Tag Archives: WTF experience

MIND GAME *

19 Mai

2sur5 La souffrance au cinéma a un nom, c’est Mind Game. Catalogue de tous les effets possibles dans son domaine, Mind Game est le Tueurs Nés de l’anime. Il aligne tous les aspects traditionnels, le pire notamment, comme ces attitudes à l’expressivité obscène ou ces visages démesurés, manie faisant douter de la santé psychique des créateurs et amateurs de mangas, mais surtout, pire, de leur jugement et de leur goût.

On s’oriente vers la logique d’accumulation, le sample et une animation plus occidentale dans certaines séquences, franco-belge pour être précis, avant de revenir vers les visages incrustés bien maladroits et les diapositives ringardes dans l’idée et absurdes sur la forme. Yuasa et son équipe balancent tout aveuglément, sans vision, sans cohérence, mais avec style, qu’on apprécie ou pas. Leur Mind Game est une sorte de Iskanov (Nails, Philosophy of a Knife) en anime ripoliné par Amélie Poulain.

Masaaki Yuasa, d’accord, ton, film est un OCNI, c’est bien compris. L’intention est une chose, il faut voir comment elle est accompagnée. Et Mind Game est vulgaire, criard, laid, le plus lourd y est au rendez-vous et la séance devient rapidement une souffrance, intense, sans répit. Mais une séance d’une rare générosité et une démonstration de furie créatrice. Toute imaginative qu’elle soit, il s’agirait de juguler la logorrhée automatique. Même les surréalistes se mentaient à eux-mêmes, aussi nous pouvons constater les ravages de l’intégrisme du non-sens et regretter d’être son cobaye.

Par ailleurs il est extrêmement suspect et déroutant de savoir qu’un essai comme Immortel (ad vitam) de Enki Bilal a suscité le dégoût quand cette torture haute-en-couleur est portée aux nues, certes par un cercle restreint de spectateurs. Mind Game a su intégrer les tops, même généraux, grâce à ces ressources, mais la notoriété risquerait d’abîmer sa réputation, aussi sa distribution réduite à travers le Monde (pas de sortie en France, tardive en vidéo) est un atout paradoxal.

Note globale 42

 

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Suggestions… Paprika + Matrix

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THE OREGONIAN **

13 Jan

the oregonian

2sur5  Grâce aux contacts de son réalisateur, The Oregonian est parvenu à sortir en salles en 2012, alors qu’il s’agit d’un produit expérimental sans le moindre argument solide en sa faveur : pas d’auteur ni d’acteurs fameux (Robert Longstreet a une toute petite notoriété, sinon rien) même chez les amateurs de cinéma underground, pas de promesses particulières, pas de thématiques sulfureuses ni même identifiées. Le film est demeuré très peu vu et connu mais est tout de même chez les pourchasseurs d’OCNI un des opus les plus cités au début des années 2010.

C’est WTF avec les moyens du bord et une jeune femme, incarnée par Lindsay Pulsipher. Accident de voiture, à la campagne. Le son déraille, bourdonne ; voilà une dame en rouge bien étrange ; puis Lindsay s’écarte de la route pour s’égarer en forêt. Elle arrive dans un village désert l’arme à la main. Hypothèse évidente : elle est morte ou au seuil de la mort. D’autres théories peuvent circuler mais elles ne pourront apporter d’éclairage plus solide que sur les nombreux éléments balancés sans justification.

Parmi ceux-là, une bonne tranche de délires triviaux transformés par une bonne grosse défonce. L’exemple le plus édifiant est celui du type descendant de voiture pour pisser : l’urine jaune coule, du sang, puis du ciment.. S’ensuit un long plan fixe face à la route (en mode Lost Highway sale – avec autoroutes pour gueux) avec les soupirs du gros porc et ses commentaires sur la bouffe entre deux râles. The Oregonian est autant un possible foutage de gueule qu’une tentative d’OCNI impénétrable assez branque et franchement moche, mais réussissant souvent à être glauquement ridicule à un degré assez fun.

Lorsque Lindsay débarque chez le porc à l’auto, là Oregonian devient le nanar psyché total. La scène avec les femmes en convulsions crachant de la peinture est une sorte de trip electroclash assez médiocre mais bien costaud. Le géant vert type pub Cetelem révèle progressivement sa vraie nature et les témoins mystiques foireux défilent. Il y a de quoi s’agacer mais l’essai est réellement divertissant, qu’il soit bidon ou sincère importe peu. Calvin Reeder, qui avait déjà signé le court-métrage The Snake Mountain Colada en 2009, a un talent assez remarquable pour faire exulter la laideur.

Son espèce de bad trip n’est même pas dépourvu de sens. L’idée : sur la dernière ligne droite, réaliser la fin de la liberté, ressentir sa perdition avant de goûter à l’hilarité de la situation et devenir un monstre comme ceux qui nous menaçait. Dernière ligne avant de s’évaporer biologiquement, mais peut-être aussi au moment de renoncer à son ego. Le film peut être rapproché de certains Lynch ou d’Alice et la dernière fugue, pour les intentions plutôt que le résultat. Il semble beaucoup sous l’influence du réalisateur d’Eraserhead et fait plusieurs fois référence à Twin Peaks. Sa vérité est celle d’une Heure du Loup dans un gang de paumés destroy.

Note globale 51

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Suggestions… The Theatre Bizarre + Le sadique à la tronçonneuse + V/H/S 2

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WRONG COPS ***

3 Jan

wrong cops

4sur5  Il y a d’abord eu Non-film en 2001, moyen-métrage où Dupieux annonçait ses intentions. Puis surtout Steak, avec le tandem Eric & Ramzy, comédie novatrice très mal accueillie mais continuant d’être discutée. Ensuite avec Rubber, Dupieux a voulu faire une espèce de méta-film : ça n’a pas marché. Il a beaucoup fait parler en raison de son incongruité déclarée et du pari fou promis par le pitsch, mais depuis un fossé s’est creusé. À tous points de vue : ses deux films suivants, Wrong et Wrong Cops, attirent un public plus étroit tout en arrivant comme des consécrations.

Maintenant Dupieux fait rimer ses univers absurdes avec un talent sidérant, quelque soit la « paresse » dont il se targue. Il ne cherche plus à les justifier par des mises en abyme ou des analyses ironiques comme dans Rubber, tout en ayant passé le cap du brouillon, certes avec sa part de génie, propre à Steak. Maintenant, l’auteur opère un contrôle serré sur son système, tout en validant son irréalité, sans la souligner, ce qui est du plus bel effet : comme ses personnages il évolue dans un monde tout à fait naturel. Nous sommes plongés dans une aberrante normalité, sans fausse distance faisant guise de commentaire.

En 2012 Wrong est une réussite mais incomplète, encore un peu otage de la torpeur de son univers insolite. La même année, Dupieux présente un nouveau court, Wrong Cops, chapter 1 : Monday. Au lieu de réaliser les six opus manquants d’une hypothétique collection, il opte pour le long-métrage ; cela donne Wrong Cops en 2014, intégrant le court avec ses seize premières minutes. Le résultat est déconcertant et hilarant. On se balade dans une réalité parallèle a-priori aux portes de l’enfer, caractérisée par une absence d’illusions totale.

Le monde des Wrong Cops est un territoire où le nihilisme a gagné depuis longtemps : il est tellement installé qu’il n’y a plus ni rêves ni cauchemars. Par conséquent, il n’y a de déraillements : ce monde est déraillé. Alors Dupieux le filme avec le sérieux absolu qui lui convient, dépassant la prise de conscience de la farce pour l’accepter comme un illuminé stoïque et décontracté. Il n’y a pas de sincérité, il s’agit de vérité totale : tout est normal et limpide, un ‘premier degré’ sans contenu a été intronisé par la Nature et il a tout enveloppé.

Lorsque l’officier Rough présente son morceau à son producteur, celui-ci croit faire face à une espèce de troll tout à fait lucide, ce qui serait dans un monde si absurde la seule possibilité façon d’exister avec distance. Mais ces gens sont WTF et grotesques par nature : il n’y a aucune sophistication, pas de déguisement de leur part, que ce soit physiquement ou dans l’esprit. Pour autant il n’y a pas d’ennemi manifeste, c’est la réalité qui est dingue : alors on suit le flux de la normalité, éventuellement comme un cinglé individualiste, ou bien on est morose et perplexe comme Judor ou Manson.

Il y a des manques tout de même, une gaucherie que n’avait pas Wrong : ainsi, cette intervention impromptue d’une tétraplégique dont le seul intérêt sera de lâcher une vanne sur l’infirmité. Cependant le film ne s’enlise jamais et regorge de moments très drôles : à l’hôtel avec Michael, le partage du morceau de Judor, l’enterrement où Sam Neill fait son apparition. Les personnages frôlent tous la perfection, les gimmicks sont excellentes, y compris cette musique « de porcs ». Wrong Cops laisse une abondance de ces petits éléments et ces punchline donnant envie d’y revenir, ce qui manquait justement à Wrong.

Enfin Dupieux réunit un casting brillant, avec à nouveau son ami Eric Judor, mais aussi Marilyn Manson en espèce d’ado dépressif et plusieurs comédiens humoristes américains aux registres relativement insolites. Ce Wrong Cops inspire de grands espoirs pour la suite, même si le casting du projet sur lequel Dupieux enchaîne directement (Reality pour 2015) semble inadéquat.

Note globale 75

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Suggestions…

Quentin Dupieux & Mr Oizo sur Zogarok >> Reality (2015) + Wrong Cops (2014) + Wrong (2012) + Rubber (2010) + Steak + Non-film

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