Tag Archives: pantin – poupée

HÉRÉDITÉ ****

21 Sep

4sur5  L‘horreur mêlée au surnaturel est la variante la plus prisée aujourd’hui (avec Conjuring en mètre-étalon et de nombreuses cash-mashines comme Paranormal Activity, les Ouija), peut-être la préférée depuis cent ans ; le slasher a eu son heure de gloire, courte, d’autres titres fracassants sont restés des exceptions sentant le souffre, le gore pour lui-même ne crée l’événement que chez les amateurs. Avec le surnaturel viennent généralement les bondieuseries, l’hystérie, des manières sensationnalistes et une narration à peu près aussi démente que les pauvres personnages. Si vous n’êtes pas client du genre, mais avez aimées les incursions de Polanski, vous devriez apprécier Hérédité.

Enfin un film de genre (et surtout un à base de possession) efficace, immersif, bien que peu démonstratif. C’est une réussite intrinsèque qui pourrait très bien atterrir dans un autre domaine ou rester indéterminé (sauf bien sûr pour basculer vers la farce – le grotesque est là mais même en étant d’humeur sinistre on y trouverait pas une comédie accidentelle, sauf peut-être si on refuse les audaces et étrangetés de la fin). Comme les ‘chefs-d’œuvre’ de l’horreur et du thriller sombre, avec lesquels il flirte, Hérédité est riche du poids des souffrances de ses protagonistes. Cette richesse de fond s’exprime davantage par les détails de caractères, de dialogues et d’humeurs, que par l’action.

Les originalités ne tiennent par sur le scénario ou quelques avatars – elles paraissent dans l’interprétation, les personnages. Elles s’expriment dans le ton (cet affreux drame familial) – davantage que via le style (cette sorte d’horreur psychique, paranoïaque). La mise en scène très formaliste est subordonnée à l’agenda (l’obscur et le conscient) des protagonistes et en particulier d’Annie (interprétée par Toni Collette). Elle introduit l’empathie, l’attente et l’anxiété, peut aussi amener l’ennui ou l’agacement chez ceux qui ne seront pas embarqués ou intéressés par ces gens à l’agonie, déjà ou bientôt abîmés. On frissonne par désespoir plutôt que par simple peur ou surprise (tout de même au rendez-vous, au-delà de la moyenne). Charlie, en tant qu’individu et ‘cas’, inspire l’effroi et la sympathie. Comme beaucoup de tarés ou déviants ordinaires, elle est un démon en proie à la panique, isolé, à découvert.

Le personnage le plus attractif reste celui d’Annie. Elle aurait pu être un père décent, elle fait une mère difficile. Trop accablée pour pleurer ou gérer sa colère, elle éprouve des difficultés à faire ou dire les bonnes choses aux bons moments (son rôle dans Japanese Story n’était pas si éloigné). Ses faiblesses en font un demi-monstre, sa culpabilité est largement justifiée, pour autant ses malheurs ne sont pas mérités. Sa détresse, son intensité, son hostilité et sa peur péniblement inhibées en font un des individus les plus attachants vus sur grand écran – très différent de ce qui se donne à voir, peut-être simplement car plus profond et sans compromis. Gabriel Byrne en père Graham apporte un peu de sécurité – il est calme, solide, réprimé ou lisse au point de passer pour prosaïque. C’est simplement une pièce rapportée : en-dehors de cette filiation maudite, il est aussi étranger que si nous étions soudain projeté dans cette réalité. Annie, Peter, Charlie n’ont décidément pas d’alliés fonctionnels ; par sa mollesse et d’autres raisons le dernier aura un temps échappé à l’essentiel des troubles.

L’accumulation de pathologies sévères dans la famille proche aurait pu orienter le film vers la foire clinique, le ‘freak show’ façon American Horror Story. Les spectateurs sont bien conviés à la foire mais elle est émotionnelle et, de façon incertaine (puis primaire) spirituelle. Les manières glacées du film, ses travelling lents, ses panoramas aux insinuations tragiques, font sa force – ou seront employés à charge contre un film si restrictif, trop habile et calculateur pour que ses légèretés lui soient pardonnées, ou que son ampleur ne paraisse pas exagérée par rapport à ce qu’il doit nous raconter. L’écriture n’est peut-être pas brillante par elle-même, mais le langage des images est presque parfait. Le spectateur reçoit tous les indices nécessaires et rien n’est gratuit dans le développement.

Des anecdotes, parfois microscopiques, trahissent tout l’édifice sans qu’on les reçoivent depuis le bon étage – avec le recul on constatera leur pertinence psychologique ou scénaristique après avoir deviné seulement l’un ou l’autre. La séance s’embrase dans sa seconde heure grâce à l’apport du paranormal et au secours de Joan (Anne Dowd déjà sensible aux sectes négativistes dans Leftovers). Le gain n’est toutefois pas total ; les explications du dénouement sont irréprochables, mais l’éloignement de l’humain et la résolution express des traumas sont un peu frustrantes (pas vraiment décevantes). Tout ce que je regrette de ce film, ce sont quelques scènes à la tournure prévisible et particulièrement des ‘tropes’ au début : la classe de pré-adultes américains, l’oiseau crashé contre la vitre. Le commentaire littéraire du prof en écho au film est un comble de lourdeur.

Note globale 78

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Suggestions… Ne vous retournez pas + Les Innocents + Get Out + Rosemary’s Baby + Shining + It Follows + Mise à mort du cerf sacré + Mother ! + Split + Mister Babadook + Ghostland + Sans un bruit

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (8), Dialogues (8), Son/Musique-BO (7+), Esthétique/Mise en scène (8), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (7)

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GHOSTLAND ***

18 Mar

3sur5  Dans une interview Pascal Laugier accusait le cinéma américain d’être « communiste » dans le sens où il standardiserait délibérément sa production et réserverait le même traitement aux étrangers pourtant importés à cause de leur talent – comme si la répression de la singularité était un gage de qualité (ou alors, s’agirait-il simplement de sécurité ?). Avec son quatrième film, troisième développé au Canada, il nage en pleine ambivalence. Ghostland est traversé comme aucun autre (The Secret y compris) par les repères de l’Horreur américaine, de celle classique des seventies à la plus contemporaine.

Il contient de nombreux aspects génériques, à commencer par son titre (finalement significatif, mais que tant d’autres pourrait aussi bien porter). Les événements et les éléments de décors ou d’ambiance sont familiers, parfois rappellent aussi les gros morceaux français des années 2000 (notamment Haute tension dans les moments à la campagne hors de la maison). Ce qui fait l’intérêt de Ghostland est justement sa prise de distance avec ces normes, sur lesquelles il se repose comme par opportunisme commercial ou pour des raisons pratiques. Une motivation plus forte encore se ressent : la volonté de saluer les créateurs derrière les substances que le public et les producteurs macèrent et ripolinent. S’il y a des clichés, des univers mis en boîte et des machines à fantaisie -ou simplement à éprouver des sensations fortes- c’est car derrière eux il y a des créateurs. Sincères, passionnés, mégalos et en payant le prix. Mylène Farmer (aux interventions lumineuses), manifestement appréciée par le réalisateur, exprime cette défiance et cet orgueil – au travers de l’injonction « no french » (envoyée par Verra à sa mère) ou de mots réconfortants pour sa fille Elizabeth qui sonnent comme des aveux flatteurs (ou la façon de Laugier d’officialiser son respect pour elle et la désigner comme celle qui accomplit un certain idéal artistique).

L’amour des personnages est peut-être plus fort encore que dans Martyrs (avec pour résultat une Elizabeth par deux fois magnétique). Ghostland nous fait avoir de l’empathie pour cette fille et ses rêves, choisit d’y croire et de les consacrer. Il en tire une belle intensité qui, avec les aspects techniques ou de surface, puis surtout avec le casting resserré, évite au film de basculer vers une certaine banalité. S’il y trempe pour la retourner avec habilité, il s’interdit quelques décollages et gratifications supplémentaires. Les antagonistes n’existent pas par eux-mêmes (c’est la garantie d’une économie psychique pour les victimes, également pour les compatissants jouissant à la perspective d’une revanche même symbolique). L’un a un aspect remarquable (un Roman Polanski à cape, sidérant de près), l’autre est un ogre attardé typique (emmenant l’ensemble du côté de Massacre à la tronçonneuse le commencement, une boucherie et une expérience redoutable), des deux on ne fait que caresser l’univers. Ils sont transformés en objets de conte, lui-même plaqué sur une réalité insupportable – car les faits sont un premier degré de ce film, pas si retors que The Secret mais tout de même malicieux dans sa construction.

La longue première douzaine de minutes, pleine d’effets et de recours vulgaires, apparaît comme un contre-point à la tentative d’évasion et au combat contre le vrai sordide – le choc de la réalité bête et limitative avec la sublimation de la douleur et du désespoir. La référence éculée à Lovecraft est aussi prise à revers – pas d’énième hommage à Ctulhu ou de dégénérés d’Innsmouth au programme, c’est l’homme et l’auteur qui est directement convoqué. Mais ces tours de passe-passe n’empêchent pas le film d’avoir sa part de grossièreté – on ne peut pas tremper sans être un peu contaminé ou acceptant. Ghostland est un bon film mais déçoit dans la mesure où son réalisateur revient vers le niveau de Saint-Ange. Laugier est meilleur emporté par la mélancolie ou sa passion des ‘abysses’ – Martyrs et The Secret posent des questions intimes et presque sacrées, mettent en scène des gens qui y apportent des réponses odieuses – cette attraction-répulsion a nourri deux films remarquables, capables de s’insinuer en vous et de vous remuer encore les tripes après-coup. Ghostland est seulement efficace et sophistiqué, avec un type d’horreur fondé sur la dégradation, le repoussant, tandis que la détresse et l’aliénation passent d’un autre côté – une sorte de drame obstinément doux, chaud et triste. Il refuse d’explorer et de creuser tout son espace, pour se mettre au service de son héroïne – l’idéal et son produit sont jolis.

Note globale 66

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Suggestions… La Colline a des Yeux + Mama + Jeu d’enfant/Chucky 1 + Les Poupées 

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (7), Dialogues (7), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

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LE RETOUR DE CHUCKY *

7 Jan

1sur5  Nul ne l’attendait pourtant le revoici : Chucky la poupée de sang possédée par la non-âme de Charles Lee Ray rempile pour un septième épisode, vingt-neuf ans après son apparition (dans Child’s Play). L’histoire aurait dû s’arrêter dès 1991 (avec Chucky 3) mais la créature a ressuscité à deux reprises pour fonder une famille. Don Mancini, créateur de la série et présent sur chaque épisode, est passé derrière la caméra pour le cinquième volet, Le fils de Chucky (2004). Il a décidé de poursuivre l’aventure bien qu’elle ne soit plus assez demandée pour le grand-écran (et alors qu’elle n’a jamais été très respectée, sauf au tout début peut-être). Cet attachement étonnant fait de Chucky le seul objet de sa carrière, à l’exception de quelques travaux (comme writer/productor) sur des séries (Channel Zero, Hannibal).

La poupée fut donc recasée dans La Malédiction en 2013 (initialement un remake) et arrive en 2017 avec une nouvelle mouture où l’humour trash n’est plus prioritaire. Ces deux films sortent directement en vidéo/DVD/Blu-ray même dans leur pays d’origine. Avec Cult of Chucky le mythe vire au fantastique et à l’horreur lourde, anxiogène. L’immonde se découvre une fonctionnalité formidable : la capacité de dupliquer son esprit et l’injecter dans des corps – ceux d’un hôpital psychiatrique pour cas extrêmes, souvent atteints de folies meurtrières, sont des réceptacles idéals. D’ailleurs les acteurs ne déméritent pas dans cette affaire, notamment les rôles mineurs – quoique le cabotinage de Jennifer Tilly en blonde new jersian (on dirait une sorte de Liza Monet blanche et maniérée) ne plaide en la faveur de personne.

Il en va autrement pour l’écriture du film et par extension celle du filon. Cet opus se veut plus ambitieux mais ne sait pas s’y prendre pour créer une tension sur la durée et une rampe pour sa poupée. Le ton est très surfait, sans relever d’un kitsch authentique. La bouffonnerie sombre s’annonce dès le départ mais la pantalonnade pure ne saurait être assumée, aussi l’ambiance se veut clinique et étrange. Or les seuls coups efficaces se font comme les autres, par la force (immédiatement dissipée alors qu’elle n’arrive généralement qu’à exploser la petite musicalité d’une scène). La bande-son est sur-investie et le spectateur gavé de trucs, astuces et rappels constants. L’ennui l’emporterait inévitablement s’il n’y avait cette tentative d’écrasement. Le gore est lâché dès la moitié et le rendement éloquent : c’est tout ce qu’il fallait pour sauver ce film taillé pour le remplissage.

Note globale 28

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (2), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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LOVE OBJECT **

31 Jan

2sur5  Cet unique film (de Robert Parigi) a les moyens de troubler grâce à son postulat insolite et son développement sordide. Mais il manque de ressorts et ressemble à un Masters of Horror qui s’éterniserait. Love Object ne remue pas grand chose et s’en tient à balancer des faits ‘chocs’ courus d’avance, en maintenant une atmosphère ‘creepy’ sérieuse. L’humour omniprésent sert à atténuer la douleur ou à cultiver quelques ambiguïtés sarcastiques (notamment concernant le patron joué par Rip Torn).

L’esprit est donc sincère et entier. La mise en scène est sans détours, ses effets et ses mystères ‘carrés’. Le problème vient de la faloterie des personnages. L’entourage est superficiellement décrit, chacun tient sur une caractéristique générale. Kenneth lui-même (par Desmond Harrington, futur acteur dans Dexter) est un protagoniste assez nul, excentricité mise à part ; on ne sait pas qui il est, ce qu’il a fait ou été, ni tellement ce qui l’anime ou occupe ses pensées. Il n’y a que cette passion pour Nikki la poupée de silicone. Le démarrage est prometteur mais le traitement restera terre-à-terre, exclusif et finalement tapageur.

Les préférences ont beau être anormales, les situations n’ont rien d’original. Le spectateur n’a plus qu’à se faire son propre roman à partir des éléments présents, riches en promesses. Ainsi Love Object se trouve dans un carrefour entre plusieurs références, ne partageant la radicalité ou la profondeur d’aucune : pour la frustration du mec isolé, il rappelle Schramm (d’un expert sur l’appel du vide), qui le dépasse pour décrire la solitude malade ; sur le fétiche et l’aliénation assortie, le porno La Femme Objet a déjà fait une jolie contribution ; pour les pantins maléfiques, Magic avec Hopkins était décidément génial avec et malgré sa candeur exacerbée.

Enfin concernant les histoires à base de jeunes hommes bizarres avec un job comme seule insertion sociale (par exemple Willard), ou plus généralement sur les excentriques doux tapis dans l’ombre (sorti à la même période : May), des dizaines d’essais plus ou moins audacieux sont déjà passés et Love Object est bien court face à eux. Love Object est donc à réserver aux amateurs de pellicules décalées, surtout s’ils sont novices et enthousiastes en la matière ; ou cherchant un reflet à leurs fantaisies, aux résultats de leur timidité ou de quelques vices. Don Jon donnera un point de vue plus vulgaire et hédoniste (et surtout plus moraliste) sur l’esquive de l’intimité à deux (ou simplement entre vivants).

Note globale 52

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Suggestions… La Secrétaire + Dellamorte Dellamore

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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MAGIC ****

8 Mar

magic hopkins

4sur5  Treize ans avant d’entrer dans la peau d’Hannibal Lecter pour Le Silence des Agneaux, Anthony Hopkins incarnait avec excellence un grand anxieux dans Magic (névrosé apparemment – schizophrène finalement). Corky Withers est un ventriloque dont la carrière commence à décoller de façon impressionnante. Il s’apprête à être promu à la télévision et est soutenu par un producteur fameux. Il a confiance pour deux en Corky, ce qui ne suffit pas à retenir cet homme manifestement trop vite détruit. Corky se planque dans une maison isolée à la campagne avec sa marionnette Fats. Il la loue à une fille dont il était amoureux adolescent et tous deux vont tenter de consommer enfin cette romance qu’ils n’osaient entamer autrefois. Mais en chemin il y a un mari absent et toutes ces pressions sur Corky.

Magic est très glauque, un thriller ou film d’horreur sans gore, sans recours spectaculaires et même sans repères de genre. Ce dépouillement le rend assez déstabilisant, surtout que le programme est sujet à quelques écarts. En effet, l’écriture est ‘lourde’, surtout au départ, avec des protagonistes assez caricaturaux et quelques situations ‘clichées’ (l’humiliation au début). Pourtant la séance est captivante en raison de la profondeur du malaise encore plus que de la performance d’Hopkins. Tout au long du film, l’hypothèse fantastique du pantin autonome demeure, même quand elle est discréditée par les faits. On laisse cette possibilité ouverte tout en y croyant pas objectivement. On est absorbé par l’état de Corky, ses arrangements pathologiques avec la réalité ; à tout moment le spectateur sait qu’il est en présence d’un délire, mais en même temps tout est légitimé et au lieu de rupture avec le monde concret, il s’agit d’investissement parallèle. Corky est toujours un habitant du monde commun, avec une ombre excentrique qui le dévore.

Et en dépit d’aspects parfois un peu grossiers a-priori (sans être superficiels), Magic s’avère tout à fait malin et imprévisible. De bonnes idées et des manières originales sont appliquées à la narration et au découpage (dès l’ouverture, où Corky travesti sa mauvaise expérience). Le film semble facile à appréhender et finalement ne cesse de prendre à revers en négligeant les pistes sensationnelles ; lorsque Corky débarque dans la maison près du lac, il est difficile de concevoir que le reste du métrage s’y déroule, alors que des choses trépidantes sont promises ailleurs. Mais le scénario de William Goldman (deux Oscars pour ses scénarios avec Butch Cassidy et le Kid puis Les Hommes du président) prend le parti du héros, au risque de l’ennui notamment. Et le résultat est aride, sec bien que bouleversant, sincère et pourtant d’une froideur sinistre. On se raccrocherait presque aux quelques faiblesses pour ne pas reconnaître l’évidence, au moins pas sans garanties, mais elles vont venir. Si un spectateur veut entrer dans un esprit malade de façon franche et limpide, sans doutes ni fantaisies comme avec Le Locataire, Magic est fait pour lui.

Note globale 79

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Suggestions…  Vendredi 13

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