SHOCKER ***

12 Fév

4sur5  Tourné entre L’Emprise des Ténèbres (1988) et Le sous-sol de la peur (1991), Shocker est l’un des opus les plus jouissifs de Wes Craven ; et serait clairement le meilleur s’il n’y avait le remarquable Freddy sort de la nuit. À l’époque, Craven et ses investisseurs (d’Universal) ont l’ambition de lancer une nouvelle saga d’horreur, afin d’assurer la relève de Freddy Krueger (le pédo grand brûlé et Les Griffes de la Nuit sont d’ailleurs cités via le matelas d’eau ; à noter aussi, le cameo de Heather Langenkamp). Compte tenu de l’échec commercial rencontré par Shocker, il faudra attendre et compter sur Scream, le slasher révolutionnaire (mais auto-destructeur). Horace Pinker était pourtant un boogeyman remarquable : une bête hostile et probablement psychotique, un démiurge sleaze interprété par Mitch Pileggi, le futur Skinner de X-Files.

Au lieu du pilote d’une énième saga d’horreur, Shocker s’avère un parangon du Bis offensif, une bombe so 80s à l’imagerie musclée (avec la BO thrash supervisée par Desmond Child), entre kitsch morbide et grand-guignol dantesque. Les facultés du tueur, qui passe de corps en corps comme dans Hidden (1987), sont exploitées avec brio. L’originalité sur ce point fondamental n’est donc pas complète, mais le film grouille d’idées (le fauteuil hanté, la baignade au clair de lune, le fantôme de la fiancée), d’initiatives (souvent laissées en plan) et enchaîne sans répit les séquences fortes. Il y a toujours du ‘gris’ dans la mise en scène, une odeur de poussière et de bitume, se mélangeant à des effluves fantasques – et plus encore, à un envers du décors de soap propret (l’ombre de Retour vers le futur plane, totalement pervertie). Jusqu’à la descente mortifère des flics (et au massacre initial), l’orientation est encore obscure. Bientôt l’ironie s’estompe, le semblant de mélo un peu gamin et franchement poisseux se fait grignoter par des uppercut horrifiques d’une obscénité rare, presque tristes s’ils n’étaient si spectaculaires.

Le film semble nourri de tendances contradictoires mais son énergie, voire son hystérie, l’emportent (occasionnant des déferlements de violence et de barbaque impressionnants). Elle réconcilie par la force ces possibles ambiguïtés et corrompt la vigilance à l’égard des flottements dans l’écriture. Craven n’a pas eu peur de l’insolite, donc du ‘nanar’ d’apparence : la vision de cette gamine de sept ans possédée par l’esprit du tueur (et traînant sa jambe en éructant comme lui l’aurait fait) est aberrante, le maintien de la course est payant : avec la BO très appuyée, l’effet l’emporte sur les a-priori ‘objectifs’. Certaines œuvres se perdent et s’inhibent pour ne pas laisser prise aux critiques, pour ne pas trop se détacher des coutumes ou du vraisemblable ; Shocker n’est pas de celles-là. Il peut donc parfois tordre certaines ‘logiques’ pour persévérer dans sa furie : par exemple, Pinker rate quelques occasions et loupe des tirs faciles qui pourraient clore l’histoire (cela dit, le maintien en vie de Jonathan est essentiel à son divertissement).

Bien qu’il soit tout à fait loufoque, Shocker arrive à avoir un certain retentissement intime, presque à émouvoir mais avec ses options sauvages (comme Freddy 2 et 5). Au travers de Jonathan, il amène à ressentir la solitude d’un orphelin face à un prédateur violent. Ce tueur, démonisé sans passer par un quelconque dogme, emporte tous les gens qui l’aiment, tous ses proches, saccage ses repères et révèle la fragilité de son bonheur, la difficulté pour lui de trouver un équilibre crédible (ce qui pourrait être l’effet de son adoption, apprise au cours du film – et renvoie à sa relative gaucherie lorsqu’il tâche de se fondre dans des rôles sociaux typiques, d’occuper des places claires, au début). D’ailleurs Pinker le dément a des préférences : tuer c’est bon, décimer des familles c’est l’extase. Sa carrière dans les ondes s’achève avec un clip burlesque, un râle démonstratif et pop’culture relevant du sous-Tueurs nés (le film de Stone sort peu après), où il poursuite Jonathan au travers des programmes télés.

Note globale 75

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Kalifornia + Society  

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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