JUNO ***

2 Jan

.

3sur5 Juno est conçu à partir d’un scénario de Diablo Cody, romancé à partir de ses souvenirs du collège et rédigé dans un état d’esprit « cynique », ou elle ne s’attendait pas à convaincre un producteur ni même, prétend-elle, à présenter sa création. Et c’est tout à fait crédible, car Juno est dans le plus absolu relativisme. Non pas qu’il relativise le Monde entier, à la façon du cinéma bourgeois ordinaire (généralement pour créer des univers de rebellocrates libertaires ou d’happy fews hédonistes) : il relativise tous les clichés sur l’adolescence, sur les rapports inter-générations, sur la filiation. Et s’il part peut-être d’eux, c’est pour les trahir complètement, au profit de la vérité d’une adolescente face à des responsabilités et des choix de vie cruciaux, dont elle s’accommode sans idéalisme, sans recours aux fictions sociales, sans complaisance avec aucun ordre établi. A l’exception notoire du traitement des personnages masculins : hormis le père idéal (modèle d’empathie et de lucidité), ils sont tous irresponsables (le père adoptif), frêles ou évanescents (le géniteur). 

Souvent, Juno paraît trop désinvolte, dans son expression, dans ses tics. Comme son personnage éponyme, il a a tendance à se confondre totalement dans l’intrigue en cours, en se noyant dans un faux-recul, au point de sembler ne pas trop savoir comment aborder son sujet. Ce relativisme est à double-tranchant ; il est aussi humblement fallacieux, parce qu’il dessine sans prévenir un sentier, un cheminement subtil et pertinent, considérant les sarcasmes et les sales manies comme le masque déférent d’émotions et de questionnements tenaces, profonds, mais difficiles à cerner et plus encore à régler. Une tâche dont il s’acquitte brillamment, mais en sourdine, au point que les qualités du film, mais aussi sa puissante sensibilité, mettent du temps pour se révéler, mais avec quelle force !

Charmant, élégant et futé, Juno est aussi impeccablement neutre et étonnement clairvoyant sur le plan moral, tout moralisme désuet comme nihilisme cool étant snobés, au profit d’un esprit mi-acide mi-cotonneux. Jamais édifiant, rarement dans la leçon de vie, toujours dans le portrait cash et raffiné, Juno se révèle comme un éloge de la famille, un éloge sans œillères,  »ad hoc ». Paradoxal a-priori, il a simplement actualisé sa vision des rapports humains et sociaux, quand tant d’autres poursuivent des chimères actuelles ou bien des eldorado passéistes, cela d’abord -même si cela semblera curieux à certains- dans le cinéma indépendant américain. Ce n’est pas tellement un coup-d’avance sur son temps, c’est surtout une liberté prise sur les préjugés, même positifs ou bienveillants, de l’époque.

Sur la forme, c’est encore du « cinéma indépendant » standardisé, c’est-à-dire un « feel-good-movie », une œuvre aimable, un peu grinçante et généralement pertinente, choisissant le camp du réel pour le mettre en relief de façon ludique et  »vraie ». Les tics folks et autres manières simili-hippies traînent toujours dans les parages, mais par bonheur ils s’effacent en arrière-plan pour laisser place aux humeurs des personnages, à leurs conversations, leurs impulsions. Le coup du cartoon  »naif » et artisanal pouvait inspirer quelques sueurs froides voir des soupirs navrés, mais Juno s’attelle à raconter une histoire plutôt qu’à faire défiler les vignettes. Bien sûr, le film est peuplé de  »marginaux » mainstream, pour autant l’enjeu n’est pas dans l’anecdote, la constitution du parfait cliché alternatif, mais dans l’utilisation, réfléchie et pugnace, poliment frondeuse et parfois émouvante, du cinéma comme écrin d’un conte contemporain pragmatique. Avec une résolution, pour le coup, réellement non-conformiste (scepticisme ou manque d’égards envers une valeur sociétale pressante – et moins acquise aux US, l’avortement), au terme d’errances de fin de parcours pas loin du soap même pas taquin (ronflante séparation du couple).

Note globale 64

Interface Cinemagora

*

Ailleurs sur la BlogOsphère : la chronique de Chonchon, à l’enthousiasme plus tempéré, pas forcément pour les mêmes raisons

*

Voir l’index cinéma de Zogarok

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :