Tag Archives: Snuff

TESIS ****

3 Jan

4sur5 Les 90s sont une période de renouveau pour le cinéma espagnol, toujours dominé par les retombées de la Movida et les auteurs Almodovar et Saura. Plusieurs nouveaux réalisateurs émergent alors, avec leur style propre, plus sombre ou excentrique encore, mais délaissant dans tous les cas l’euphorie et l’optimisme de leurs prédécesseurs (y compris dans le cinéma social, lui-même plus morose et réaliste, après une période d’affirmation et de célébrations).

Parmi eux, le plus talentueux est Alejandro Amenabar. Son approche inédite du fantastique lui a ouvert les portes d’Hollywood, qui lui a confié la direction de Les Autres avec Nicole Kidman. Pour son premier long-métrage avant le génial Ouvre les Yeux, le jeune cinéaste aborde l’univers du snuff, ces films clandestins où des personnes réelles sont torturées et assassinées sous le regard de la caméra, le tout enregistré en plan-séquence dans des conditions artisanales. Dans Tesis, une étudiante préparant une thèse sur la violence audiovisuelle s’approche de cet univers au cours de ses recherches. Un de ses professeurs, censé l’aider en consultant la vidéothèque de l’université, est retrouvé mort dans une salle de projection alors qu’il visionnait une K7 qu’elle subtilise ; avec son allié de circonstance Chema, un adepte de cinéma extrême (il lui montre des extraits de Face à la Mort), elle découvre la nature de cette vidéo. Tous deux vont prendre conscience de l’existence concrète de cette obscure légende urbaine et surtout, de sa proximité.

Le regard est épuré et pragmatique, proche du documentaire, agrémenté d’une poésie secrète et surtout d’une sensation de réalisme magique. Cette nature donne une dimension discrètement intrusive tout en renforçant la proximité avec cette réalité, comme si nous était soumises des  »images volées », de la même manière que Angela s’infiltre là où rien ne l’invite ni ne saurait la rassurer. Tesis nous met dans l’état d’esprit sinon la condition de celle ou celui qui, enchaîné avec un plaisir certain et une terreur absolue, reçoit des confidences atroces. Amenabar subjugue un rôle subtil et primaire du cinéma : le spectateur est dans l’implication passive, écrasé par ses affects et ses repères floués, embarqué mais impuissant, ce qui a le don de le rendre toujours plus fou et captif.

Le rapport à la représentation et la gestion de la violence – thème de la thèse, on l’oubliait – trouve une réponse théorique virulente lors d’un final en guise de métaphore SF, peut-être un peu boursouflé. Plus que dans l’anticipation ou l’interrogation purement mentale, le véritable intérêt de Tesis se situe au niveau des tripes, de la confrontation avec le sordide et ses propres tolérances ; à la marge, dans sa vision très noire et placide (qui tend à confier que certaines hypocrisies sont nécessaires – question de morale bien sûr, question de garder des jardins secrets et ménager les aspirations asociales aussi). C’est un thriller suffocant comme rarement, il a amplement mérité ses cinq Goyas (les Oscars espagnols) en 1996 et les vaut encore.

Note globale 81

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AUGUST UNDERGROUND *

31 Déc

1sur5 August Underground est un des climax de l’horreur absolue des 2000s, dont l’ambition est de montrer le pire et d’imiter la formule du snuff. Nous sommes au-delà de A Serbian Film et de Philosophy Of A Knife, plutôt au rang final, celui de Snuff 102. Culte de l’underground, August a deux suites, August Underground Mordum et Penance. Nous y voyons trois jeunes tueurs tarés et survoltés (deux hommes, une femme) jouer avec les femmes qu’ils séquestrent. Caméra bas-de-gamme et rendu ultra-réaliste assortis.

Le film de Fred Vogel est souvent strictement dégueulasse, ponctué par l’horreur charnelle la plus crade et dérangeante. L’absence de netteté de l’image contient tout juste l’atrocité, mais c’est finalement plus le satanisme de l’entreprise que l’immonde exhibé qui heurte. Ce ne sont pas seulement des malades ou des monstres, ce sont des enfants sinistres et inhumains. Leurs séquences d’intimité (finalement les plus nombreuses), leurs ivresses permanentes et bien orientées, inspirent un dégoût plus profond encore que celui provoqué par les images.

Si on connaît la nature de ce shocker, donc sait à quoi s’en tenir (tortures, ultra-gore, excréments..), il n’y a pas de surprises. C’est écœurant, éventuellement révoltant et assurément sordide. Avis aux psychopathes et dégénérés, les curieux peuvent s’abstenir… ou au moins doivent savoir. Toutefois les cinéphiles intégristes y passeront (ou y songeront) nécessairement. De toutes manières, on passe l’essentiel du métrage les yeux rivés vers le plafond ; sauf pour les amateurs, il est impossible de tenir, d’être un simple récepteur. Ceux-là d’ailleurs ne sont pas totalement satisfaits par cet August Underground, les suivants étant tenus comme bien plus  »extrêmes ».

Note globale 12

Page IMDB  + Zoga sur SC

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Suggestions… Scrapbook + Pig/Rozz Williams + Human Centipede II

Note arrondie de 8 à 12 suite à l’exclusion du zéro et suite à la mise à jour générale des notes.

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AMERICAN GUINEA PIG : BOUQUET OF GUTS AND GORE *

10 Août

american guinea pig

2sur5  Les Guinea Pig sont un groupe de films ultra-gore dont les deux premiers volets (1985) sont passés pour la confirmation de légendes urbaines à l’époque de leur production. Devil’s Experiment (1er) et Flower of Flesh and Blood (2e) sont de faux snuff movie (où des individus sont mis à morts et généralement torturés). Les quatre films suivants se greffent sur la marque sans être de véritables ‘fake’ snuff – l’alerte de Charlie Seen lancée aux autorités a apporté une excellente publicité aux Guinea Pig. Les opus 3, 5 et 6 sont même des comédies médiocres, grasses et fantaisistes, où la violence est minime. À l’inverse, le 4 est un essai original (love story malade avec une sirène), tourné par le même réalisateur que pour le 2. Hideshi Hino a donc fourni les deux opus notables de cette saga underground.

Fin 2014, American Guinea Pig est projeté dans deux festivals aux Etats-Unis, puis sort en DVD dans ce pays le 21 juillet 2015. Ce curieux projet est conçu par Stephen Biro, président et fondateur de Unerthead Films Inc. Producteur du Philosophy of a knife d’Iskanov (film de 4h reproduisant les expériences d’une unité militaire japonaise pendant la seconde guerre mondiale), Biro commercialise les films les plus sombres ou violents disponibles, ce qui l’a amené aux Guinea Pig. Il est également responsable d’effets spéciaux pour plusieurs produits horrifiques de Marcus Roch, dont le plus fameux est 100 tears, avec un clown tueur. Son American Guinea Pig s’adresse à une toute petite fraction de cinéphages, goreux profonds ou connaisseurs de la saga japonaise.

Avec ses prises de vue embrumées de copie VHS, entrecoupées de passages où la photo devient plus crûment ‘directe’, AGP retrouve bien ce côté cheap (amateur) et daté des deux premiers Guinea Pig. Comme eux il est un authentique faux snuff. Deux hommes y dépècent un tandem de jeunes femmes, étendues sur un lit, maintenues paralysées mais conscientes par une drogue. Leur style est différent de ceux des homologues japonais, tous exaltés à leur façon : romantique dans le 2, savant fou dans le 5, les deux dans le 4, expérimental burlesque dans le 6. À la limite, ils se rapprochent du gang de stoïques opérant dans le volet initial, en le surpassant dans la violence et surtout dans la folie.

Monomaniaque comme lui, American ne rejoint pas Devil’s Experiment par son inanité, grâce au travail d’ambiance. Outre les masques de démons voir de ‘bêtes immondes’, Bouquet of Guts and Gore se caractérise par une bande-son poisseuse (sorte de souffle discret) et ses aspects érotico-gore ‘refoulés’. Les deux types restent indéfinis, mais leur attitude froide, une vague dimension ritualiste et les tenues grotesques donnent l’impression d’avoir à faire à des espèces de nihilistes facétieux ou d’aspirants illuminés attirés par le versant pratico-pratique de leur engagement. Malgré le manque de crédibilité sur des éléments cruciaux (la main coupée comme du beurre) et surtout le côté foire du plastique, le spectacle est troublant.

Car le Guinea Pig américain est une boucherie littérale : après avoir retirés quelques morceaux, un des types découpe la gueule d’un mannequin assez évident, puis enchaîne sur une série de tranchages d’yeux façon tonton Bunuel (Un chien andalou). S’ensuit un vidage de tripes puis le passage à la seconde victime, toujours avec sa main sur la poitrine. La peau des bras et jambes est décalcinée avant un fouillage d’organes éparpillés au sécateur. AGP ne permet aucune distance, n’a aucune pudeur et est généreux en détails assassins : il est psychotique comme le 2 mais dépourvu de sa ‘poésie’. Sa surprise finale rappelle un des pires chocs recelés par A Serbian Film ; la séance s’achève sur les pleurs d’un bébé, probablement trop jeune pour réaliser qu’il aurait mieux fait de ne pas venir à la vie. Au royaume du glauque American Guinea Pig est un leader incontestable.

Note globale 37

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Suggestions… The Bunny Game + Hostel + The Human Centipede III + Ebola Syndrome  

Scénario & Ecriture (-), Casting/Personnages (2), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (3), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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SINISTER **

21 Fév

3sur5  Avec ce film, on pourra remercier les producteurs de la pitoyable franchise Paranormal Activity d’une chose. Réalisateur de L’Exorcisme d’Emily Rose et de l’injustement (et non curieusement, c’est vrai) admiré Hellraiser V, Scott Derrickson marque des points dans le domaine de l’épouvante-horreur avec ce Sinister.

Exemplaire du petit budget à gros succès, Sinister raconte la découverte de vidéos snuff fantasmagoriques par un écrivain en mal d’inspiration, récemment installé avec sa famille dans une maison dont l’histoire est marquée par un massacre. D’abord motivé par un cauchemar de son co-scénariste (Robert Cargill), le film de Derrickson est un produit raffiné, traditionnel (l’héritage de Shining ou même de Sadako, les références au Voyeur) mais agrémenté par ses propres manières et initiatives.

C’est du beau travail, exultant le genre (la bande-son ténébreuse, les calculs de la mise en scène), séduisant par son premier degré absolu, son rejet des circonvolutions, ainsi que son traitement des affaires plus personnelles. Le rapport d’un homme à son écriture et son jardin secret, les implications sur un couple de ses mystères et ses choix (superbes scènes d’empoignades conjugales), tout ça contribue à faire de Sinister un thriller surnaturel avec son supplément, l’épaisseur humaine qui fait les bonnes séances. Efficace.

Note globale 61

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Suggestions… The Haunting in Connecticut + Tesis + Mama + Alone

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HARDCORE ****

9 Nov

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5sur5  Industriel dans l’Amérique rurale, Jacke VonDorn est un homme pieux (affilié à l’église réformée hollandaise) et très traditionnel. Individu paternaliste, un peu pénible, bien obtus, il amalgame avec un sens inné de l’équilibre la discrétion (par sa retenue, sa modération) et la lourdeur (il s’insinue dans tout). Il peut être sec, il sera toujours fiable, il a bon fond, il est travailleur, sans mystères. Voilà qu’il apprend grâce au détective Mast que sa fille, partie pour la Youth calvinist convention, tourne dans des films pornographiques de seconde zone. Ni Mast ni la police ne l’aideront, il part donc seul la retrouver.

Scénariste pour les géniaux (au moins) Taxi Driver et Obsession, Paul Schrader a pu se lancer dans la réalisation dès 1978 avec Blue Scolar. Hardcore est son second film, un an plus tard. Avec une finesse et une profondeur cristallines, Schrader met en scène la mentalité d’assiégé, de dernier homme, que partagent aussi bien les îlotiers, les survivants que les prudes. Cette approche est orientée par l’axe de jugement préféré de Schrader : celui des mœurs. Ainsi Hardcore nous raconte l’angoisse d’un père et d’un homme issu d’une communauté préservée de la corruption et de l’immoralité du monde extérieur.

Précipité dans un monde où on se moque de lui et qui l’horrifie, Jacke fait, pour le spectateur, la démonstration des vertus de son caractère. Sa rigidité a le mérite d’en faire un homme droit et fort, indifférent aux considérations extérieures, ne cherchant que l’ordre et le salut. Il se retrouve dans le piège des bordels contemporains, destinés à extorquer contre des jouissances frustes et bien compartimentées, pas par ses propres soins (Edmond de Yuzna épiloguera là-dessus). Il découvre toutefois une alliée dans ce monde-là, Niki (Season Hubley) un substitut de sa fille, de son versant inconnu. Avec elle il arrivera aux portes du snuff-movie. Il cherche, interroge les gens, sans honte ni précaution : évidemment personne ne lui répond, parce qu’il frappe aux mauvaises portes.

Alors il se fait passer pour un entrepreneur cherchant à financer un film porno ; puis pour un réalisateur faisant passer des casting. Il emprunte le costume et reste à distance, en revanche, la résistance aux tentations, pas celle du sexe mais des pulsions de violence, devient consciente. Cette violence cependant lui permet de garder pied dans ce monde où sa vie est menacée. Il l’ignore, évidemment, mais il pourrait y revendiquer sa place de dominant ; il commet les abus intrinsèques de cette position (naturelle), par exemple en s’en prenant violemment à un partenaire de sa fille vu sur une photo, lequel n’est responsable de rien.

La présence de cet homme, dominant, grave, humble, inhibé, amène tout un lot de limitations, mais aussi une réassurance. Son monde d’origine, où règne un traditionalisme radical, n’a rien de méchant, rien de morbide. Il est juste une invitation à la résignation. C’est un univers très terre-à-terre, mélancolique mais sans troubles. Jacke en est la parfaite incarnation. Il est impossible de ne pas éprouver de l’empathie de Jacke, même si son acception de l’harmonie est douloureuse à porter pour lui comme pour l’autre. Schrader le sait et se montre équitable dans son point de vue.

Ce que Jacke ne conçoit pas une seconde, c’est que sa fille pourrait être, sinon bien là où elle est, au moins volontaire. Peut-être que personne ne lui a retourné le cerveau, peut-être que c’est elle qui a souhaité s’engager sur la mauvaise pente ! Que les parents soient prévenus : à force d’être tenus dans la répression, un jour vos enfants imploseront ! Les parents comme Jacke ne sont pas des monstres, bien au contraire. Toutefois ils ne réalisent pas l’effet de leur attitude et sont coupables. Une emprise écrasante sans contrepartie, même soutenue par des intentions saines ou se voulant telles, poussera à un recours auto-agressif ou nihiliste à la liberté.

Les enfants opprimés sur-compensent de manière particulièrement agressive : ils ont eu tout le temps de percevoir les attentats possibles à ce rouleau-compresseur de la sérénité, au parfum si mortifère. Schrader dresse un avertissement sans condescendance : il nous fait respecter, sinon aimer, ce type. Le point de vue de Schrader est ouvertement  »conservateur » lui-même, pas dupe ni de ses limites ni des règles du jeu. L’auteur se range avec son héros du côté de la fatalité, avec détachement et philosophie, en y trouvant une certaine légitimité, un charme aussi, même triste. Et finalement même les saints et les héros ne peuvent sauver les damnés. 

Note globale 87

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Suggestions… Harry Brown + The Canyons + L’Impasse + Pulsions/Dressed to Kill   

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