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LE SOCIAL-LIBÉRALISME DU PS : RENONCEMENTS & PRÉLÈVEMENTS

6 Mar

On sait que le Parti Socialiste français n’a de socialiste que le nom. Et c’est tant mieux ; pourquoi espérer de lui une telle posture ? Celui qui attend tout d’un ordre supérieur a renoncé à lui-même ; celui-là ne mérite pas d’être secouru, il lui faut d’abord retrouver une exigence, ou quitter la scène sans prendre en otage la Société au nom de ses humeurs hagardes, de son refus d’éclore, de sa passion de régression.

Mais ce Parti Socialiste n’est pas non plus « social-démocrate », comme le claironnent tous les ahuris déculturés. Il est social-libéral, par défaut plus que par conviction, parce que s’il s’écrase devant la droite économique, celle qui dérégule et entube des foules de petits rentiers, d’indépendants et micro-entrepreneurs qui sont simplement la chaire électorale d’un corps que des harpies comme Copé autopsient en ce moment.

Il tente encore de s’en distinguer, outre par sa brigade des mœurs aux subtilités déjà largement tombées en désuétude, par quelques élans de générosités improvisés et à courte-vue ; parfois même, quelques bouffées antilibérales obnubilent cette sinistre équipe, à l’instar de ces 75% de taxation aux grosses fortunes. Naturellement, nous savons que personne ne mérite intrinsèquement la fortune d’un Johnny Halliday ; parce qu’il n’y a pas un homme qui ait tellement de valeur ou dont les contributions soient suffisamment imposantes pour mériter une telle déférence.

Mais c’est là qu’est le grand malentendu. Au lieu de fabriquer des ennemis dans la maison, nous devrions en faire des moteurs dont nous serions fiers ; peut-être que ces moteurs n’ont pas de raisons fondamentalement altruistes, mais eux détiennent un potentiel qui pourrait trahir notre neurasthénie. On dit que les États n’ont plus de pouvoirs et que c’est mieux ainsi, que la raison c’est d’admettre que l’économie a l’ascendant. Soit ; dans ce cas, où est le pragmatisme dans la taxation des super-riches, alors que dans le même temps, l’État n’engendre plus rien. Aucun substitut, aucune initiative.

Pourquoi ne pas chercher à instaurer une interdépendance, plutôt que de déclarer la guerre à ceux dont notre dynamisme dépend ? Le gouvernement social-libéral est incapable de restaurer une vitalité à la France, que ce soit par une planification économique ou par la remobilisation de ses forces ; alors par compensation, il exhibe des réflexes archaïques et délirants mais qu’il n’assume même pas, puisqu’ils s’ajoutent à une logique de soumission et de trahison.

Sur-taxer les multinationales, c’est légitime. Sur-taxer des individus aux revenus exceptionnels, c’est toxique, c’est  »antilibéral » au sens strict (originel, du libéralisme philosophique) et au sens élargi (du libéralisme de droite économique et du néolibéralisme, réactionnaire ou pas, qui en ces heures gagne la partie). Que ces entrepreneurs chanceux ou ces stars méritent ou pas leurs salaires ; ici nous entrons sur le terrain des valeurs et chacun peut arguer de sa petite conscience, ça ne compte pas pour le bien commun.

Ce qui compte, c’est de rendre la France et ses enfants qui  »réussissent » interdépendants. Ça ne tient pas en quelques réformettes onéreuses et généreuses ; c’est l’affaire de plusieurs années où la classe politique visible se consacrerait à se réapproprier une marge de manœuvre, et où la France reprendrait conscience d’elle-même. Ce n’est pas quelques entreprises qu’il faut promettre de « nationaliser » ; c’est la France qu’il faut récupérer, c’est elle le matériau.

Que tous les autres engagements soient tenus ou pas n’a aucune espèce d’importance. Ce ne sont que des diversions ; et dans notre contexte éclaté, où tout n’est que confusion, ces diversions peinent chaque jour un peu plus à faire illusion, parce qu’elles sont indissociables de la logique de compensation communautaire qui fait tenir le Parti Socialiste et lui assure une clientèle. Voilà comment notre Obama bedonnant est devenu le leader d’une « gauche américaine » de la pire nature qui soit. 

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DERRIÈRE L’ARMÉE MEXICAINE, DES LÉGIONS ENTIÈRES A RASSASIER

23 Déc

 

Avant de sauter au plafond il faut savoir que c’est une coutume ancrée depuis plusieurs décennies. La vraie information, c’est que le gouvernement « social-libéral » et « progressiste » d’Ayrault n’a pas jugé bon de moraliser ou de purger cette infamie-là. C’est sa façon d’assumer la tradition française.

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En France, chaque ministre dispose d’un budget pour les primes de fin d’années. Valls, Taubira, Sapin, Duflot, Touraine ont reversé 50% à 60% de ce portefeuille à leurs collaborateurs, soit aux alentours de 10.000 euros par assistant et autre soldat inconnu en moyenne.

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La part restante revient naturellement au Ministre concerné. Avec des « budgets prime » entre 500.000 et 700.000 euros, les acolytes de Jean-Marc Ayrault écopent donc d’un treizième mois à 200.000 euros pour les plus fauchés, 300.000 euros pour les mieux lotis comme Moscovici. Hors-catégorie, Laurent Fabius, l’aîné de la bande, approche le demi-million.

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C’est là tout le drame : derrière les petites saillies « anti-riches » et le détournement d’exils fiscaux, le gouvernement PS refuse d’appliquer à lui-même la rigueur économique qu’il fait subir au peuple (voir la vidéo-contraste de cet article) ; et refuse d’appliquer à lui-même l’exigence moral qu’il réclame aux « riches » dont il fait son gibier alors qu’il en est l’otage (affaire des  »pigeons »).

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Un gouvernement qui cède à la tentation de l’argent et du populisme de petite envergure au moment où il n’a pas le courage de s’imposer ni face aux Banques, ni face aux partenaires européens. Un gouvernement qui reproche aux « riches » d’assumer un train de vie similaire au sien, alors que ceux-là ne sont pas intrinsèquement soumis aux dominants réels.

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On comprend comme cette impuissance (à réformer le pays et à impacter le réel) doit être pénible, on sait bien qu’il faut absolument la masquer, on devine qu’elle doit être consolée… Notre gouvernement jalouse les  »affranchis » et les  »décideurs », alors il compense, en gratifiant ses proches confrontés au même vide, mais placés.

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  • AYRAULT
  • Budget primes: 5 850 000 €
  • Nb membres de son équipe: 456
  • Nb membres de son équipe: 53
  • Nbre de fonctions support: 403
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 3 394 657 €
  • Soit un taux de 58% du budget total
  • Soit 12 829 € en moyenne par personne
  • VALLS
  • Budget primes: 1 547 532 €
  • Nb membres de son équipe : 252
  • Nb membres de son équipe:12
  • Nb de fonctions support: 240
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 932 917 €
  • Soit un taux de 60% du budget total
  • Soit 6 141 € en moyenne par personne
  • TAUBIRA
  • Budget primes: 983 000 €
  • Nb membres de son équipe: 169
  • Nb membres de son équipe:14
  • Nb de fonctions support: 155
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 614 375 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 5 817 € en moyenne par personne

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  • TOURAINE
  • Budget primes: 878 408 €
  • Nb membres de son équipe: 64
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 49
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 549 005 €
  • Soit un taux de 63% du budget total
  • Soit 13 725 € en moyenne par personne

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  • MONTEBOURG
  • Budget primes: 679 058 €
  • Nb membres de son équipe: 57
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 42
  • Dépenses prévues au 31/12/012: 422 000 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 11 913 € en moyenne par personne

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  • BELKACEM
  • Budget primes: 552 001 €
  • Nb membres de son équipe: 47
  • Nb membres de son équipe:13
  • Nb de fonctions support: 34
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 396 112 €
  • Soit un taux de 72% du budget total
  • Soit 11 745 € en moyenne par personne

 

  • MOSCOVICI
  • Budget primes: 730 304 €
  • Nb membres de son équipe: 67
  • Nb membres de son équipe:20
  • Nb de fonctions support: 47
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 453 000 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 10 900 € en moyenne par personne

 

  • FABIUS
  • Budget primes: 1 091 082 €
  • Nb membres de son équipe: 150
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 135
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 652 171 €
  • Soit un taux de 60% du budget total
  • Soit 7 274 € en moyenne par personne

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  • DUFLOT
  • Budget primes: 580 950 €
  • Nb membres de son équipe: 57
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 42
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 363 093 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 10 192 € en moyenne par personne


  • PEILLON
  • Budget primes: 616 000 €
  • Nb membres de son équipe: 61
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 46
  • Dépenses prévues au 31/12/2012:403 750 €
  • Soit un taux de 66% du budget total
  • Soit 10 098 € en moyenne par personne


  • LEBRANCHU
  • Budget primes: 543 636 €
  • Nb membres de son équipe: 55
  • Nb membres de son équipe:12
  • Nb de fonctions support: 43
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 337 000 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 9 884 € en moyenne par personne


  • FIORASO
  • Budget primes: 564 000 €
  • Nb membres de son équipe: 58
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 43
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 352 500 €
  • Soit un taux de 63% du budget total
  • Soit 9 724 € en moyenne par personne


  • LUREL
  • Budget primes: 552 347 €
  • Nb membres de son équipe: 63
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 48
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 299 667 €
  • Soit un taux de 54% du budget totalSoit 8 767 € en moyenne par personne


  • FILIPPETTI
  • Budget primes: 642 710 €
  • Nb membres de son équipe: 91
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nbde fonctions support: 76 
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 378 706 €
  • Soit un taux de 59% du budget total
  • Soit 7 063 € en moyenne par personne


  • SAPIN
  • Budget primes: 500 291 €
  • Nb membres de son équipe: 75
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb fonctions support: 60
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 312 682 €
  • Soit un taux de 63% du budget total
  • Soit 6 671 € en moyenne par personne

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  • FOURNEYRON
  • Budget primes: 541 770 €
  • Nb membres de son équipe: 53
  • Nb membres de son équipe:14
  • Nb de fonctions support: 39
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 272 597 €
  • Soit un taux de 50% du budget total
  • Soit 10 222 € en moyenne par personne

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  • BATHO
  • Budget primes: 900 720 €
  • Nb membres de son équipe: 173
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 158
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 562 949 €
  • Soit un taux de 62% du budget total
  • Soit 5 206 € en moyenne par personne

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  • LE FOLL
  • Budget primes: 370 457 €
  • Nb membres de son équipe: 75
  • Nb membres de son équipe:14
  • Nb de fonctions support: 61
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 207 997 €
  • Soit un taux de 56% du budget total
  • Soit 4 939 € en moyenne par personne


  • PINEL
  • Budget primes: 466 268 €
  • Nb membres de son équipe: 39
  • Nb membres de son équipe:10
  • Nb de fonctions support: 29
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 270 000 €
  • Soit un taux de 58% du budget total
  • Soit 11 956 € en moyenne par personne


  • BRICQ
  • Budget primes: 454 052 €
  • Nb membres de son équipe: 38
  • Nb membres de son équipe:11
  • Nb de fonctions support: 27
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 225 000 €
  • Soit un taux de 50% du budget total
  • Soit 11 949 € en moyenne par personne

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  • LE DRIAN
  • Budget primes: 967 238 €
  • Nb membres de son équipe: 158
  • Nb membres de son équipe:15
  • Nb de fonctions support: 143
  • Dépenses prévues au 31/12/2012: 580 566 €
  • Soit un taux de 60% du budget total
  • Soit 6 122 € en moyenne par personne

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Un article à ce sujet : http://www.journaldunet.com/economie/magazine/primes-des-ministres/

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A noter que Najat Vallaud-Belkacem est, de très loin, la plus généreuse avec ses collaborateurs, puisqu’elle ne garde pour elle que 28% de son « budget prime ». 

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SOS RACISME, BRANCHE ORGANIQUE D’UN PS LIBÉRAL-BOURGEOIS

16 Oct

SOS Racisme est souvent accusé d’être un outil d’instrumentalisation de l’antiracisme,  une machine électoraliste au service d’un PS défaillant. La récente nomination de Harlem Désir, son président, à la tête du deuxième parti de France est venu consacrer définitivement cette corrélation. Le mouvement est connu pour ses actions de masse, ses propagandes justifiant leurs outrances par l’incantation à la Tolérance. Il s’est avéré être un tremplin pour certains individus issus de la diversité ou du monde associatif, mais ne s’embrasse pas de combats sociaux, y compris concernant les populations qu’il est supposé défendre intrinsèquement. Le verbiage et l’emphase multiculturaliste ont pris les commandes.

Il faut remonter depuis les origines. Dans les 80s, le Parti Socialiste au pouvoir a échoué à réinventer la vie ; il assume même le tournant de la rigueur de 1983 et en 1988, Mitterrand est réélu sur une ligne d’ouverture au centre et d’assimilation au social-libéralisme. Sa figure permet de dompter plusieurs ambiguïtés ; c’est à la fois le dernier des présidents-rois et le gourou de toutes les gauches, permettant à une « gauche américaine » et à la « gauche sociétale » de dominer le paysage politique alors même que les citoyens français, eux, sont encore relativement fermés à ces gauches-là aujourd’hui. La branche anti-raciste étant l’une des facettes les plus prégnantes de cette « gauche sociétale » et dans une moindre mesure de la « gauche américaine », le combat en faveur des minorités notamment ethniques étant un élément-clé du logiciel des Démocrates aux USA ; atout charme pour un Obama aussi basiquement anti-bushisme que Hollande a pu être un trivial anti-sarkozyste lors de sa campagne et ses premiers pas à l’Elysée (que nous avons la joie de contempler en direct – émouvant notable constipé et mal peigné passant de commis à chef de la cantine).

Le « rapport colonial » comme prisme des relations sociales et humaines ?

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La Vidéo… 3 > Asselineau dans CSOJ

La Vidéo… 2 > Féminisme – Tiens-ta langue ou disparaît

La Vidéo… 1 > Mirage anti-passéiste des ploucs élitistes de Gauche

La Vidéo… 0 > Marion Maréchal Le Pen – quelle envergure pour le nouveau FN ?

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Deux sondages Zogarok :

 

ET MAINTENANT ?

22 Avr

A CAMPAGNE BIDON, DUEL FINAL BIDON

Ce fut donc une campagne oscillant entre les lamentables petites phrases du PS, le mea-culpa et les mensonges grotesques mais brillamment mis en formes de Sarkozy, cette campagne fut celle de l’esquive, de la diversion. Il aura fallu attendre les qualifications pour le second tour pour que la situation de la France devienne un enjeu sérieux des médias ; la tonalité « frivole » sera probablement balayée et les médias chercheront à nous donner, dans les deux semaines qui viennent, le sentiment que quelque chose de grand et de grave se joue. A cela s’ajoutera une euphorie, faussement contenue pour mieux être attisée (la fabrication d’un suspense quant au vainqueur n’est pas à exclure – quoique le roman de la campagne se soit déjà suffisamment, et surtout visiblement, gonflé autour de phénomènes artificiels).

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Mais il faut voir au moins à moyen-terme. Dans ce genre de moments, cela permet d’éviter un gros coup de fatigue ou d’atténuer une fièvre ponctuelle. Et puis c’est un effort auxquels nos animateurs et politiciens affairistes ne consentent que ponctuellement. Quelque soit l’élu dans deux semaines, il ne sera pas le grand décideur de la Nation, d’ailleurs la délégation des pouvoirs du Président va s’accélérer au cours de ce mandat. Au profit des technocrates chéris de nos européistes comme de l’idéal de marché-libre et sans restriction. Tous ces dogmes délétères vont pouvoir s’épanouir, au point que les sombres desseins dénoncés par les patriotes éclairés comme des rebellocrates flamboyants et nostalgiques (façon Mélenchon) trouveront une application dans le réel. Devant cet ultime abandon du politique, désormais validé par la présence du tandem en lice, les marxistes et les nationaux pourront faire leur coming-out ; non seulement la rhétorique autour de la lutte des classes va reprendre tout son sens, mais surtout l’abolition des frontières sera sanctifiée dans tous les domaines : géographiques, politiques, ethniques, culturels. Sur les deux premières notions, cette abolition sera progressivement institutionnalisée. Sur les dernières, elle sera encouragée, légitimée, par le bruit ambiant au nom de la tolérance ou par des amendements au nom de la non-discrimination et de la quête d’harmonie sociale. L’argument consistant à prendre la défense des minorités et des groupes humains alternatifs est une façon habile de les étouffer ou de les inviter à se convertir. Les artifices grotesques et les parures exubérantes sont acceptées ; derrière l’esthétisation, le néant du droit et l’encouragement à l’isolationnisme pour tous ces groupes traités de façon contradictoire (à la fois défendus et pris à partie comme jamais ; avec une volonté affichée de restaurer leur dignité et en même temps une fâcheuse tendance à les caricaturer, en les affligeant de représentants dégradants ou les assimilant à des valeurs heurtant délibérément le  »bon sens » populaire).

QUE FERA HOLLANDE ?

Lorsque Hollande sera élu (s’il est élu!), il y a fort à parier qu’il jette la suspicion sur les comptes qu’il trouvera. Discrètement pendant la campagne, le bloc PS s’est déjà trouvé les prétextes de mener une politique drastique d’austérité. Hollande pourrait donc nous la faire à la grecque, accusant un vilain gouvernement de droite qui vient d’être chassé du pouvoir d’avoir tout plombé. Ce sera évidemment une aberration, puisque le PS a participé à cet endettement et fut même un accélérateur de la crise de la dette dès l’ère Mitterrand. Ce boulet est donc traîné depuis 30 ans et non depuis le simple passage de Sarkozy. L’escroquerie consistera à faire porter cette responsabilité au Président sortant, comme si son mandat était une parenthèse délétère à ce point : c’en est la parangon, peut-être l’achèvement voir le point de rupture, mais pas le motif n°1.

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Deux grandes possibilités :

1°) Hollande se lance dans une politique protectionniste courageuse. Il se peut qu’il s’y résolve dans quelques mois face à une précipitation de la crise financière. On peut par exemple imaginer qu’un scepticisme si grand des marchés au sujet de son équipe le presse d’imposer des privations excessives et radicales ; il y aura alors le risque de déclencher un chaos social, auquel Hollande pourrait refuser de se soumettre. Si ce n’est pas le cas, il agira en infirmière, c’est-à-dire en suivant les pratiques habituelles des démocrates, qu’ils se disent  »sociaux » ou  »libéraux ».

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2°) Hollande applique une politique de rigueur faussement téméraire & prétendument  »raisonnable ». C’est-à-dire qu’il fait ce qu’aurait fait « la droite » ; avec les mêmes postures.

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Gageons que la libéralisation des mœurs permettra de combler le manque de courage et le mensonge fondamental du Parti Socialiste, qui ne l’est plus que de nom.

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QUELLES RECOMPOSITIONS A VENIR ?

Zogarok reviendra rapidement et plus abondamment sur ce thème. C’est l’intérêt majeur d’une élection, surtout lorsqu’elle est décisive ; à ce titre, ceux qui baissent les bras pour se précipiter dans le cocon libéral-bourgeois, soit dans le « vote utile », par principe, habitude ou résignation, ont tort. D’abord, parce que la victoire effective et immédiate n’est rien ; ainsi un Hollande vainqueur à 57% la semaine prochaine mais dans un contexte d’abstention de 35% devrait faire face à quelques vérités. Mais surtout, lorsque les candidats alternatifs, même s’ils échouent à figurer parmi le tandem de tête, se montrent puissants et attractifs, la victoire peut prendre le goût d’une prise d’otage. D’ailleurs, de quel côté est l’enthousiasme ; celui des leaders naturels, sur lesquels beaucoup se sont repliés passivement ou par peur de se tromper ; ou celui des challengers qui ont su braver l’ostracisme de l’ensemble des adversaires, le mépris de classe et le mépris de caste. Cela ne déverrouille pas un système. Mais ça trouble les schémas, reformule le paysage politique et pose des bases cohérentes pour l’avenir.

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2012 aurait pu être une élection de réalignement, c’est-à-dire un scrutin ou certaines formations implosent, d’autres voient leur consécration et certaines leur avènement. Il peut encore le devenir, mais les scores élevés des deux leaders compliquent cette tâche. Et comme prévu, désormais les deux rois-pantins ont écartés les ménestrels ; il est venu le temps d’être sérieux, de simuler la volonté, la puissance et le contrôle sur les Empires, politiques, financiers et immatériels, qui étendent leur emprise sur la France.

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Vers une explosion du PS & de l’UMP ?

Si le tandem PS/UMP reste omnipotent, avec 55% des suffrages cumulés, les deux formations ont attirés des électorats complémentaires. D’abord, à la marge, dans leur sociologie. Mais surtout dans leurs motivations : près d’un électeur sur deux de François Hollande a  »voté utile » ou pour contrer Sarkozy. Et c’est sans inclure ceux qui votent selon leur fidélité partisane. Sarkozy a bénéficié, dans une moindre mesure, d’un front anti-Hollande, animé par quelques dogmatiques de la droite mainstream autour des Copé et Wauquiez.

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Face à ce manque de vigueur, le PS et l’UMP peuvent péricliter à tout moment. C’est le paradoxe de ces étoiles mortes. Du côté de l’UMP, si Sarkozy échoue, c’est très probablement Copé qui passera en tête de la droite libérale-conservatrice. La guerre des chefs que certains anticipent n’est pas si évidente ; il pourrait s’agir de petits combats, notamment de coulisses, peut-être de fond, qui se grefferaient sur des réformettes ou des postures. Mais, sauf si quelques loups plus jeunes que Copé montrent les dents, la qualification d’un nouveau champion à droite s’effectuera de façon presque mécanique.

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Naturellement, il y a Fillon, plus populaire, plus aimable et lucide aux yeux du public. Mais celui-ci ne trouvera pas la force de mener un combat aussi dur, sauf (c’est une condition essentielle et c’est la seule) s’il est assisté d’une équipe décidée. Juppé est l’homme d’une ère révolue ; même s’il est apaisant pour la droite et reconnu par une partie de ses adversaires.

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La vraie menace pour l’UMP concerne davantage la formation elle-même que sa direction. Y aura-t-il des mutations idéologiques ? Ou une amplification du sarkozysme, à la sauce Copé ; les lieutenants de la droite devront intégrer que cette dernière est plutôt indigeste. Il faudra vacciner le vautour. D’ici là, avec un pactole de 27%, l’UMP demeure la grande formation de droite et jouit d’une assise considérable. Aux suivants de gâcher ce legs inespéré ! 

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Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que le PS aussi est menacé d’explosion, qu’importe d’ailleurs que Hollande soit élu. Dans le cas inverse, le parti échouera aux Présidentielles pour la quatrième fois ; mais sa domination aux échelles inférieures, des collectivités locales aux régions, assurera son maintien. La victoire aux Législatives confortera cet ascendant ; elle aura lieu quelque soit le Président élu – d’ailleurs l’échec de François Hollande dans deux semaines permettrait de laisser les différents courants du PS s’exprimer plus aisément.

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C’est de ces derniers que viendra le changement ; le PS de François Hollande est inepte à stimuler ce changement, mais d’autres PS pourront l’orchestrer, avec ferveur et enthousiasme d’ailleurs. En effet, un parti s’étalant de Hamon et Montebourg à Valls et DSK ne peut tenir impunément ; tant de lignes ne peuvent cohabiter éternellement, encore moins lorsqu’elles partageront les responsabilités de la gouvernance. Tout ce qui retient ces hommes et ces clans idéologiques, c’est leur qualification de « gauche ». Or ce clivage n’est plus prioritaire et surtout la « gauche » est multiple, d’ailleurs le PS est devenu une boutique ou sont exposées toutes ces variétés difficilement compatibles.

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Que faire des 18% de MLP ?

MLP peut profiter de la chute de la droite mainstream ; unifiée dans l’UMP, elle s’est perdue en chemin et se trouve K.O., exsangue. De là à hisser Marine Le Pen en tête de la droite, il y a un monde ; en revanche, avec 18% des suffrages, le Front National affirme un ancrage solide et s’impose comme le grand leader des partis alternatifs. Une telle situation pourront plomber ces derniers (d’ailleurs le FN était bien « le diable de confort » comme l’a clamé Mélenchon – mais c’est déjà une autre époque), mais le FN semble avoir réussi sa normalisation.

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Marine Le Pen sera un chef de file crédible et fort, sur plusieurs conditions :

  • 1°) si la ligne Philippot l’emporte ;

  • 2°) si l’ouverture s’affirme (ce qui ne signifie pas se vendre ou se sacrifier) – d’ailleurs le « rassemblement » en vue des législatives l’annonce ;

    enfin et surtout,

  • 3°) enfin et surtout, si les consciences évoluent et dépassent, voir se passent, des clivages et grilles de lecture révolues ou obsolètes

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Front de Gauche : challenger ponctuel ou nouveau pôle stratégique ?

Les partisans, les journalistes d’I>Tele et les cadres ont été vraisemblablement déçus, pourtant les 11% de Jean-Luc Mélenchon sont un succès net, à une hauteur prévisible. Seuls les obnubilés de la farce médiacratique ont pu croire un seul instant que Jean-Luc Mélenchon atteindrait les 15% ; ceux qui s’attendaient à le voir devancer Marine Le Pen sont de doux rêveurs ou d’incroyables naïfs.

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Anecdote révélatrice, Laguiller culminait à 10% dans les sondages en 2002, avant de se contenter de 5.7% le 21 avril, son meilleur score. Cette année-là, avec Besancenot, elle permettait à l’extrême-gauche (hors-PCF ; gauche non-gouvernementale donc, pour les puristes) de franchir la barre des 10%. Deux constats à tirer : Mélenchon a profité de l’embellie traditionnelle en fin de parcours pour les leaders gauchisants, que la bonhommie flamboyante attise, avant que ces frais captifs ne se tournent vers une gauche plus raisonnable, plus institutionnelle : bref,  »l’autre gauche » permet de capter et d’acheminer le vote utile – ce n’est sans doute pas délibéré mais c’est le résultat de l’opération.

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Néanmoins, en semant « le bruit et la fureur », Mélenchon a offert à la gauche de la gauche une structure vaste et opérante qui permettra d’afficher des scores efficaces. Toutefois, celle-ci demeure dépendante de ses associés, puisqu’elle est vraisemblablement peu disposée à remporter un second tour en cas de duel. Comme pour le FN, il y a donc nécessité de triangulaires. Contrairement à celui-ci, un parti-valet ne peut se le permettre, à moins de submerger son maître. Par conséquent, le Front de Gauche devra compter sur les figures tutélaires et locales du PCF pour espérer atteindre cet objectif. Les effets de ce conservatisme ne manqueront pas d’être présentés comme un exploit au soir des Législatives, avant qu’un peu de raison, de recul et d’analyse ne vienne y remettre de l’ordre.

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Comme prévu donc, Mélenchon a asséché l’ensemble des réserves à gauche du Parti Socialiste. Cela a pour effet pervers de mettre en exergue la faiblesse de cette gauche authentique ; en effet, à gauche du PS et même si on inclus dans cette zone, outre les deux étiquetés trotskystes, Eva Joly voir, sans méchanceté, Jacques Cheminade, nous n’atteignons pas les 15%. L’avenir n’est pas ici, l’espoir non plus.

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Quelles coalitions entre partis ?

L’enjeu essentiel, pour former un Gouvernement mais aussi des blocs susceptibles de proposer des majorités crédibles ou des alternatives puissantes, est de créer des ponts entre les partis. Les formations de Gauche n’ont à ce titre plus que leurs héritages, une certaine culture, beaucoup d’éléments de langage et des ennemis communs. Avec son petit pactole à deux chiffres, Mélenchon a attiré à lui de quoi former un parti indispensable à la gauche du PS. Reste à savoir s’il saura s’assurer la fidélité de ses partenaires et notamment des communistes, emportés par l’arrogant et besogneux Pierre Laurent. Des alliances Front de Gauche/Parti Socialiste sont très vraisemblables, car les porosités sont évidentes. Malheureusement, cela signifierait sacrifier son intransigeance et beaucoup de dogmatismes pour Mélenchon et ses alliés, car il leur faudrait composer avec une aile qui derrière son étiquette centriste, a déjà basculé largement à droite de Bayrou pour s’inviter, idéologiquement comme culturellement, auprès de Rachida Dati ou autres bling-bling compatissants.

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Si le MoDem s’associe au Parti Socialiste, le PS sera consacré comme le grand parti des libéraux-bourgeois. Dès lors, pour Marine Le Pen, l’affrontement sera plus aisé car plus limpide : une telle association (combinaison la plus européiste de tous au demeurant – ne manque que EELV) ne peut qu’aboutir à défendre des intérêts absolument contraires à ceux de l’électorat de la championne frontiste. Dans ce cas, en marge, le Front de Gauche peut récupérer des déçus du PS et des cadres excédés malgré leur loyauté. Ce serait quitte ou double : soit le mouvement montre ses limites en ne décollant pas malgré la nouvelle donne et les ralliements, pendant que l’électorat populaire continue de filer vers Marine Le Pen ; soit le parti réussit ce que cherche cette dernière, c’est-à-dire créer un rassemblement opposé à l’hégémonie du capitalisme libéral. Marqué à gauche, sans les boulets et les assignations à un extrémisme survolté et obscur car mal défini, un tel mouvement pourrait prendre de l’ampleur. Il pourrait trouver écho dans les médias, qui assumeraient alors l’idée de « nation » tout en pouvant continuer à se distinguer de Marine Le Pen. Pour les antimondialistes de gauche, ce serait une aubaine ; reste à savoir quelle gauche sera celle-ci, si ce sera un rassemblement de moribond face à une gauche sociale incarnée par la culturellement droitiste et idéologiquement hybride équipe de Marine Le Pen.

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Surgirait alors un triptyque socialiste-libéral-souverainiste ; il est possible que la formation socialiste peine à exister, surtout si des personnalités comme Montebourg demeure au PS et incarne une passerelle entre le FDG et le PS, jonction factice car se contredisant elle-même. Sauf que d’une telle façon, une alliance de raison entre FDG et bloc souverainiste autour du FN, serait alors compromise ; ne nous leurrons pas, elle a déjà peu de chances de voir le jour, malgré sa criante évidence de principes. Sauf si des crises terribles précipitent la recomposition.

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Ou bien, toujours dans le cadre de ce trio, Marine Le Pen s’affilie quelques expatriés de l’UMP suite à l’implosion. Elle se gonflerait alors d’une aile conservatrice (modérée ou populiste) et incarnerait ce que d’aucuns appelleront probablement dès lors « la vraie droite ». 

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Article publié à 21h15, rédaction complétée le lendemain.

ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES 2012 : SYNTHÈSE ZOGAROKÉENNE DES PRÉTENDANTS

15 Avr

Quatre critères pour définir et évaluer les 10 candidats de l’Election Présidentielle de 2012.
* Le personnage
* La vision (du Monde & de l’avenir)
* Le projet 
* Le parti (ou à défaut la plateforme ou formation au sens large)
 
C’est l’occasion de dépassionner (ou de cibler), dans la mesure du possible, les points de vues ou sympathies affichées ici, parfois de les nuancer au cas ou c’était nécessaire mais aussi de faire converger les diverses publications.
 

MARINE LE PEN ****

Le personnage 5/5  Même si le vote charismatique n’est pas déterminant (il m’aurait amené à certains votes contradictoires lors de précédents scrutins), il serait ridicule de nier son influence. Marine Le Pen est probablement l’un des personnages politiques les plus fascinants dans notre région du Monde ; son histoire personnelle, l’héritage qu’elle doit à son père (et même s’il a pu la plomber) l’a formée au point d’en faire une bête politique hors-norme et extrêmement aboutie. Ce qu’elle est en tant que femme est donc indissociable de la pratique politicienne ; sans aller jusqu’à affirmer que sa construction s’est calquée sur celle du Front National et par extension d’un bloc national conséquent dans ses postures, les moteurs de ce tempérament de battante, de cette confiance en soi et sa vision sont vraisemblablement issu de sa trajectoire familiale (phénomène qui par ailleurs pourra servir les accusateurs aux arguments courts – comme Manuel Valls qui s’y est déjà réduit). Tout le fatras sur la « modernité » de la candidate FN ne doit pas faire oublier la vraie force de MLP et les raisons de son attractivité ; le naturel qui se dégage de ses prestations télévisées (et contraste d’ailleurs, en partie, avec ses apparitions plus officielles), la cohérence de sa rhétorique (stable et structurée), la franchise de ses performances en font un personnage attachant et, souvent même, fascinant. Cet aplomb inouï n’en fait pas immédiatement un chef d’Etat, mais c’est en tout cas le gage des personnalités dans le sillage desquelles on veut s’engager.

La vision du Monde 4/5  Offensive, ambitieuse et apaisée. Restaurer fierté et unité nationale est un enjeu pour Marine Le Pen comme pour l’ensemble de ses collaborateurs ou homologues ; l’opposition au Mondialisme et à ses représentants est une nuance importante ; carrément décisif par contre, le refus de condamner le modèle social français, le rejet de la rhétorique « anti-assistanat » détournée par la droite pour détruire les structures de solidarité.

Le récent retour sur les thématiques de l’avortement a mis en doute, légitimement aurait-on pu croire, sur la cohérence de Marine Le Pen qui sapait là un travail de normalisation du Front National dans l’univers, rabattu mais médiatiquement essentiel, des moeurs. Mais, comme souvent, la proposition, artificiellement gonflée et diabolisée, s’est trouvée largement remise au point ; et finalement, ce sujet se rattache à un ensemble plus général. Le refus du « laxisme » régulièrement évoqué est une pierre angulaire de la vision de Marine Le Pen : il s’agit d’abord de bannir ce laxisme économique, social et judiciaire dont une partie croissante du peuple souffre ; ensuite, de rompre avec un laisser-aller moral, à un égoïsme irrationnel. Là, l’horizon concerne autant l’individu que l’unité de civilisation. 

En revanche, la participation à l’encouragement insidieux à une islamophobie mal définie, tant dans ses objectifs que ses ennemis, vient diluer le message pour ramener le FN de Marine Le Pen vers des lubbies populistes de bas étage, d’autant que le traitement n’est pas des plus subtils (et que dès lors, le « système » dénoncé par MLP se sert plus facilement d’elle pour en faire l’exutoire honni de ses propres craintes, parfois irrationnelles, à l’égard du musulman). D’un point de vue laicard mais aussi culturel, la posture est salvatrice ; mais le sujet est tendu et propice au désordre et aux détournements passionnels (surtout de la part de la gauche bourgeoise).

Le projet 4/5  Le but des efforts du FN actuel est la reprise en main de la France à l’heure de sa dissolution dans une Union Européenne plus soucieuse de ses consommateurs que de ses peuples. Et la reprise en main du destin de celle-ci passe par le contrôle de ses propres frontières mais aussi par la prépondérance de ses propres législations sur celles d’une Union que les Français, comme d’autres, ont choisi de rejeter. Sur ces sujets-là, le projet du FN me va tout à fait.

Identité, Justice & Immigration. L’application de la « priorité » devenue « préférence nationale », même si elle peut choquer ou dérouter, est une mesure naturelle que l’on retrouve dans l’ensemble des pays du Monde. De même, la remise en cause du « droit du sol » n’est pas un principe universel.

Economie & social. Le programme cherche à se donner les moyens d’une relance grâce à un protectionnisme intransigeant et un coup-de-pouce aux PME. Le « Small Business Act » à échelle française tient compte de la réalité des rapports de force et du marché tout en visant à restreindre son emprise et armer les industries et les entrepreneurs français. Pour réduire la dette publique, il s’agirait de se passer de «dépenses inutiles et néfastes»  ; en revanche, les financements de l’Etat ne sont pas évoqués (malgré une remise en cause de la réforme des retraites du quinquennat bientôt à terme). Notons le « Chèque premier logement » à destination des primo-propriétaires. Enfin, mesure phare, la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires et l’annulation de la loi de 1973, que seule Marine Le Pen a eu le courage de remettre en question, quand d’autres sur « ses terres » ignoraient son existence ou s’en accommodaient.

Sociétal & moeurs. Le refus de lâcher du lest au sujet de la législation concernant les droits homosexuels est une erreur, car il enferme le FN dans ce que ses adversaires qualifieront de « conservatisme » ; pour ces derniers, il s’agit d’un des seuls thèmes polémiques (l’UMP et le PS s’en serve pour se différencier) et il permet la mise à distance et la mauvaise foi à peu de frais. Cela dit, le FN devra céder au moins sur le mariage homosexuel puisqu’en maintenir l’interdiction sera une aberration pour les générations qui feront le futur ; néanmoins, il ne faut pas omettre que le mouvement est en phase de mutations et que les « vieux de la vieille », mais aussi une certaine partie des frontistes historiques, ont déjà été bousculés (et une rupture pour des raisons de postures sociétales, ce serait bien le plus beau gâchis possible).

Institutions, système électoral. Soumettre le régime législatif à la proportionnelle est une urgence démocratique ; le programme du FN précise envisager de l’appliquer à toutes les élections. L’idée d’un référendum pour le retour au septennat est vaine, désuète et inintéressante.

Environnement. Assez limité ou axé sur des mesures dérisoires. A retenir tout de même, l’importance accordée à la relocalisation des énergies (municipalisation de l’eau également) et surtout, sortie du nucléaire à long-terme.

Tout cela gêne encore largement aux entournures, il y a probablement des zones de flous ou de légèretés. Mais ce serait un sophisme malhonnête  de prétendre que beaucoup de concessions sont faites à la vieille garde ainsi qu’à un public « de droite » un peu rance ; le FN d’aujourd’hui semble s’axer sur une direction saine, même si certains thèmes majeurs, comme la réponse à apporter à l’islamisme, restent à déterminer ou même, à revoir si le FN tient effectivement et sans concessions à la réconciliation des français et à la vivification des forces nationales.

Le parti 3/5  C’est là que le bât blesse… A moins que… On rapportera ce qu’on voudra sur la genèse du Front National, en l’état aujourd’hui, c’est le seul authentique parti d’opposition et d’alternative aux processus en cours, le seul, parmi les formations jouant un rôle non pas en coulisses mais au premier plan, à proposer une rupture globale. D’abord, le FN a longtemps été un fourre-tout des droites de la droite et des recalés de l’échiquier ; cependant, les fantasmes et les phobies autour de ce parti sont autant un piège pour ses cadres que pour l’idée même de souveraineté nationale, que les outrances de Jean-Marie Le Pen ont permis de caricaturer et d’assimiler à des valeurs passéistes, abusivement provocatrices et volontiers borderline. Tout cela sera traité bientôt dans un ou plusieurs articles consacrés.

Marine Le Pen sur Zogarok…

> Potentiel électoral des alternatifs 

NICOLAS DUPONT-AIGNAN ***

Le personnage 4/5  Cheminade répète, comme en 1995, qu’il faut à la France « un homme de caractère » ; son candidat est trouvé, le loser de la campagne n’a plus qu’à se tourner vers NDA. Lorsque Sarkozy est sacré par la droite fin 2004, un homme se dresse contre lui, estimant que l’OPA du nouveau leader de l’UMP concourt à épurer la ligne du parti. Cet homme réunira à peine 10% des suffrages, score ridicule mais exploit relatif compte tenu de l’obnubilation des médias et de l’effervescence générale autour de l’élection du personnage politique en passe de devenir le plus admiré et le plus controversé de France. Mais face à la rupture de style de Sarkozy, NDA, soutien actif du « Non » au référendum de 2005, fait davantage écho au ras-le-bol populaire, au désir de protectionnisme et à l’inquiétude concernant la place de la France mais aussi son état de santé moral et financier interne. NDA fonde son propre parti pendant la campagne présidentielle de 2007 et demeure une personnalité d’arrière-plan ; sa présence à ce scrutin présidentiel, en dépit des quolibets des chansonniers embourgeoisés et du silence médiatique, est une belle preuve de courage et d’intransigeance. En sa faveur aussi, la cohérence du parcours de ce proche de Séguin puis de Chevènement. La limite (formelle) du personnage concerne son absence d’entourage (visible et/ou médiatisé) et une certaine raideur, un aplomb qui sont gage d’autorité et de respectabilité, mais peuvent rendre l’approche rugueuse pour les non-initiés.

La vision du Monde 4/5  La défense d’un souverainisme global qui s’accommoderait d’un « marché libre » mais contraint et régulé, avec une finance dissociée des intérêts nationaux surtout, est probablement l’option la plus viable et la plus vraisemblable en l’état, alors que les projets de Marine Le Pen ou de la gauche radicale fédérée autour de Mélenchon sont plus difficilement tenables, trop excessifs ou redoutables pour passer. Dupont-Aignan incarne un pragmatisme peu glamour, peu clinquant, sans se confondre dans les utopies égalitaristes ou fantasques, ni dans l’incantation délicieuse mais passive d’un Bayrou qui, par souci de consensus ou d’harmonie, ne va jamais au bout de ses logiques. NDA est le candidat juste, le réformiste raisonné de cette campagne.

Le projet 4/5 Il oppose, à Marine Le Pen qu’il considère comme une « prisonnière du Front National », une vision patriotique « sereine ». Sauf que si MLP est peut-être embourbée dans une formation ou se croisent des droites extrêmes et des factions abusivement iconoclastes, elle, est le vote utile des souverainistes et de ceux qui aspirent à instaurer un protectionnisme français ; quand NDA, lui, plafonne à 2%, est inaudible, raillé, méprisé pour sa communication (parfois anachronique ou naïve, il est vrai).

La réappropriation de la souveraineté nationale a son corollaire ; la rupture avec l’Union Européenne telle qu’elle est aujourd’hui. Un tel projet serait l’occasion de rassembler les eurosceptiques de tous bords, qu’ils le soient pour de bonnes ou de mauvaises raisons, mais aussi une certaine gauche aspirant à l’instauration d’une Eruope « sociale », c’est d’ailleurs un leitmotiv récurrent chez la gauche radicale (aile « soft » du NPA – majeure partie du Front de Gauche et du PCF – aile gauche du PS, type Hamon/Montebourg). Il permettrait aussi de relancer le sentiment européen, paradoxe salvateur contrastant avec le passage en force sur des motifs illusoire des partis socialistes et démocrates européens.

Dans le même sillage, indépendance par rapport à la BCE, abrogation de la loi de 1973, retour à un emprunt à taux zéro à la Banque de France. Tout cela fait la synthèse entre les inspirations sociales du gaullisme et les visées de l’idéal d’ « Europe des Nations »‘ laissé en suspens depuis une décennie. Une façon plus souple et cohérente d’inciter les peuples à faire bloc, se rappeler en quoi ils se ressemblent et peut-être, éviter de trouver l’ennemi à l’intérieur de la zone.

Le parti 3/5  C’est la seule formation authentiquement « gaulliste » parmi celles qui émergent ; le RPR ne l’était plus, en raison de l’usure du temps ; l’UMP dès sa création ne s’attribuait les vertus et les symboles du gaullisme que pour mieux les trahir et servir une vision néolibérale et sécuritaire. DLR associe national-libéralisme, autorité de l’Etat et valeurs républicaines, ne transigeant ni sur le rôle social de l’Etat, ni sur le refus de s’arroger un bouc-émissaire au sein de la population, ce qui n’est pas une mince affaire (car mêmes les partis « modérés », « progressistes » ou « radicaux » de gauche se vautrent dans cet écueil malsain).

NDA sur Zogarok…

> Potentiel électoral des Alternatifs

JACQUES CHEMINADE ***

Le personnage 3/5  Individu assez étrange, relativement insaisissable. A la fois plein d’aplomb et totalement dépassé, sémillant et morose, brillant et besogneux, lunaire et borderline. Devenu l’attraction privilégiée de la foire médiatique, au point que les plus médiocres peuvent se parer de brevets d’acuité en enfonçant le clou par quelques saillies de comiques de fin de repas.

La vision du Monde 3/5  Cheminade est fier d’avoir « prévu la crise » dès les 90s, ou on le raillait déjà, quoique dans des proportions moindres. Pour situer poussivement, le « Che » est vraisemblablement quelquepart entre les altermondialistes sérieux et les nationalistes de gauche. Déterminer sa position sur un échiquier politique gauche/droite serait une perte de temps, car sa ligne politique et ses idéaux ne rencontrent que très ponctuellement les clivages inhérents à ceux-ci. La lutte contre la finance, l’emploi du terme connoté des « banksters », la hantise d’une décadence intellectuelle à l’oeuvre le situe autant à la gauche de la gauche qu’un peu sur la droite d’un conservateur traditionaliste soft (type De Villiers).

Son alternative aux totalitarismes actuels pourrait se définir comme une espèce de néo-mondialisme utopique. Tout cela est politiquement intéressant, les analyses sont avisées et souvent courageuses, mais les hypothèses sont néanmoins quelquefois  improbables, parfois abstraites, presque toujours restreintes à l’incantation (quels alliés, quels moyens, quelles compétences ou méthodes pour tous les projets évoqués ?).

Le projet 3/5    Le gage de la présence du Che à la compétition, c’était l’humiliation perpétuelle par tous les journalistes. Que Cheminade surgisse et c’est le défouloir autorisé, d’autant que personne n’est derrière lui et ne viendra le défendre. Beau gâchis.

Passons les broutilles (franc polytechnique) et les axes phares (imposer la transparence dans le monde de la Finance ; nouvel ordre monétaire international -!?- ; réquisition de la Banque de France ; séparation des banques d’affaires et de dépôt – comme les autres candidats un tant soit peu crédibles ou audacieux), allons à l’essentiel : le projet spatial, qui n’a rien de ridicule. D’abord, il faut bien un jour se décider à entamer un chemin long, épineux mais à l’issue glorieuse ; ensuite, la compétition spatiale amuse moins les Chinois et dans une moindre mesure la Russie, qui eux savent combien cet enjeu est essentiel pour avoir un ascendant sur les camarades dissipés de ce Monde ; enfin, un projet national à long-terme voir de civilisation, ce n’est jamais que ce qui redonne un peu de sens, de vitalité, d’espoir et de fierté à un pays, sans quoi il n’est que le réceptacle d’une masse d’individus seuls, repliés, dont l’horizon triste se réduit à l’entourage et la réalité directe. Sur la forme et sur le fond, rien de ridicule, finalement…

Le parti 3/5  Assimilé à une entreprise sectaire, à une taupe masquée de l’extrême droite, à un institut de propagande de marxistes et complotistes gentiment illuminé, Solidarité & Progrès est un parti anonyme, sans aucun poids, régenté par son seul « cadre », Jacques Cheminade, depuis sa création en 1996. L’idée fondamentale consiste en l’instauration d’un marché « altruiste » alternationaliste. Sur le plan sociétal, les positions sont relativement « réacs » mais fondées, bien qu’elles inspirent un a-priori très caricatural (sur les jeux vidéos par exemple).  La formation est difficile à définir en elle-même, car pas réellement dissociable de son leader.

Cheminade sur Zogarok…

Ça sert à quoi un Cheminade ?

JEAN-LUC MELENCHON **

Le personnage 2/5  Entre Sarkozy (pour le mépris des troupes et du chaland) et Patrick Sébastien (des bisous, de l’amour et de l’humour et la vie est tellement plus belle), un excellent animateur de foules déjà maintes fois abordé ici.

La vision du Monde 2/5  A prendre et à laisser… A prendre, l’anti-impérialisme, le refus de brader une certaine idée de la Gauche. A laisser, cette obstination à s’inscrire à Gauche toute justement, qui non seulement supplante mais restreint de façon catégorique. A laisser aussi, l’abandon de la cause ouvrière, au profit notamment de causes superficielles mais bankables. A laisser encore, cette bêtise d’homme borné et dogmatique consistant à rejeter tout ce qui, de près ou de loin, n’appartient pas à sa corporation ou semble nuancé sur des thèmes ou idéaux qu’il combat ou méprise. A laisser enfin, ce mépris de la France de celui qui refuse, au Parlement Européen, de recevoir ses textes en français (à noter qu’alors que l’anglais, langue du démon libéral, est recalée, c’est l’espagnol qui trouve grâce auprès de Mélenchon – car c’est la langue des rebelles que le démon libéral, dont Mr Mélenchon est le valet qui peut-être s’ignore, ont mis en carte postale).

Le projet 2/5  Régularisation des sans-papiers,  limitation drastique des revenus, aucune retraite en-dessous d’un SMIC élevé à 1.700 euros, création de neuf nouvelles tranches d’impôts, désarmement global, remboursement à 100% des dépenses de santé ; tous ces principes ringards, démagogiques et presque adolescents dans leur angélisme grandiloquent, qui fondent l’extrême gauche « light » d’aujourd’hui et en font l’associée malgré elle (ou semi-consciente ?) des néolibéraux outranciers et des libdems à la candeur coupable. C’est du néo-bolchevisme bon teint (d’ailleurs la caricature protège du réel, pardon voue à l’échec).

Le projet, sans doute par omission, de toute l’opération mélanchoniste semble consister à neutraliser les bonnes volontés ; dans ce cas, au service de qui ? De la « gauche molle » qu’il fustige ? Ou d’une posture de vieux briscard lustrant les reliques socialistes devant l’éternel ?

Le parti 2/5   Fédération des gauches radicales, gauches dogmatiques, extrêmes gauches, gauches alternatives et des socialistes intransigeants et à l’ancienne. Beaucoup de monde, l’ensemble de la gauche du PS pour faire court : une coalition invoquée depuis longtemps, enfin accouchée, peut-être demain efficiente si le contexte le permet. Boîte à idées ou machine à caser à la fois les gauchistes à la petite semaine ? C’est certainement tout cela à la fois ; reste à savoir si le Front de Gauche aura une utilité, permettra de faire bouger les lignes et de peser à gauche, ou si sa tâche consistera à supplanter le désir d’alternative et à canaliser les énervés et l’électorat antisystème.

Mélenchon sur Zogarok…

> Potentiel électoral des Alternatifs

> Mélenchon : Schémas de pensée & notions phares

> Super Méluche

FRANÇOIS BAYROU **

Le personnage 3/5  Sorte de sage tempéré et solennel, affable mais aussi régulièrement inhibé dans sa défense ou maladroit dans ses attaques. Néanmoins, un talent de pédagogue; on a pu relever chez Bayrou, lors de l’exposé de ses réformes, une démarche de technicien : Bayrou estime son auditoire et se veut à la hauteur des défis que lui-même se pose. Cette rigueur personnelle fait sa richesse autant qu’elle lui impose un plafond de verre. Peut-être lorsque mille olibrius plus virulents seront passés devant lui avec le dixième de ses propositions, de sa force de travail et de son honnêteté, alors Bayrou se sentira aussi seul qu’un certain Lionel au soir du 21 avril 2002.

La vision du Monde 3/5  Héritier de la démocratie chrétienne, Bayrou est un social-libéral conscient des limites de chaque modèles, y compris de ceux qu’ils prônent. Plutôt relativiste et distancié sur la plupart des sujets, c’est aussi le partisan d’une culture du consensus « passive-agressive ». Ce dernier aspect de sa vision du système politique l’a amené à tourner en rond et une rupture à ce niveau est nécessaire, sans quoi Bayrou continuera de tourner en rond malgré tous ses efforts, tout son talent ; sa dialectique s’en ressent déjà méchamment.

Le projet 1/5  Quel est-il ? La seule posture émergente du MoDem et de François Bayrou est cet éternel « ni-ni » qui résonne tellement avec un « qu’importe » de procrastinateur, qui fait en quelque sorte des extrêmes centristes des cousins du rebellocrate Cohn-Bendit. Surtout, le changement réclamé par Bayrou et qu’il prétend incarner n’est qu’un substitut de l’alternance illusoire et stérile entretenue par le PS et l’UMP ; s’il était au centre de l’échiquier en 2007, Bayrou, par manque d’initiatives et d’intuition probablement, de chance et de soutiens certainement, n’est actuellement qu’au centre du cercle des libéraux-bourgeois. Un bad boy de façade qui servira de repli et de roue de secours à deux plus gros que lui ; est-ce que cette tentative d’OPA très incertaine n’est pas une fabuleuse manière d’encourager un inlassable tournage en rond ?

Bayrou demeure le candidat le plus « viscéralement » européiste (par obédience) et quand bien même l’Europe post-Lisbonne n’est celle qu’il a fabriqué, son absence de contre-proposition et l’inexistence d’une perspective Européenne construite, crédible et applicable, font du candidat-président du MoDem un opposant bien timoré. Ce qu’on qualifie, par extension, de complice.

Le parti 2/5  Écrin des visions alternatives, des réformateurs tempérés ou pragmatiques, le MoDem est, comme Bayrou, voué à l’échec, à moins de jouer les arbitres. Il faudrait pour cela qu’on lui en donne les moyens, qu’il se les octroie, ou que la proportionnelle soit intégrée afin de permettre l’indépendance et le développement, financier et législatif bien sûr, mais aussi idéologique et intellectuel d’un parti sclérosé, inerte et inaudible, dont la seule posture émergente est celle d’un « ni-ni »

Bayrou sur Zogarok…

> Potentiel électoral des Alternatifs

> Y a comme un hiatus

> Pauvres petits François sans cause

EVA JOLY *

Le personnage 3/5  Pour la droite libérale, les conservateurs sociaux, le camp national ou la gauche souverainiste, Eva Joly devrait être considérée comme un adversaire honorable [d’abord, parce qu’elle est au plus bas et que faire d’un nain électoral la cristallisation de ses hantises, c’est une opération stratégique – nain ou impuissant; comme le FN, adversaire idéal mais battu d’avance, taillé sur mesure (d’un point de vue « électoral ») pour le reste de la classe politique par exemple]. Eva Joly est une battante, qui a empilé les combats et affiche un CV à faire fondre les idéalistes les plus débridés. Elle fait constamment preuve d’une acuité et d’une finesse dans l’analyse des rapports de force politique et plus encore dans la critique, notamment de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement (aspect amplifié avec les accusations directes aux financements de la campagne de 2007). En revanche, pour les prescriptions, Eva Joly assume toute la candeur d’une certaine gauche si radicale qu’elle en devient « roudoudou », alors que le système et parfois même la démocratie devraient en trembler sur leurs bases.

La vision du Monde 1/5  Caricature hybride, elle porte en elle toutes les stigmates de la gauche punitive (dont les aspects positifs sont ceux qui auraient pu en faire la « Mme anti-corruption » de la campagne) alors que dans le même temps, les étendards qu’elle brandi sont les oripeaux les plus hypocrites des néolibéraux. Une progressiste « ultime », oscillant entre idéalisme forcené, abdication sur le terrain social et économique, naiveté ravissante (sans doute à moitié consciente donc complaisante) devant les enjeux et les processus en oeuvre.

Le projet 1/5  Paradoxe de Mme Joly : appeller à voter en son nom, « même si vous ne m’aimez pas », car c’est celui qu’emprunte l’écologie politique. Or cette séquence fut bien, hormis les tractations improbables sur le nucléaire, l’une des seules ou l’équipe d’Eva Joly s’est chargée d’écologie.

Le parti 1/5  Sorte de tremplin pour gonfler des CV avant de s’en retourner, soit vers quelque chose de plus sérieux (Parti Socialiste – ou Ministère accordé par celui-ci), soit vers un poste garantissant les rentes et/ou permettant la notoriété (et parfois l’amusement public) de ses ouailles (Cohn-Bendit, Mamère – et Bové en un sens). Ce n’est pas encore tout à fait ça, mais la généralisation est sur la bonne voie… Reste le cas de quelques-uns qui rêvent de voir EELV devenir le grand parti de la gauche sociale-libérale d’ici une décennie, face à un PS déclinant et ringardisé ; Jean-Vincent Placé et Cécile Duflot espèrent devenir les leaders d’un tel phénomène, Yves Cochet espère être là pour accélérer et infléchir le mouvement. J’en prend le pari.

Joly sur Zogarok…

> Madame Joly, je compatis ; sur AgoraVox

> Les Miaulements d’Eva


NATHALIE ARTHAUD *

Le personnage 3/5  J’ai éprouvé énormément d’agaçement à son égard au départ ; mais avec un peu de patience et d’attention, on réalise que Nathalie Arthaud est une sorte de prolongement de Laguiller, en plus véhément, quand son dinosaure de modèle est plus bonhomme. Arthaud est la cerbère d’une « extrême-gauche » caricaturale, digne des descriptions les plus régressives : du totalitarisme bisounours, en quelque sorte.

Naturellement, elle est dogmatique ; humainement aussi sans doute. C’est un personnage péremptoire, avec cette attitude curieuse donnant l’image d’un robot, d’un personnage un peu bête (ou buté, voir fanatique) qui réciterait une prose plus ou moins percutante mais gratuite et éculée. Arthaud est souvent en colère, pleine de verve ; pour autant elle peut paraître vacante et monocorde. Une Ségolène Royal de l’extrême gauche…

Toutefois, le discours est plus cohérent et plus vaste que dans le cas de l’homologue Poutou ; on devine plus de galon, plus de foi, plus de culture aussi et sans doute une meilleure connaissance du réel. Finalement, se découvre une honnêteté intellectuelle et politicienne généralement absente ou incertaine chez les défenseurs et concurrents nichés au même coin de l’échiquier politique. D’ailleurs, Arthaud assume pleinement ses divergences avec Mélenchon, quand Poutou cherche des motifs et trouve des points de détails farfelus ou dérisoires pour instaurer un clivage entre lui et les autres acteurs de la gauche radicale.

La vision du Monde 1/5  Pour Arthaud, une élection n’est que l’occasion d’exposer ses projets communistes et révolutionnaires. Par conséquent, l’ « insurrection citoyenne » est une aberration de son point de vue ; c’est ce qui la distingue de Mélenchon, car elle tient à régenter une petite secte univoque, sans se sacrifier en de quelconques alliances, même avec des formations idéologiquement proches ou électoralement compatibles. A côté d’elle, Mélenchon est un centriste compatissant.

Le projet 0/5  La présence de Lutte Ouvrière ne se justifie que par l’habitude. Elle fait partie des passages obligés de toute échéance électorale ; ça ne sert à rien, mais on y coupe pas. Aussi, le dogme prend le pas sur le projet, voir même sur l’idéal. Arthaud se contente de débiter les facéties de son mentor Laguiller, prônant des mesures ineptes et farfelues qui n’ont aucune chance de déboucher et donc, ne servent qu’à permettre à ceux qui les déclament de passer à la télévision pour jouer aux gauchistes énervés et stupides.

Le parti 1/5   D’abord relativement marginal, Lutte Ouvrière est devenu la grande formation trotskyste de France avec la Ligue Communiste Révolutionnaire et est parvenu à percer davantage grâce à sa sainte-patronne Arlette Laguiller. Les succès personnels de celle-ci aux élections Présidentielles ont été une garantie pour le parti, presque toujours quasi inexistant aux scrutins intermédiaires. Par ailleurs, l’audience électorale de Laguiller a, de façon invariable, été dûe essentiellement à ses qualités de femme et à la bonhommie pénétrante de son personnage. La candeur utopiste de soeur Arlette a toujours su attendrir, mais dans un monde de brutes, elle a surtout été une diversion malgré elle. Lutte Ouvrière reste donc le sympathique parti de l’extrême gauche intransigeante, une sorte de porte-parole d’auteurs éternellement réssuscités, contre leur gré et sans plus que leurs valeurs ne soient entendues. Car le gauchiste préfère la récitation à la révolution, le slogan à l’offensive, le par-coeur à la réflexion. La remise en question est donc pour jamais, alors basta !

NICOLAS SARKOZY *

Le personnage 1/5  Nicolas a déjà prévu l’après, qui consistera à « se faire du fric ». Nicolas Sarkozy s’est casé à l’Elysée, simplement c’était là, sur le chemin de sa carrière. La France, la détresse d’un peuple, Nicolas Sarkozy est tellement au-dessus de tout cela !

Sur la forme, c’est un très bon showman, sauf lorsqu’il improvise ; gare aux pannes de prompteurs, aux conseillers peu inspirés et aux opposants ou aux sceptiques dans les coulisses ou les bains de foules.

Voici un ignoble enfant du néolibéralisme ; ce n’en est pas une monstrueuse excroissance, c’en est le fruit direct et banal. Fascinant pour sa capacité de convictions, son aptitude (avérée et répétée) au mensonge et au leurre ; écoeurant pour cette manie de promouvoir avec tant de brio des supercheries aux lourdes conséquences (dont l’illustration la plus outrancière est le Traité de Lisbonne).

La vision du Monde 0/5  Définie ci-dessus et point de vue exprimé dans le même temps.

Le projet 1/5  Simuler le sursaut patriotique pour mieux brader et vassaliser le pays dont il a la charge. Pour sa défense : parmi les postures-qui-font-responsables, quelques idées comme le maintien du nucléaire, certes conservatrices, sont vouées à limiter la casse pour la maison France. Ceci quand dans le même temps, Hollande se confond en promesses idiotes qu’il ne tiendra pas ou qui consisteront à démanteler l’énergie, au propre comme au figuré, de la maison évoquée plus haut. Autrement dit, le projet de Sarkozy n’a de mérites que pour les aberrations hollandistes qu’il se refuse à prôner…

Le parti 1/5   L’UMP a servi à fagociter la droite ; une opération qui a permis d’épurer la droite, soumettre ses dissidents (Pasqua, DeVilliers et autres grandes gueules envoyées au placard), précipiter ses courants dans un entonnoir ne conservant que le dogme du démantèlement de l’Etat et des services publics. Une raison de ne pas pleurer : pour l’UMP, briser la paix sociale est une méthode, pas une finalité. Tout va bien donc, il y a moins de mesquinerie que de lâcheté et de suivisme dans la grande plateforme de la majorité de droite.

Sarkozy sur Zogarok…

Le Président parle aux Français : Flamboyance & Artifices ; sur AgoraVox


PHILIPPE POUTOU °

Le personnage 0/5  Il est mal rasé, il est négligé, il est comme vous. Il baille lors de son lancement de campagne tellement il se fiche d’être élu. Il évoque les « copains », qu’il estime servir et avec qui il veut tout changer. Il ne comprend pas qu’il est le miroir de Sarkozy, qui lui-même ne défend que ses intérêts particuliers et ceux de ses amis, qui lui-même refuse d’entendre raison ou de nuancer ses jugements pour toujours s’en remettre aux mêmes dogmes, toujours rentrer dans la même niche, au service d’un clan qui lui trouverait facilement un remplaçant. En politique, on appelle ça un « idiot utile ». Doublement idiot et triplement utile lorsqu’on comprend que tout ce que vise Poutou, c’est le tour de piste et puis s’en va ; c’est l’homme qui venait pousser une gueulante, en somme, parce qu’il en fallait un. Quitte à se dévouer, que Poutou ouvre un peu son esprit, ouvre autre chose que les biographies de Trotsky que son misérable parti met en vente à la sortie de ses meetings de circonstances, et puis qu’il arrête de croire que sa parole est utile à qui que ce soit, parce qu’il n’est qu’un bouffon malgré lui, dépassé non seulement par le système, par la pratique médiatique, mais aussi par la propre machine de son parti.

La vision du Monde 0/5  Roi du bon-sens antilibéral, répétant à l’envi des slogans médiocres et benêts (à l’instar de sa formule sur «les coffres-forts des capitalistes»), Poutou n’existe que par sa détestation du « riche », une piètre compensation au mal-être et à la médiocrité de la condition de ses camarades ouvriers (mais il ne penserait jamais à cela). «Prendre l’argent dans la poche des riches» pour le mettre à disposition des gens et des copains, voilà l’idéal ultime de Philippe Poutou. Grande différence avec Mélenchon, Poutou n’a aucun projet, aucune vision pour l’économie, pour la relance, pour la ré-industrialisation, pour la lutte contre le chômage ; seule la collectivisation existe dans ses schémas de pensée. Ce serait drôle si ce n’était l’exacte vérité. Même Hélène Ségara est capable de lui faire la leçon tout en étant magistrale. C’est dire comme Poutou non seulement ne peut, mais surtout ne comprend rien, ou si peu…

Le projet 0/5  Virer Sarkozy ; il le dit et le répète. Si ça ne tient qu’à ça, il n’était évidemment pas très utile ; d’autres sont sur le coup, s’en chargent avec brio, parfois même résument leur engagement à cela (eux aussi, à la différence qu’ils mobilisent), ou bien grommelle des saillies un peu plus inspirées.

Ce monsieur qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, qui prône l’interdiction des licenciements, ne veut même pas imaginer que la sortie immédiate du nucléaire ferait exploser le chômage. Et qu’en outre, elle plomberait la France… mais ça, la France, Poutou s’en fout, c’est juste la cantine des ouvriers, d’ailleurs il peut pactiser avec ceux qui la considère comme « un hôtel ». Ainsi, le représentant PS a le droit à la poignée de mains (au-delà, tout est fini) et le candidat du même parti est tolérable en tant que balais et, sans doute, comme voie de la raison. Je m’interroge : un militant du NPA ne méprise-t-il pas ses propres motifs de combat, puisqu’il en accorde la défense à un parti creux, isolationniste (d’un point de vue politicien) et qui, toujours, renvoie par défaut vers les socialistes d’étiquette.

Le parti 0/5  Avec Besancenot, devenue une formation d’extrême gauche et de gauche radicale totalement inoffensive et à la gouaille hasardeuse. L’enjeu pour le NPA est de donner une conscience politique à des étudiants, des jeunes et des paumés en mal de révolution douillettes avec garantie sur l’avenir ; les quelques-uns qui s’y sont essayés avec un peu d’estime et de courage en sont revenus, notamment dans les milieux populaires et immigrés. Le NPA n’est qu’une confédération d’ignares paresseux incapables d’être conséquents, ne s’engageant que pour s’affubler de labels et de slogan, dans un esprit « 100% à gauche ». Il faut noter cependant que le NPA est l’héritier direct de la LCR, reformaté tel quel après le succès de Besancenot aux Présidentielles de 2002 : une opération qui permettait aux rebellocrates voisins des bobos de s’approprier une plateforme occupée par des gauchistes souvent ridicules, extravagants, sectaires ou isolés, mais sans doute plus authentiques.

FRANÇOIS HOLLANDE °

Le personnage 0/5   Qui est François Hollande ? Quels sont les faits marquants de sa carrière ? Quelles sont ses actions ? Quelles sont ses analyses ? Quel est son idéal ? François Hollande est l’archétype du petit technocrate planqué, valet depuis son entrée dans le Monde d’hommes et de femmes plus forts que lui et qui ont tracé la route dont jamais il ne s’est écarté. La promotion d’un âne à la tête de l’une des deux formations immédiatement susceptibles de remporter une élection Présidentielle en France est un aveu d’échec national et la preuve, soit que le Parti Socialiste est infiltré par des taupes de Sarkozy ou des trop lâches pour s’en aller sur le devant de la scène, soit que ce même Parti Socialiste a démissionné et ne consiste plus qu’en un tremplin pour carriéristes bedonnants ou viennent s’échouer encore trop d’idéalistes et de braves décidés à changer les choses, à réformer le Monde, ou même parfois, simplement, à faire de la politique, quand bien même elle daterait de l’époque de papa.

La nullité de Hollande, en tant qu’homme, est si flagrante que même sa façon d’être n’est pas la sienne ; le PS a tenté d’en faire un produit mais échoue. Résultat, Hollande est en pleine balladurisation, c’est-à-dire que s’il remporte l’élection, les Français auront déjà le sentiment de se le coltiner depuis l’avènement de la République.

Reconnaissons néanmoins que Hollande assimile très bien les tics de Manuel Valls, qui consistent à cligner des yeux avec un air outré, fier et supérieur, tout en proférant « mais enfin… mais voyons… mais qu’est-ce que c’est que ça » avant de se lancer dans une fausse colère qui se traduit par un phrasé syncopé penaud quoique censément offensif, puisque le locuteur accompagne sa posture d’une sorte de suffisance très travaillée mais surtout, un peu plus arbitraire à chaque nouveau borborygme ou « mais alors » ou « hein ».

La vision du Monde 0/5   Un système malade se reconnaît aussi à cela ; cette façon d’accepter qu’une espèce d’édredon mal démoulé puisse se porter devant les suffrages d’un peuple tout en partant comme favori introduit une sorte de malaise. Hollande n’est porteur de rien d’autre que de lui-même, ce qui est à peu près moins que rien. L’étiquette Parti Socialiste, en reposant sur ces flasques épaules, humilie intrinsèquement le client socialiste ou social-démocrate, puisqu’elle affiche clairement sa condescendance envers des électeurs-otages. Hollande n’a guère que ce qu’on lui offre pour étoffer sa vision du Monde, de la France et de l’avenir ; il en est ainsi réduit à ergoter sur des détails techniques dérisoires voir absolument vains, proposer des réformes brutales et idiotes pour réveiller ses troupes et répéter « Le changement c’est maintenant » avec un sourire gamin lorsqu’on l’invite à réagir ou à prendre position.

Le projet 0/5  Allons… Allons…

Le parti 1/5  Le Parti Socialiste est une formation de grabataires décadents, dont l’heure de gloire est passée, qui se diverti en exposant un comique de fin de meeting choisi à la dernière minute ; mais, on le sait au Parti Socialiste, c’est le meilleur dans sa catégorie. Pas sûr que l’humour soit le remède ultime à la crise dont les Français connaissent aujourd’hui les effets, mais après tout…

Depuis les années Chirac, le PS est devenu une écurie, un peu comme le Front National, sauf qu’ici c’est la tendance néo-libérale et sociale-traître qui domine, pendant que les authentiques défenseurs du peuple sont invisibles voir fantasmés & pendant que des gardiens du temple ou autres adeptes du dogme font de la figuration pour les vieux clients.

Pour cette raison et à cause de son héritage historique, de la volonté de certains de ses cadres devenus inaudibles ou supplantés par mieux placés qu’eux dans l’organigramme, on peut continuer, pas à croire, mais à espérer que le PS puisse être le vecteur d’un certain réformisme, de quelques progrès sociaux arrachés avec les dents. L’espoir fait vivre, dit-on ; il épuise s’il n’abouti à aucun résultat, aussi. Toutefois, le PS sera plus propice que l’UMP à réagir plutôt qu’à s’adapter à la violence que feront subir les puissances actuelles lors des années à venir ; plus disposé aussi à appliquer une démocratie directe (même si elle n’est que suggérée) via consultations populaires. Et puis le PS a Montebourg ; l’UMP a des « nationaux-républicains » aussi, des Guaino même pour ajuster les discours…

Hollande sur Zogarok…

> Pauvres petits François sans causes

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!! Le principe de notation doit être pris avec légèreté (c’est l’esprit dans lequel il s’applique), il n’est usé qu’à titre indicatif et pour donner un repère immédiat.