punchline distanciées accessibles aux mongoliens : « j’ai oublié d’éteindre le gaz » pendant un carambolage clarifie les intentions d’entrée de jeu. Dans le lot il y aura une petite poignée de sorties amusantes, des mesquineries en face-à-face ou petit comité. La plupart du temps il s’agit d’expédier tout ce qui est provoqué sur soi ou sur les autres, rester dans le mouvement (« le rire est faux la souffrance est réelle »). Deadpool sera toujours seul à épater la galerie, tous les autres personnages dépassent à peine le stade de croquis stérile vite démoulé lourdement paré. Il n’y a donc pas grand chose de drôle puisqu’il n’y a pas grand-monde là-dedans, le zapping des états d’âmes hystériques mais tristes de Deadpool étant à peu près tout ce qui relie les morceaux du film, avec sa mésaventure biologique.

Cette régression doit échapper à la vue des enfants. Voilà apparemment la raison pour s’extasier. Il y aura de la violence meurtrière mais aseptisée quasiment au maximum ; juste des blessures et du sang. Ajoutez-y des méchants transparents et pas de conflits (hormis la peur de l’homme masqué que son visage calciné écœure la pute de luxe). La structure est un empilage de flash-back, ultra découpé, sans quoi la platitude narrative serait flagrante même sous substances toxiques (proximité d’une foule de retardés ou consommations douteuses). Sous les blagues en-dessous de la ceinture ou le méta bas-de-gamme et hystérique, on trouve les scènes d’action et de tapages normales en allégé et une louche massive de pathos. Sa persistance est une anomalie ou l’aveu désinvolte de la léthargie créatrice de cette mascarade. La transformation sonne très Arrow (série insipide et ambitieuse) ou X-Men phase sombre. La bande-son (dominée par les contributions de Tom Holkenborg) est hideuse, mélange une pop sirupeuse, une espèce de house-rap pataud et criard, avec des extraits de lyrisme débile signant pompes à frics. Les références aux occupations et aux outils ‘captivants’ de l’époque, comme Twitter, meublent régulièrement – jamais d’événements, d’actualités fortes, de politique.

Deadpool est un point culminant dans l’ironie niaise systématisée, tendance dominante de l’humour, parfois de la réflexion au cinéma et dans les vidéos adressées aux jeunes générations actuelles. Les ‘clips’ de ses exploits sont des tabassages et exécutions en règle, tournés au gag sur Sexy Mother Fucker ; la mise en scène allège en frôlant avec l’horreur, totalement éludée. C’est encore une caractéristique déjà établie depuis une quinzaine d’années dans les films d’action et de super-héros ; Deadpool la porte à saturation. Voilà le bout tout mou de ce cynisme festif, qui a pu être transgressif au départ et est devenu une attitude normale à faire jouer. Ce rapport second degré à la violence reste irresponsable malgré l’habitude. Mais il y a plus grave, plus massif quoique sinueux : l’abrutissement peinturluré en génie par les oripeaux de la coolitude revendiquée. Deadpool est une débilité éclairée, glissant sur tout, assommant gentiment en gardant un rythme frénétique pour compenser l’inanité. À quelques racolages près (la période avec Vanessa, d’ailleurs la meilleure, la plus frontale) il s’oublierait très vite.

Le plébiscite de cette vacuité fracassante peut laisser groggy mais le film inspire au mieux la sidération propre aux pétards mouillés, difficilement de l’hostilité. Deadpool c’est à peu près rien et ça doit donc être rangé à sa place, près de la benne à ordures, sans faire de bruits. Sans l’enfoncer non plus car sa puanteur est blanche. Ça se digère immédiatement et s’oublie même lorsqu’on est devant. La seule chose propre à tirer est le conflit misérabiliste, avec l’appel aux enfances malheureuses ; là Deadpool reflète la mode dominante avec un esprit plutôt sarcastique, mais c’est encore sans mordre dedans, ni d’ailleurs s’en séparer. D’ailleurs malgré la farce le ton reste empathique et Deadpool toujours aimable ; c’est un faux super-héros mais pas un anti-héros. Reynolds lui prête une proximité au spectateur rabaissant l’intérêt déjà faible présenté par le personnage, pour appâter avec des clins-d’œil sans substance. Ces fois-là c’est toujours sans ironie, mais en négligeant la mission ou les pressions dans le film ; s’effondrer sur soi-même en emportant le chaland avec démagogie et brutalité, voilà une orientation d’avenir.

Note globale 27

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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