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VERONICA *

21 Mar

2sur5 Au début cela ressemble à de l’horreur au féminin, avec le trio versant dans l’occulte (comme à l’époque de Dangereuse alliance), une esthétique et quelques gratifications plus proches du soap pour ados que d’une mise en place pour Leatherface ou Sadoko. Très vite s’impose le drame d’une fille, plus perturbée par des éléments extérieurs que perturbée tout court (c’était le cas de May) – tombant sur le surnaturel et n’en devenant pas le sujet (c’était le cas de Jennifer’s Body). Son interprète et un brio technique indéniable font les qualités de Veronica (comme pour Thelma, mais là-bas les autres éléments ne laissent pas se développer un tel gouffre). Pour le reste, c’est une séance dispensable, potentiellement un raté.

Les actrices y semblent légèrement enlaidies, probablement pour cultiver une apparence d’authenticité et de sérieux (s’approcher de Carrie plutôt que de Destination finale), une fidélité à l’âge ingrat (naturellement, ni la caricature jubilatoire ni le culot triste d’un Solondz ne sont présents). Les cheveux moches et l’appareil dentaire voyant signent les 90s, l’enrobage est contemporain (avec l’inévitable électro retro-neon, ou plus spécifique et juvénile : la partie de ouija). La façon de filmer la tension, l’attente ou la panique, est globalement basique et actuelle – avec des manières impératives. Scénario branlant et mise en scène ambiguë convoquent les clichés avec empressement – à commencer par cette religieuse aux yeux pâles, soudain au milieu de la cour. Elle deviendra la dépositaire d’un savoir et d’un lien à l’indicible – et n’aura rien à donner ni d’autres signes distinctifs que son goût de la clope joyeusement décalé. Les rêves et cauchemars permettent d’accumuler d’autres clichés encore. Car le film est généreux quand il s’agit de matraquer pendant une scène ou de gonfler des détails d’atmosphère (par exemple nous partageons les morceaux écoutés par Veronica au MP3 – inventé quatre ans avant les événements).

La contrepartie c’est une évolution surfaite et faible. D’abord sur le plan psychologique : cette fille de 15 ans n’a pas fait le deuil de son papa (bien qu’il semble assimilé et qu’elle ait l’air blindée, ou simplement indifférente au passé) et il faut pouvoir (pas ‘devoir’) en tirer une lecture métaphorique, voire une échappée pour le ou les twist ending – hors de ça, l’anecdote ne sert à rien – surtout qu’il y a de meilleurs bibelots à exploiter. Ensuite c’est carrément le déroulement qui stagne, la faute à un scénario médiocre (peut-être inhibé, par des résidus de respect pour le fait-divers ?). La fille ne prend pas de dispositions contre ce qui lui arrive, anticipe trop tard ou insuffisamment, comme dans les pures baudruches de l’Horreur (catégorie où ne tombe pas celle-ci). Il serait bon de céder davantage aux appels du fantôme, de confronter la bête. Le mouvement s’accélère au milieu, même si factuellement il n’y a pas grand chose.

C’est donc un film sympa mais moyen en tout. Il est pourvu de bonne volonté, essaie d’affirmer une sensibilité, mais trop prévisible pour être efficace – avec un côté ‘éjaculateur précoce’ mais insistant – le défaut d’intensité, ou l’intensité superficielle, ne rend pas la série gênante – on laisse le film couler mollement et taper dans le vide régulièrement devant ses yeux. Par rapport à la moyenne (de l’univers et ciblant prioritairement les moins de 25 ans), Veronica a en plus : la souffrance de la fille (et de sa famille), sa mise en service des effets criards (elle les retardent ou les séparent, mais y succombe toujours et à fond), une ambiance lourde, donnant la sensation qu’un destin se joue. Veronica n’est pas juste un bloc de chairs et de nerfs à éprouver. Mais à côté de ça il faut passer par des aspirations déçues et des séquences poussives, à la limite du faux coup-de-sang burlesque (la dificultad de la ingestion de la bolita). Autant voir (mais quand même pas revoir) Conjuring 2, Grave, le nouveau Saw ou Ça, ou des teen-movies plus conventionnels comme Souviens-toi l’été dernier. Ils ne sont pas brillants, mais pas si lents.

Note globale 42

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Blackaria + Twin Peaks Fire Walk With Me

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (5), Dialogues (3), Son/Musique-BO (5), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (6), Originalité (3), Ambition (7), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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