THE GREEN INFERNO **

15 Oct

3sur5  Après avoir parodiées quelques marchandisations obscènes (liées au tourisme international) dans ses deux Hostel, Eli Roth renchérit dans le gore corsé avec Green Inferno. C’est une tentative de réactualiser le film de cannibales hors de l’exploitation crasseuse dont il est issu et où il a brillé dans les années 1970-1980. Experts de l’exploitation grotesque, les italiens ont été les gros fournisseurs, laissant des Cannibal Ferox, Anthropophageous et consorts à foison. Cannibal Holocaust a acquis une notoriété internationale et est devenu un de ces films ‘maudits’ générant un mythe plus troublant que l’objet lui-même. Son réalisateur Ruggero Deodato est apparu dans le second opus de Hostel dirigé par Eli Roth. Green Inferno fait largement écho à ce Cannibal Holocaust dont Winding Refn (Bleeder, Bronson) est également un admirateur.

Dans les deux cas un groupe de jeunes chasseurs de primes ‘symboliques’ se retrouve prisonnier d’une tribu de cannibale ignorant le reste du monde, convenances et technologie occidentale y compris. Cannibal Holocaust mettait en avant des journalistes, cette fois ce sont des activistes ‘green’. Les personnages sont dépréciés systématiquement mais, sauf dans le cas du dernier abandonné, en restant dans le réalisme. Le spectateur doit pouvoir s’y retrouver ou les repousser. Le point de vue est ‘déterministe’ avec quelques dérapages humoristiques (crises de ‘décontraction’, scène de l’araignée). Le film est dans la superficialité fringante. Il ne développe pas ses personnages, traîne souvent, ne creuse aucune des pistes ou des idées qu’il brandit à moitié via un dialogue ou une réaction inespérée. On reste dans l’action, sur une grande ligne entourée d’aigreurs planquées et de faussetés intéressées. La violence est le seul domaine où Roth se lâche, le rituel de la prêtresse atteignant des sommets. Les tortures mesquines et préparations grand-guignoles survenant par la suite restent sidérantes.

L’ironie cruelle chère aux films de Roth est policée mais toujours très politisée. Le ‘green inferno’ est double et la sélection de la survivante reflète probablement une préférence (cette jeune fille plutôt consciencieuse et acceptant de se frotter aux contradictions ‘morales’ et culturelles, par rapport aux poseurs avec leurs bons services manifestes et insipides). Sa réaction indulgente à la fin du film est ambiguë, car elle pourrait être d’abord motivée par la volonté de sanctionner l’hypocrisie de son entourage et de sa civilisation, que par empathie pour les bourreaux [primitifs donc] fragiles. L’introduction des comptes Twitter des acteurs dans le générique de fin est une surenchère dans l’ironie de la part de Roth : le mépris à l’égard de ces ‘idéalistes’ fantoches et mondains semble officialisé. Cette initiative insolite peut cependant avoir une vocation plus technique ou commerciale ; s’agit-alors de simple opportunisme, d’une espèce de test ‘gratuit’, ou bien est-ce qu’en dépit de sa morgue tempérée ou déguisée le film cherche à marquer des points en ‘sympathie’ ? Les souffrances extrêmes même simulées auront pu créer des liens imaginaires ; le public présent sur les réseaux sociaux pourrait vouloir y retrouver les ‘stars’ d’un tournage aussi exotique (qu’il s’agisse des décors chiliens et péruviens, de cette tribu et ses mœurs, ou d’un déchaînement viscéral si éloigné des arrières-plans conscients du monde moderne et de ses milliards de sujets).

Au milieu cette boucherie dans la jungle, un point reste douteux. C’est le maquillage des acteurs la nuit, dans la cage (et de façon plus diffuse le reste du temps) : leurs peaux sont trop lisses, ils sont presque pimpants malgré quelques détails (comme une trace coagulée). Ces écolo charlots sont trop bien conservés et une diarrhée n’y change rien, quoique si ce genre de percées potaches relève la sauce. Cependant Roth y trouve l’occasion de faire éclater le cynisme, avec succès même si c’est par assertions ou mini-joutes isolées. L’équilibre entre sincérité et assujettissement est finalement plus convaincant : ils sont là pour être odieux, mais ne deviennent ni des bouffons ni des salauds clinquants. Ils sont simplement en happening écolo de confort (dans le contrat c’était un voyage guidé), comme d’autres pratiquent le happening socialiste, réac ou libertaire avec inconséquence, au mieux en postant sur le Net, en se déplaçant et posant une ou deux journées pour parader. En prenant l’humble aliéné (ici les travailleurs bûcheronnant l’Amazonie) pour un responsable direct, en oubliant que l’autochtone n’est pas à disposition pour leurs désirs ou leur mépris. Si les spectateurs peuvent aimer ce film sur le principe, c’est parce que des privilégiés, conformistes au plus haut point, mais jouant les vigies universalistes et les avant-gardes, se font déchiqueter.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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