Tag Archives: Téhéran

TAXI TEHERAN *

15 Mai

1sur5  Le réalisateur Panahi a posé sa caméra dans un taxi, passé une journée derrière le volant à Téhéran et nous montre le résultat, en introduisant un peu de mise en scène dans la capture brute et clandestine du réel. C’est du moins ce qu’il nous vend, car nous avons essentiellement à faire à des acteurs ad hoc (ou des complices de fait – sans parler de l’évidente reconstitution pour ne pas exposer les vraies personnes), énonçant (relayant au maximum) ses propres discours – les sentences de la dame aux fleurs et de la nièce étant les plus balourdes. Le passage avec les superstitieuses et leur poisson lui donne l’occasion de poser son ‘non’ à ces délires – qu’ en refilant la course à un collègue il soit courtois ou bienveillant, simplement excédé ou au maximum du rejet affiché possible, n’est pas évident à déterminer.

Si ce film est bien politique il l’est surtout en tant qu’outil politicien, apportant licence et visibilité à son réalisateur, servant le discours anti-Ahmadinejad pour les occidentaux qui l’ont salué. Cela se traduit par un Ours d’or à Berlin, des acclamations critiques unanimes, un public ‘humaniste’ au garde-à-vous comme à son habitude (comme tous les publics dont les totems sont mobilisés et autorisés, surtout si c’est dans les capitales) – autant de mobilisations défendables dans la mesure où Panahi avait précédemment été censuré et échappé à la prison en 2011 grâce aux réactions internationales. Les autorités iraniennes, islamistes, décident des films ‘diffusables’ et celui-ci a donc été conçu malgré leur pression (des films autrement glissants existent pourtant, comme Les chats persans ou, armé intellectuellement lui, Une séparation). Sans cette menace, le film perdrait de son prestige – et il ne produit contre elle que des mots généralistes, de petit enfant appliqué en cours de démocratie et instruction civique (la dame aux fleurs est plus franche).

Le contenu est falot, les personnages grossièrement tournés, les deux principaux (réalisateur/conducteur et sa nièce) sont antipathiques à cause de leurs prétentions et de leurs hypocrisies. Le programme est extrêmement dirigiste sans être fourni, s’avère tout juste significatif, tandis que la présentation ne vaut pas celle de Welcome to New York. On apprend rien de l’Iran et de ses habitants, mais le néophyte entrevoit les vues sociales, cinématographiques et idéologiques de Panahi. Plusieurs auto-citations sont visibles pour n’importe qui (Panahi étant le réalisateur iranien le plus fameux avec Kiarostami, auteur du Cercle et de Sang et or) – les références à sa propre œuvre seraient abondantes selon les initiés. Les risques pesant sur la conception de ce film (et donc le légitimant) sont abondamment rappelés et simulés en fin de partie.

Note globale 32

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (5), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (-), Originalité (4), Ambition (7), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 30 à 32 suite à l’expulsion des 10×10.

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UNE SÉPARATION **

29 Juin

3sur5 Avec Une séparation, le spectateur est placé en position de juge potentiel – l’affaire porte sur la mort accidentelle d’un enfant à naître. Produit dans la capitale iranienne, le film montre les ornières de chacun, sur fond de divorce, de lutte des classes (petite bourgeoisie vs laborieux sans perspectives) et de tensions entre religion et modernités – tous s’obstinent à cause de leurs angoisses ou besoins. Ils se donnent des raisons au lieu d’essayer de comprendre ; cherchent à se sauver, pas à améliorer les rapports, les situations, ou ne serait-ce qu’eux-mêmes (si certaines âmes sont livrées à la guerre civile, celles-ci n’ont pas la paix et les ressources nécessaires pour arbitrer leurs conflits). Tous excusables, sous pression, salis et parfois aussi tous très cons.

Ce film est attentif, au concret et aux mécanismes psychologiques, mais étriqué dans son approche. Il ôte aux individus toute capacité à choisir, se remettre en question, pour mieux réfléchir passivement la réalité (ou alors, le film ne sait pas faire passer sa considération pour la liberté des individus – ou ses auteurs ont décidé que c’était une affaire intraduisible). Ils n’essaient pas d’inclure les autres dans leurs équations ; non, pire, c’est qu’il n’y a pas d’équation ; que des êtres d’instincts et d’émotions, se débrouillant avec les urgences. En théorie la vue est neutre et l’objectivité règne, pour encadrer cette agitation – or on choisit presque systématiquement d’empiler le plus sale événement (comme dans un soap tragique ou une fiction à sensations) sur la plus cynique/basse réaction. Le film est imprégné d’une sorte de faux pessimisme, qui rappelle celui des naturalistes ‘scientistes’ ou de ces gens croyant en la compréhension globale et à l’amélioration de l’Homme par des méthodes arrêtées et impersonnelles, sans croire qu’un individu soit plus que l’addition ou que le conglomérat de ses influences. Arc-bouté sur le juste, il tient position objectiviste mais en restant dans une fuite en avant où n’existe que le ‘pire’ et la fuite vers un autre ; ne laisse pas de marge, enferme, tout en faisant le bon observateur inclusif et compréhensif.

Au fond, la fille (Razieh) reste la ‘grande’ coupable (et responsable de ce grabuge). C’est évident ; mais elle subit une situation tragique, qui la pousse à revendiquer et saisir les chances (opportunités de réparation ou de consolation) dans son malheur. C’est une victime dans la vie, donc elle aurait tous les droits, tous les (plus gros) problèmes, etc ; ce caractère combiné aux derniers événements l’amène face au juge où elle se répand en mensonges. Quoi de plus prévisible ? Les ambiguïtés à son sujet me semblent factices ; seule l’ellipse des ‘réalités premières’ permet de la mettre au même niveau que les autres ou à une position favorable ; mais son attitude est trop spécialement mesquine et pathétique. Toutefois le doute peut fonctionner ; celui d’ordre narratif et ‘policier’ sur ce cas, celui moral et psychologique sur la valeur des êtres. Il semblerait que ce soit le cas chez de nombreux spectateurs, plus raccords avec les intentions du film et ce que transpirent les personnages – peut-être faut-il un état d’esprit assez rigide ou mécanique pour être raccord avec le film lui-même, voir ce qu’il installe et nous déroule, devenir automatiquement plus sceptique concernant les questionnements et les va-et-vient qu’il cherche à induire (en nous), le temps de ce grand déshabillage avançant dans l’ambiguïté calculée.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 61 à 60 suite à la mise à jour générale des notes.

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