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SAUSAGE PARTY : LA VIE PRIVÉE DES ALIMENTS ***

13 Déc

3sur5  Derrière sa présentation (promotion et introductions) grotesque mais encore puérile se cache une petite tornade au rayon ‘dessins animés à décommander aux enfants’. Cet habillage est la principale raison du choc éventuel face à Sausage Party ; il est surprenant dans la mesure où on s’attend à un produit ouvert au public familial (le réalisateur Conrad Vernon travaille habituellement pour Dreamworks – c’est le réalisateur de Shrek 2 et Monstres contre Aliens). Sans cela, il n’est qu’un exercice de potaches corsé. Mais ses excès lubriques et son supplément d’esprit (âme serait impropre) fournissent de quoi percuter les plus blasés ou avertis.

Sous-titré en français ‘La vie privée des aliments’ (probablement en référence à la série comique La vie privée des animaux, tapant dans le registre Bigard pour enfants), Sausage Party pose les bases d’un film d’animation classique et enfantin. Dans le paquet de saucisses choisi pour le spectateur s’en trouve une ‘différente’ : petite et grosse (donc plus vigoureuse – c’est la volonté du texte). Frank, une autre saucisse (mâle par définition), est amoureux d’une pulpeuse brioche (Brenda). Ces aliments croient au « grand au-delà » et attendent avec impatience et euphorie d’être emportés par « les dieux » pour connaître le meilleur des mondes. Les mécanismes typiques sont mis en branle, une énième initiation à la sauce Disney/Pixar se profile (on pensera surtout à Toy Story).

Dès le départ une chose cloche : le langage, d’une vulgarité radicale. « Fuck », « asshole » & sous-entendus scabreux sont mitraillés par rafales. Puis les dieux entrent et avec eux le cameltoe. C’est parti pour une heure et demie où à chaque minute et presque chaque gag, le sexe est en jeu (la séquence des sels de bain est une longue exception – la meilleure partie, avec un nouveau personnage exquis). Les double-sens inaccessibles aux enfants auront duré quelques minutes, place au gras assumé ! Les remarques lubriques pleuvent, avec ce genre de sommets : « faites la file en attendant que je vous enfile », « T’as la pine qui dégouline » (6e & 20e min – en version québecoise). La petite et grosse saucisse explore la ville, c’est-à-dire l’enfer humain au lieu de l’au-delà ; Frank et Brenda se retrouvent dans les zones sombres ou marginales du supermarché, s’approchant de la vraie nature du monde, à tous degrés !

Les humains ne sont pas ce que croient les aliments et objets domestiques ; ils sont insatiables, égoïstes et cruels. Après la vie ici-bas c’est l’horreur qui nous attend. Les produits non-périssables ont inventé cette histoire de ‘l’au-delà’ et imposées de « fausses vérités » pour apaiser et contrôler la population. Par ce biais, les auteurs placent un point de vue basique et cynique sur le pouvoir et l’organisation des masses. Les angles morts sont nombreux mais encore faudrait-il que le film (incluant opportunément des références sociétales, géopolitiques) se laisse prendre au sérieux ; mais sur sa ligne principale il reste une faute. Si les volontés divines sont un argument rêvé pour le pouvoir, les cas extrêmes pris ici, c’est-à-dire les deux grands représentants du fascisme, font partie des nombreux contre-exemples.

Ces références au nazisme et à Mussolini ont davantage pour mérite d’amuser la galerie (et le chef des nazis finira joyeusement bourré comme les autres – gentils & normaux) et dépeindre les tyrans en frustrés embarqués dans une folie compensatrice. El Duce (la ‘douche’) s’avère une terrible brosse à chiottes, qui au passage éprouve les mexicanos et les utilise comme un patron abusif. De nombreuses références à l’actualité et à la géopolitique servent d’agréments ; entre la crêpe muslim et le beagle juif un boulevard s’ouvre, qui sera rempli d’injures policées et terminera, forcément, en réconciliation – la nuance, c’est qu’ici il faut une triple couche de lubrifiant pour s’abandonner au ‘politiquement correct’. Cette histoire sera celle d’une révolution et de la mise à mort des illusions ; au bout de laquelle se trouve une orgie !

Libérés des dieux, les aliments basculent dans la débauche ultime. Baisodrome géant au supermarché ravagé ; le film arrive au bout de l’explicite et aligne quelques pratiques musclées. Après L’Interview qui tue (2014), à la sortie repoussée pour raisons diplomatiques (cette comédie visait la Corée du Nord), le tandem Seth Rodgers/Evan Goldberg a réussi à placer un nouveau scénario chargé en nitroglycérine, malgré une relative lâcheté face aux pouvoirs établis (ceux pris pour cible étant destitués ou ennemis ‘publics’). Ces deux films marquent un prolongement de la galaxie Appatow, qui recycle ses troupes (en plus des scénaristes, Jonah Hill et Michael Cera présents ici au doublage VO) et ses ‘exploits’ (Sausage Party multiplie les références à leurs productions passées – SuperGrave, Délire express).

Compte tenu de sa source et de son retentissement, Sausage Party pourrait participer à décupler la vulgarité, la grossièreté et les références explicites dans l’animation et la comédie ‘mainstream’ ; entre les Minions en string et l’insolence de South Park. En lui-même, Sausage Party renvoie déjà Ted l’ourson trash à sa place de connard odieux obsolète. Mais la banalisation de cet esprit pornographique, ce culte des divertissements et désirs primaires (drogue, fête et sexe comme accomplissements – avant une fin ouverte ambitieuse) de la part de grandes firmes (le film est distribué par Columbia, donc par Sony qui l’a racheté en 1989) interroge, le public adolescent (et adulescent) étant la cible principale. Au moins ce ‘trip’ dégénéré n’avance pas masqué – hormis via son format qui créera des malaises, à cause des parents/tuteurs confus ou absents.

Note globale 68

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Suggestions…  Parties fines 

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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LA GRANDE BOUFFE **

25 Déc

3sur5  C‘est probablement un film important. C’est aussi un film ennuyeux, une thèse démonstrative, somme toute creuse et naïve, ainsi qu’un spectacle qui en-dehors de ses provocations placées sur une autel, coule sur soi sans traverser. Autant d’excès que de redondances.

Quarante ans plus tard, le scandale cannois de 1973 a perdu une grande part de sa capacité de choquer ; son aura n’a que des vertus déceptives. Sur le fond on s’en fout, sur la forme ça cloche relativement. Pourtant il constitue une vraie audace esthétique, avec des provocations radicales (copulation mêlant la nourriture et mise en valeur des aspects divers de la dégénérescence) et un style très curieux, à la fois austère et gratiné, sombre et banal, tout à fait adéquat pour montrer cet enfer régressif.

La Grande Bouffe expose une agonie grotesque et pro-active, où quatre hommes se gavent pour mourir, se réduisant à l’état de tubes digestifs insatiables et désinhibés. Rots et flatulences en cascade. Une lecture sociale et même géo-politique s’impose : on y voit la classe aisée, ou plutôt le Nord mondial, se remplissant et déglutissant par tous ses pores. Trop gavée de son bien-être et de sa suffisance, au point de s’écrouler dedans sans avoir plus aucune forme de désir de vie noble ou cohérent, sinon dans quelques déclarations ludiques et passablement raffinées. Des nantis s’amusant, éventuellement à s’autodétruire, alors que d’autres rampent pour arracher leur part d’existence (le danseur noir que lui présente la fille de Marcello).

La proximité de la marque de Marco Ferreri avec celle de Bunuel est criante, mais le cinéaste italien est bien plus explicite que son homologue espagnol, davantage dans l’étendue et la démonstration que le portrait affûté. Tous deux cependant se consacrent à une peinture au vitriol de la bourgeoisie laborieuse ; d’ailleurs les quatre antihéros de La Grande Bouffe sont quatre bourgeois en bout de course, des notables boursouflés pour certains. Leur absence de valeurs les conduit à ce sacrifice ultime du bon goût, par la parodie de la pulsion de vie. Il leur manque l’instinct de conquête, comme celui du survivant.

Il s’agit donc d’une sorte de film-concept, dont l’animation repose sur les excès exhibés. Tenue assez paradoxale et limitative. Les personnages n’existent jamais malgré tous leurs cris et leurs déjections. Le concept est minimaliste et décliné à toutes les sauces, dans une spirale de la dégradation. Elle ressemble à une sorte de Visiteurs 2 muté en pensum sinistre (et plus vulgaire de toutes façons). Enfin toujours par rapport à Bunuel, on peut interpréter La Grande Bouffe comme un chaînon manquant ou une excroissance hardcore entre Le charme discret et Le Fantôme de la Liberté.

Note globale 57

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CALIGULA ****

21 Avr

4sur5 Un budget immense pour autre chose qu’un naufrage : pour une catharsis. Aujourd’hui encore Caligula demeure controversé, raillé, déconsidéré. Pourtant ce film est l’une des meilleures représentations de la décadence que le cinéma ait engendré. Sa genèse commence en 1976 lorsque Bob Guccione, directeur du magazine Penthouse, décide d’investir 20 millions de $ (somme, alors, astronomique) pour produire un film sur Caligula, l’empereur barbare.

 

Pornographe et avisé, Guccione confie à d’autres la conception et recrute des maestro : Gore Vidal, le scénariste de Ben Hur ; le décorateur de Fellini, Danilo Donati ; et moins reconnu, le réalisateur Tinto Brass dont le Salon Kitty était une sorte de Salo nazi, en plus guilleret. Côté casting, rien de moins que Peter O’Toole (Lawrence d’Arabie), Helen Mirren et surtout Malcolm McDowell (Alex de Orange Mécanique) pour interpréter ce jeune prince tête à claques se muant en despote fou.

 

Puis tout se concrétise en catastrophe. Le réalisateur et Bob Guccione entrent en contradiction et ce dernier va s’immiscer pour tourner de nuit des scènes autrement explicites que celles conçues par Tinto Brass. Ce dernier s’attarde sur l’étrangeté et cherche à concevoir une œuvre métaphorique, remplie d’éléments et de personnages grotesques. Guccione tire le produit vers la pornographie pure, réservant même une orgie en fin de métrage.

 

Il en résulte un des pires échecs commerciaux du cinéma italien, un produit culte que peu de cinéphiles sont prêts à louer. Caligula n’est sorti qu’en 1979, rejeté par son réalisateur et objet de nombreux procès. C’est un grand péplum et une tragédie inhabituelle, relatant l’implosion du pouvoir. Cet objet hybride nous montre des élites en proie au vice. Il nous montre comme le pouvoir meurt de ce qu’il engendre : des enfants démiurges n’aspirant qu’à tout engloutir pour mieux jouir ; laissant la réalité, le progrès et le devoir dehors, avec le peuple et toutes les contraintes.

 

Alors que César était devenu un accompagnant critique mais cynique, complaisant, Caligula arrive au sommet sans aucune structure, ambition ou morale. Sans être spécialement débauché, il est l’égal de cette déchéance romaine et va l’officialiser. Démagogue, dépensier, il purge la moindre parcelle de bon sens, de conscience et de loyauté. C’est un troll morbide au pouvoir, mettant en place un ordre basé sur la dégradation, y compris de sa propre personne (allant jusqu’à chasser et anéantir ses proches, sauf sa sœur).

 

Il fait des processus pervers de nouvelles normes établies. Il se joue de son rôle et envoie l’armée combattre des papyrus. De cette manière, il ridiculise sa propre puissance, mais en emportant dans sa démence toutes les ressources. Et surtout en souillant tout. Les non-conformistes déclarés, les ennemis invétérés de l’harmonie, les amoureux de l’illogique vont l’aimer, de même que les exploiteurs quelque soit leur niveau. Les autres vont adorer le hair, ou tout rejeter en bloc.

 

Ce n’est pas l’art aux commandes, c’est bien la désintégration, avec son cortège de baises et de vices, consommés sans plus aucune précaution. Caligula n’est pas un sur-homme, c’est un petit homme pathétique qui s’est déclaré Dieu et fait la guerre à toute sagesse. Heureusement que les bras armés du fatum sont là pour faire le ménage.

Note globale 79

 

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