CAROL ***

31 Déc

4sur5  Patricia Highsmith était une romancière américaine réputée pour ses thrillers lorsqu’elle publia sous un nouveau pseudo The Price of Salt (1952). La relation homosexuelle qu’elle y décrit s’inspirait de sa propre expérience et l’histoire avait un dénouement heureux. Plus tard elle inventera un vampire exhibitionniste qui sera l’objet d’adaptations fameuses au cinéma – Plein Soleil avec Delon et Le talentueux Mr Ripley, où Blanchett tient un rôle important. En 2016, Todd Haynes, réalisateur de Loin du paradis, porte à l’écran son roman tendancieux ; le film prend son nom alternatif, Carol et se déroule en 1952-53 à New York.

Todd Haynes livre un mélodrame hollywoodien classique et nostalgique ne cachant pas la source actuelle dans son point de vue, sans étaler de valeurs actuelles. Carol ne sent pas le soufre et ne règle pas de comptes, ne fait pas de procès. C’est une histoire d’amour frôlant le tragique sans pousser de hauts cris. Rooney Mara interprète un de ces personnages timides et alertes, ne laissant rien passer venant de lui-même. Son ami alibi Richard est un genre de rationaliste mi-école de commerce mi-lettré à jour. Cate Blanchett a un caractère plus trempé mais également dominé par l’introversion, peut-être artificielle. Elle appartient à la haute société et est en phase de rupture avec son mari ; une occasion de faire fructifier son art du maquillage et d’imposer doucement un équilibre en sa faveur. Ce personnage est plus développé, plus valable et satisfaisant ; l’actrice peut susciter l’admiration, Carol aimanter, la mise en scène ne la prend jamais en défaut, ses crises sont toujours censées et tempérées. Therese est impressionnée, Carol s’entiche de son « extraterrestre » ; l’amoureuse est probablement Therese, mais la passionnée c’est Carol. Malgré sa maîtrise, c’est elle qui se trouve en position de faiblesse, elle qui tranche malgré les risques et quand Therese reste prisonnière du brouillard ; enfin c’est aussi elle qui sous la pression, s’assume.

Le spectacle est sentimental, haut-de-gamme, froid, délicat ; rempli de sous-entendus et très formaliste, il recycle les fifties de l’american way dont la mode un demi-siècle plus tard a été consacrée par Mad Men. Parfois Carol embarque sur des séquences ou vers des plans merveilleux, glissant l’objet de rêveries dans la réalité fraîche et dure. La fin est positive, quoiqu’un autre film pourrait s’ouvrir à ce moment-là, mais la tension serait différente : il passerait sur l’espace social plutôt que personnel et familial – où il reste confiné ici (chez Haynes qui s’est attaché aux épouses nichées dans les cages dorées romanesques d’un certain âge d’or), malgré la promo ne ratant pas l’occasion de rappeler les crispations ou intolérances du passé. Au contraire le film chérit ce passé, quelqu’en soit les ambiguïtés ou les tiédeurs morales ; comme théâtre d’un amour et d’amantes empêchées, pour un temps, car même pris dans la fatalité il reste des choix à faire. Les agents de l’ordre sont cyniques (ils prétendent ne l’être que face à la société) mais les hommes floués ne sont pas (trop) confondus avec cette cruauté-là.

Note globale 72

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… A Single Man + Danish Girl  

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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