OTHELLO – A DOUBLE LIFE (Cukor) ***

2 Fév

4sur5  Cet Othello n’est pas une adaptation comme celui de Welles ou la version avec Laurence Olivier. C’est le dernier drame d’un comédien entrant dans la peau de l’amant tragique shakespearien. Comme son interprète Ronald Colman, acteur sur la scène avant de connaître une gloire supplémentaire avec le cinéma parlant, le protagoniste est chargé des sentiments et tournures d’âmes de ses multiples rôles – comme d’autres crouleraient sous le poids des malheurs du monde, des responsabilités ou leurs chimères privées.

Il s’identifie à cette galerie, qui lui fait être tout et son contraire ; mais ailleurs, soit pour le divertissement des autres, soit dans ses moments d’évasion invisibles. Ces derniers sont plus difficiles à communiquer, le film les éludent d’autant plus facilement que l’heure est grave et le monstre a pris un nom, un seul. Hollywood était alors (en 1947) ensorcelée par la mode psychanalytique, A Double Life (titre VO, la VF cite direct Othello) rejoint la masse des contaminés. Cet opus (écrit par le couple Kanin/Gordon) ne cède pas aux explications théoriques ou aux fouilles régressives. Il se concentre sur un trouble présent, poussant les risques du métier d’acteur à leur comble.

Les scènes de panique ou de confusion ponctuent un ensemble fluide et policé. Tony/Colman est embarqué dans une hypertrophie égotique morbide (oscarisée en 1948). Il compte exalter son identité et ses désirs, il les refoulent et les déplacent simultanément ; il arrive à se dissoudre, tout en préparant le terrain de sa mise à nu. L’introjection comme mode de vie coûte cher. À côté de cet exercice, le développement est neutre et élégant (les présentations sont communes, les bavardages abondants et souvent sophistiqués). Le programme est rapidement prévisible, c’est pourquoi l’investigation policière sera courte, le piège réservé à Tony sera son meilleur morceau. George Cukor signe un film limpide, raffiné, aux accès de lourdeur justifiés, arrivant à cumuler une certaine préciosité et une belle efficacité.

Surtout retenu pour ses comédies musicales à venir (Une étoile est née, Le Milliardaire, My Fair Lady), Cukor était déjà un réalisateur influent et installé. Au moment où sort cette reprise du Maure de Venise il a déjà Femmes et Philadelphia Story derrière lui. Il s’était déjà inspiré de Shakeaspeare en livrant son Roméo et Juliette en 1936. A Double Life marque aussi l’entrée dans la lumière de Shelley Winters, jusque-là habituée aux figurations et notamment à être une potiche rangée derrière l’égérie du secteur – Marilyn Monroe. Elle interprète la fille plus ‘peuple’ sur laquelle Tony lâche ses mauvais instincts, lorsque sa maîtrise de l’environnement et de son image dégénère – faisant sauter les dernières digues avant le déchaînement et les ultimes attaches à son identité unique et véritable.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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