ANGRY BIRDS LE FILM ***

24 Août

3sur5  Après la série Angry Birds Toon et la version BD (2013 chacun), les finlandais de Rovio Entertainment balancent le produit dérivé final : une adaptation de leur application Smartphone sur grand écran. Les joueurs retrouveront le lancer d’oiseaux, dans une atmosphère exaltée et un univers très coloré, rappelant parfois Rio (Blue Sky 2011, auquel Rovio a rendu hommage avec l’édition spéciale Angry Birds Rio). Le film s’adresse en priorité aux enfants et aux familles, avec quelques sous-entendus plus ‘adultes’ (sur des variétés de violences ou déviances). Il comporte beaucoup d’histoires secondaires et donc de pistes digérées progressivement. La trame est forgée par des missions classiques ; ce qui change est le traitement de la hiérarchie et le coup-d’œil sur les attitudes sociales. Le début est radicalement speed et ‘normal’. Ces dispositions se maintiennent mais le film prend vite son envol, avec un bon timing dans les aventures et des contrastes ’tissés’ avec énergie. Le propos est ‘rebelle’ avec l’affirmation des vertus de la défiance et de la vigilance face aux menaces externes, puis dans une moindre mesures des croyances limitantes en interne. Le parti-pris pour le ronchon n’implique pas de céder sur la forme (il ne faut pas devenir ronchons nous-mêmes, mais plutôt reconnaître ses contributions lorsqu’on en tient un exemplaire mûr et utile). Pour la forme on prend un esprit exubérant et coloré, incluant des aspects repoussants ou médiocres, comme l’humour Franck Dubosc du gros cochon barbu, des gags éculés (ou des répétitions, comme le grognement de la brute taciturne – Skinner des 101 dalmatiens s’en tenait à deux coups)ou la musique de kikoos euphoriques.

Le protagoniste est un énième anti-héros sympa quoique mal-aimable a-priori (autre ‘cliché’ de fabrication : les références culturelles, ici modérées – détournement porcin de Shining notamment). Ici c’est l’oiseau rouge un peu boulet et très ‘ours’, toujours en train de se fâcher contre les approximations, les limitations et les non-sens de son environnement. Excédé par sa petite communauté de ravis de la crèche, il est envoyé en centre de gestion de la colère. On le blâme pour son ‘mauvais’ caractère, mais il n’a pas d’ennemis : juste une foultitude de moqueurs gentils et de moralistes gonflants sur le dos. Ce monde rappelle Demolition Man (film d’action avec Stallone et Snipes) et sa société aseptisée. L’île aux oiseaux a la beauté des paysages, une architecture pittoresque et beaucoup de gosses en plus. En moins : la psychose généralisée, l’enthousiasme excessif mais ‘normal’ prenant la place (en venant de l’intérieur et sans subir de domination comme dans Lego de 2014, délire [très ‘institutionnellement’ yolo] pour esclaves trouvant le masque de leur vacuité et de leur servilité dans le progressisme). Les oiseaux sont également plus sincèrement compatissants car affectueux, pas brisés, jouissant de repères forts tout en ayant un mode de vie souple et des gratifications naturelles. Dans les deux cas, le régime en vigueur est un autoritarisme ‘consciencieux’, aimable et prévenant.

C’est pourtant ce petit oiseau aigri qui va sortir du gouffre la communauté, sans pour autant qu’il ne devienne un ‘héros’ classique, les vertus presque surnaturelles de ces derniers étant d’ailleurs niées. Lorsque les cochons verts menés par Léonard apportent la technologie et des spectacles innovants, les oiseaux sont enchantés. Ils sont sous le charme mais aussi convaincus de tenir des améliorations pratiques. Or ces porcs (faux serviteurs et magiciens vicieux) amusent pour mieux endormir et préparer leur invasion, voire pire : le vol des ressources et de l’avenir de tous les oiseaux, via celui de leurs œufs. Ce rapt, ils l’exercent déjà en privant les oiseaux de leur paix et de leur intégrité (voire celle de leurs âmes, mais on élude ce terrain). Mais le rouge aux gros sourcils ne se leurre pas à leur sujet et n’a aucun enthousiasmes pour leurs produits surfaits (la destruction de sa maison dope son hostilité). Emmenant avec lui deux acolytes (la Bombe et Chuck le jaune), il va s’opposer aux cochons malgré sa solitude, accroché à sa colère mais aussi à ses impressions, plus tard validées par la réalité.

Angry Birds qui est un objet de l’industrie du loisir (droits du film achetés par Sony) nous montre que le divertissement peut être non plus seulement négatif (chronophage, amenant à rompre les liens, etc), mais carrément hostile ; le masque d’une prédation. La légèreté des oiseaux et leur complaisance sont coupables. En temps d’abus éhontés, l’acariâtre (voire l’oppositionnel) de service a raison (en tout cas, un boulevard s’ouvre pour lui, s’il est à la hauteur) ; son attitude est souhaitable pour se protéger et se conserver, même si elle gêne la concorde et est souvent stérile en temps de paix. Elle permet néanmoins d’empêcher la léthargie et parfois de favoriser le développement, en remettant en question les acquis ou les conforts gâteux. Le manque de conscience et l’hédonisme empoisonné sont les adversaires de la liberté et de la bonne marche, de la cellule jusqu’à la globalité et réciproquement. Grâce au soutien passif des masses, les menaces sur la collectivité, les individus et le territoire passent en douceur – menaces posées en termes matériels par le film. Paradoxalement, l’asocial (ou sociable contraint) est le seul à se préoccuper des vices de ces plaisirs mondains, à préférer l’intégrité du ‘pays’ aux modes, les catégories stables aux temps qui courent, la préservation aux gratifications actuelles ; pressé au drame, il passe de l’aigreur au pragmatisme, du désamour au sens des priorités.

Red n’est pas un génie obscur et n’a pas de talents prophétiques ; il a simplement été préservé des mensonges grâce à son attitude et à des traits de personnalité pourtant handicapants et inadéquats au quotidien. En réalisant « le sort du monde repose sur des idiots comme moi – et ça c’est terrifiant », il prend un électrochoc salvateur pour lui et pour les autres. Il découvre la norme d’un héros réel, fonctionnel, un homme banal sûrement mais éveillé ; il ne faut pas être exceptionnel pour agir sainement, il n’y a donc pas à déléguer les tâches urgentes à des habilités imaginaires. Ensuite Red trouve la meilleure façon de sortir de lui-même et de ses ruminations (comme le gros Terrence dépasse son état apathique et sombre via l’expression artistique). Le film est cohérent et sape le mythe d’Aigle Vaillant, sorte de ‘père fondateur’ quasi-divin mais aussi de super-beauf ‘winner’ américain, s’avérant totalement loufoque et irresponsable, voire pleutre au moindre début de péril. Le vieil aigle royal est un ringard 80s, appréhendé sous un angle ‘fun’ mais comme le serait un bouffon ou un tonton déluré sur lequel il ne faut plus trop compter. Le sacré des modèles ‘humains’ est sapé : les grandes figures sont faillibles ! L’autorité est pas forcément au-dessus de vous, dans sa nature, ses compétences, son entendement ; en tout cas l’autorité incarnée, les personnes jouant son rôle.

Angry Birds porte donc des vues émancipatrices, sans aller dans la flatterie ou la prose contestataire, en reconnaissant même certaines nécessités conservatrices. Voilà une alternative à Shrek (2001) : pas une ‘reprise’ car tout est très différent, mais chacun se place sur un terrain ‘populiste’ de façon délibérée et structurée. Le film présente également la communauté des oiseaux comme un petit état pris d’assaut par une puissance étrangère. La cité des cochons est bien plus avancée techniquement, même si les comportements y régnant sont vulgaires et primaires. Les efforts pour la justice et l’harmonie que consentent les oiseaux, avec succès (malgré les angles morts dont Red paie les frais), ne sont ici pas au programme, les ressources sont ménagées sans soin et avec une cupidité aveugle. Surtout : la contre-offensive des cochons, lors des représailles des oiseaux, est justifiée avec une mauvaise foi abyssale et dramatique. Officiellement et médiatiquement, on bombarde des oiseaux qui attaqueraient « sans raison ». Difficile de zapper l’équivalence avec le traitement public des démons du Moyen-Orient en 2016.

Note globale 67

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Enneagramme : Angry Bird ISTP 6 probable, La Bombe ISFj 9, le jaune ENtP 7.

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “ANGRY BIRDS LE FILM ***”

  1. Amphigouri août 25, 2016 à 18:17 #

    Angry Birds bientôt élu film le plus « réac' » de 2016 ? Si y’a bien un truc auquel je m’attendais pas..
    J’ai plutôt passé un bon moment, ça relève le niveau des productions débilisantes pour gosses. Bien que parfois trop « frénétique » pour moi.

    (J’imagine que t’es déjà tombé sur cette image ahah : http://i.imgur.com/gnHLukK.jpg )

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