UN FRISSON DANS LA NUIT ***

13 Fév

4sur5  Pour son premier film en tant que réalisateur, Clint Eastwood est poussé par les studios à faire l’acteur – principal. L’autorisation du projet est au prix de cette garantie (entre autres) – en dehors de lui, Un frisson pour la nuit est pourvu d’acteurs quasi inconnus (ou novices de la télé). C’est le cas de Jessica Walter, interprète d’Evelyn, vraie star et monstre du film, érotomane pour être précis – à moins que ce soit le masque de troubles plus bas ou d’une puissante hypocrisie. Eastwood joue la cible, un passeur de disques à la radio, sûr de lui jusqu’ici mais évitant les engagements – personnage aux antipodes de L’Inspecteur Harry qu’il incarnera dans quelques mois. Steve MacQueen (Bullitt, La Grande Évasion) aurait précédemment refusé le rôle car c’est celui d’un mâle alpha en difficulté et même dominé. Eastwood profite du soutien de Don Siegel, qui vient de le diriger dans Les Proies et fait une petite apparition en barman.

Le programme est garanti sans ivresse ou afféteries hollywoodiennes. Le déroulement est réaliste et franc, sans pratique du flash-back ou autres avertissements. Les caractères en général et la folie en particulier se découvrent au fur et à mesure, Dave/Eastwood et le spectateur avancent avec des perceptions et des informations similaires. Le traitement des deux femmes exacerbe les différences et le sentiment de Dave. Evelyn apparaît souvent dans des endroits exigus, s’infiltre, apporte le tumulte, réclame et tourmente, pleurniche et menace. Tobie, l’ex convoitée, reste à l’écart, annonce peu de conditions mais résiste. Les visions de bonheur idéal ou d’espoir ‘actif’ lui sont réservées ; c’est entre la rêverie d’Eden, la simple évasion fraîche et bucolique et la carte postale sophistiquée (à la Elvira Madigan, la pédanterie et la science en moins). La furie monte tout le long et toujours en dissonance, le rythme étant assez tranquille et les accélérations comme des coups de canifs de plus en plus vicieux et pathétiques de la part d’Evelyn. La fin est violente et montre la folie de près. Evelyn inspire alors un peu de compassion bien qu’elle soit plus toxique que jamais. L’OST est plutôt folklorique, les responsables sont le compositeur Dee Barton et le ‘Misty‘ du jazzman Errol Garner.

Le tournage a été rapide et très efficace, avec une petite équipe et un côté insulaire, voire domestique : Eastwood utilise sa propriété et connaît les lieux et habitants (donc figurants). Ils l’éliront d’ailleurs maire de Carmel (Californie) en 1986, année du Maître de Guerre. Eastwood possédait déjà sa maison de production (la Malpaso Company, fondée en 1967) mais n’était le milieu restait sceptique ; le succès commercial de cet essai lui ouvre directement la voie à une carrière alternative florissante (où le chef opérateur Bruce Surtees le retrouvera souvent). À ce stade les influences semblent être les meilleures de ses fréquentations (dont celle de Siegel), notamment européennes (méthodes de Sergio Leone). L’héritage de Hitchcock se ressent dans les moments de suspense ou aux portes de l’Horreur. Le thème de l’érotomanie était alors assez neuf au cinéma et connaîtra sa plus fameuse et méchante vulgarisation avec Liaison Fatale, où Glenn Close est dans une transe très proche de celle d’Evelyn. Quarante ans après Un Frisson deux films français proposeront un point de vue interne : Anna M avec une coupable victime et A la folie pas du tout, avec Audrey Tautou comme égérie d’une déformation romanesque et fantaisiste.

Note globale 76

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Fog/Carpenter

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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