BLACK DYNAMITE *

10 Mar

2sur5  La blaxploitation est un courant de films mettant au premier plan des acteurs et des milieux afro-américains. Strictement états-unien, il a sévi dans les années 1970 à partir de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) et notamment été marqué par les aventures de Shaft. Ces films étaient toutefois souvent produits par des blancs et brillaient avant tout par leur propension aux clichés, éventuellement à la bêtise ou au quasi cartoon. À l’égal des « films indépendants » sundanciens dans les années 1990-2000, ils se sont accumulés sur un temps court en reproduisant les mêmes figures, au point que le mouvement s’est éteint au bout de quelques années. Ils laissent cependant un héritage important, notamment chez les cinéastes ‘geek’ et nanardophiles (comme Tarantino avec Jackie Brown pour lequel il embauche Pam Grier).

Parodie et hommage à la blaxploitation, Black Dynamite est fidèle à ses promesses. Il rabâche sans arrêt sa volonté de viser bas et s’avère d’une intégrité exemplaire. Le spectacle se veut sûrement cool et agréable plutôt que drôle ; autrement dit, la farce est fun plus qu’hilarante. Si ce n’est pas effectivement le but des auteurs du film, c’est au moins le souhait à formuler pour optimiser la séance. Car en tant que comédie Black Dynamite est d’une paresse tout à fait ordinaire : sous le kitsch, rien ne le distingue des pantalonnades grasses comme le marché de la vidéo et les prime time d’été en sont inondés. La médiocrité de Black Dynamite n’est donc pas remarquable : elle est simplement typée.

Le film beauf des familles, avec bêtisier final et fluides dans la chantilly, a maintenant son emblème blaxploitation. Le grand succès qu’il a rencontré vient peut-être de cet alignement, opéré en sourdine mais néanmoins flagrant. Une démagogie assumée lui permet de garder ses acquis ; évidemment une telle gaudriole est inoffensive, bien qu’elle cogne sur des cibles entendues (la raclée mise au président des USA, « Richard le parano »). On peut venir à BD en acceptant d’être secoué, porté dans un délire autre, vintage, peut-être marqué par une emprunte ethnique et culturelle forte : rapidement ce genre d’ouverture s’avère obsolète. La fabrication est cynique et compte sur la connivence – ou l’abus de médicaments. Le repompage est créatif au minimum : nous sommes au stade best of en costumes, imitant avec sophistication les lourdeurs du genre : split-screens et jingle envahissants, raccords douteux, etc. Le plus puissant marqueur de la blaxploitation, la musique, n’est mis en valeur que pour glisser des pointillés funky, jamais de façon positive.

Consciencieusement grossier et absurde sur la forme, tout ce fatras est vulgaire au pire sens du terme sur tout le reste. La tendance revendiquée au collage sert de cache-sexe à une écriture amorphe. L’essentiel des gags et des préoccupations renvoient aux élans les plus primaires et vite résolus : on patauge dans l’animalité (seule garante d’un semblant d’intensité), les délires interminables autour des vices (fourberie des asiatiques) et vertus des races (service trois-pièces massif des noirs, une fierté existentielle dont la remise en question ne laisse qu’une issue : le suicide). Seth MacFarlane (Family Guy, American Dad), même dans ses passades les plus tièdes ou abruties (Ted), aurait pu faire un excellent travail avec ce matériau, qu’apparemment personne autour de Scott Sanders (DJ et réalisateur novice – juste un film avec Baldwin auparavant) ne souhaite prendre en charge – sinon pour moisir dans des reliques puantes mais pertinentes entre initiés ?

Malheureusement cet univers tellement chéri est passé à la moulinette de l’anté-mockbuster visqueux et douillet imitant le nanar rocambolesque. On tourne au vomis cotonneux, à savourer entre amis et avec les mioches, à condition d’y trouver quelques réminiscences, un genre de reflet, ou peut-être se sentir une dette, un besoin d’admirer de la sous-culture jouissant de sa débilité. Sinon on voit trop bien qu’il n’y a là qu’un cousin hype et couillu de Big Mamma et Professeur Foldingue. Si le spectateur n’est pas taillé (par ses attaches ou par sa constitution) pour la complaisance, il lui reste en gros deux solutions : compter sur son affection pour les vannes grasses pépères, ou passer son chemin. Le soin dans les lumières et dans la reconstitution, le soin même à déployer des ressources humaines et une mythologie faiblardes, ne peuvent pas tout justifier.

Note globale 41

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Comme un voleur + Nixon

Scénario & Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (1), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :