LA FOLIE DES GRANDEURS ***

10 Fév

3sur5  Dès 1960, Gérard Oury a l’idée de convertir Ruy Blas, pièce de théâtre romantique de Victor Hugo, en comédie sur grand écran. Pendant deux ans (1960-62), la pièce est jouée à la Comédie-Française sous la houlette de Raymond Rouleau. Chargé d’interpréter Don Salluste, Oury participe à son triomphe ; ce succès en tant qu’acteur compense l’écho mitigé rencontré par le très jeune cinéaste (il vient de présenter La Main chaude et enchaîne avec La Menace). Mais dans les années à venir le vent va tourner : Le Corniaud et La Grande Vadrouille dépassent les 10 millions d’entrées et deviennent des classiques populaires pour quelques décennies.

Oury se lie alors à Bourvil et surtout à De Funès. Les trois opus suivants (Le Cerveau, La Folie des Grandeurs, Rabbi Jacob) sont également plébiscités : ce n’est qu’avec La Carapate (1978) qu’Oury revient à un niveau de succès ‘raisonnable’ et sans grand retentissement à long-terme (L’as des as faisant exception). Après Le Cerveau, le tandem Bourvil/De Funès devait être reformé, mais le premier vient à mourir ; De Funès et Oury songent à abandonner le projet Les Sombres Héros. Ce dernier est finalement remanié pour devenir La Folie des Grandeurs (1971), permettant enfin à Oury d’adapter, quoique très librement, ce Ruy Blas tant réfléchi.

De Funès et Yves Montand sont en tête d’affiche, ce dernier étant dans la peau d’un paresseux narquois, robin des bois à la petite semaine, costume lui allant à merveille. De Funès incarne naturellement le fourbe de l’histoire, c’est-à-dire De Salluste, ministre du roi d’Espagne. Après avoir été limogé, il utilise son valet pour compromettre la reine (par une future recrue du X) et retrouver sa place. Le moteur du film est cette asymétrie entre les deux protagonistes, inséparables pour de mauvaises raisons, autrement dit liés par un destin tellement grotesque qu’on en oublie le tragique – la légèreté allant jusqu’à forcer le happy end marquant leur égalité, enfin, mais dans l’esclavage.

Là encore De Funès mène la barque, avec obstination et méchanceté, provoquant un nombre de gags bigger-than-life inversement proportionnel aux bénéfices escomptés : il ne réussit qu’à ruiner ce qui reste d’honneur et d’argent à lui et son compagnon (qu’il dresse en vain à jouer le nanti). L’humour est très expressif et visuel, n’évitant le frontal que pour les aspects grivois. De Funès est exploité avec une grande férocité. Sa performance est proche de celles effectuées sous la direction de Molinaro (Oscar, Hibernatus) et du futur Avare (adaptation de Molière, 1980). Par endroits ce jeu exubérant semble inspirer les futurs Astérix & Obélix et annoncer le Jacquard des Visiteurs (1993). Comme toujours ou presque chez Oury, l’ambiance est plutôt cartoonesque, hystérique et innocente, au point que ces folles aventures s’apprécieront mieux avec un regard d’enfant – ou des attentes élevées et exclusives dans le burlesque.

Note globale 64

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Cet Obscur Objet du Désir + Trinita + L’Etrange Vice de Mme Wardh + Le Roi et l’Oiseau

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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