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TROIS JOURS ET UNE VIE ****

20 Sep

4sur5  Boukhrief prend le parti du coupable par accident, dans un univers rempli d’innocents et de culpabilité mais sans ogres ni méchants. En tant que polar ce film est lent et décent, réfléchit les implications potentielles ou avérées d’un crime ; comme film noir à la campagne il est brillant. La première heure est sombre et émouvante, la seconde introduit le recul et des sentiments déplaisants. Au contraire la proximité avec Antoine est décuplée, le spectateur se fond davantage dans son point de vue après avoir été placé en position d’observateur privilégié. L’inquiétude et le dégoût s’équilibrent, on éprouve ce mélange de réticence et de jubilation à sentir se découvrir une vérité insupportable.

Passé une vingtaine de minutes l’essentiel du suspense n’est plus que psychologique. Un secret se balade dans la nature, le décors devient habité par cette menace sourde après avoir été investi par des sentiments et sensations d’individu approchant la sortie de l’enfance. Le protagoniste se développe loin mais tout rapprochement ou toute remontée pourrait être fatal. L’ellipse majeure est cohérente avec l’ensemble de la mise en scène (qui trouve une parade dérisoire et formidable pour introduire un reportage sans enlaidir le champ), où l’invisible et l’émergent ont une place privilégiée. Les créateurs évitent les explications grossières, laissent agir et capturent des gestes, ou des marques d’inhibition contenant l’essentiel, fermant immédiatement la trappe aux spéculations – les gens (hors artistes ou prestataires publics, qui dans les parages souffriraient de se sentir enterrés) ont assez de peines et de choses à dissimuler par nécessité pour se confondre en calculs inutiles ou se complaire dans le mystère. Lui aussi est accidentel, ou du moins, pas désiré.

Centré sur ses personnages, le film donne l’impression d’être construit par recoupements ingénieux, non par un scénario qui tirerait les ficelles et distribuerait les cartes à jouer. Les interprètes sont simples et excellents. Charles Berling a dû consulter des gars du peuple pour livrer une telle composition. Il n’a toujours pas la tête adéquate mais son langage et son corps sont exemplaires. Il prend ce qu’a de nécessairement grotesque et désespérant un tel bonhomme, donc le joue dans ses moments criards et alcoolisés, sans passer par ces imitations brusques et outrées de faux compassionnels ou d’urbains même non-bourgeois trop bouffés par le mépris pour concevoir correctement leur sujet. Certains bouts de scènes sont parfaits, comme ce passage avec la mère groggy et appliquée, probablement en train d’entrevoir le coût psychique du déni à très long-terme.

Cette réussite est le fruit du partenariat de deux auteurs (le réalisateur est habituellement son propre scénariste). L’écriture conjuguée est lisse et pleine, sans redondances ou pesanteurs, sans béances ou absences sinon celles de ce monde-là (la faute et l’insularité génèrent quelques vides et extrapolent les déficiences). Le réalisateur a probablement fait le tri dans le sens permettant l’empathie. D’après ce qu’indiquent les interviews de Lemaître à l’époque où il vivait le Prix Goncourt et l’adaptation d’Au revoir là-haut, il semble que le roman mette davantage l’accent sur la culpabilité. Dans le film éponyme la fuite, la volonté d’évasion frustrées sont au moins aussi importantes. Le gamin semblait également plus banal et illusionné ; ici il paraît réfléchi et vaguement inadapté, en tout cas distant (ami d’un plus jeune et solitaire, au lieu de pratiquer les jeux de son âge, amoureux pataud). Le seul passage un peu douteux est cette scène avec les trois enfants face au train, où le cadrage devient confus puis s’invite une référence à la reproduction des espèces. Dans l’idée ça se tient mais en pratique c’est assez lourd ; peut-être à diluer ? L’autre faille possible du film est la multiplication (tardive) des rebondissements et le resserrage extrême, dont l’image en conclusion est une garantie. Mais les premiers sont amenés avec le même instinct subtil et le second est le prix sinon le responsable de l’intensité et du taux de bavures résiduel.

Grâce à ses qualités d’exécution et sa grande sensibilité (les deux conditions pour un film fort – les méthodes et applications sont infinies), ce film a un charme absorbant, la capacité de devenir précieux. Il diffuse des sensations d’enfance mêlées à des réalités inconfortables en s’avérant plus concret que Reflecting Skin. La musique, les vues aériennes, les enchaînements, le rendent presque planant, jamais fumeux ou léthargique. À son image l’environnement est envoûtant mais aussi accablant. Il induit un mode de vie sain et calme, également désintégrateur, forçant à l’humilité et, à cause de la pourtant modeste portion de civilisation qui s’y trouve, à une régulation des apparences sans concession. Le terrain où se déploie cette triste histoire est tellement fertile, autant que ces notions de secret ou d’épée de Damoclès ; les spécialistes des sensations fortes ‘intérieures’ gagneraient à s’y introduire au lieu d’imiter les normes des thrillers internationaux ou se borner à leur ‘cinéma de genre’ qui par définition n’offre aux talents qu’un prétexte décoratif (gare au fétichisme même le plus raffiné, où Laugier semble enfermé). Parmi les films de ces dernières années il y a déjà eu plusieurs beaux voire grands moments exploitant ces décors bucoliques, avec des ‘seconde nature’ secrètes et forcées, des individus contrariés et rongés à en devenir fous, des crimes malheureux dans un contexte légèrement daté : La prochaine fois je viserai le cœur, Alléluia, Les Ardennes.

Note globale 84+

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Suggestions… Contre-enquête + Carrie au bal du diable + La Chasse + Malveillance

Publié initialement le 19 septembre, repoussé le 21 au 20 pour éviter le cumul sur une journée.

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LE SECRET DERRIÈRE LA PORTE ***

24 Sep

4sur5  Dans les années 1940, la psychanalyse se vulgarise et inspire les créateurs. En 1948, Fritz Lang, l’auteur de M le Maudit exilé aux États-Unis depuis 1933, s’engage sur ce terrain avec une variation du conte Barbe Bleue. Le Secret derrière la Porte évoque aussi largement Rebecca de Hitchcock, sorti huit ans plus tôt. Fritz Lang a pu s’en inspirer largement. Son film ne démérite pas face à celui du réalisateur de Psychose et s’en distingue dans les orientations. Rebecca était très old school, Le secret est plutôt dans l’exploration ; ses drames sont plus pernicieux et adultes, Rebecca était à un niveau d’analyse proche du merveilleux corrompu.

Ludique et raffiné, Secret beyond the door n’est cependant pas un film de génie. Ses idées sont assez sommaires ou académiques, son issue est d’une légèreté critique. Le film vaut surtout pour le talent formel de Fritz Lang et sa faculté à jouer avec des motifs attrayants. Il a un autre atout, la magnétique Joan Bennett, alors que son étrange époux est un personnage plutôt creux. Leur relation commence par une idylle très romanesque, où ils sont juste eux deux, loin du monde. Puis le petit ilot de paradis devient un cloaque labyrinthique où Celia se perd dans un amalgame de vérités sur elle, sur lui et sur sa première femme.

Une malédiction pèse sur les personnages et Celia est entrée dans l’espace où celle-ci s’exerce. Cela offre à Fritz Lang l’opportunité d’illustrer ces traumatismes toujours remis en scène, dans un climat onirique réjouissant. Le simplisme de son point de vue finit cependant par l’emporter : il aurait mieux valu que le spectacle reste tellement charmant et ne se justifie pas. Les procédés assez brutaux comme les monologues intérieurs fonctionnent, mais Fritz Lang voit le psychisme comme une recette en trois équations. À l’arrivée : superbe mise en scène, personnages solides, climat ensorcelant, visions inspirées (au tribunal, le mari face à lui-même ; la maison comme jungle de luxe pour Celia), petites idées et résignation à un canevas narratif étriqué.

Note globale 72

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Suggestions…

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LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN ****

12 Juin

4sur5  Etiquetté à raison « premier western gay », au moins hollywoodien, Brokeback Mountain est aussi un mélodrame contemplatif. Ces deux genres (mélodrame et western) sont sublimés sous une forme classiciste, voir puriste. Si Brokebck a été un phénomène en raison de son sujet et du décalage de cet amour ; et est donc d’un point de vue commercial et culturel un objet important, il est également un film remarquable, pour des qualités bien plus générales et pénétrantes que ses audaces présupposées ou l’originalité certaine de son scénario.

1963. Signal au Wyoming : deux jeunes hommes sont engagés pour la saison dans la même zone d’un alpage, où ils garderont et entretiendrons les moutons. Ils garderont de cet été la mémoire d’une idylle qui sera tue pendant un premier temps. Le fatalisme conduit les deux cow-boys au déni, mais leurs chemins respectifs les appelle et il auront de quoi étouffer ces troubles. Quatre ans plus tard les deux maris et pères de famille se retrouvent. Désormais, deux fois par an, ils se retrouvent à Brokeback Mountain. Ce sera l’échappée, la part de vie entre parenthèses, celle qui les stimule et justifie peut-être l’acceptation d’une certaine léthargie, d’une existence conforme et stoique. L’histoire s’étale sur une vingtaine d’années, jusqu’à ce que cette romance précaire soit brutalement interrompue.

Brokeback Mountain raconte un amour impossible. Naturellement il donne un aperçu du traitement de l’homosexualité dans un monde que ces deux hommes ne pourront pas changer, mais cette dimension est intégrée de façon subtile et n’est finalement que le rappel du contexte social où cette histoire ne peut s’épanouir. Ang Lee le fait avec intelligence, sans opportunisme ni démagogie. Il dit de son film « Brokeback est une grande histoire d’amour épique qui représente le rêve d’une complicité totale et honnête avec une autre personne ». Cet objectif est atteint. Le Secret est une belle tragédie, romantique et implacable, avec cette tristesse qui galvanise, cette injustice qui serre à la gorge. Le spectacle a d’autres qualités, éclatantes, ce sont ses paysages naturels, sa mise en scène ample et grave, la focalisation zéro : tout ce qui nourrit ce délicieux mais inacceptable sentiment d’être l’otage du destin.

Dans ce second film où il évoque la place de l’homosexualité dans un monde qui lui est hostile, douze ans après Garçon d’honneur (1993), Ang Lee donne corps à une imagerie homosexuelle qui n’avait jusque-là pas tellement été matérialisée. La figure du cow-boy gay, sinon dans le quelconque Lonesome cow-boys d’Andy Warhol et dans l’industrie du porno, n’avait pas de représentation concrète. Accouchée sur grand-écran, celle-ci participe d’une romance éthérée, passablement universaliste (la volonté de cerner le désir d’Amour au travers de ces deux cobayes) mais aussi redoutablement mélancolique. Car d’une part, cette relation est une illumination pour les deux individus, une bulle d’épanouissement, tout comme la montagne de Brokeback est une bulle atemporelle, spacieuse : un sanctuaire. Elle est aussi une illusion, un mirage dans un océan gris – celui qu’il faut supporter pour rester légitime. On ne peut pas se permettre de vivre un rêve alors que la réalité est là.

Note globale 83

 

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Suggestions… Take Shelter

 
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LA CHAMBRE DES TORTURES ****

14 Août

la chambre des tortures

5sur5  En 1960, Roger Corman le bisseux connaît un vif succès grâce à House of Usher, avec Vincent Price, adaptation d’une des nouvelles les plus célèbres de Poe. Corman et Price s’engagent alors dans le cycle Poe, constitué de huit épisodes tournés jusqu’en 1965. Les autres nouvelles les plus fameuses, c’est-à-dire Le chat noir et Le corbeau auront elles-mêmes leur traduction sur grand écran ; Corman fera quelques choix improbables comme celui de s’inspirer du Masque de la Mort Rouge et en tirera des résultats admirables.

Pit and the Pendulum est le deuxième opus de cette série de films. Assez proche dans le registre de Usher, il a surtout plus d’argent et de moyens. À la rigidité succède une plus grande flamboyance : Corman s’autorise des élans grandioses. Le spectacle est théâtral à l’extrême, ronflant et délicieux à la fois. Les décors sont somptueux, évoluant d’un certain classicisme vers l’enchantement funèbre. Corman adopte un langage expressionniste modernisé, extravagant et maîtrisé (avec des distorsions et des élans chromatiques à la limite du psychédélique avant l’heure), où une enquête sert de guide dans un sanctuaire pervers. Le basculement dans la zone indiquée par le titre français se produira dans la dernière partie, où exulte le meilleur du cinéma gothique.

Sommité dans son genre, phare injustement négligé de l’épouvante des années 50-60, La Chambre des Tortures s’approche du génie du Masque du Démon (1960), mais est encore trop timide pour égaler le stupéfiant chef-d’oeuvre de Mario Bava. C’est toutefois un splendide voir un sacré monstre, ne reculant pas devant les risques d’invraisemblances et s’en tirant toujours au passage en force, avec une grâce à la mesure de sa brutalité romantique. L’intérêt va croissant (l’arrivée de Barnard au début est prometteuse mais pas totalement dépaysante, contrairement à la géniale dernière partie), le mystère s’épaissit autour de l’hypothèse d’une Barbara Steele enterrée vivante.

La narration est aventureuse et sans faute, tout est grandiloquent au dernier degré, c’est d’une tension et d’un exotisme imparables. La Chambre des Tortures n’a pas l’intelligence ni les thématiques ambitieuses du Masque de la Mort Rouge, mais elle a eu sûrement plus d’influence sur le cinéma gore des débuts et a des allures de giallo préhistorique. Elle se place donc aux côtés du Masque dans la hiérarchie du cycle Poe, surpassant par sa folie et sa fureur poseuse La Malédiction d’Arkham (très bel opus, plus inspiré de Lovecraft en vérité). C’est un film dont la place dans le temps est étrange, à la fois d’un charme désuet total et anormalement contemporain. Enfin la performance de Vincent Price n’est pas celle d’un homme mais d’un héros de tragédie, âme en peine harcelée par ses fantasmes et triomphant dans la démence.

Note globale 89

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Suggestions… L’étrange vice de Mme Wardh + L’emmurée vivante + La Nuit du Loup-Garou + La créature de la mer hantée

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Le cycle Poe de Price/Corman sur Zogarok >> La tombe de Ligeia (1965) + Le Masque de la Mort Rouge (1964) + La Malédiction d’Arkham + Le Corbeau (1962) + L’Empire de la terreur (1962) + L’Enterré Vivant (1962) + La Chambre des Tortures (1961) + La Chute de la Maison Usher (1960)

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THE SECRET ****

11 Mar

4sur5  Premier film américain de Laugier (il s’était déjà posé au Canada pour accomplir Martyrs), The Secret est l’opus de la confirmation, celui qui dissipe les doutes ou les réserves, valide les pressentiments à l’égard du personnage et la volonté de le voir (re)prendre en charge le remake d’Hellraiser. Légère et virtuose, la mise en scène évoque les atmosphères de Shining, les audaces formelles de Panic Room (on ne lâche vraiment pas les héros! – Pascal Laugier parle de son film comme un « Panic Room en extérieur ») ; tandis que l’inspiration de Stephen King se fait sentir (le nom de la ville, Cold Rock, y fait référence).

Un film dont vous êtes tous les héros

Autour d’une cité de l’arrière-pays en décrépitude, Jessica Biel protège son petit garçon tandis que les enfants disparaissent mystérieusement ; on accuse le Tall Man, une silhouette aperçue et fantasmée, de les capturer. Ce postulat lorgnant vers le fantastique, The Secret le trahira rapidement ; plutôt que de laisser le suspense se gonfler autour d’un thème ou d’un fait unique, Laugier joue des perceptions du spectateur et enfile celles de ses personnages, ou plutôt la vérité telle qu’ils la désirent ou l’engendrent. On se croirait dans un Rashômon horrifique ; un Memories of Murder où tout peut encore arriver ; voir un Shyamalan stimulant.

En effet, une rafale de twists en trompe-l’œil se succèdent tout au long du film et celui-ci prend une nouvelle dimension en permanence, devance et floue l’imagination. Plus The Secret en révèle sur le contexte ou les personnages, plus nous sommes perdus et excités. Le risque de ce dispositif, c’est évidemment de pousser à quelques contorsions rétrospectives, un peu comme pour The Game ; cependant à le revoyure les failles dans les quelques zèles de mise en scène des protagonistes avertis sont bien là. Tout s’imbrique donc correctement à nouveau. A-priori le spectacle l’emporte parfois sur la logique pure (certes pour un résultat excellent en terme d’intensité), toutefois les tours de passe-passe sont aussi borderline que finalement justifiés.

Avec Martyrs, Laugier s’engageait déjà dans une sorte d’inquisition spirituelle, contraignant le public à reconnaître sa réponse et prendre conscience de ses convictions instinctives. The Secret est une excellente ré-affirmation de son style, violemment introspectif et pourtant tourné vers l’action ; bravant authentiquement les tabous sociaux mais aussi ceux plus intimes. Dans les films de Laugier, les spectateurs se trouvent pressés aux dilemmes les plus dangereux et révélateurs ; l’urgence, la vérité crue sur la nature des situations et les subjectivités exacerbées s’y affirment frontalement, comme si les masques usuels perdaient leur sens, pour offrir une lecture premier degré de la réalité et des sentiments. Un cinéaste de l’ampleur et de la profondeur, simultanément.

Spoiler & provocations (pour ceux qui ont vu le film)

La  »morale » à l’issue de The Secret est plutôt un pavé, aussi politique que métaphysique, abordant de façon entière un sujet choc. Il ne s’agit pas de darwinisme social ou d’eugénisme, bien qu’on puisse dériver sur ces questions-là ; il s’agit de savoir ce qui est bon, ce qui est nécessaire et si « la fin justifie les moyens ».

Par sa vision téméraire, The Secret ne dit pas que les riches sont meilleurs que les autres, encore moins qu’ils méritent leur position : mais il assume la réalité de leur aptitude à fournir un meilleur cadre de vie aux nouveaux-nés, là où des conditions de départ viennent souvent les saboter avant même leur éveil. Vaut-il mieux tirer les individus d’une anarchie crasseuse, pour leur donner la chance d’une vie plus ouverte, d’une maîtrise de leur existence, d’une possibilité de développement ; au risque de les déraciner ou d’assumer ouvertement que certaines vies sont foutues d’avance ? Vaut-il mieux accepter la fatalité, ou se dire que les meilleurs s’en sortiront (ce qui est cynique – et qui sera menteur dans la majorité des cas, où n’en auront pas l’occasion) ?

Ou simplement, condamner la dimension liberticide et arbitraire de cette bienveillance morale ; s’offusquer de cet arbitraire odieux, quelque soit sa légitimité éthique ? À toutes ces interrogations s’ajoutent celles sur les modalités de la sélection : qui prendre (sauver) et pourquoi. Il y a enfin la question des conséquences, qui pourrait éclairer toutes ces questions et sera peut-être pour un autre film. Laugier la confie aux spectateurs d’ici là et pose courageusement ses doutes sur la capacité des nations occidentales (en tout cas anglo-saxonnes) à tirer vers le haut ses damnés de la terre et à sauver ses enfants déshérités, sinon au cas par cas. Reconnaître que l’épanouissement dépend du niveau de vie est une chose relativement commune, proposer une réponse si dure l’est moins. Mais Laugier n’est pas un partisan aveugle, il n’apporte pas de solution magique.

Note globale 84

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Aspects favorables

* à la hauteur de ses ambitions (juste quelques détails « forcés » – dernière seconde par ex.)

* rythme, surprise et intensité : se découvre par couches et maintient la pression

* un conte rationnel et adulte

* une confrontation à des domaines d’existence négligés et à sa propre identité morale

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