DRÔLE DE FELIX **

25 Fév

3sur5  Le couple Ducastel/Martineau nourrit depuis Jeanne et le garçon formidable une œuvre solaire, versant régulièrement dans la comédie musicale, prenant le parti de la désinvolture. Les homosexuels y sont omniprésents, le militantisme est du côté de la naïveté (Crustacés et coquillages est un sommet). Drôle de Félix est leur second film, un road-movie partant de la Normandie pour s’achever en Provence, centré sur un jeune homme traversant la France pour retrouver son père. Le voyage se déroule par étapes : sur la route Félix trouve un substitut de « petit frère », de « grand-mère », de « cousin », de « sœur », avant de trouver celui du père. Sami Bouajila dope sa carrière avec ce rôle : il atteindra son apogée en 2006-2007 avec Indigènes et Les Témoins de Téchiné.

Le ton du film est ambigu, puisqu’il épouse l’optimisme guilleret portant Félix tout en établissant régulièrement une certaine distance aux personnages, pour mieux mettre en relief et accepter leurs parts moins nobles, leurs égarements, leurs dénis ou limites manifestes. L’avant-dernière partie avec la « sœur », mère de trois enfants traînant leurs pères sur-mesure, montre Félix se crisper, devenir borné dans les discussions et se victimiser à outrance. De plus Félix est généreux en petites excentricités niaises et régressives. Son point de vue justifie quelques détails grossiers : par exemple, cette scène avec un gamin choisissant une glace aux boules roses pendant que ses parents s’embrassent, sous le regard tendre, fier et bienveillant de Félix, sûrement enchanté d’apercevoir une future recrue.

Pourtant même quand est donné de quoi être exaspéré, moqueur ou circonspect, la sympathie l’emporte car on est placé dans une optique de découverte, sans aucune émotion prescrite. Dans l’ensemble, ces gens sont poussés à cohabiter et font avec, sans se mentir sur leurs sentiments mais sans se bloquer, restant naturellement enthousiastes. Drôle de Félix accroche parce qu’il amène à la différence : pas en terme de groupes, qu’ils soient sociaux, ethniques ou d’affinités sexuelles, mais en terme d’individus. On profite d’une variété d’attitudes, de personnalités, se trouvant à s’endurer, partager des moments, en acceptant d’être surtout des visiteurs ou des témoins isolés pour les autres.

L’étape la plus heureuse est sûrement celle avec la grand-mère de circonstance (jouée par Patachou, chanteuse dans les années 1950 et actrice plus tard), une vieille femme énergique qui le recueille pendant qu’il s’égare en Auvergne. Celle du cousin est très courte mais cela correspond à l’état d’esprit qui la mène, l’envie de plaisirs francs et d’échanges futiles, sans engagement. C’est au fond l’effet produit par cette balade, où l’identification semble être un bonus pour cœur de cible, le recul général (non sans malice) facilitant la participation des autres. Le film peut heurter tout de même, même chez les hétéros les moins allergiques : le métrage n’est pas prude puis surtout, la tendresse et la simplicité de certaines séquences gay peuvent embarrasser – ou renvoyer à cette circonspection un peu lourde que le côté random et doucement exalté inspirent dès le départ.

Note globale 57

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (2), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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