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LA PIANISTE ***

28 Jan

4sur5  C‘est parce que Haneke avait vocation à présenter ce genre de monstre qu’il est un auteur remarquable, en dépit de son infâme Funny Games ; et malgré tout le reste, Caché la baudruche comme ce petit rien même pas vaniteux qu’est Le Temps du Loup. Sorti en 2001 au début de la période française de Haneke, la plus crue, La Pianiste est un film intégralement laid, repoussant. Et c’est un film habité, par des individus qui n’ont jamais su qu’esquiver la vie ou la toiser avec une condescendance bancale.

Erika est une professeure de piano réputée et très qualifiée, officiant au conservatoire de Vienne. C’est une femme dure, faisant autorité, mais laissant néanmoins transparaître une insécurité et surtout une tension, un manque à combler. Ce manque sera la clé de la liberté. Il apportera un soulagement confinant à la vacuité, qui peut être tout aussi dangereux, comme l’occasion de se re-découvrir et de partir ailleurs, simplement, ou de mourir, au pire. Mais tout cela est loin. En attendant Erika est en prison et elle y est pour toujours puisque rien ne saurait se réaliser.

Ce que les élèves, collègues et toutes autres fréquentations tenues à distance d’Erika ne voient pas, c’est une fille sèche n’en pouvant plus, une femme rêvant de pouvoir s’échouer sous quelqu’un, devenir sa chose. Erika est une autorité mais elle délivre une prestation totalement artificielle dans le monde extérieur. Elle n’est pas passive cependant et lorsqu’elle se tend vers lui, son perfectionisme l’accompagne, comme une manie devenue fin en soi – et arme, aussi. La passivité, elle la connaît dans son antre, où elle est seule.

Elle injecte dans cet antre ses fantasmes pour omettre que personne n’y entre ; situation logique pour quelqu’un qui n’a pas su renaître alors que c’était vital. Haneke n’avait jamais trouvé de personnage si fort et le doit peut-être au roman dont il signe l’adaptation. En tout cas Erika balaie la femme de Funny Games, car si sympathique fut-elle, le portrait restait superficiel. Avec La Pianiste Haneke montre comme l’aristocratie fin de race peut abriter des malaises et déviances de miséreux : Erika est aussi l’otage d’une mère perverse (Annie Girardot), à côté de laquelle elle dort chaque soir. Pour ceux qui auront de la sympathie voir une connivence avec Erika, ce détail sera probablement le morceau de trop à avaler.

Si cette situation convient par défaut à Erika, c’est qu’elle la maintient dans une aliénation constituant le brouillon de l’impuissance tant désirée. Sa mère en profite pour être assistée voir légèrement l’opprimer ; au pied du mur, lorsque sa fille laisse sa libido gagner, elle la gronde ou lui glisse qu’elle doit rester ouverte aux opportunités. Mais ce n’est que la défense consciente de cette maman satisfaite d’avoir ainsi une vie à prendre, à malaxer et à torturer, pour échapper à la solitude et la détresse. Ce spectacle est extrêmement dur et passée une première moitié où Haneke respecte l’équilibre entretenu depuis des années par Erika, la seconde voit son implosion radicale.

Les tentatives, ruptures et échecs de Erika sont très inconfortables. Le dégoût et l’empathie interviennent, l’agacement éventuellement, en revanche aucune haine n’est possible pour cette maso pathétique. Le besoin paradoxal de triomphe et de contrôle d’Erika la rend charmante, géniale, presque surhumaine : qu’il s’accompagne de vices francs comme les passages aux peeop-show et les consultations de porno est un fait quelconque, mais qu’il se traduise de manière si laide et indigne est perturbant. Le désir est pur, son interaction avec un objet extérieur sordide. Jusqu’au-bout Erika reste écoeurée et intimidée par le sexe en soi : il est trop tard pour passer les étapes primaires les plus élémentaires, trop tard pour découvrir la sexualité normale.

La gamine a trop longtemps médité sans pour autant rentrer dans la cour des grands, parce que leurs plaisirs étaient trop simples, trop frustes. Or finalement à son tour elle expérimente quelque chose de dégueulasse et cherche une trop grande satisfaction, trop vite, trop brutalement. Ce décalage est un gâchis et au lieu de l’avènement d’un monumental exutoire, Anne ne fait que rendre définitive la désolation et la mesquinerie de son existence. Il fallait cette objectivation pour avancer ; il fallait frapper les objets réels avec ses enthousiasmes les plus crades, tout salir une bonne fois pour toute, pour réaliser sa propre puissance et se résigner à être une pauvre unité avec sa monstruosité sur les bras. Abominable destin.

Note globale 77

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Suggestions… Année bissextile + Le Conformiste

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THE MAN FROM EARTH **

28 Déc

2sur5  Une échange de joutes et de spéculations faites film. Au moment où il s’apprête à tout plaquer, « partir » on ne sait où ; un professeur d’université reçoit son entourage, qu’il connaît depuis dix ans. Sans l’avoir prémédité, il va confier à ses amis, son histoire : celle d’un homme de 14.000 ans qui a traversé les temps sans jamais vieillir.

Ils sont évidemment incrédules, voir en colère. Mais ils restent. Ils vont évaluer les propos, questionner, peser toutes les hypothèses, tester la vraisemblance. De cette expérience résulte une pensée à prétention universelle, multiple et synthétique. John Oldman a tout connu, tout vu, il a même fréquenté Bouddha et il était sceptique au sujet du périple de Christophe Colomb.

D’une ambition colossale et enfantine, The Man from Earth devient une farce ridicule lorsqu’il évolue vers le mystique (seconde partie). L’observateur millénaire délivre son expertise sur tout avec certes, détails, affects et précision, mais il y a toujours un manque de contextualisation, d’immersion dans l’essence des époques citées.

Dans le fond, c’est plutôt un essai sur la capacité des individus à engendrer des systèmes, donner des réponses aux questions profondes de l’univers et de la vie, défier le bon sens immédiat pour étoffer la conscience ou trahir le vide du concret.

Malgré des omissions élémentaires (à quel moment est-il devenu l’adulte qu’il est, pour le rester sur plusieurs millénaires), le film de Richard Schenkman est puissamment persuasif puisqu’il trône au sommet des classements critiques (il figure en queue du top250 de IMDB). Or, par-delà le sujet et la construction, on en oublie la forme et les questions de cinéma : car il se trouve que The Man from Earth est un véritable téléfilm.

Note globale 52

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Suggestions… Donnie Darko + Memento

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CHRONIQUE D’UN SCANDALE ***

2 Déc

4sur5 Le génie de cette adaptation de roman (de Zoe Heller) est d’illustrer la notion de ‘vieille peau’. Toute la densité et la mesquinerie couvertes par cette injure sont vues ici sous un angle emphatique, sans jugement ni pitié – la vieille peau ne l’autoriserait pas, ou casserait tous les efforts en une sentence. Le portrait est synthétique, avec cette largeur de vue et cette mise en réseau de ‘points’ qui permet de se dispenser d’une trop grande profondeur (et de ses dangers). Barbara (Judi Dench) est une vieille isolée, à l’intégration strictement professionnelle, la socialisation lisse et minimale. Aigrie mais lucide, c’est une moralisatrice prudente et refrénant son agressivité. Les côtés gardiens de l’ordre pour lesquels on la connaît ne reflètent pas tellement sa personne.

Notes on a Scandal joue aussi sur l’opposition de deux caractères, proche de la configuration du futur Doute (où ils seront adversaires, où la vieille desséchée déclare directement la guerre). La prof d’art, Sheba interprétée par Cate Blanchett, est encore jeune, veut profiter de l’existence et connaître l’épanouissement qu’elle a raté. Pour elle cela passe essentiellement par la carrière et les loisirs ; elle a beau être romantique, elle évite d’attendre l’illumination dans les relations. Elle doit probablement se contenter des ‘coups de foudre’ superficiels et sitôt vécus, sitôt dépassés. Elle est encore légère, facilement enthousiaste, ne conçoit pas trop les menaces. Les seuls murs dont elle a conscience sont ceux posés par la société, ou les barrières humaines élémentaires. Dans les yeux de Barbara, tant qu’elle n’est pas détachée de son contexte, ce n’est encore qu’une petite bourgeoise futile, du genre optimiste par manque d’éveil. Mais c’est aussi une alliée potentielle et une compagne en devenir. Barbara rêve d’une associée, quitte à détruire le support de son fantasme. Sa passion est rentrée. Elle n’est pas obsédée par sa cible, ni par des objets extérieurs (il n’y a que son chat et son journal pour témoigner de sa sensibilité). Sheba est juste une occasion, qu’en dernière instance elle pourrait modeler à sa mesure ; si elle ne trouve pas d’accroches ou de correspondances chez elle, alors elle les installera, par la force des habitudes.

Au bord de la retraite, la vieille peau n’est même plus pressée. L’urgence est dépassée. Elle souffre d’une vie de gâchis, reliée à personne, mais comme on souffre d’une contrariété à perpétuité : on s’habitue à tout, même à se savoir jetable et indésirable. L’entrée en scène de Sheba, puis sa faute grave, lui donnent l’opportunité de remplir sa vie. Avoir Sheba à proximité puis entre ses mains, c’est une cure de jouvence. Cet espoir immense et soudain est aussi une menace. Tous les efforts pour endormir la douleur et les envies sont submergés. Si Barbara fait des erreurs, ce sera la tristesse, plus violente que jamais auparavant, à un stade où elle est proche du pourrissement et donc ne pourrait se le permettre. Elle se sert de ce secret, au lieu de la punir simplement ; mais sans intérêt social ou financier (sans même l’envisager comme gratification supplémentaire) : c’est un monstre affectif, pathétique et dégoûtant pour ça. Sa condition, même subjective, ne saurait alléger son dossier, car Barbara reste une prédatrice. Même à distance elle conçoit les relations comme des jeux de domination, s’avance vers les autres ou les accueille seulement dans un but d’extorsion (ou fait le minimum pour être alignée). L’emprise psychologique est sa seule option pour tenir des ami(e)s (et les lier pour la vie), il manque simplement les méthodes douces, les secrets des gens encore sociaux, la spontanéité des humains assimilés depuis le berceau.

Barbara est calculatrice, probablement revenue de ses illusions, minée par le ressentiment sans être rendue confuse par l’aigreur. Mais elle vacille aussi. La peur et la colère la mènent, ses besoins l’aliènent. Lorsque la famille de Sheba s’agace de son omniprésence, ou simplement s’interroge, Barbara s’emporte. Elle perd son aplomb et sa maîtrise face à Sheba si un conflit ou un éloignement se profile. Vampiriser et mettre la pression n’est pas si facile lorsque c’est l’alternative à une séduction, qu’on est incapable d’exercer. Il est plus facile d’abattre un adversaire, il serait plus facile de casser son élue. Au fur et à mesure, se dévoile une tendance à la projection, avec des biais paranos voire érotomanes. La mise en scène (très directive et ‘transparente’ à l’égard du spectateur) souligne cette noirceur, avec des cadres serrés et une atmosphère étouffante. Les décors sont souvent réduits à des bulles, parfois pleines de fatras, de grisaille, de tons ternes ou sombres ‘illuminés’. Cette histoire énorme n’a aucune fondation extraordinaire. Les protagonistes sont des gens normaux qu’on pourrait croiser, contrairement aux méchants sensationnels, ou aux actes brutaux, chéris par le cinéma. C’est plutôt d’imaginer l’existence et la détresse de Barbara marginales, étrangères à soi, qui semble improbable (et vendeur – de prétendu ‘rêve’).

Note globale 76

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Suggestions… Un frisson dans la nuit + The Ghost Writer + A Single Man + Mes nuits sont plus belles que vos jours + Mister Lonely

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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CHIENS DE PAILLE / STRAW DOGS ****

23 Jan

« Le Ciel et la terre sont sans pitié et traitent la multitude des créatures comme des chiens de pailles. Le sage est sans pitié et traite les gens comme des chiens de paille » Lao Tseu – Dao De Jing/Tao Te King (citation d’ouverture du film)

4sur5 Sam Peckinpah devait réaliser Délivrance, qui échoit finalement à Jon Boorman ; il doit alors se replier sur l’adaptation d’une nouvelle qui ne lui tient pas tant à cœur. Il prend toutes ses libertés avec The Siege of Trancher’s farm de Gordon Williams, inclus la scène-clé du viol et se concocte un tournage éthylique à haute tension en braquant toute son équipe. A sa sortie, Chiens de Paille n’inspire que le dégoût (et le succès indécent au box-office), alors que les autres symboles de l’ultra-violence naissante à Holywood, Délivrance justement ainsi que Orange Mécanique, reçoivent un accueil favorable. Cette triade marquait en effet un tournant en repoussant les limites de la violence sur grand écran (le viol et le siège final ici), déclenchant des polémiques enflammées et des interrogations sur ce qui est montrable et ne l’est pas. Peckinpah en profite puisque c’est la première fois qu’un de ses films engendre un profit commercial ; en outre, il lui offre, après la déjà controversée et tonitruante Horde Sauvage, son ticket définitif pour l’histoire du cinéma et lui taille une place dans le cœur des cinéphiles. Chiens de Paille marque aussi par son montage, ultra-découpé, à la structure pointilleuse (usage des ralentis, des plans fugaces et des moments  »de bulle »), une approche alors novatrice contribuant à édifier l’emprunte spécifique et visionnaire de Peckinpah.

Le rejet suscité par Chiens de Paille est probablement du à son pessimisme acide ; le film est à la fois cynique, passablement misanthrope et il trouve la sauvagerie dans l’essence de l’Homme, non dans les déviations exceptionnelles ou les anomalies générées par la société. D’une part, Chiens de Paille montre la chute des mensonges de l’homme moderne : notamment à travers David Summer (Dustin Hoffman, alors au zénith en enchaînant les grands rôles dans des productions comme Little Big Man ou Macadam Cowboy), le professeur de mathématiques en exil à la campagne avec sa femme, le film révèle les mirages d’une société parodiant la civilisation par des attitudes policées aberrantes, menant au rejet pédant et délétère de toutes les parts fougueuses, mais aussi transcendantes, inscrites en chaque homme ; et par extension, en chaque être vivant. C’est un scepticisme qui ne tient pas simplement à la nature des gens qui serait effrontément révélée ; il concerne aussi la négation de l’être (répandue avec le puritanisme progressiste et son obsession de l’inversion, jusque-dans les constats élémentaires), par le refus compulsif des éléments qui le composent et qui, si socialement hideux ou non-consensuels soit-ils, le ressource et l’anime.

L’autre affront moral de Chiens de Paille, c’est de laisser entrevoir que l’ordure, c’est autant le bourreau que le passif. Si David, l’intellectuel aux principes humanistes, prive le criminel d’une confrontation à un besoin de justice (légitime selon le cadre du spectateur ; justifié par les faits), c’est parce que lui-même fuit les responsabilités que pourtant il prétend honorer, avec cette attitude de gardien zélé des bonnes mœurs. Or l’application de ses petites méthodes précautionneuses n’est pas seulement inappropriée, elle est aussi cruelle ; en effet, alors qu’il joue les gros durs arguant sur un ton haut-perché que ces bandits vont voir de quel bois il se chauffe si ça continue ainsi, son relativisme mielleux amplifie la catastrophe et refuse l’empathie pour ceux qui souffrent, concrètement, d’une violence infligée. Mais en plus, il punit et tient en otage son épouse jusqu’au-bout, tout en mettant en péril sa sécurité (et c’est également son indifférence et son machisme penaud qui ont permis d’atteindre sa femme) ; qu’il protège le seul criminel de départ, ce n’est qu’un agencement cohérent, la réunion des faux-contraires.

Avant le retour des instincts réprimés, leur conversion trouve son expression au travers de paradoxes développés, la soumission ou la cécité tolérées, par frayeur, par paresse morale ou par attrait ; et donc ce rapport ambigu à la brutalité, y compris sur sa propre personne : ainsi, Amy tente ses bourreaux et si elle peut théoriquement se cacher derrière une prétention à la négligence ou la naïveté, elle ne pourrait justifier le plaisir relatif tiré de l’oppression exercée sur son corps. Cette vision tellement pénétrante et primale implique un douloureux aveu d’ambivalence chez le spectateur ; on ne peut être un réceptacle neutre et d’ailleurs, David qui se pose comme tel n’est finalement qu’un lâche et sa circonspection le maintient dans une position de spectateur, plus par peur d’être broyé que voyeurisme certes, toutefois en dernière instance, lui aussi renoncera aux actes pacifistes (bien qu’il ne sacrifiera pas sa posture, même lors des pires retournements ; il faudra attendre sa fuite, mais elle encore ne le laisse que perplexe, autrement dit réticent à la prise de conscience). Ainsi l’intolérance à un tel regard, ou même à la prétention d’un miroir braqué, est légitime chez le spectateur. Dans le même temps, il est fait maître de la situation, collaborateur ou critique, nuancé ou passionné, acceptant ou refoulant, cette violence émergente et frontale.

Note globale 82

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SOUS LE SABLE ****

31 Jan

4sur5  Séverine de Belle de Jour trente ans plus tard et avec un mari qui vaut le coup. Une bourgeoise, enseignante, à la vie sans contraintes – pas tout à fait oisive. Lors d’un séjour dans la maison de campagne du vieux couple, Jean (Bruno Cremer) disparaît. Est-il mort, a-t-il pris la fuite.. Marie (Charlotte Rampling) bascule dans le déni.

Un fantôme vit avec elle et lui rend visite, quand il a le temps, entre deux affaires à l’extérieur. Se pose un problème de ressources à long-terme, mais c’est sans incidence réelle – et puis ce sera réglé naturellement ; quand à celui de l’équilibre, elle s’en charge, en s’enfouissant [sous le sable]. Et puis le manque se fait sentir. Concrètement, puisque les émotions ne sont pas reconnues ou perçues comme telles chez elle.

Escortant Rampling presque seule en scène, Ozon raconte un crépuscule vécu à fond, de tout son être, combattu de la même façon. Une certaine vacuité confortable, dans son bunker et le Paris triste. Une angoisse qui arrive et que la neurasthénie organisée s’applique à étouffer. Et, plus trivial et certain que l’horreur ; la tragédie qui consiste à voir sa vie balayée par morceaux ; et soi-même réduit à son corps, aux lambeaux de son rôle social, aux choses du quotidien qui figent tout ; c’est-à-dire au néant. Comme si la date de péremption était passée et que l’heure où la vie perdait son éclat, et nous le ressenti d’une connexion naturelle à cette vie, qui file devant nous sans générer ni la peur ni l’envie, arrivait maintenant.

Aussi lorsque son amie (qu’elle voit rarement – sa vie est solitaire) l’incite à  »tourner la page » ; elle ne comprend pas que pour Charlotte Rampling, il n’y a pas de page et surtout il n’y a pas d’autre livre. Elle est seule à palper le vide, évanouie dans son intimité. On lui fait rencontrer Vincent, un homme… pleinement homme certes, mais si ordinaire, besogneux ; si lamentablement doux et collant ; avec ses remarques naïves, ses conceptions infantiles derrière une intelligence standard. Elle s’en amuse, comme d’un objet ou d’un ado jetable. Il n’y a ni affection ni intérêt, mais un petit camarade pour l’occuper ; qu’on lui a confié de surcroît ; et, droite et complaisante, elle le prend, le méprise, mais s’en contente – ne perdant même pas de temps à lui dire ce qu’il vaut à ses yeux ; ne prenant même pas celui de réaliser combien il est dégoûtant et comme sa présence est déplacée, téméraire même, surtout dans ces circonstances où sa minable silhouette d’avorton croit jouer un rôle de substitution ou diffuser un quelconque charme.

Le quatrième film de François Ozon est plus serein et posé que ce qu’il a pu produire, surtout auparavant, se rapprochant de son ultérieur Le Temps qui reste ; un autre drame à l’intensité froide sur le deuil. Toujours un deuil existentiel, avec ce sentiment profond de connivence envers la mort et le calme offert par l’idée que tout désormais est réglé ici-bas. Que le meilleur ne pourra plus se dérouler qu’à l’intérieur – Melvil Poupaud lui honorera sa place au monde, mais Rampling est déjà partie très loin.

Note globale 84

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Note arrondie de 83 à 84 suite à la mise à jour générale des notes.

MBTI-Enneagramme = Le film est intéressant par rapport aux variantes instinctives ; Rampling est ici un bel exemple de SO-last (sans en être pénalisée), avec SX fort (mais plutôt Sp/Sx). C’est naturellement une J (Pi et Je), mais le personnage, bien que tout à fait cohérent, est extrêmement difficile à cerner au-delà sur une grille impersonnelle (plutôt Ni et Te ; plutôt I mais une ExxJ mature pourrait arriver à ce genre d’attitude). Sur l’enneagramme, elle est 1w9 (comme l’est l’actrice elle-même). Quand à Vincent, c’est aussi un personnage ambigu, probablement un ISFj (se donnant des mots et imitant les processus mentaux des N et surtout des NP). 

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