Tag Archives: Patrick Wilson

MIDWAY ***

10 Nov

3sur5  Pearl Harbor est récurrent dans le cinéma de guerre américain mais la bataille de Midway était un épisode rarement cité depuis 1976. Bien que les capitaux soient principalement allemands et chinois, car Hollywood serait réfractaire à illustrer une telle bataille d’après Roland Emmerich, les autorités américaines ont validé le film en permettant l’accès de l’équipe de tournage à des sites historiques comme la base de Ford Island. Avec les efforts concluants des décorateurs le film en tire une certaine authenticité, apte à compenser l’angle par lequel il sera le plus facilement attaqué : le tournage en studio (à Montréal) et les effets numériques seront évidents et probablement gênants pour les yeux exercés et les techniciens.

Si on est pas accaparé par ce filtre, le film a de fortes chances d’être captivant et les scènes en avion excellentes. Le cinéma d’Emmerich est peut-être pompier mais il est sûrement efficace – il l’était déjà pendant les deux tiers d’Independance Day, avant de succomber à la crétinerie. Dans sa catégorie Midway est comparable à Dunkerque mais pas aussi radicalement choral. Par son dispositif et son scénario il est moins ample, son passage en revue est moins fin. Historiquement il est certainement moins approximatif, mais là-dessus Midway profite d’une certaine modération alors que son prédécesseur prenait mécaniquement des risques avec ses ambitions quasi didactiques. Et contrairement à beaucoup de ses concurrents surtout quand ils se font partisans ou démonstratifs (spécialement quand il s’agit de cette guerre mondiale), Midway se soucie d’exactitude pour ses représentations mineures : les anecdotes personnelles sont véridiques et les étrangers parlent dans leur propre langue. Enfin sur le terrain de l’action et de l’émotion Midway concurrence largement le film de Nolan.

Il y a bien des scènes lourdes de camaraderies ou de larmes coulées dans la dignité, mais elles sont rapides et propres (au départ Ed Skrein et Kleintank en font des tonnes mais après tout ce sont de jeunes américains déterminés, primaires et insouciants). Jamais le film n’en rajoute dans les faits extraordinaires ou les moments compatissants, ni ne romantise ou s’attarde sur les vies privées. Ses architectes savent que le matériel est déjà suffisamment consistant. L’ennemi en profite puisqu’on s’abstient de le ridiculiser, ce qui est bon pour tous ici comme en général. Avec cet aplomb et cette simplicité Midway montre une façon percutante et relativement honnête d’esthétiser l’histoire guerrière d’une nation particulièrement belliqueuse sur le long-terme (qui n’a donc pas eu qu’à réagir à des provocations). Il faudrait toutefois que la guerre tâche davantage et que les stratèges aient moins de temps d’exposition pour avoir l’impact ou attirer la sympathie que pouvait générer Du sang et des larmes.

Note globale 68

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HARD CANDY **

31 Mai

3sur5 C’est moins le film à scandales tant décrié et couronné à Sundance puis à Deauvilles qu’un cumul de tours de passe-passe. Premier long du publicitaire David Slade, auteur par la suite de 30 jours de nuit et du troisième Twilight, Hard Candy a révélé Ellen Page, intervenant ici comme une chasseuse de pédophile et subtilisant plusieurs masques pour arriver à ses fins : petite gamine jouant avec le feu et exagérant son inconsistance ; jeune fille de riche sur la pente descendante, cherchant quelqu’un pour la dévaler dans l’extase ; justicière emphatique…

C’est un véritable piège masculin (la tentation précède la révélation et la sanction fait-maison) et un grand numéro d’hypocrisie. Sous les habits de la critique d’un système trop faible et d’une indignation devant ces prédateurs trop malins, Hard Candy contourne soigneusement la morale que pourtant il brandit. En vérité, c’est surtout un film indépendant féroce, sans comptes à rendre à qui que ce soit (pas même à la censure – le budget a été resserré sous le million de $ pour l’éviter). Flirtant avec le monstrueux, Hard Candy normalise ses spécimens, invitant dans une réalité sordide certes, mais coupant court à tous les fantasmes. En même temps, le film se donne comme un bijou d’exploitation, au style plutôt luxueux, au thème central et échanges musclés et affûtés ; le huis-clos n’a pas de véritable faille, sinon peut-être son opportunisme et sa relative lâcheté. Il faut dire qu’au-delà de l’étourdissement éventuel et de ses exploits (la castration), Hard Candy, si bien écrit avec sa progression par paliers, est une expérience borderline assez gratuite, avec une pointe de nihilisme amusé.

A ce titre, l’ivresse devant l’insolite est communicative ; le spectateur est violenté et confronté à la crise, convié dans l’hystérie du film alors que tout est sous contrôle de cet ange exterminateur. Il est embarqué, comme les deux collaborateurs, dans cette spirale sans retour : nous avons mis un pied dans l’engrenage, un pas en arrière laisserait exsangue, mieux vaut en finir. Ainsi le tandem ignoble est emporté par ce programme expérimental déguisé en punition normative ; elle mène la danse avec un humour noir, il finit par accepter cette fatalité en évoquant ses parcours, sa détresse même. Cette relation de bourreau-confident et de pervers-victime dégrade les deux parties engagées, tout en les épurant grâce à une confrontation si intense à la vérité de leur condition. Un choix radical, dans une enveloppe précise, habillant une philosophie étrange, faisant cohabiter conscience et empathie avec principes répressifs, masque d’instincts déréglés.

Dans le fond, la justice privée dans laquelle elle s’invite n’est qu’un argument pseudo-altruiste factice se retournant rapidement contre elle. Mais elle a choisi un coupable pour expérimenter sa curiosité morbide, étanchant cette soif malsaine à la façon d’un Dexter. Elle ne se moque pas tout à fait de vertu et a même l’honnêteté de se salir aux dépens d’une autre ordure. Et tout le deal du film est là : pousser les limites sans s’investir moralement, avec une couverture qui ne trompe personne mais implore une décision : alors on accompagne les monstres jusqu’au-bout, avec une résignation complice. Tout comme eux sacrifient leur vie et leur surface si patiemment conçue car une telle expérience est de trop. Finalement, c’est un processus de purge pour tous.

Note globale 57

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INSIDIOUS **

23 Déc

2sur5 Connu pour être à l’origine de la saga la plus populaire de l’histoire du torture-porn grâce à Saw, James Wan est un réalisateur bien plus raffiné qu’une telle étiquette le suggère. Auteur du film de vengeance Dead Sentence et de The Conjuring sur une chasse aux fantômes, il a aussi signé un excellent film de genre, Dead Silence, malheureusement passé inaperçu. En persévérant dans le fantastique, il a finalement trouvé un large écho avec Insidious en 2012.

C’est un très beau produit. Techniquement, on relève les filtres chromatiques (chape grise), la photo bleutée élégante réservée aux grands moments, les angles de vues assez originaux notamment lors de cette fin morbide et foraine à souhaits. Oui, mais nous sommes dans une énième histoire ringarde de maison hantée nimbée d’ésotérisme – avec ses notions propres : ici, forme astrale, voyages temporels. D’ailleurs, les habituels morts incrustés sur les photos de famille déambulent dans les parages.

Tout ça est donc d’une banalité effarante ; car ces histoires se multiplient, sous toutes les formes (Paranormal Activity) et rares sont les bons éléments (Sinister).Toutefois Insidious est une déclinaison honnête. Lorsque ses aspirations psychiques déglinguées sont parfaitement explicitées, le film propose de passer de l’autre côté tant mentionné : et à mesure qu’on s’en rapproche et qu’on y va, c’est plutôt divertissant. C’est sobre, soigné, équilibré ; et exagérément traditionnel.

Note globale 50

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