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THE MAN FROM EARTH **

28 Déc

2sur5  Une échange de joutes et de spéculations faites film. Au moment où il s’apprête à tout plaquer, « partir » on ne sait où ; un professeur d’université reçoit son entourage, qu’il connaît depuis dix ans. Sans l’avoir prémédité, il va confier à ses amis, son histoire : celle d’un homme de 14.000 ans qui a traversé les temps sans jamais vieillir.

Ils sont évidemment incrédules, voir en colère. Mais ils restent. Ils vont évaluer les propos, questionner, peser toutes les hypothèses, tester la vraisemblance. De cette expérience résulte une pensée à prétention universelle, multiple et synthétique. John Oldman a tout connu, tout vu, il a même fréquenté Bouddha et il était sceptique au sujet du périple de Christophe Colomb.

D’une ambition colossale et enfantine, The Man from Earth devient une farce ridicule lorsqu’il évolue vers le mystique (seconde partie). L’observateur millénaire délivre son expertise sur tout avec certes, détails, affects et précision, mais il y a toujours un manque de contextualisation, d’immersion dans l’essence des époques citées.

Dans le fond, c’est plutôt un essai sur la capacité des individus à engendrer des systèmes, donner des réponses aux questions profondes de l’univers et de la vie, défier le bon sens immédiat pour étoffer la conscience ou trahir le vide du concret.

Malgré des omissions élémentaires (à quel moment est-il devenu l’adulte qu’il est, pour le rester sur plusieurs millénaires), le film de Richard Schenkman est puissamment persuasif puisqu’il trône au sommet des classements critiques (il figure en queue du top250 de IMDB). Or, par-delà le sujet et la construction, on en oublie la forme et les questions de cinéma : car il se trouve que The Man from Earth est un véritable téléfilm.

Note globale 52

Page Allocine & IMDB

Suggestions… Donnie Darko + Memento

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CHIENS DE PAILLE ****

23 Jan

« Le Ciel et la terre sont sans pitié et traitent la multitude des créatures comme des chiens de pailles. Le sage est sans pitié et traite les gens comme des chiens de paille » Lao Tseu – Dao De Jing/Tao Te King (citation d’ouverture du film)

4sur5 Sam Peckinpah devait réaliser Délivrance, qui échoit finalement à Jon Boorman ; il doit alors se replier sur l’adaptation d’une nouvelle qui ne lui tient pas tant à cœur. Il prend toutes ses libertés avec The Siege of Trancher’s farm de Gordon Williams, inclus la scène-clé du viol et se concocte un tournage éthylique à haute tension en braquant toute son équipe. A sa sortie, Chiens de Paille n’inspire que le dégoût (et le succès indécent au box-office), alors que les autres symboles de l’ultra-violence naissante à Holywood, Délivrance justement ainsi que Orange Mécanique, reçoivent un accueil favorable. Cette triade marquait en effet un tournant en repoussant les limites de la violence sur grand écran (le viol et le siège final ici), déclenchant des polémiques enflammées et des interrogations sur ce qui est montrable et ne l’est pas. Peckinpah en profite puisque c’est la première fois qu’un de ses films engendre un profit commercial ; en outre, il lui offre, après la déjà controversée et tonitruante Horde Sauvage, son ticket définitif pour l’histoire du cinéma et lui taille une place dans le cœur des cinéphiles. Chiens de Paille marque aussi par son montage, ultra-découpé, à la structure pointilleuse (usage des ralentis, des plans fugaces et des moments  »de bulle »), une approche alors novatrice contribuant à édifier l’emprunte spécifique et visionnaire de Peckinpah.

Le rejet suscité par Chiens de Paille est probablement du à son pessimisme acide ; le film est à la fois cynique, passablement misanthrope et il trouve la sauvagerie dans l’essence de l’Homme, non dans les déviations exceptionnelles ou les anomalies générées par la société. D’une part, Chiens de Paille montre la chute des mensonges de l’homme moderne : notamment à travers David Summer (Dustin Hoffman, alors au zénith en enchaînant les grands rôles dans des productions comme Little Big Man ou Macadam Cowboy), le professeur de mathématiques en exil à la campagne avec sa femme, le film révèle les mirages d’une société parodiant la civilisation par des attitudes policées aberrantes, menant au rejet pédant et délétère de toutes les parts fougueuses, mais aussi transcendantes, inscrites en chaque homme ; et par extension, en chaque être vivant. C’est un scepticisme qui ne tient pas simplement à la nature des gens qui serait effrontément révélée ; il concerne aussi la négation de l’être (répandue avec le puritanisme progressiste et son obsession de l’inversion, jusque-dans les constats élémentaires), par le refus compulsif des éléments qui le composent et qui, si socialement hideux ou non-consensuels soit-ils, le ressource et l’anime.

L’autre affront moral de Chiens de Paille, c’est de laisser entrevoir que l’ordure, c’est autant le bourreau que le passif. Si David, l’intellectuel aux principes humanistes, prive le criminel d’une confrontation à un besoin de justice (légitime selon le cadre du spectateur ; justifié par les faits), c’est parce que lui-même fuit les responsabilités que pourtant il prétend honorer, avec cette attitude de gardien zélé des bonnes mœurs. Or l’application de ses petites méthodes précautionneuses n’est pas seulement inappropriée, elle est aussi cruelle ; en effet, alors qu’il joue les gros durs arguant sur un ton haut-perché que ces bandits vont voir de quel bois il se chauffe si ça continue ainsi, son relativisme mielleux amplifie la catastrophe et refuse l’empathie pour ceux qui souffrent, concrètement, d’une violence infligée. Mais en plus, il punit et tient en otage son épouse jusqu’au-bout, tout en mettant en péril sa sécurité (et c’est également son indifférence et son machisme penaud qui ont permis d’atteindre sa femme) ; qu’il protège le seul criminel de départ, ce n’est qu’un agencement cohérent, la réunion des faux-contraires.

Avant le retour des instincts réprimés, leur conversion trouve son expression au travers de paradoxes développés, la soumission ou la cécité tolérées, par frayeur, par paresse morale ou par attrait ; et donc ce rapport ambigu à la brutalité, y compris sur sa propre personne : ainsi, Amy tente ses bourreaux et si elle peut théoriquement se cacher derrière une prétention à la négligence ou la naïveté, elle ne pourrait justifier le plaisir relatif tiré de l’oppression exercée sur son corps. Cette vision tellement pénétrante et primale implique un douloureux aveu d’ambivalence chez le spectateur ; on ne peut être un réceptacle neutre et d’ailleurs, David qui se pose comme tel n’est finalement qu’un lâche et sa circonspection le maintient dans une position de spectateur, plus par peur d’être broyé que voyeurisme certes, toutefois en dernière instance, lui aussi renoncera aux actes pacifistes (bien qu’il ne sacrifiera pas sa posture, même lors des pires retournements ; il faudra attendre sa fuite, mais elle encore ne le laisse que perplexe, autrement dit réticent à la prise de conscience). Ainsi l’intolérance à un tel regard, ou même à la prétention d’un miroir braqué, est légitime chez le spectateur. Dans le même temps, il est fait maître de la situation, collaborateur ou critique, nuancé ou passionné, acceptant ou refoulant, cette violence émergente et frontale.

Note globale 82

Page Allocine

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SOUS LE SABLE ****

31 Jan

4sur5  Séverine de Belle de Jour trente ans plus tard et avec un mari qui vaut le coup. Une bourgeoise, enseignante, à la vie sans contraintes – pas tout à fait oisive. Lors d’un séjour dans la maison de campagne du vieux couple, Jean (Bruno Cremer) disparaît. Est-il mort, a-t-il pris la fuite.. Marie (Charlotte Rampling) bascule dans le déni.

Un fantôme vit avec elle et lui rend visite, quand il a le temps, entre deux affaires à l’extérieur. Se pose un problème de ressources à long-terme, mais c’est sans incidence réelle – et puis ce sera réglé naturellement ; quand à celui de l’équilibre, elle s’en charge, en s’enfouissant [sous le sable]. Et puis le manque se fait sentir. Concrètement, puisque les émotions ne sont pas reconnues ou perçues comme telles chez elle.

Escortant Rampling presque seule en scène, Ozon raconte un crépuscule vécu à fond, de tout son être, combattu de la même façon. Une certaine vacuité confortable, dans son bunker et le Paris triste. Une angoisse qui arrive et que la neurasthénie organisée s’applique à étouffer. Et, plus trivial et certain que l’horreur ; la tragédie qui consiste à voir sa vie balayée par morceaux ; et soi-même réduit à son corps, aux lambeaux de son rôle social, aux choses du quotidien qui figent tout ; c’est-à-dire au néant. Comme si la date de péremption était passée et que l’heure où la vie perdait son éclat, et nous le ressenti d’une connexion naturelle à cette vie, qui file devant nous sans générer ni la peur ni l’envie, arrivait maintenant.

Aussi lorsque son amie (qu’elle voit rarement – sa vie est solitaire) l’incite à  »tourner la page » ; elle ne comprend pas que pour Charlotte Rampling, il n’y a pas de page et surtout il n’y a pas d’autre livre. Elle est seule à palper le vide, évanouie dans son intimité. On lui fait rencontrer Vincent, un homme… pleinement homme certes, mais si ordinaire, besogneux ; si lamentablement doux et collant ; avec ses remarques naïves, ses conceptions infantiles derrière une intelligence standard. Elle s’en amuse, comme d’un objet ou d’un ado jetable. Il n’y a ni affection ni intérêt, mais un petit camarade pour l’occuper ; qu’on lui a confié de surcroît ; et, droite et complaisante, elle le prend, le méprise, mais s’en contente – ne perdant même pas de temps à lui dire ce qu’il vaut à ses yeux ; ne prenant même pas celui de réaliser combien il est dégoûtant et comme sa présence est déplacée, téméraire même, surtout dans ces circonstances où sa minable silhouette d’avorton croit jouer un rôle de substitution ou diffuser un quelconque charme.

Le quatrième film de François Ozon est plus serein et posé que ce qu’il a pu produire, surtout auparavant, se rapprochant de son ultérieur Le Temps qui reste ; un autre drame à l’intensité froide sur le deuil. Toujours un deuil existentiel, avec ce sentiment profond de connivence envers la mort et le calme offert par l’idée que tout désormais est réglé ici-bas. Que le meilleur ne pourra plus se dérouler qu’à l’intérieur – Melvil Poupaud lui honorera sa place au monde, mais Rampling est déjà partie très loin.

Note globale 84

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Note arrondie de 83 à 84 suite à la mise à jour générale des notes.

MBTI-Enneagramme = Le film est intéressant par rapport aux variantes instinctives ; Rampling est ici un bel exemple de SO-last (sans en être pénalisée), avec SX fort (mais plutôt Sp/Sx). C’est naturellement une J (Pi et Je), mais le personnage, bien que tout à fait cohérent, est extrêmement difficile à cerner au-delà sur une grille impersonnelle (plutôt Ni et Te ; plutôt I mais une ExxJ mature pourrait arriver à ce genre d’attitude). Sur l’enneagramme, elle est 1w9 (comme l’est l’actrice elle-même). Quand à Vincent, c’est aussi un personnage ambigu, probablement un ISFj (se donnant des mots et imitant les processus mentaux des N et surtout des NP). 

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