LA GRANDE FROUSSE **

15 Oct

2sur5  Sixième film sur la soixantaine réalisés par Mocky, La grande frousse fait partie des collaborations entre ce gueulard de service et Bourvil. Tiré d’un roman de Jean Ray, il devait s’appeler comme lui La cité de l’indicible peur : c’est avec ce titre qu’il est sorti en version complète en 1972 puis lors de sa ré-édition DVD. Mocky le désigne par ce nom et ce film a été une expérience négative pour lui, la brouille avec ses collaborateurs, l’insuccès public (et critique) s’ajoutant à la ‘sape’ du distributeur.

Par rapport à ce que Mocky présentera par la suite, notamment au siècle suivant, cet opus impressionne par ses qualités de mise en scène. La photo est relativement sublime, les mouvements de caméra courants et élégants. L’esthétique Mocky se reconnaît cependant : mode de narration haché, speed et bourru, tonalité farfelue, personnages hauts-en-couleur soutenus par des acteurs autorisés à afficher les rouages de leur jeu, participant ainsi à un climat ironique. L’intrigue, à proximité d’un surréalisme ‘lisible’, se frotte au fantastique et à l’épouvante (Mocky ira vraiment dans ce genre avec Litan la cité des spectres verts en 1981).

On se balade beaucoup mais traîne un vide, rempli par une abondance de traits d’esprits, jamais mûris, souvent fougueux. Cette Grande frousse est un film ‘de dialogues’ (écrits par Raymond Queneau, initiateur du projet) sans grâce, mais avec quelques éclats, via Vergus et ses expressions biaisées (« je suis un no man’s land » quarante ans avant Katerine). C’est aussi un film où se regarde pas soi ce qui évite de réaliser l’immoralité des redresseurs ou simples observateurs de tort) et se contente de charger des ‘ennemis’, voire des hommes de paille (même A mort l’arbitre est dans ce registre).

Comme souvent, Mocky n’est pas dans la critique, juste dans l’humeur, au point de sombrer dans l’auto-complaisance. La médisance du type aux jumelles (Franqui par Francis Blanche) est peut-être défendable, même légitime, mais il en est à observer les gens dans leur intimité et n’est pas plus glorieux que les autres, son statut de semi-handicapé très pittoresque n’y change rien – et l’aide peut-être à n’avoir rien de trop sombre puisque ses faiblesses le condamnent à la douce médiocrité innocente.

Cependant Mocky a le mérite d’être frontal, dans le style et dans les opinions (pique finale contre la police : simpliste et transparente). Cette fois sa cible n’est pas tant les puissants que leurs relais serviles et intéressés : « les honnêtes gens », c’est du bidon ! Cela donne une vision sombre et ridicule avec des petits bourgeois mesquins, partisans du lynchage, flattés et encadrés par des autorités lâches (les inspecteurs qui ont réponse à tout) et grotesques (le politicard lissé, mondain, porté par le besoin de parader avec son faux sourire de vampire).

Note globale 47

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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