LE SOUS-SOL DE LA PEUR *

7 Fév

2sur5  Wes Craven est identifié comme un des principaux artisans du cinéma d’Horreur américain de la fin du XXe siècle. Pourtant il ne doit cette réputation, légitime compte tenu de son influence et de ses exploits stylistiques, essentiellement qu’à Scream et aux Griffes de la nuit, ainsi qu’aux sagas assorties (Scream et Freddy). En-dehors de ceux-là, sa carrière est très aléatoire, avec plusieurs plongeons en eaux troubles. Les deux films ‘cultes’ des débuts, La colline a des yeux et La dernière maison sur la gauche, honorés par des remakes assez sophistiqués (en 2006 et 2009), ressemblent à des sous-Massacre à la tronçonneuse ou des sous-Mad Max.

Le sous-sol de la peur fait partie de ces opus de second rang dans l’œuvre de Craven, échappant au banc des refoulés (comme Un vampire à Brooklyn, La ferme de la terreur ou le téléfilm Invitation en enfer). Il met en avant un enfant black issu des ghettos, égaré dans l’immense demeure d’un couple de riches blancs après une tentative de cambriolage. Les injustices et les tourments sadiques qu’ils infligent justifient cette intrusion, ainsi que l’aspect cool et candide (‘de bonne foi’ et même ‘dans son bon droit’) des assaillants. La séance va osciller entre l’horreur la plus virulente et euphorique, dans la lignée de Shoker (précédent opus de Craven), tout en renvoyant aux films d’aventures pour enfants, à leur limpidité et à la sincérité de leurs petits héros. Par conséquent l’ADN du film est très originale et sa construction franchement sauvage. À l’écran cela donne l’impression d’un effondrement permanent, dénié par l’outrance des méchants et le volontarisme puéril des opprimés.

La violence extrême de L’emprise des ténèbres (deux opus plus tôt) est proche, des protagonistes dignes de Casper et Denis la malice se disputent le temps de présence : c’est d’un kitsch flagrant et déraisonnable, même dans le contexte de son époque (1991). Craven cherche à extérioriser sa conscience politique de Castor Junior à la traîne : il veut dénoncer, jouer au Gremlins clashant la société américaine. Il s’attaque donc à des dominateurs de longue date (famille de propriétaires immobiliers), sur la pente de la dégénérescence même si leur prédation s’emballe (la résidence doit être bientôt rasée) : c’est l’establishment bucolique conservateur, fanatique mais passablement asocial, limite séparatiste dans les faits tant son indépendance est profonde (elle favorise et atteint le délire).

Donc les méchants sont chargés et déversent leurs excentricités avec insouciance, ce qui est bon pour le show (avec quelques non-sens corsés comme le running gag de la combinaison SM). Malheureusement Craven est perdu au-delà de la performance : il y a plus de rugissements que de pièges dans la maison et de rebondissements dans l’action, plus de couloirs que de surprises, plus de mines effrayées que de flirts avec quelque monstre sérieux. Aucun élément supplémentaire n’est apporté au cours du film, les caractères restent aussi vierges et statiques. En face du couple de gros-bourgeois versant dans le white trash (peut-être inspirés par Delphine Lalaurie, le bourreau d’esclaves interprété plus tard par Kathy Bathes dans American Horry Story 3), tout le monde est gentil : le film est mielleux et sans ironie sur ce point.

Il est sans panache également, Craven étant généralement trop mou pour être identifié au fond ou pris au sérieux dans ses sympathies, surtout lorsqu’elles se politisent (à côté Invitation en enfer fait brûlot). Au moins Joe Dante s’investit clairement et a un jeu à déballer (Small Soldiers, Vote ou crève). L’ironie ultime est qu’en dépit de cette insignifiance, Craven arrive à la démagogie la plus vile en fermant son film sur une vendetta qui paraît d’autant plus obscène que ses motifs sont séparés de toute la foire qui s’est déroulée. Cela fait beaucoup de générosité éparpillée et de bons sentiments dispensés en vain. Finalement c’est une farce bête, un Goonies horrifique sans sève ; et plutôt un raté par rapport aux ambitions affichés de Craven. À moins qu’en vertu de son coté patchwork et de ses qualités techniques plus qu’honorables, il soit apparu à son auteur comme une réussite – voire la preuve d’une maturité décontractée. L’unique argument sérieux est donc Wendy Robie.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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