Tag Archives: Topor

MARQUIS ****

11 Août

4sur5 C’est une bombe, un crochet violent pris à la face, une aventure exotique, triviale et imaginative aussi exaltante qu’assourdissante. On en sort ravi d’autant de créativité débridée et de transgression sophistiquée, mentalement un peu chancelant et débordé.

Après leur collaboration pour Téléchat, Henri Xhonneux en tant que réalisateur et Roland Topor pour le scénario et les dialogues s’enquièrent d’une relecture totalement libre de l’œuvre et du personnage de Sade. Les auteurs mettent en scène le Marquis dans le contexte de son enfermement à la Bastille, prison des nobles et dissidents au Régime, à la veille de la Révolution de 1789. Comme dans leur étrange série, ils confondes prises de vues réelles et animation, usant notamment d’animatronics. On retrouve d’ailleurs ici les mêmes digressions délirantes, mais à un niveau supérieur, puisqu’il s’agit de rien de moins que de figurations du désir le plus ivre et d’anthropomorphie de la bite ; tout le long du film, le Marquis s’entretient avec son compagnon, ce sensitif insatiable. Pour lui, l’iconoclaste, le visionnaire, ce sexe loquace n’est pas un outil, mais un alter-égo, un stimulant à la création et un regard plus frontal sur les péripéties et les enjeux immédiats.

L’ensemble est un hybride de fulgurances dépravées, d’échappées métaphysiques et d’intrigue à tiroirs. Dans la foulée, Xhonneux fournit des séquences SM des plus extrêmes (deux scènes de carnage érotique dignes des Hellraiser) adaptés des écrits du Marquis ; en empruntant la structure de la pâte à modeler, il renforce l’onirisme de ces instants tout en atténuant le choc moral et formel. C’est aussi l’humour, délicat et ravageur, qui rend le spectacle aussi charmant malgré ses outrances hardcore ; Xhonneux et Topor ont surtout cette monstrueuse manie de créer la confusion. Leur univers est le théâtre des déchaînements les plus scabreux et téméraires, mais le traitement est subtil, furieux et enfantin. La beauté de cette liberté sans limite, aux fruits attractifs quoique hautement morbides, est totalement assumée, de même que son horreur est délectable. Le film dégage un plaisir de goûter à l’interdit sans se corrompre ; il a le parfum d’un témoignage odieux mais lucide, celui d’un aventurier ouvrant la boîte de Pandore pour mettre en concurrence Enfers et délivrance sous ses yeux curieux et son joug puissant.

Pour autant jamais Marquis ne flirte avec les bas-fonds, pas plus que son logiciel n’intègre la rustrerie ou le simple et brut retour primal ; il vise le fantasmagorique et touche sa cible en transformant tous ses personnages et ses objets en élément d’une chorale pulsionnelle, précipitée sans aucun recul vers la jouissance allègre, que le décors soit sordide ou luxueux. Impudique et raffiné, il nous convie là où la société s’abandonne, où les mœurs se libèrent mais les hommes gardent leur grandiloquence (la compulsion à ordonner la dérive est permanente) ; la Bastille est une sorte de harem maudit et survolté, intégrant les fastes décadents et des gargouilles grotesques comme ce geôlier pervers et dégénéré. Le laid a sa place en tant que chaire à expérimentation. Ce voyage halluciné, farce délirante et objet de représentations et d’esquisses sublimes et cathartiques, cadencé de façon intuitive, offre une vision percutante et fantasque de la déconstruction menée à son terme ; et du caractère suave et délirant du décadentisme dans le cadre d’une société aristocratique reniant son intégrité pour se vautrer dans ses passions et mieux attirer le précipice.

Note globale 82

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TÉLÉCHAT ****

16 Août

4sur5 Une charade puis une escapade sur la Lune, entre deux jurons masqués à l’ordre socio-culturel. C’est peut-être le produit le plus baroque que la télévision française ait produit pour la jeunesse. Entre 1983 et 1985, Antenne 2 diffuse, dans le cadre de son émission Récré A2, 234 épisodes étalés sur trois saisons de Téléchat, un programme-court en animatronic parodiant les journaux télévisés. Deux présentateurs, le chat Groucha et l’autruche Lola (soutenus par un conseiller déguisé en téléphone), dans une atmosphère à la fois formelle et détendue, se font les émissaires malgré eux d’une critique acerbe sur la société de consommation et les confusions entre le spectacle et l’information. Autour d’eux, des objets animés et des freaks pour invités, entre deux flashs publicitaires grossiers.

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Torturant les repères du quotidien et des médias, Téléchat est armé pour décontenancer les adultes et traumatiser les enfants. C’est un produit fou mais absolument pas malade ; seul son contexte le rend malade, car il était inespéré que la télévision engendre et accueille dans sa chaire pareil objet. Roland Topor (auteur notamment du Locataire Chimérique adapté par Polanski) et Henri Xhonneux, dont la collaboration mènera quelques années plus tard à une féroce vision du Marquis de Sade (le film Marquis où il s’entretient avec son pénis), s’amusent à abaisser toutes les barrières entre les systèmes humains. Il en résulte cette chorale absurde, hypnotisante mais relativement malsaine car elle semble se nourrir autant d’ivresse créative que d’une certaine désillusion, une lassitude de l’état d’adulte, de ses duperies et sa rationalité morbide.

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L’étrangeté de l’émission est consacrée par son anthropomorphisme appliqué sur un maximum d’animaux et d’objets, y compris les plus incongrus : il est tout naturel dans ce monde-là de retrouver un tire-bouchon sportif de compétition. Cette façons d’étendre les traits humains les plus outrés, conformistes ou névrotiques à tout, tend dans le même mouvement à le ridiculiser, voir à le transformer en rêve éveillé un brin toxique et exaltant. On a le sentiment que les auteurs pourraient être les oncles spirituels de South Park ; si ceux-là sont les sales gosses les plus brillants de leur domaine, eux sont plus littéraires, subtils et grotesques, manifestement désespérés et borderline. Dans les deux cas, l’état du Monde est le problème ou le matériau premier.

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Le spectacle est sidérant, fascinant et dérangeant, parce qu’il agresse le spectateur en violentant un confort très particulier, son cadre de perception de la réalité. Il maltraite ses références intellectuelles et met à rude épreuve son usage de la télévision : certains se délecteront de l’humour auto-agressif des publicités (les « pub nulles ») et y verront un génie de régression, or Téléchat ne s’appuie sur ce potache que pour en faire l’égal de ce qu’il relève. Cette amertume n’est pas visible par tous ; les nanardophiles et geeks premier degré ne comprennent que le surréalisme patent, de la même manière que certains humoristes  »cyniques » sont persuadés et persuadent certains d’avoir osé franchir les limites du socialement dicible.

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Tour à tour jouissif et désagréable, voir glauque par son originalité miraculeuse, Téléchat nous plonge dans une sorte de vacuité hystérique, ultra-expressive et chargée de sens profond, qui est autant le fait de ses connexions artificielles ou biaisées au monde réel que de notre propre amusement médusé. A découvrir absolument au risque d’y perdre sa logique ; à revoir impérativement pour ceux dont l’esprit a du négocier précocement avec un tel programme. Ils étaient encore trop jeunes pour absorber sans dommages une vision si abstraite et déstructurée du monde qu’ils auraient bientôt à explorer ou pire, à assumer. 

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SWEET MOVIE **

14 Juil

2sur5 Le cinéaste Dusan Makajevev est l’une des figures notoires de la Vague Noire Yougoslave, un mouvement critique, pessimiste et surtout incendiaire des 60-70s. Son film Wilhelm Reich – les Mystères de l’organisme, probablement le fleuron du genre, l’a contraint à un exil prolongé jusqu’en 1988 et la chute du régime. Trois ans plus tard (1974), Sweet Movie, tourné notamment au Canada, mais aussi en France et en Allemagne de l’Ouest, contrarie de nouveau la censure : comme le précédent, il est interdit dans de nombreux pays pour ses scènes à caractère sexuel et violent.

Un film de dissident

Deux grands espaces dans Sweet Movie : un premier aux USA, un second à Paris, cadre idéal pour la désinhibition la plus totale, comme chacun est présumé savoir. Une Miss Canada interprétée par Carole Laure (le rôle la poursuivra, notamment pour la scène finale du bain de chocolat) est élevée au rang de Miss Monde suite à l’examen de son hymen par un milliardaire ; certains verront là une prémonition des reality show obscènes. Il se rapproche de l’élue mais face à ses mœurs inquisitrices, elle fuit pour la France, autre lieu de péripéties fantasques ou servages ne disant pas leur nom, c’est selon.

Le postulat de Sweet Movie : montrer, mais prétendre à la parodie. Enfin, ôtez ce masque et assumez ! Il y a cent mille façons de le dire, celle-là est la plus directe : Sweet Movie se cache derrière les dénonciations sociales ou idéologiques pour pratiquer de l’expérimentation trash. Ce masque est dérangeant dans ce contexte car il sert une complaisance pour la régression, entassant les provocations infantiles poussées à leur terme.

Sweet Movie est un pur film de hippie, aile libidinale, ne tolérant que la logorrhée ; dans cette optique, sa nature de foutoir général est cohérente puisque c’est une expression de l’audace et de la victoire de ses impulsions, contre toutes les oppressions formelles parcourant les esprits. Il reprend d’ailleurs les slogans de 68 (« soyons réalistes (camarades) demandons l’impossible ») et dénonce simultanément le communisme dévoyé, à l’idéal déchu (les communistes ont dès le départ vu en Mekevejev un ennemi, à raison) ; et le capitalisme libéral, en entretenant un parallèle avec les deux, puisque chacun est en interaction avec le triomphe du trivial, à la fois récupérateur, promoteur et initiateur. Globalement, il s’inscrit à merveille dans l’atmosphère des 70s, à la fois folles et désespérées, agressives et exaltées : dans tous les cas, transgressives ou contestataires ; et notamment marquées par une libération sexuelle engendrant des spécimens sans égal dans la dépravation ou le goût du scandale.

Un film impudent

Passée la première demie-heure, le film dans l’abandon complet et rotatif, dans le champ des dégénérés, avec blasphèmes à tous les étages pour dissiper la petite gamine catholique importée. Mekevejev se consacre à une montée dans le non-conformisme obsessionnel et l’anti-contrôle. C’est aussi un rejet de tout idéalisme et aspiration à la vérité.

La séquence à table, où les personnages se crachent dessus ou bouffent comme des cochons, traduit bien cette incapacité à dépasser le stade de l’enfant dissipé, pour lequel le climax est dans la vulgarité la plus crasse et spontanée ; mais aussi le rejet de ce qui provient tant de l’inspiration intérieure que des règlements extérieurs. C’est un lien à l’objet impulsif et jouisseur, haïssant tout ce qui pourrait faire sens.

Cette dissidence à la morale commune consiste finalement à accumuler, comme des animaux sans gouverne, comme des enfants vaniteux et stupides car exclusivement définis par l’objet extérieur et les lourdeurs les plus évidentes de la condition humaine.

Ce n’est pas une rébellion. C’est un refus de sortir de la couche maternelle et du liquide symbiotique à l’intérieur duquel nous pouvions flotter près des déjections en tous genres tout en étant dépossédés de nous-même, simples boules de chairs et fabrique à fiente purulente dans l’harmonie et la toute-puissance de la non-conscience exaltée.

C’est ce que ce sont ces hippies : des zombies, mais des zombies libertaires. Sweet Movie révèle explicitement cette focalisation sur les stades puérils avec une séquence entière où un homme est considéré et choyé comme un bébé. L’attitude de cette troupe  »libérée » (et pourtant enchaînée à la matière grasse qu’ils adorent et qui tente Mekevejev, lequel croit y trouver la libération finale) concoure à des situations évoquant Salo et effectivement, la posture du hippie libertaire sans compromission au costume d’anarcho-communiste abouti aux mêmes fascinations et pratiques que celles chéries en secret par les fascistes livrés à leurs instincts pathétiques et burlesques – toutefois ceux-là avaient un parfum d’interdit et une sensualité monstrueuse ; normal, ils étaient adultes, bien trop adultes.

Un film de merde

Ces postures critiques grossières, démontables en un instant, ne sont que les leurres putrides d’un dissident qui a choisi la voie qu’il attribue à ses ennemis théoriques (les modèles d’aliénation capitalistes et communistes) ; l’introduction d’images du massacre de Katyn (point Godwin à peu) au milieu de l’érotisme crasseux caricature ce caractère putassier, truiste et pitoyablement pédant. Makavejev avait envie de barboter ; au mieux, il accepte et accueille la désintégration parce que la tentation de l’évaporation est la plus forte… et peut-être même, celle qui motivait tous ses combats.

C’est de la prose niaise, s’inscrivant outrancièrement, avec même un esprit compétitif dans la provocation, dans la lignée des renoncements à toute affection pour l’Homme ou la civilisation, que chérissent les parasites de toutes sortes. Le goût du chaos est une chose naturelle, il participe aussi à construire des œuvres d’art débarrassées de toutes limites. Mais célébrer cette tendance, pire en mimant la réflexion ironique pour mieux se permettre de l’embrasser, ce n’est qu’accomplir le rêve des esprits les plus fébriles. Sweet Movie est peut-être anti-capitaliste et anti-communiste ; il est surtout, c’est vrai, anti-fasciste, car tout ce qu’il perçoit comme norme est une aliénation, donc un -isme (et le fascisme est le plus odieux des -isme), tandis que l’amour des impulsions les plus sauvages et quelconques l’emporte sur tout autre forme du réel. Le seul fasciste qu’il tolère, c’est le grognement animal ; qu’il porte haut, comme si c’était celui de la révélation des hommes, dans toute leur authenticité. Il restaure l’être divin, qui n’est jamais qu’un être sensoriel et enfantin. Qui chie dans les bottes avec une naturelle délectation.

Mais comme le fascisme, il ne supporte pas l’objection, le surgissement de la conscience ; à sa différence, il n’essaie pas de poursuivre un idéal ou un ordre ; mais il s’agit encore d’affirmer, de façon folle et illuminée, la plénitude d’un seul : dans le fascisme, celle d’un pouvoir étreignant la masse ; dans ce contre-fascisme, qui n’est anarchisme que pour dépasser le fascisme dans son délire, celle des pulsions passagères de chacun étreignant tout leur être.

Liberté, ton nom si vite galvaudé

Sweet Movie se fonde donc sur une ambivalence toute relative et surtout, adhère en dernière instance à ce qu’il présente, flirtant avec l’esprit  »poudre aux yeux » et  »no-limit » de Jodorowsky (El Topo, La Montagne Sacrée), sans en avoir le génie ou encore moins la créativité – à moins que l’amoncellement des fonctions primaires des êtres soit un coup d’éclat. S’il l’est, c’est par l’intensité et la crudité des représentations, puisqu’ici la coprophilie, l’émotophilie (paraphilie du vomissement) et la pornographie se sont pas nécessairement simulées.

Par ses dérives mortifères ou amorales, Sweet Movie sabote sa revendication nihiliste (il a envie de clamer  »voilà ce que nous sommes, des machines pures, regardez-le bien à fond ») mais son défi échoue car il prône, en vertu de cette conviction de la déconfiture humaine, l’idéal du libertinage hardcore et absolu (quitte à sacrifier la volonté ou les envies des plus sceptiques) ; et en même temps, l’écorne en montrant son issue inévitable : la mort, l’exploitation, l’aberration ; et finalement, surtout, l’aliénation la plus intransigeante. Sweet Movie a cette honnêteté et Mekevejev, cette posture malade, cependant il voudrait tout cumuler (le relâchement et le propos de fond, le procès des idéologies pour leurs conséquences, mais l’amour de la dégénérescence qu’elles contiennent ou accompagnent) or le calcul malin n’en est que plus criant. On pourrait même dire que Mekevejev, exaspéré, décide de se faire martyr de ses censeurs en se montrant le plus insolent possible ; et là encore, nous en revenons au repli vers l’état de gamin débraillé tout heureux d’exposer son mépris de l’autorité et son affection pour le libre-démoulage de bac à sable.

C’est donc un magnifique témoignage sur l’anti-conformisme absolutiste, vu de l’intérieur, avec acuité et vérité, mais aussi avec complicité ; dans le sens positif, c’est décider qu’à une vie étriquée, on préfère la consumation la plus stimulante, exaltée et instinctive ; dans le sens négatif, c’est choisir la dégradation et porter tout outrage à la vertu et toute initiative pulsionnelle, notamment antisociale ou grotesque, au grade de révélation sublime, sous le prétexte de la seule loi : notre authenticité sans entraves et pour seule valeur, ne tolérer aucune norme en quoique ce soit, pas même celle que par hasard nous pourrions entretenir.

Et c’est à cet endroit que le film trouve une certaine consistance, au moins dans sa démonstration ; puisque lorsque ses libertins se réclamant communistes et entonnent les chants traditionnels de l’école de pensée, c’est finalement au service (outre de leurs passions – en substance, Mekevejev leur reproche d’être comme les autres et comme il est, mais avec la prétention socialiste) d’un petit microcosme de personnages riches (le black qui vit à leur proximité grâce à leurs rentes ; la communauté parisienne qui la récupère pour être remise à l’endroit). Et comme eux ces riches (les milliardaires du début et du show des Miss) n’acceptent aucun principe sinon celui du rejet de la raison ; ils pourchassent les conventions ou les croyances et condamnent ceux qui voudraient les rejoindre ; dès lors ils sont prêts à noyer une jeune fille aspirer à se marier et regrettant que la pensée n’occupe pas davantage d’espace. De cette manière le film montre de façon doublement subversive la cauchemardesque emprise de ceux dont le but ne consiste qu’à saboter ou détruire ce qui n’intègre pas leur cynisme, ainsi que leur sens de l’oisiveté et de la vulgarité tonitruante. Pour ces régressistes nantis ou progressistes illuminés, la psychiatrie est d’ailleurs l’une des seules références de valeur et ils ont recours à cette institution pour corriger les cohortes de victimes, parfois dans l’acceptation voir la revendication, parfois dans l’inconscience à leurs yeux, de tous les déterminismes, les codes, les traces du passé, les traditions ou attachements quelconques. Là, précisément, Sweet Movie est réellement courageux. En même temps, il s’extasie de cette mentalité ; peut-être Mekevejev, lassé par les combats contre l’ordre moral et communiste de sa Yougoslavie, est-il tenté par les démons les plus expéditifs. En tout cas, ce mépris pour la matière humaine, dès qu’elle n’accepte pas la fête animale et mesquine, est acquis, ou au moins exerce sur lui un attrait, qui compte tenu de ce Sweet Movie, est vécu dans l’allégresse.

sweet movie 1Expérience lourde, borderline, ratée surtout

D’une part, on est satisfait que ce film existe car il signe la possibilité pour toute chose d’être accouchée et présentée ; et c’est parce qu’il contient toutes les audaces et tous les échecs que le cinéma est un réceptacle disposé à l’intégralité de ce qui se pose dans l’esprit et l’expérience humaine. Pour autant, l’acharnement de la censure apparaît recevable ; bien sûr, il est formidable qu’à une époque (les 70s) tout ait été permis et il ne faut pas désespérer, ce sera à nouveau et généralement le cas. Pour autant, que cette opportunité ne serve qu’à la débauche d’expérimentations puériles qui semblent émaner des injonctions d’un enfant scatophile, ne saurait être justifié et acclamé au nom du principe de  »libre-expression ». Le film existe et c’est tant mieux. Mais c’est de la merde. Et il montre, par son sujet comme par sa motivation, que la liberté peut n’être mise qu’au service de la destruction ; que les doigts accusateurs pointant avec une virulente penauderie des ennemis évidents peuvent être le cache-sexe d’une religion de la dégénérescence et de toutes les médiocrités. Qui plus est, sans nourrir leur accusation, pire, en transformant un déversement gratuit en assertions imagées ou, pour les puristes, mise en abyme critique.

Comme le crie une passante : tout ceci est une « tragédie optimiste ». Dans le fond, Sweet Movie, c’est l’uppercut d’un esprit blasé construisant un chapiteau sur les ruines de sa propre lâcheté. Au moins, il a mis tout ce qu’il fallait pour se faire remarquer et se rappeler à la mémoire. Alors on se dit que c’est heureux, puisque sinon il était bien vide et d’ailleurs il demeure totalement creux. Mais il l’a fait, on en garde un agacement ou un souvenir médusé, on peut même être charmé ou dégoûté : dans tous les cas, oui, difficile de passer à côté.

Note globale 46

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Note arrondie de 45 à 46 suite à la mise à jour générale des notes.

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