LE CRIME FARPAIT **

11 Oct

3sur5  Le film s’ouvre sur le laïus d’un produit ‘surhomme’ d’aujourd’hui, Rafael (Guillermo Toledo) abolissant le quatrième mur pour se présenter : excellent comédien, incarnation selon lui de l’homme « élégant » assertif. Il se trouve ainsi en décalage avec le beauf ordinaire, bloqué par ses interdits mais surtout, soyons francs, sa paresse, sa médiocrité et ses insuffisances. Evidemment ce genre de Narcisse se croie éternel vainqueur même lorsqu’il n’est pas tout à fait en haut de la chaîne alimentaire ; en attendant il est à la tête du rayon femmes dans un magasin de luxe, le Yeyo’s madrilène, ce qui est déjà inaccessible au commun des ploucs. Lorsqu’une mort similaire à celle de Very Bad Things se produit, son monde menace de s’écrouler.

Heureusement l’une des seules employées qu’il n’a pas goûtée, c’est-à-dire le laideron intégral en contraste avec ses collègues, lui donne un alibi. Lourdes a surveillé les activités de Rafael ces dernières années et va étendre son emprise sur l’objet de ses fantasmes. Il devient dépendant de ses turpitudes, lui permet de gravir les échelons et surtout de trouver le partenaire sexuel et mari qu’elle n’aurait jamais eu. Rafael est passé à côté de la chute pour rejoindre l’enfer. Les humiliations s’enchaînent et les troubles apparaissent (crises de parano, mort revenant sous une forme rappelant les bouffons d’Action mutante), en plus de la crise d’une star dont toutes les aspirations à la gloire, à la puissance et surtout à la beauté sont anéanties. La flamboyante mais fragile identité vole en éclat.

Ce septième opus d’Alex de la Iglesia est toujours aussi malin et grossier, porté par un rythme euphorique. Les ingrédients sont plus gentils que d’habitude, le message sur l’apparence banal et indistinct. L’écriture et le traitement de thématiques parfois très ambitieuses est toujours ainsi chez De la Iglesia : aussi courtes que clinquantes et nourries d’évidences. De la Iglesia est un magicien obscène (Le jour de la bête), avec sa sensibilité de freak (Balada Triste) et une intelligence de surface, pétillante, mettant tout dans la démonstration : gags jubilatoires, humour féroce, tendance au clip, casting de gueules et d’hystériques appliqués (Monica Cervera et sa fascinante dégaine, qui lui a valu de jouer le travelo dans 20 cm), bouffées ‘philosophiques’ ludiques. Du grand-spectacle, grand-guignol, agile et exalté, avec ses réflexions sans suite et ses poses sans fond.

Note globale 62

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Les Nouveaux Sauvages + L’Associé du diable

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “LE CRIME FARPAIT **”

  1. Moonrise octobre 11, 2015 à 16:55 #

    J’ai trouvé que le film traitait plutôt bien de la place de l’apparence dans la société, sans la niaiserie épuisante qui va habituellement avec. C’est peut être un sujet banal (bien qu’il n’y ait pas tant de film pour en parler finalement), mais je ne trouve pas le fond indistinct pour autant. Il n’y a pas de « gentil » dans ce film, pas de parti pris.

    Alex de la Iglesia a dépeint une situation où bien que le matérialisme soit mis à mal, la mentalité qui vient le remplacer (« la beauté est superficielle », « L’amour vrai passe par le mariage ») n’équivaut pas à une société nécessairement meilleure ou intrinsèquement différente. A la fin du film, le statu quo valorise la vieille fille moche et complexée plutôt que le mâle alpha et libertaire de base. La mode « clown » de la fin vient souligner le grotesque de toute cette mascarade des phénomènes de mode ainsi que du mouvement de l’opinion en général, qui n’est menée que par les désirs de celui qui aura su le mieux magouiller.

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