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JE PROMETS D’ÊTRE SAGE **

14 Août

3sur5 La conception n’a pas l’air éclatée mais le film semble au carrefour de plusieurs autres. C’est comme si un auteur avait voulu planter les graines de son œuvre à venir, en évitant de trop dépareiller, donc de prendre à bras le corps un de ces projets de film. Au départ la séance donne des indices de comédie familiale triviale (certainement le rôle de Magalie la sceptique maternante) correcte et garantie sans nervosité. Pourtant déjà on sent que le film va tourner mal ou à n’importe quoi (le four au théâtre en ouverture est aussi là pour ça). Tout est calme (et le restera) mais il flotte une petite odeur inquiétante en même temps que la perspective d’une libération.

Effectivement le film va prendre des tangentes, ou plutôt flirter avec et se rétracter. La fin en attesterait sommairement si elle n’était pas d’une immoralité et d’une envie de poésie si flagrantes. La comédie désuète est utilisée comme une espèce de matelas [de secours pour accrocher au film et le faire tenir debout] ; sur ce terrain, le travail est fait, les gags sont laborieux. Un humour atypique pointe constamment, un cynisme serein cherche à s’imposer. Le tandem le cristallise ; en-dehors de lui, on se sent dans une comédie dramatique tatillonne, avec la hauteur et les moyens d’un téléfilm.

Les personnages et interprètes sont de loin le point fort et le seul quasi uniforme (on peut préférer dire ‘mûr’). Le cadre et les gens sont normaux, leurs excentricités sont celles que chacun pourra croiser. Ils semblent avoir une vie en-dehors du film, ce que ne peut pas revendiquer toute la concurrence, même lorsqu’elle s’adresse aux adultes. Avec cette Sybille Je promets d’être sage aurait pu aller loin. Introduite comme une négativiste, elle s’avère une sorte de psychopathe proche de Marina Fois dans Irréprochable, elle aussi en lutte désespérée contre l’humiliation de sa situation. Mais c’est davantage une évitante agressive : elle a du mordant et apparemment de l’assurance mais pas de plan. Sa misère est plus profonde que celle de ces autres qu’elle méprise – et continuera à mépriser quoiqu’il arrive, car au-delà de la mise entre parenthèses (ou de la subordination) elle ne semble pas avoir d’autre façon d’encadrer l’altérité.

Le film ne cache rien de ses petites fourberies et ose les valider. Il souligne cet opportunisme propice à des lâchetés comme à du pur romantisme. Puis il s’y attache et se perd alors. On dirait la victime d’un de ces odieux connards en train de donner carte blanche – et se plongeant dans la rêverie ou l’abandon de soi pour s’assurer que tout ira bien. Jusqu’au-bout cette tentative curieuse en eaux banales semble rabougrir sa vocation pour s’inscrire dans un compromis qui, sans les qualités de jeu (ou de présence) de Léa Drucker et Pio Marmai, serait un film creux à l’improbable potentiel.

Il vaut mieux y aller sans rien en savoir. Dans ce cas on est baladé entre des trucs diversement réussis, assurés mais sans éclats, parfois poussifs (au rayon de la pure comédie, du conflit ordinaire). Si on en sait ne serait-ce que le synopsis entier, on verra simplement un film slalomer et finalement retarder le nerf de la guerre (c’est-à-dire le lancement des escroqueries), où il n’a pas grand chose à explorer ni raconter (les flash-back d’un épisode de Lost étaient déjà plus complets).

Note globale 56

Page IMDB  (vide à la publication)   + Zoga sur SC

Suggestions… Prête à tout + Jusqu’à la garde + Ober / Waiter ! + Chien/Benchettrit

Les+

  • les caractères
  • les deux principaux acteurs
  • relativement original et pas obnubilé par les supposées attentes du public

Les-

  • pas sûr qu’il ait trouvé le ton juste, régresse régulièrement
  • peut donner une impression de remplissage

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BEAN ****

19 Oct

5sur5  Le père Noël est un troll britannique, c’est Mr Bean, héros de la fameuse série à son nom. Déjà achevée en 1995, elle aura les honneurs d’une reprise en salles, dont la supervision est confiée à Mel Smith, acteur connu pour ses apparitions dans Princess Bride ou Le Seigneur des Anneaux. Si en terme de pure mise en scène le film n’a absolument rien de notable, c’est l’une des comédies les plus jouissives de son époque. Bean n’est pas seulement démonstratif, il n’est jamais suffisamment lourd. Certaines de ses performances (ou catastrophes) sont touchées par la grâce.

Tout en cochant les cases de la comédie familiale caractéristique, le spectacle ne se laisse jamais alourdir par tous les passages obligés ; mieux, il a la bonne excuse pour tout saboter dans un gigantesque feu-d’artifice. Les exploits de Bean sont hilarants, mais une autre chose est fantastique : c’est le crédit qui lui est accordé dans un monde dont il ne comprend rien. Avec ses foutaises démago, Bean nous montre malgré lui comme les gens sont prêts à se leurrer, réclamant l’autorité et l’adulant tant qu’elle se montre le plus accessible possible, sinon médiocre.

Ainsi on prête à Bean une perspicacité ou une conformité qu’il n’a pas simplement car il arrive toujours à récupérer l’étiquette de l’autorité ou mieux, à la simuler avec une apparente humilité (contrairement à ces érudits ronflants!). Et naturellement alors que tout le monde croit à une fausse modestie, nous sommes en présence d’un réel et très profond demeuré. On savait que Bean était un extraterrestre, maintenant il est certain que ce n’est pas un humaniste. C’est en tout cas une incursion brillante sur le grand écran et l’essentiel du film repose sur les épaules de Rowan Atkinson.

Quelques personnages secondaires sont très réussis, les dialogues sont bons, le rythme est simple et percutant. Mais tout cela n’aurait qu’une valeur modeste sans Bean lui-même. Il faut parler de film et de scènes cultes, parce que chaque gimmick est une merveille, du doigt d’honneur à l’entrée en scène du chef de cuisine muni de son plateau d’oignons. La Mère de Whistler (ou l’Arrangement en gris et noir n°1 de Whistler) a pu perdre en prestige à cause de ce film, mais son intégrité ne vaut pas une si spectaculaire avalanche de bêtise. Bean est un cadeau, car il ose se moquer des états mentaux (et physiques) ingrats et faire de l’ennemi ultime de la civilisation et de l’intelligence un terroriste attachant.

Si cet opus de 1997 est génial, le bilan des incursions de Bean au cinéma est contrasté. Les vacances de Mr Bean (2006) peut parfaitement fonctionner même s’il est plus anodin, mais le cahier des charges typiques et le sentimentalisme enfantin pèse lourd dans tous les cas. Entre-temps, il y a eu un second film de la franchise Bean, à l’affiliation inavouée tout simplement car les studios ont espérés créer un nouveau filon : mais Johnny English est un spectacle désolant et toute la bonne humeur du monde ne pourra l’excuser.

Note globale 85

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

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