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OLD BOY ****

23 Juil

4sur5 Qualifié à Cannes en 2003 puis couronné de la Palme d’Or, Old Boy a crée de vives polémiques portant sur son ultra-violence et s’est rapidement ajouté à la liste des grands films  »sulfureux » où concourent les Orange Mécanique, Fight Club, Tueurs nés, Seul contre tous : ces œuvres monstrueuses où la bestialité rejoint la tragédie, à moins que ce ne soit l’inverse. Il a aussi boostée la vague naissante du nouveau cinéma sud-coréen tortueux et obscène, dont il est resté le meilleur exemplaire, seulement rattrapé par J’ai rencontré le diable.

Pervers et majestueux, Old Boy raconte la destruction flamboyante de plusieurs personnages liés par leurs fautes du passé. Vengeance, manipulation, sentiments exaltés sont au programme et à grande échelle. Le scénario est aussi dense que retors et permet largement au film de soutenir plusieurs visions, comme tous les grands classiques qu’il est difficile de pénétrer, parce qu’ils emportent avec fureur sans donner de justification à l’esprit critique. Sinon sur le plan formel ou psychologique, les analyses concernant Old Boy resteront toujours assez limitées, car le film est un divertissement total et ne soutient aucun discours particulier.

Cette qualification de divertissement n’est pas déshonorante, il est donc inutile d’inventer des vertus fumeuses à Old Boy. Il diverti parce qu’en partant d’un postulat de film de genre prometteur et remonté, il déroule tout un monde complexe où se jouent des enjeux très puissants : ils ont la grâce des grandes tragédies et l’urgence des menaces ou des impératifs les plus instinctifs. La mise en scène est d’une virtuosité imparable et chaque plan bénéficie d’un soin inouï. Le film ne raconte que son histoire déviante, pourtant il apparaît inépuisable, car il n’est que la synthèse d’une épopée extrêmement construite.

Le remake sera plus précis et soucieux d’introduire le protagoniste central, se servant de ce qu’a pré-installé l’original. Ce dernier est moins explicatif et la caractérisation des personnages se fait dans l’action. Le film a tendance à submerger le spectateur notamment dans un premier temps, car les outrances devancent le système pour mieux déséquilibrer et rapprocher de cet état ambigu entre confusion et empressement ressenti par Oh Daesso. Park Chan-Wood a réussi un film d’une beauté et d’une vigueur inouïes, dans un état de toute-puissance.

Old Boy est donc évidemment le meilleur opus de son cycle de la vengeance, trilogie entamée avec Sympathy et refermé avec Lady Vengeance, bel exercice de style sans la magie présente ici ni la finesse des caractères du premier. C’est un spectacle d’une cohérence absolue, à l’humour extraordinaire (la sortie de prison), induisant dans un état d’ivresse avancé, nous renvoyant aux sources de nos désirs de spectateurs : il récompense notre désir de dépaysement total. S’il outrepasse les exigences de réalisme (social éventuellement) ou de contenu théorique, il est satisfaisant pour l’esprit car il peut aussi être de ces œuvres nourrissant votre inspiration.

Note globale 79

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

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SORTIES DU MOMENT – 2014 (3)

16 Juil

→ Oldboy*** (73) thriller USA

→ Le traitement*** (68) thriller Belge

→ Blue Ruin** (57) thriller/drame USA

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OLDBOY ***

4sur5 Ce remake est inutile ; ce film est passionnant. Découvrir directement cet opus a de quoi sidérer. Le comparer à l’Old Boy originel, la Palme d’Or de Park Chan-Wood, emblème depuis dix ans de la vague coréenne, n’est même pas destructeur. Remake assez fidèle, mimétique par endroits, cet Oldboy supervisé par Spike Lee est l’objet de critiques acerbes et semble n’avoir aucun mérite.

 

Les spectateurs et les experts sont-ils à ce point hypocrites ou gardiens du temple, pour être incapable de reconnaître à Oldboy ses qualités de divertissement hors-pair ? Ce film si détesté ne tente pas de trahir son modèle, mais il est aussi plus humble. Exit l’humour audacieux et les intentions obscures. Oldboy déroule un programme explicite, sans aucune prétention en-dehors du spectacle et pour assumer celui-ci, il sort l’artillerie lourde.

 

Le scénario s’en trouve à la fois plus lisible et torturé encore. Les auteurs ne sont pas esclaves de l’Old Boy de 2004 et loin de le salir, ils le gonfle, de façon décomplexée et tout à fait innocente. Comme dans une pulp fiction, mais de luxe. Très intense, le film exploite les ingrédients clés de son modèle avec astuce et brutalité. Les excentricités des personnages sont plus limpides, à l’instar de Samuel Lee Jackson, dans le pittoresque total comme à l’époque de Jackie Brown. Le rapport douteux à la violence chez Park Chan-Wood s’efface pour une approche plus sincère, sans humour ni angles ténébreux. L’idylle avec Elisabeth Olsen est délicieuse, sans être tordue ni vaguement glauque.

 

La célèbre scène de la baston dans les coulisses de la prison est elle aussi boostée et proposée en trois temps ou niveaux, le dernier avec un poignard dans le dos. Enfin la résolution se veut encore plus torturée, tout en admettant là encore la même source que dans l’opus original. Oldboy 2014 n’est pas un film sérieux, ni tellement ambitieux, c’est juste une pure jouissance de spectateur. Il tend toujours vers le kitsch, notamment dans la dernière partie, mais avec une virtuosité et un génie rythmique que la grande majorité des productions auront raison de jalouser, même celles les plus tournées vers l’exploitation ou le genre.

 

Quand à Josh Brolin aka Joe Doucett, successeur de Choi Min-Sik aka Oh Dae-Su, il campe un vieux garçon très convaincant, très physique, avec des contours lisses et un portrait précis. Il entre en contradiction avec son prédécesseur, personnage plus opaque voir inaccompli et pour cette raison, moins fort, à force de n’être jamais vraiment défini. Au programme, tout est à cette image : là où Old Boy 2004 jouait de l’ambiguïté et de l’indécision, Oldboy 2014 aime donner dans la caricature flamboyante et soignée.

Note globale 73

 

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…  Chute Libre + Obsession + The Call 

 

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LE TRAITEMENT ***

3sur5  Adaptation de roman (The Treatment de Mo Hayder), ce thriller extrêmement sinistre aurait dû être un petit triomphe et est déjà tombé dans l’anonymat, après n’être sorti qu’en Belgique. Il met Nick, enquêteur névrosé, sur les traces d’un criminel pédophile, qui vient de séquestrer une famille pendant trois jours, avant de disparaître avec le garçon.

 

C’est un film dense et sans fioritures, à la fois calme, analytique et elliptique. En tant que produit de genre, il est très efficace et bien écrit. Dans ce qu’il soulève de thématiques psychologiques, il reste prudent, offre des représentations maniérées, loin des balises habituelles. La richesse des personnages et dans une certaine mesure de leurs troubles l’emporte sur l’intrigue au sens technique ; le « troll » à la toxine femelle est moins intéressant que ce qu’il réveille chez ses victimes et ses pourchasseurs.

 

Le style est clinique, le casting très juste et impliqué. Tous ces personnages interpellent. Il faut enfin noter l’impressionnante scène de la vue au travers du trou dans le plancher, avec sa charge symbolique simple et profonde. Elle renvoie à la fois à notre position protégée face à la bête immonde et à la position d’un être mature sur les traumas du passé.

Note globale 68

 

Page IMDB, pas de page allocine + Zoga sur SC

Suggestions… Bullhead

 

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BLUE RUIN **

3sur5 Il était une fois un marginal goguenard vivant dans sa voiture et s’incrustant chez les gens en cas de besoin. Dwight est un asocial mais envers lequel le monde n’est pas hostile, tout au plus hébété et absurde comme lui. La flic le connaît et est très bienveillante à son égard ; il est plutôt quelqu’un qui a décroché et vivote en haillons, sans aucune attente. Mais aujourd’hui il apprend que Wade Cleland, assassin de ses parents deux décennies plus tôt, sort de prison. Il part pour le tuer.

 

Démarrant comme un film de vengeance atypique dans la forme, Blue Ruin sera plutôt une descente aux enfers. Une fois la revanche accomplie (très rapidement), Dwight ouve une spirale où toutes les parties prenantes seront des victimes. Jeremy Saulnier ne fait pas de cet homme un héros, mais un type quelconque s’invitant sur des plates-bandes qui le dépasse. Ce n’est pas non plus un tueur badass, un idéologue, ni un expert. Par son côté analytique, Blue Ruin évoque Killer Joe, mais il est dépouillé d’extravagances contrairement à lui et va au bout de l’absence de parti-pris conscient formulé par le film coup-de-poing de Friedkin.

 

L’orientation objectiviste et explicative a un prix. Blue Ruin se noie dans le témoignage. C’est un compte-rendu trop fourni, dont la profusion de détails et de démonstrations minutieuses a autant de sens que remplir une maison vierge de meubles utiles mais sans valeur ajoutée. Malgré la tentative de dépassement revendiquée, Blue Ruin finit par avoir autant d’intérêt que Joe. Contrairement à ce dernier, il a le mérite de préférer la complexité à la grossièreté quand il s’agit de caractériser des personnages et des situations.

 

L’autre atout de Blue Ruin est formel également : c’est sa photographie picturale, avec ses éclairages naturels et de très belles séquences à la lisière de l’onirisme. Les spectateurs pourront aussi apprécier l’allégorie de la décrépitude du  »home sweet home » US. Les éléments sont là mais il faudrait forcer l’interprétation, sans quoi elle tourne court. Si le film se veut une énième dénonciation de la facilité à se procurer des armes dans le sud des Etats-Unis, c’est une bonne béquille, mais il est plus raisonnable de ne reconnaître pour contenance à ce Blue Ruin que ce qu’il exprime explicitement – et avec une redoutable insistance.

Note globale 57

 

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 

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Cinéma en 2014 12 Years a Slave + American Bluff + Blue Ruin + Dans l’Ombre de Mary/La Promesse de Walt Disney + Dallas Buyers Club + Homefront + La Vie Rêvée de Walter Mitty + La Voleuse de Livre + Le Loup de Wall Street + Le traitement + Les Brasiers de la Colère + Oldboy + Pompei+ Robocop + The Canyons  (DEPUIS SDM 2)

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