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YOUR MORALS, LES 5 VALEURS FONDAMENTALES EN POLITIQUE

27 Jan

En voulant découvrir « les racines morales des libéraux et des conservateurs » aux Etats-Unis, Jonathan Haidt a mis au point un modèle présentant cinq grands groupes de valeurs communément partagés (ou pas).
  1. Présentation des 5 valeurs (universelles et innées)
  2. Distribution des valeurs à Droite & à Gauche (affinités politiques)
  3. Passer le test « Your Morals »
  4. Voir les propositions
  5. Moral Matrix, le prolongement
 
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LES VALEURS

Cette échelle comprend cinq valeursIl s’agit de :
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* Harm * (le Bien & le Mal, les soins/la prise en charge) This foundation is related to our long evolution as mammals with attachment systems and an ability to feel (and dislike) the pain of others. It underlies virtues of kindness, gentleness, and nurturance.
* Fairness * (le sens de l’équité/réciprocité et de la Justice)  This foundation is related to the evolutionary process of reciprocal altruism. It generates ideas of justice, rights, and autonomy.
* Loyalty * This foundation is related to our long history as tribal creatures able to form shifting coalitions. It underlies virtues of patriotism and self-sacrifice for the group. It is active anytime people feel that it’s « one for all, and all for one. »
* Authority * This foundation was shaped by our long primate history of hierarchical social interactions. It underlies virtues of leadership and followership, including deference to legitimate authority and respect for traditions.
* Purity * (ce dernier point comprend les valeurs religieuses, entre autres) This foundation was shaped by the psychology of disgust and contamination. It underlies religious notions of striving to live in an elevated, less carnal, more noble way. It underlies the widespread idea that the body is a temple which can be desecrated by immoral activities and contaminants (an idea not unique to religious traditions).
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Une sixième avait été ajoutée : 
* Liberty * (vs Oppression)
Cette valeur n’est pas anodine, c’est peut-être la plus fondamentale et instinctive. Et justement, pour cette raison elle peut paraître négligeable ; c’est plutôt l’intensité de sa présence qui permet d’en faire un indicateur. Hormis avec quelques tendances politiques comme le Fascisme, il est rare voir anti-naturel de trouver des individus ou des pensées s’opposant catégoriquement et/ou de manière structurée à une telle valeur.
 

LES VALEURS CONDITIONNENT LA DÉMARCHE POLITIQUE

rep demo global morals
Voici les moyennes pour les USA, entre Démocrates (bleu) et Républicains (Rouge). Lorsque vous passerez le test, votre résultat vous sera indiqué en Vert.
 
Partout dans le monde, les individus s’identifiant à gauche, dans le camp des progressistes ou l’équivalent, ont eu en moyenne un indice très élevé pour les deux premières valeurs, tandis qu’ils accordaient une faible importance aux trois autres (allant jusqu’à flirter avec le rejet, notamment pour le dernier, la Pureté).
Chez les conservateurs, la droite ou les équivalents, les cinq valeurs sont adoptées ; mieux, elles sont assimilées de façon lisse. Les résultats sont marqués mais modérés, contrairement à ceux de  »la gauche » où ils sont passent d’une radicalité à l’autre. Toutefois, les scores en  »Authority » se détachent quelque peu, pour en faire la valeur championne – tandis que ceux en  »Pureté » sont en très léger retrait – mais là encore, les écarts sont faibles.
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Vous pouvez voir ici les indices rapportés à trois catégories : liberal US (gauche), conservative (« right-wing ») et libertarian.
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VOUS ET LES CINQ VALEURS FONDAMENTALES

Jonathan Haidt a fondé le site YourMorals, sur lequel sont rassemblés des dizaines de tests sur un grand ensemble de sujets sociaux et humains. Ils vous déterminent généralement selon des groupes de sensibilités politiques, parfois selon des appartenances (religieuses, de genre, etc).
 

Le test principal est celui-ci : Moral Foundations (inscription nécessaire)

Vous pouvez retrouver ce sujet développé par Zogarok ici, avec différents profils pour l’occasion.

LES PROPOSITIONS

Voici les propositions que vous devrez noter de 0 à 5 :
Whether or not someone cared for someone weak or vulnerable.
Whether or not someone was cruel.
Whether or not someone suffered emotionally.
Whether or not someone acted unfairly.
Whether or not some people were treated differently than others.
Whether or not someone was denied his or her rights.
Whether or not someone showed a lack of loyalty.
Whether or not someone did something to betray his or her group.
Whether or not someone’s action showed love for his or her country.
Whether or not someone conformed to the traditions of society.
Whether or not someone showed a lack of respect for authority.
Whether or not an action caused chaos or disorder.
Whether or not someone was good at math.
Whether or not someone acted in a way that God would approve of.
Whether or not someone did something disgusting.
Whether or not someone violated standards of purity and decency.

It is better to do good than to do bad.
It can never be right to kill a human being.
Compassion for those who are suffering is the most crucial virtue.
One of the worst things a person could do is hurt a defenseless animal.
Justice is the most important requirement for a society. 
When the government makes laws, the number one principle should be ensuring that everyone is treated fairly.
I think it’s morally wrong that rich children inherit a lot of money while poor children inherit nothing.
People should be loyal to their family members, even when they have done something wrong.
I am proud of my country’s history.
It is more important to be a team player than to express oneself.
If I were a soldier and disagreed with my commanding officer’s orders, I would obey anyway because that is my duty.
Men and women each have different roles to play in society.
Respect for authority is something all children need to learn.

I would call some acts wrong on the grounds that they are unnatural.
People should not do things that are disgusting, even if no one is harmed.
Chastity is an important and valuable virtue.
==> Pour ma part, je n’ai aucun réponse à zéro, seulement deux à 1 concernant la Pureté (« Some acts are unnatural » et « Chastity »). Une forte minorité de questions a été évaluée à 2, notamment concernant les catégories Purity, Care/Harm et Authority. Cinq réponses à 5sur5 concernant mes deux piliers, Fairness et Loyalty.
 
 

LE MORAL MATRIX

Le Moral Matrix est un dérivé de YourMorals. Il met en scène deux axes, censés refléter plus finement les tendances déterminant les camps politiques pour lesquels nous développerons une sensibilité. Il oppose ainsi la priorité donnée à l’Individu ou à la Collectivité ; au Jugement ou à l’Egalité. La traditionnelle dichotomie économique/social se ressent, cependant l’outil va en profondeur et sonde bien la morale et la philosophie, plus que les positions pures, bien qu’il nous donne l’aperçu de ce qu’elles devraient être, dans une logique littérale.
J’y viendrais en particulier dans un prochain article ; un autre présentera ma position sur ce Moral Matrix et sur le YourMorals, dans la foulée d’articles spéciaux sur des tests politiques.
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THÉORIES POLITIQUES (2) : DIAGRAMME DE POURNELLE

9 Avr

Jerry Pournelle, auteur de science-fiction, est aussi un journaliste et un politologue, ainsi qu’un idéologue actif puisqu’il a été jusqu’à signer un discours de Ronald Reagan. Il est connu en sciences politiques pour son diagramme éponyme développé en 1962.

Le diagramme de Pournelle propose une classification des idéaux politiques en incluant deux dimensions :

  • la Rationalité (les enjeux de société peuvent trouver une réponse rationnelle)
  • l’Étatisme (intervention de l’État)

Selon la logique de ce modèle, les mouvements et les idées politiques peuvent être appréhendés selon leur degré d’adhésion ou de scepticisme à l’égard de l’État ou de la Rationalité. En abscisse, « le culte de l’Etat » (droite) et « l’Etat comme mal ultime » (gauche) s’opposent ; en ordonnée, il s’agit de « la raison intronisée » (haut) versus « l’irrationalisme » (bas).

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Une orientation pro-libertarienne

Le diagramme est clairement favorable à une politique Rationaliste et anti-Étatiste, ce qu’il considère comme la marque du Libertarianisme (un libéralisme achevé mais essentiellement tourné vers l’économie et philosophiquement « de droite »). Mais il présente une contradiction fondamentale ; il prétend que le « Rationalisme » est la croyance en un progrès social planifié ou quantifiable, mais rejette le moyen élémentaire de sa mise en œuvre (c’est-à-dire l’État). Naturellement, les libertariens prétendent que la société fonctionnera mieux sans l’État et s’en remettent aux initiatives des hommes. Mais c’est l’éternelle impasse libertarienne et son essentielle hypocrisie : si la raison est le remède indépassable, on ne sait pas qui ou quoi la prend ou charge, qui ou quoi la cerne et la développe, qui ou quoi s’appuie sur elle. La raison est le gage d’un relativisme apparent du pouvoir qui se trouve finalement confié au plus pragmatique, mais par quelle légitimité, quelle conscience manifeste ?

Ainsi le diagramme de Pournelle fait des Anti-Etatistes/Rationalistes les apôtres d’un « mal nécessaire », tandis qu’il reconnaît aux Étatistes/Rationalistes leur bonne volonté tout en soulignant leur fatale dangerosité. Mais le libertarianisme, en aspirant à abaisser les contrôles et l’autorité de l’Etat, en refoulant l’unité sociale, en traitant les lois et la morale comme des aliénations et des impératifs subjectifs, ne propose pas de substitut patent. Il ne s’en remet à rien et croit, comme les Anarchistes, à un ordre spontané ; à la différence de ceux-ci, il estime que cet ordre spontané doit faire sens au niveau global. Mais en vérité, la pensée libertarienne est aussi théoriquement rationnelle que fondamentalement irraisonnée et abstraite et, en elle-même, sans association à un quelconque régime ou un quelconque projet défini, elle débouche sur l’annihilation de toutes les croyances au profit d’une raison confiée aux voix les plus fortes. Le libertarianisme n’existe que comme corollaire des idéologies à l’oeuvre à sa marge ou à ses côtés ; ainsi il ne fait qu’accompagner l’action conservatrice ou renforcer l’ascendant des factions ou des ordres établis, tout en s’abstenant (contrairement à eux) d’agresser ou d’assimiler leurs antagonistes.

Libertarianisme

Socialisme

Anarchisme

Fascisme

Les idéologies sur le diagramme

Par conséquent, le statut politique indissociable du quadrant Rationaliste/Anti-Étatiste est le Corporatisme. Si celui-ci est commun et nécessaire dans un contexte où l’État est fort, il devient carrément indispensable dans un univers Libertarien. Le non-pouvoir manifeste exige une bureaucratie et des soldats. Seul l’Anarchisme, dont la formule radicale débouche sur le Chaos, l’Anomie ou un chapelet de survivors pour monde, se passe réellement de supervision et d’aliénation officielle. En quelque sorte, le Libertarianisme dévalue l’aspect symbolique d’une oppression sans gommer son aspect arbitraire, ce qui est pourtant son postulat de départ.

En haut à droite, aux idéologies socialistes et communistes on peut ajouter le despotisme éclairé, ainsi que le souverainisme, ainsi qu’un hypothétique nationalisme combiné au marxisme. En bas à droite, la défiance envers la Rationalité couplée à l’intervention de l’État conduit aux conservatismes, éventuellement ultras et absolutistes. C’est le quadrant des gardiens du temple déclarés et des croyances magiques. Les Nationalistes Révolutionnaires, comme les Nationalistes Romantiques du XXe siècle, sont des étatistes radicaux à tendance Rationaliste, en dépit de préoccupations mystiques.

C’est donc un modèle lucide, une boussole éclairante et très globalisante, dont seules les dispositions partisanes posent une limite intellectuelle, qui est la même que celle fondamentale des principes idéologiques étroitement revendiqués (Objectivisme et Libertarianisme).

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Theories Politiques (1) : Les trois axes, Autoritarisme-Démocratie-Totalitarisme

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DES TESTS POUR SE SITUER POLITIQUEMENT (1/3)

18 Mar

La Politique est une inconnue célèbre pour beaucoup d’entre nous. Il arrive que certains ne connaissent pas les concepts ou les idéologies régissant la société. Or les idées et les visions ont un réel impact tant sur la civilisation que sur le quotidien. La Politique peut être affaire de valeurs (nationalisme, altermondialisme, réactionnaires) ou de défense d’intérêts (capitalistes, libertaires, démocrates et libéraux de gauche). 

Je vous propose de mettre des noms sur vos idées et intuitions. Vos réflexes ont un sens politique. Vos sympathies relèvent parfois de convictions plus poussées, voir de confessions ignorées (par exemple, vous pourriez être un « socialiste » ou un « anarchiste de droite » qui s’ignore)

Cet article met en scène la première vague de tests politiques. Ces tests sont issus de logiciels anglais et cernent des lignes de clivages fondamentales. Ils privilégient la dimension économique et sociale des enjeux politiques. La seconde vague présentera des tests en français, plus variés dans leur sujet mais aussi plus orientés dans leur nature. Un dernier article présentera mes propres positions sur ces modèles.

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POLITICAL COMPASS

C’est probablement le modèle du genre et le plus usité. Le Political Compass est structuré autour de deux axes : la dichotomie Libertarian/Authoritarian (anarchiste-fasciste) et Left/Right (Communisme-néolibéralisme). Le premier axe, vertical, se penche sur la dimension sociale. Le second axe, horizontal, sur la dimension économique.

A l’arrivée, quatre quadrants : le monde Occidental tend aujourd’hui et de façon unilatérale en BLUE [high-right], c’est-à-dire vers la régulation sociale et vers la dérégulation économique. La majorité des Internautes se retrouvent à l’opposé, en GREEN [low-left] (en faveur de l’intervention de l’état sur l’économie et de son désengagement sur les affaires de moeurs, des libertés privées et politiques) ; la plupart sont dans le versant « Libertarian » (Green & Purple).

Pour ceux qui souhaitent un exposé détaillé sur cette grille théorique extrêmement récurrente, cette page va les éclairer. Quand au test, il est très long (environ 70 questions) et vous devrez comptez sur une traduction automatique ; mais il en vaut la peine et c’est une sorte de passage obligé dans le domaine.

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POLITICAL TYPOLOGY – PEW RESEARCH CENTER

Ce test a été conçu en 2011. Il sépare la population en neuf catégories, quatre groupes tendant vers les démocrates et quatre autres vers les républicains, en y ajoutant les dépolitisés (10%).

Le test est très court et dépasse les dualités couramment usées en France. Il relève aussi les distinctions sur de nombreux critères et caractérise le profil de chaque groupe, représentatifs de la réelle donne politique : libéraux économiques, conservateurs radicaux, libertariens, progressistes de gauche, etc.

C’est probablement le test le plus précis dans son découpage et le meilleur outil pour analyser les biais sociologiques.

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POLITOPIA 

Test très court (13 questions), mais il faudra laisser son adresse mail. Politopia évite les spécificités idéologiques pour se concentrer sur les grands axes de la politique internationale du monde post-moderne. Le paradoxe : comme les autres, il vous situera sur une grille standard sans lire vos contradictions (un personnage comme Ron Paul ne pourrait qu’être « mal » situé, par exemple), alors que les thèmes généraux soulevés sont très pertinents.

Ainsi, Politopia catégorise selon la dualité américaine : intervention (ou pas) du gouvernement dans l’économie d’une part, dans les « affaires personnelles » d’une autre. Il s’agit en fait de l’opposition économic/social du Political Compass. Néanmoins le ciblage est affiné et les critères assez exhaustifs (au point de faire naître des catégories aussi fidèles qu’ignorantes de culture et de vision polémique). Il faudra plus que jamais réaliser par soi-même la justification et utiliser ce test comme un repère multidimensionnel.

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Bientôt le second volet puis la position et l’interprétation Zogarokéenne

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LE VRAI CLIVAGE EN 2012 : AUSTÉRITAIRES VS ANTI-AUSTÉRITAIRES

6 Oct

L’échiquier politique n’est pas lisse, pas horizontal, pas éternel. Il est particulièrement bousculé aujourd’hui ; cependant, les rapports de force et les équilibres idéologiques réels ne sont pas assimilés sitôt leur exercice et leur influence effective. Il faut du temps pour que les clivages authentiques soient plus transparents, alors que les schémas anciens restent, servant éventuellement à nommer ce qu’ils ne recouvrent pourtant pas (un anti-austéritaire serait de gauche, un austéritaire de droite), servant aussi à maquiller des logiciels ou à travestir la crise de modèles sociétaux, culturels.

Aujourd’hui, nous observons que les partis censément « progressistes » (PS, MoDem en France) aménagent des programmes d’austérité, alors que les partis « conservateurs » et « modérés » (UMP, Nouveau Centre en France) assument ces programmes. Il s’agit pourtant de planification économique, un principe que les mêmes considèrent comme archaïque et qu’on juge tombé en disgrâce jusque chez les révolutionnaires des mœurs et les anarchistes de salon.

Il semble qu’on ait confondu progressisme et modernisme béât, ou progressisme avec soutien de l’ordre établi. Or si l’ordre établi est éventuellement un ordre en mouvement, comme c’est le cas aujourd’hui, il n’est qu’un ordre différent d’un autre révolu (celui défendu par les « conservateurs » et les « réactionnaires » de la droite de l’UMP). Mais cet ordre en mouvement n’est pas légitime pour la simple raison qu’il domine (ne serait-ce que culturellement ou auprès de l’élite médiatique, polémiste et/ou intellectuelle), il n’est pas non plus davantage éclairé que ses antagonistes parce qu’ils prône des valeurs plus relativistes ou autrement coercitives.

En face, les partis populistes, dogmatiques ou sulfureux s’avèrent anti-austéritaires. Invariablement. De vieilles formations socialistes ou sociales-démocrates, aux postures éventuellement poussives (Front de Gauche en France) revendiquent leur opposition à toute austérité au nom de l’égalité sociale, ou d’une certaine vision des rapports sociaux ; les mouvements  »xénophobes », national-populistes et  »autoritaires » rejettent cette austérité qu’ils jugent comme une ingérence ; l’ensemble des inclassables (souvent relégué pour cette raison soit au centre, soit à l’extrême-droite) combinent ces deux motifs, évoquent autant la crise de Civilisation que l’impasse d’un modèle économique, le racket institutionnel que l’annihilation des droits et de l’identité.

Les formations et idéologies prenant le parti du peuple, ou au moins se souciant de l’intégrer ou de l’accepter dans leur démarche politique (même si le peuple est éventuellement sale, inculte, intolérant et mal élevé) refusent que l’austérité s’abatte.

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Deux croquis pour visualiser l’échiquier politique. Pardonnez la forme, visez l’effet.

  • 1 : Gauche/Droite + Volonté de Rupture avec l’ordre actuel / Acceptation. Ces deux pôles sont, à mon sens, l’équivalent pour notre époque des dualités mêlées Souverainisme-Mondialisme & Antilibéral-Néolibéral.

  • 2 : Gauche/Droite + Austéritaires / Anti-Austéritaires

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A quel moment la relation à l’ordre en vigueur a le plus d’importance ? En période de crise, de trouble, de mutations.

Quel est la ligne de fracture la plus déterminante ? Celle qui concerne la vision ou l’appréhension de l’avenir.

 

L’ordre actuel est le clivage. Nous sommes donc dans une période de transition, à laquelle s’adaptent tant bien que mal les partis.

L’ordre actuel et le rapport à l’austérité se confondent. L’Austérité fait le clivage et définit l’ordre actuel. L’Austérité concentre donc l’ensemble des rapports de force conséquents, au-delà de la simple sphère économique ou du débat autour de l’Europe.

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Comment tout ceci se structure-t-il en France, comment se calque ce rapport à l’Austérité ?

  • le PS (comme les libéraux-bourgeois de gauche et beaucoup de libéraux-démocrates) feint de rechigner, mais s’y plie et ne trompe que les moins avertis ;

  • le FDG et une certaine frange de la gauche radicale et socialiste sont empêtrés dans quelques contradictions mais peuvent capter l’air du temps, moins les aspirations populaires ;

  • l’UMP comme les  »centristes », la droite libérale et les républicains consensuels, appuie les processus en cours, ses postures populistes n’étant pas crédibles, même si elles restent tenables grâce aux cibles sociologiques prises en otage et à de nombreux réflexes de famille politique ou de carcans idéologiques ;

  • EELV, comme les écolo-progressistes, les libertaires, sont des réformistes contradictoires et complaisants ;

  • le FN réunit les droites plus ou moins marquées pour un programme alternatif, et déborde de toutes parts, même si sa définition peut paraître floue ou en pleine mue. C’est le parti qui se soucie le plus de l’angoisse populaire et l’angoisse identitaire, ce qui engendre ses fameux « dérapages ». C’est celui qui prend en compte frontalement la réalité, globalement, et prend, par sa nature plus que pour une quête délibérée, le contre-pied des ordres actuels ;

  • Le Modem, par européisme, pragmatisme, goût du consensus et esprit accommodant, adopte une posture hybride, entre le stoïcisme allemand et l’espoir d’un libéralisme serein (à la façon de la « mondialisation heureuse »). Parfaite synthèse aussi entre son héritage de la démocratie-chrétienne et du centrisme, son discours social-libéral (et ses préoccupations timidement de gauche sur le sociétal), ses adhésions libéral-conservatrices (primat de l’économie sur le politique).

 

THÉORIES POLITIQUES (1) : POUR UN AUTORITARISME OUVERT & HYBRIDE (DÉMOCRATIE COMPENSÉE)

7 Sep

Cette nouvelle branche dans la catégorie POLITIQUE consiste à exposer des théories, concepts et modèles, à les développer avec des analyses objectives et des perspectives à la volonté honnête (sans omettre une appréciation orientée), avant de décliner mes propres « grilles ». Quoique je soit impatient..

Sauf indication contraire, les modèles de cette sous-catégorie ne seront pas de mon fait, il s’agira donc de vulgarisations ou appréciations et pas d’étranges spéculations partiales sorties de mon esprit. Les articles à venir ne prêchent pour aucune chapelle. Je ne suis pas une encyclopédie et formule ou tisse les principes et implications autrement, avec mes biais et intérêts, mais il n’y a pas d’impératif de départ, de volonté partisane ou promotionnelle (mes opinions ont été explicites et nuancées : Zogarok n’a pas trouvé -ni espéré- son prophète).

Bien qu’elle semble parfois réduite à la gestion d’affaires légales ou de moeurs, l’action politique est toujours le reflet ou l’implication concrète de principes plus grands et plus vastes. Nous allons nous rendre compte que l’offre électorale est somme toute très ressérée, puisque l’ensemble des formations ou idéologies dominantes gravitent autour des mêmes sujets : et cette unité confuse contribue à notre dépression démocratique.

Attention : je ne valide pas nécessairement les modèles évoqués. Toutes ces théories doivent faciliter et ordonner la perception. Elles servent notamment à décliner des logiciels, systématiques ou mouvants, pour cibler, cerner et définir des idéaux, des postures, des personnages, des régimes. En outre, certaines serviront dans des articles postérieurs sur Zogarok – par exemple pour situer des personnalités ou partis de façon plus limpide, neutre ou au moins dépersonnalisée.

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C’est un cas d’école presque candide mais le déniaisage est approprié. L’ensemble des régimes semblent graviter autour de trois grosses conceptions : la démocratie, espace de liberté et d’ouverture ; l’autoritarisme, ou la société est structurée par une élite ou des commandements et lignes restrictives ; le totalitarisme ou tout, au sein de la société, converge vers un même point et ou tous les aspects de la vie se fondent dans les normes institutionnelles. Le Totalitarisme comme le Régime Autoritaire ont en commun d’exhiber un pouvoir fort (leur ampleur et leur nature diverge) ; la Démocratie prétend confier ce pouvoir au peuple ou à ses représentants. Les mutations y semblent possibles et théoriquement évidentes, sauf que les ordres sociaux ne sont plus contrôlés et que le pouvoir institutionnel s’efface au profit de pouvoirs moins transparents, moins évidents, mais peut-être tout aussi violents. Ces pouvoirs sont multiples, mais les lois de domination économique les rassemblent dans leurs intérêts ; dans le Régime Autoritaire, le pouvoir est distribué, accordé par paliers ; dans le régime Totalitaire, le pouvoir est uniforme, ferme et sans ambiguïté.

L’aliénation par la Démocratie est plus subtile que celle du Totalitarisme ; le régime Autoritaire lui, pousse les opinions à se taire et à se fondre dans une hypocrisie que la Démocratie rend saillante, puisqu’elle est le seul régime permettant théoriquement de tout remettre en question. Pour autant, elle maintient son emprise par la propagande culturelledont, comble de l’absurde, elle laisse expliquer et démonter les mécanismes. Les luttes actuelles se déroulent entre la vision d’un idéal Autoritaire et la complaisance Démocratique ; la première brandit les leurres et les mensonges de son adversaire, sa faillite aussi ; la seconde assimile sa cadette au cousin Totalitaire, confondant volonté de contrôle comme souci égalitariste avec planification tyrannique.

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Principes officieux 

La Démocratie promeut une société ouverte et travaille en ce sens, mais elle peut égarer le peuple ou déléguer les pouvoirs. Elle est prisée pour les perspectives libératrices qu’elle évoque, mais est facilement pervertie ou improductive, ce qui peut mener ses propres architectes à douter. Il inspire des troubles et développe les exceptions, peut tendre à les banaliser ou les extrapoler. Il est hypocrite, parfois mesquin, avec les faibles.

L’Autoritarisme promeut une société ordonnée et sécurisante. Il a parfois recours à la spiritualité ou à l’idéologie. Il peut recourir au suffrage populaire, mais est plus prompt que la Démocratie à afficher son scepticisme envers la raison des foules. Il offre des opportunités mais est plus ouvertement contrôlant et son hypocrisie plus tacite. Il peut appauvrir l’esprit ou engendrer (délibérément ou malgré lui) des fanatismes. Il est parfois cruel (dans sa nature ou ses principes) avec ou pour les faibles.

Le Totalitarisme promeut une société exemplaire et sans concession. Il garanti à chacun sa place et est amené à recadrer en permanence. Il n’est jamais ajourné, sinon pour des intérêts stratégiques. Il aliène et délave l’esprit. Il s’appuie sur les faibles, engendre la faiblesse, la recherche et l’instaure.

– Contrôle théorique du pouvoir: Démocratie (peuple aux commandes) ; Autoritarisme (« sages »/Etat/principes organiques ou Tradition aux commandes) ; Totalitarisme (une poignée d’hommes aux commandes)

– Place de l’individu : Démocratie (possibilités ouvertes dans le cadre des ordres sociaux – libre-expression de Soi, à ses dépens) ; Autoritarisme (possibilités ouvertes dans le cadre de l’ordre national/étatique – libre-expression de Soi, à ses dépens) ; Totalitarisme (possibilité réduites aux trajectoires offertes par l’institution officielle – expression de Soi réprimée, peut uniquement être compensée -et pas sublimée- par l’action collective ou coordonnée)

– Rapport à l’Etat : Démocratie (étatisme minimal et encadrant) ; Autoritarisme (état parent et contrôlant, équilibrant) ; Totalitarisme (état dirigiste et castrateur)

– Antagonisme : Démocratie (autoritarisme, emprise transparente) ; Autoritarisme (anarchie, absence de régulation et de suprême) ; Totalitarisme (individualisme, liberté de se détacher)

 Ces « définitions » s’applique à des régimes « standards » : une Démocratie ou un Autoritarisme accomplis seront beaucoup plus excessifs, l’un instaurant le chaos, l’autre légitimant les privations. 

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Rapport à l’altérité des différents régimes

Ce qui existe en-dehors d’un régime est toujours son reflet répréhensible, parfois implicite (il peut servir de masque à des opposants-prétextes ou être une Boîte de Pandore attrayante mais imprévisible – le néolibéralisme a cet effet sur les conservateurs modérés ou les traditionalistes démocrates) ; ou bien une vision confuse, puérile ou délétère.

Régime Autoritaire : les idéaux alternatifs s’expriment jusqu’au moment ou ils ne remettent pas en question les principes étatiques fondamentaux ou les concepts structurant l’harmonie publique ou l’ordre global. Le cerveau reptilien est exalté dans certaines conditions, mais inhibé lorsqu’il mène à « sortir du cadre » du régime et de ses facettes ; les impulsions antisociales sont punies, réprimées ou refoulées. L’Autoritarisme est présenté comme un moindre mal, avec ses vertus, sa noblesse et ses avatars. Ce qui existe en-dehors de lui est décadent, trompeur, fragile, mais aussi source de chaos et de détresse.

Régime Démocratique : les idéaux alternatifs sont accessibles mais étouffés, aussi bien délibérément qu’en raison de dispositions caractéristiques (démagogie, populisme, divertissement). Les illusionistes démocratiques projettent sur leurs opposants ou sur les démocrates relativistes leurs propres failles (manipulation de l’opinion, émotionnalisation, conditionnements divers, soft power). Le cerveau reptilien est galvanisé, utilisé dans l’intérêt des dominants (comme dans les deux autres régimes) mais de manière moins directe. La Démocratie est présentée comme une évidence, la démocratie libérale comme un bien ou un mal nécessaire. Ce qui existe en-dehors de lui est obsolète, dérisoire, grossier, factice, mais aussi dangereux ou primitif.

Régime Totalitaire : Le cerveau reptilien est contrôlé, investi et encadré ; les hommes restent à cette hauteur et n’investissent leur énergie, leur force de travail ou éventuellement d’abstraction et de pensée que dans les acquis de ce cerveau limitatif. Le Totalitarisme se présente comme une solution, un absolu inconditionnel. Ce qui existe en-dehors de lui, s’il existe, est une hérésie, une folie, un ennemi à abattre ou à tenir en contre-modèle.

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Les moyens de la Domination démocratique 

D’abord, on peut s’interroger sur le terme même : est-ce bien la démocratie qui domine, ou y a-t-il domination par la démocratie ? Celle-ci est-elle un moyen, plus qu’un état ? Est-ce un idéal auquel nous renonçons par peur du vide de la liberté ?

La Démocratie, en tout cas la démocratie libérale occidentale, se fonde sur le principe qu’elle est le meilleur régime possible, que les autres oppriment ou constituent une régression. Cette démocratie libérale s’arrête avant le libertarianisme étendu à tous, car il amènerait à une société obligatoirement éclatée, avec des institutions décomposées (bien que la finalité de la démocratie absolue soit juste l’anarchie, la société s’auto-régulant sans discipline extérieure ni même de modèle). Droite comme Gauche, républicains comme démocrates, s’accordent sur le fait que la démocratie doit rester telle quelle : les citoyens ont les sacro-saints leviers de la libre-expression et du vote, une ouverture théorique sur le Monde absolu (mobilité, idéaux, prise en charge personnelle : chacun choisit sa vie).

Sur la figure de cette Théorie n°1, la mise à équidistance du Totalitarisme & de l’Autoritarisme par rapport à la Démocratie est malhonnête. Totalitarismes et Autoritarismes, ces éternels faux-jumeaux, sont plus proches l’un de l’autre que de la démocratie, présentée comme l’idéal, le cap final. En outre, la Démocratie s’émancipe de ces deux visions renvoyées dos-à-dos à la base, donc implicitement présentées comme élémentaires, dogmatiques et passionnées. Le Totalitarisme campe la partie gauche, l’Autoritarisme la partie droite, la Démocratie émerge pour créer une troisième voie en rupture (et non une synthèse).

Dans la démocratie libérale, à la simplicité (le « bon sens », parfois la Tradition, des nationaux-conservateurs, mais aussi des populistes tendant vers l’ordre autoritaire) se substitue des « évidences » fumeuses, tenant plutôt d’un pacte consensuel, de valeurs plus ou moins tacites, fournissant des motifs tout-faits et une philosophie pratique de la politique, pour meubler les esprits. C’est une contrepartie au silence de ces esprits et à l’atonie des idées ou des débats « socialement autorisés », voir légalement validés. Le porte-parole humble et loyal fait toujours meilleur effet que le polémiste naïf et rentre-dedans.

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Subjectif…

Occuper l’espace entre Autoritaire et « Démocratie » semble fixer un rapport au réel complexe à atteindre. En vérité, l’un est garant de l’autre (assurant sa souplesse/assurant son implantation). Comment tendre vers la démocratie sans autorités ; comment croire que l’ordre spontané ne sera pas brisé : espérer que chacun accepte la visée démocratique est un fantasme. Ce trip collectif touche vite ses limites et appelle des retours à la vérité rudes, l’idéal démocratique, comme tous les idéaux, étant volé et dilapidé par l’impératif de satisfaction et le concret des vicissitudes, paresses diverses et limites morales. La Démocratie sans gouverne devient rapidement un chaos reflet des totalitarismes : un chaos sous garanti pour certains, une jungle attrayante pour d’autres, un leurre évident sachant fournir des compensations pour les plus faibles (par l’exaltation des passions grégaires, de l’obsession des sensations, ou même par le maintien d’une sécurité physique ou le respect d’une intimité psychique choisie).

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Démocratie fasciste vs démocratie autoritaire (libéralisme philosophique vs dirigisme et garde-fous)

Une démocratie à tendance fasciste laisserait théoriquement les individus libres de se dessiner leur vie, mais infiltrerait leur vie en profondeur et façonnerait intensément voir intensivement la nature des désirs, des choix, des mouvements sociaux. Elle considérerait que chacun est responsable de Soi, ce qui est juste, mais hypocrite au regard du fonctionnement tacite d’une telle société, basée sur une dureté concrète tranchée derrière le laxisme sociétal et moral, sur la convergence des pouvoirs et des richesses à une oligarchie forcément maladive (puisque renonçant à son rôle de guide et de développeur de la Civilisation) et une bourgeoisie otage voir vassalisée, de gré, de force ou même de fait sans en avoir conscience.

Cette démocratie à tendance fasciste délègue les pouvoirs aux puissances non-collectives installées (entreprises, groupes de pression, grosses fortunes). La loi du plus fort (fascisme – et plus encore néolibéralisme ou société médiévale) s’applique en dépit de l’égalité présumée de chacun (démocratie), et en contradiction totale avec la loi de la civilisation (autoritaire), que celle-ci soit tribale ou éclairée.

Cette démocratie à tendance fasciste est naturellement la nôtre. Les violences sont indirectes, impersonnelles, mais pas toujours dépassionnées, en raison de l’exacerbation complaisante des rapports de forces (communautés, puissances souterraines, etc).

Une démocratie à tendance autoritaire fixe des règles, des plafonds à la liberté d’expression (le régime peut évoluer, mais l’ascendant de la Nation ou de l’Etat ne peut être contesté), mais encadre la Société au lieu de la confier aux plus offrants. Elle cherchera (surtout si elle conserve des accointances avec le Totalitarisme utopique -façon national-bolchévisme-/au lieu du Totalitarisme soft qu’incarnent les USA par exemple) à rendre ses adversaires valets, à les placer sous sa coupe en les corrompant ou en substituant leur individualisme aveugle à des combats, des causes servant l’intérêt public. Autrement dit, elle les dirige et peut s’en influencer, mais jamais ne s’en remet à eux, sinon en tant qu’intermédiaires, exécutants, ou représentants.

Cette démocratie peut aussi se montrer très dissuassive, mais elle n’est pas oppressive (elle ne poursuit pas arbitrairement – ou par jeu de ses élites, du moins en principe). Certains la trouveront restrictive, pourtant toutes les libertés peuvent y être, si un contrat social est reconnu. Ce type de régime pourra être assimilé au conservatisme, ou à un socialisme « relatif », c’est plutôt une sorte d’équilibre entre l’avidité et le contrôle, la jouissance sans entraves et le combat contre le vide existentiel, l’acceptation des passions et l’acceptation du principe de réalité nié, en surface et pour ses élèves disciplinés, par les démocraties occidentales.

Naturellement, certains jugeront que notre démocratie tend à l’autoritarisme : les oligarchies, la phallocratie, l’ascendant d’anciennes familles ou de groupes historiquement influents, sont autant de phénomènes appuyant ce raisonnement. Mais il s’agit plutôt de réflexes conservateurs ou réactionnaires, avec une volonté individualiste et non collectiviste, constructiviste. Ces facteurs n’ont pas de sentiment d’appartenance à des entités supérieures, ni de souci de la Civilisation ou d’une quelconque abstraction institutionnelle (comme l’Etat, la Nation, l’identité ou la culture). La démocratie occidentale s’accommode d’un pluralisme sous contrôle, tel un régime autoritaire, mais elle n’a pas de projets, d’ambition intrinsèque et globale, comme peut l’avoir un régime autoritaire (ou totalitaire). Elle n’est pas adaptative ni à l’écoute de ses mutations (principe de la Démocratie authentique), mais elle ne converge pas non plus dans l’intérêt ni des masses ni d’une structure éclairée (l’autoritarisme peut être assimilé à un paternalisme bienveillant). Elle sert les intérêts individuels de ses meilleures ouailles et maintient les illusions (c’est sa tendance nette au fascisme – alors que l’autoritarisme ne se cache pas et démonte les illusions, ou les nie en posant ses principes).

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Code couleur : Orange/DémocratieViolet/AutoritarismeBleu/Totalitarisme 

Intermédiaires : démo-auto (rouge), démo-total (rose), auto-total (vert)