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MINI 13 ou 2020-1

2 Mar

Gatsby le magnifique ** (USA 1974) : Une des deux principales adaptations du roman de Fitzgerald, avec celle de Lhurman en 2013 qui ne m’a pas attiré. Propre, éventuellement captivant à certains endroits quand on sent l’envie ou l’opportunité de le regarder autrement qu’en dilettante. On aurait peut-être pas gagné grand chose à condenser la séance en 1h40 au lieu de 2h25, mais on y perdait certainement rien. (58)

Le tailleur de Panama ** (USA 2001) : Éclatant comme d’habitude avec Boorman, mais désespérément inintéressant, sauf pris scène par scène et sans souci de continuité. Léger assurément, drôle difficilement. On sourit, on s’ennuie. Rien à reprocher au casting ou à la technique, ni aux dialogues hormis leur proportion excessive. (48)

A couteaux tirés ** (USA 2019) : Quatrième film que je vois cette année et premier issu de la précédente (le premier de 2020 sera Les vétos) ; vu en salle (bondée et réceptive, au moins à l’humour) au début de sa sixième semaine. Même si la séance et le casting sont agréables, je ne suis pas convaincu et préfère finalement la série télé Les enquêtes d’Agatha Christie sur France2, du moins la seconde saison dont j’ai vu plusieurs morceaux. Dès que l’enrobage a finit de produire son effet, À couteaux tirés s’avère pauvre, avec pour sa défense qu’une mécanique ironiquement prévisible et simpliste. Il monte des trucs qu’il va dégonfler ensuite (la coolitude de Captain Evans) et effectivement, il va surprendre, c’est promis – il prend à revers, toujours – et toujours comme convenu. Il faut être attentif et ne pas trop écouter ni se laisser happer par les gens et alors on a quadrillé le terrain comme le ferait le spectateur d’une vieille série télé policière aux recettes usées. Si on vise l’endroit où ‘on’ doit atterrir, comme le suggère Benoit Blanc, on voit tout venir ; seulement on emprunte des routes ou cumule des anecdotes qui n’ont pas de raison d’être devinées – rien ne peut prédire qu’il y aura une course-poursuite essoufflée par exemple. Comme lui, on repère un détail et rien ne sera surprenant [mamie croyant voir Ransom], ou seulement des détails en chemin (que les manipulations fonctionnent et durent, par exemple). Que le style soit aussi criard est donc une bonne chose pour passer sans s’ennuyer la séance. Je préfère de loin Wedding Nightmare, film d’horreur de l’an dernier, plus adolescent et différemment outrancier, où on trouvait une héroïne dans une configuration similaire. (52)

True Grit / 100 dollars pour un shériff ** (USA 1969) : Beaux décors naturels. Le garçon manqué a joué 26 ans plus tard dans Halloween VI. Quelques détails ou répliques de temps à autres pour arracher à l’ennui (comme une chute dans une fosse à serpent au milieu d’une interminable confrontation). C’est assez mou et sans grand attrait à mes yeux, comme l’ensemble des quelques films signés Hathaway que j’ai vus jusqu’ici ; peut-être plus sobre [ou moins ouvertement mielleux] et démesurément bavard. Les deux partenaires principaux sont trop faux (des durs de soap sous un emballage vieillot) et leur duo laborieux. Qu’une fille garçon manquée soit en tête d’affiche et que les Coen aient fait un remake (True Grit) est tout ce qui tire ce western de l’oubli et l’insignifiance – même si à l’époque ce film a connu un beau retentissement (le seul Oscar attribué à Wayne, des suites télé). (54)

Deux jours une nuit * (Belgique 2014) : Une esthétique pauvre et débile pour compenser une écriture lamentable et un discours de tract courant après les grands. Toujours les mêmes scènes pendant une heure, chialeuses malgré le semblant de sobriété et proches du reportage irrégulier sous le verni du pseudo-réalisme. Ensuite deux types osent des percées amusantes voire gentiment grotesques – on aperçoit une sous-intrigue immédiatement résolue (la femme lâche son macho), du reste rien ne naît, même au niveau du couple de Sandra/Cotillard. J’ai succombé à Gloria Mundi (en découvrant Guédiguian, maintenant les frères Dardenne – marge d’erreur : un oubli envisageable) mais ici la répartition des rôles et des taches est atrocement sommaire. Et surtout les personnages sont trop nuls, au point où on a pas l’occasion de savoir s’ils sont cons – ou quoique ce soit. Dès que le film essaie de faire autre chose que coller aux basques de la démarcheuse, il est navrant – la scène musicale en voiture fait pitié (quoique la fin soit.. renversante..), heureusement pour ce film les émotions suscitées voire ‘suscitables’ sont faibles ; le mépris pour ce pauvre numéro paraît encore trop intense. L’espèce de décontraction téléfilmesque rend la séance moins exaspérante qu’une orchestrée par Loach ou un autre spécialiste très sérieux et affecté de la misère ouvrière. C’était donc fort pourri, à en regretter Louise Wimmer, comparativement plein de panache, d’espoir authentique et de variété. (28)

Houseboat/La péniche du bonheur ** (USA 1958) : Une de ces comédies sentimentales avec romance et contrariétés sans incidences, où des bourgeois s’encanaillent avec bonne volonté jusqu’à l’inéluctable fin de recré. Mais si le scénario est juste décent, les dialogues sont bons, souvent drôles, dominant la niaiserie de leurs sujets (bien que la VF en rajoute dans le mielleux, avec les voix compassées des dames soignées). Dans l’absolu c’est du niveau de frontalité d’une comédie douce, mais dans le domaine c’est déjà assez franc quant aux motivations et préoccupations de sa faune humaine. Le casting est bon et le duo principal fonctionne ‘merveilleusement’. Par contre Sophia Loren est sur-maquillée à l’occasion et son personnage de Madame Sans-Gêne bien qu’encore plus con était aussi plus libre. (56)

Tarzan trouve un fils ** (USA/UK 1939) : Beaucoup de mouvements, de personnages, d’animaux et de trucs outranciers ou délicieusement datés (comme nous en averti Arte, grande adepte du politiquement correct) ; pourtant c’est difficilement captivant, faute d’écriture sérieuse ou d’enjeux solides. Issu de la franchise des années 1930-40 où Johnny Weissmuller interprète le personnage. Premier exemplaire à me passer sous les yeux ; j’ai par contre vu et aimé Greystoke avec Lambert (1984). (48)

Indiscret ** (USA 1958) : Aimable grâce aux principaux intéressés, mais gentiment bête et trop léger pour tenir sur la durée. Le luxe et la célébrité amènent un enfermement supplémentaire à un petit manège qui n’a pas tellement sa place hors du théâtre, si ce n’est pour afficher quelques décors pimpants et une balade dans les rues de Londres. Quand la romance s’engage tout semble fini et les modestes qualités d’écriture sont prostituées ; dans la dernière ligne droite une petite révélation apportera du piment – mais aussi des dialogues de grosse comédie de boulevard, plus ou moins heureux ou délicieusement caricaturaux (« I don’t need.. »). Les personnages secondaires meublent décemment et compensent même, par leur lourdeur assurée et leurs traits exacerbés, le décalage sensible entre Bergman et l’ambiance voire envers son personnage – tandis que Cary Grant se traîne paisiblement, en expert. (44)

The Old Man & the Gun ** (USA 2018) : Balade avec des gens au soir de leur vie. Pas le niveau déjà modeste de nervosité de la Mule d’Eastwood. De bons dialogues, effets triviaux avec les répétitions et les signes de coolitude fatigué. Un film représentatif de l’extinction des fantasmes de liberté de l’âge des ‘boomers’ (un passage avant le sursaut ultime rappelle Seuls sont les indomptés). (58)

Cahill U.S. Marshal / Les cordes de la potence ** (USA 1973) : Nous invite à pardonner au papa qui a failli tout en recomposant la famille et ramenant la confiance pour un papa réhabilité et volontaire dans ses fonctions. Essaie très fort d’être grave et intense, n’avance à rien et reste aussi niais que la concurrence. John Wayne se rapproche de Trump par son maquillage mais s’en écarte par la largeur d’esprit. Attention la date de production du film peut surprendre – malgré quelques détails un peu durs ou crus comme la mort d’un proche, on croyait voir un film des années 1950. (46)

Suggestions : Le grand McLintock, Rio Bravo.

The Man from beyond / L’homme de l’au-delà ** (USA 1922) : Où Harry Houdini s’essaie au cinéma (comme acteur, scénariste et producteur), bien que la réalisation incombe à un autre. Laborieux et lent même relativement à l’époque. Décousu et fumeux en bonus. Au moins ce n’est pas tiède ni trop laid, c’est techniquement plus que décent, mais rien n’inspire trop le sérieux ou le respect – scénario bancal et faible, acteurs livrés à eux-mêmes, dialogues et thèses foireux. Les envolées spirituelles suggérées (et pas les pérégrinations romantiques) sont le seul point où l’originalité se concrétise. Mais des courts plus ou moins fantaisistes avaient déjà poussé bien plus loin et fourni mieux, ne serait-ce que parmi les bricolages de Méliès ; en revanche j’ignore à quel point l’idée de cryonie était neuve. À ma connaissance elle n’a pas tenu une place centrale, sinon marqué personne, avant Hibernatus. (44)

4.500e film enregistré sur SC (vs 4.819 musiques, 317 livres, 264 séries, 199 bd, 68 jeux vidéo).

Un homme idéal ** (France 2015) : Du genre explicite, avec du ‘gros’ et des invraisemblances en abondance. Prend un tour stressant bien qu’on perde estime pour Antoine, car il enchaîne actions irréfléchies. C’est toujours bon de nous mettre du côté d’un irrécupérable qui le mérite mais qui souffre, ça fonctionne cette fois encore. Mais même en fermant les yeux sur les largesses que s’accorde le film, il est encore trop attentiste sur le développement des personnages. Que tous soient des potiches-obstacles autour de lui a du sens dans la mesure où on épouse son point de vue, mais participe à délégitimer le scénario. Le rythme lui est bon, même les gens qui n’aimeront pas voire railleront le film devraient le suivre sans trop s’ennuyer. (56)

Suggestions… Dexter (série), Five, Plein soleil, L’homme qui voulait vivre sa vie, Le témoin du mal.

Octopussy ** (UK 1983) : Avant-dernier James Bond avec Roger Moore. Un des sommets de la franchise en termes d’exploitation féminine (à proximité d’On ne vit que deux fois). Plus franchement divertissant et comique que son prédécesseur, assez proche de Dangereusement vôtre au niveau de l’entertainment débridé (avec encore trop de ces sous-intrigues ou justifications parallèles qui nuiront au climat de Permis de tuer) ; mais bizarrement le coup de mou du dernier acte peut être plus nocif que celui de Rien que pour vos yeux, où les cascades et déambulations maritimes sans humour assuraient autrement l’ambiance. Bon lot de pitreries et d’aberrations charmantes. Des scènes avec les animaux choqués lors des furies ‘automobiles’ – comme dans Moonraker, mais plus appuyé et moins phénoménal ; le filon serait-il trop bon et trop con ? (62)

Grâce à ces deux derniers films le nombre de notés 6 et 7 sur mon profil SC s’égalise (916 notes/3.850 parmi 4.510 films enregistrés – courts & longs indifférenciés sur la BDD) et probablement se croise (au bénéfice du 6).

Psychobitch ** (Norvège 2019) : Diffusé en France grâce à Arte en janvier 2020, l’année d’avant a parcouru les festivals en Europe de l’Est et en Turquie. Du goût pour le trivial – passages dans les chiottes. Musique pleine de trucs gênants pour femelles déterminées de supermarché. (62)

The party * (UK 2017) : Casting alléchant, choix lénifiants, résultats atterrants. Le film se veut acerbe mais est niaiseux comme un spectacle d’humour moyen et cliché comme une comédie de boulevard pour avinés – sans en avoir la lourdeur efficace. Les vices de chacun sont excessifs, les portraits unilatéraux et simplistes, les situations laborieuses et, c’est le plus immédiatement nocif, la progression narrative quasi nulle. Le noir et blanc est une caricature (inepte mais nécessaire) de cache-misère. La VF enfonce, spécialement pour les femmes – largement majoritaires. Bien sûr le personnage de Patricia Clarckson est un peu amusant, mais même lui est paresseusement et bêtement conçu. (34)

Suggestions… La communauté, Carnage.

L’union sacrée * (France 1989) : Bien sûr un peu ringard mais pas si cruellement ‘vieilli’ quand on le trouve trente ans après. Polar pas loin d’être aussi invraisemblable qu’une grosse comédie des années à venir type Les anges gardiens, pas tant à cause du déroulement que de données inconsistantes – comme le cas du ‘harki’ joué par Richard Berry. La famille prend trop de place, comme le reste des éléments mielleux. Pourtant les faiblesses de l’intrigue restent nues et le temps long. Bande-son typée et agréable mais pas nécessairement adéquate. Marqueurs politiques limpides avec piteux laius à teneur maximale en ‘padamalgam’ (les musulmans normaux et laïcisés au moins visuellement VS les terroristes lapidant la ‘street credibility’ de la community). L’annotation accompagnant (pour la condamner) la vengeance clôturant le film prête à sourire. (38)

Ça reste entre nous * (France 1998) : S’affale complètement à partir du départ de Maurice puis se termine de façon aberrante, en ratant tout le dévoilement. Des choses très bizarres, au minimum des raccords douteux, sinon des oublis. (36)

Das kalte Herz / Cœur de pierre *** (Allemagne 2016) : Une œuvre de fantasy parfois proche du ‘light’ et de l’esprit hobbit mais plus largement ‘dark’ et dans la rêverie nostalgique. Basé sur Le cœur froid (1827) du romantique Wilhelm Hauff, le film interpelle d’abord par ses qualités esthétiques (maquillages, costumes honorant l’environnement au sens large). La morale finit par l’emporter, heureusement sans rien sacrifier du conte de fées ; tout de même, dans la dernière partie la leçon trop de place et renforce la manie du film de revenir à l’évidence sur un plan narratif. L’optimisme est excessif puisque tout finit réparé mais on est moins dans la niaiserie que dans une espèce de reflet ‘magique’ de la maturité. Ce qu’on peut aussi reprocher mais m’a peu dérangé, c’est des effets parfois cheap, notamment lors de la scène du chien, avec le forçage et les contrechamps laborieux pour tenter de nous faire avaler son gigantisme. Malgré ses petits défauts ou ses normalisations exagérées, ce film reste un joli et bon moment à passer, avec une remarquable capacité à encaisser [gracieusement] le ridicule et animer une histoire prévisible. (66)

Suggestions… Les frères Grimm, Cœur de verre/Herzog, Le vampire et le sang des vierges, Wolfskinder/Les enfants-loups.

The Cider house rules / L’œuvre de Dieu la part du diable ** (USA 1999) : Mielleux et pas trop niaiseux malgré son allure. Enfin, ça l’est suffisamment pour éviter d’aborder la dureté des éléments cruciaux, soit l’avortement, l’abandon et la mort d’enfants. Une œuvre d’optimistes sucrant la réalité, mais sachant ‘parenter’ sans étouffer. Du cinéma signé Hallstrom j’avais relativement apprécié ses deux films centrés sur un chien (Hatchi et Mes vies de chien) et je me souviens seulement avoir été excédé par son Chocolat. (46)

Jabberwocky ** (UK 1977) : Il est difficile d’être un dieu (haut) en couleur et sans la branlette snobinarde. Une satire pas absolument débile mais quand même bien creuse, par Terry Gilliam lentement en train de s’autonomiser des Monthy Python (deux des membres sont encore dans ce projet). Son style est déjà manifeste : surchargé, alternativement dynamique et rabougri, hystérique et inepte à terme, comme le seront nombre de ses films à venir même excellents ‘en moyenne’ (L’armée des 12 singes est hors-catégorie). Pince-sans-rire même dans le potache et naturellement deux fois trop long. Des plans intéressants dignes d’Evil Dead et même quelques vues subjectives typiques du slasher à l’avènement imminent. La créature viendra pour trois des dix dernières minutes mais c’est la plus grosse blague ; pour le reste, le film passe par divers niveaux mais souvent n’est pas si dégueulasse malgré sa préférence pour la gaudriole – et bien qu’on patauge de A à Z dans la crasse, physique ou morale. Un autre film s’est basé sur le poème de Lewis Caroll : le court Jabberwocky de Svankmajer. (52)

Suggestions… Le jardin des délices/Saura, La compagnie des loups, Le roi et l’oiseau.

La religieuse ** (France 2013) : Plus gracieux que les autres films de Guillaume Nicloux (auteur des très cools mais bien moches Thalasso et L’enlèvement de Houellebecq) mais pas nécessairement moins plat (que Valley of Love). Cette adaptation de Diderot ne vaut pas celle de Rivette mais confirme la force de l’histoire. L’institution catholique n’est pas attaquée ni profondément traitée ; on est plutôt dans la complaisance envers le matériau comme le sujet, avec la beauté des chants au début et le défilé de mauvaises fréquentations forcées. Perd sur tous les plans aux abords de l’arrivée de la sœur lesbienne campée par Huppert. Sa contribution ne fait que rendre la séance plus pathétique et froide, sa passion en échec reflète la raideur émotionnelle du film. La fin abrupte est doublement significative : on ne prend pas le matériau à bras le corps et on ne veut surtout pas retourner vers la société commune, vers ‘les gens’ ordinaires, afin d’éviter de blâmer qui que ce soit ou quelque classe que ce soit. (52)

OSS 117 n’est pas mort * (France 1956) : Premier film OSS 117, une adaptation plus sérieuse mais à peine moins ennuyeuse, laissant de côté les détails loufoques – qu’elle ne peut se permettre, comme les micro-films cachés dans les dents (remplacées par un vulgaire sonotone), ou n’ose, comme une bagarre saignante en ouverture. À la place, essaie de paraître comme un film noir léger, mais fait trop de manières sans avoir l’équipement nécessaire. Les appréciations souvent crues et bêtes, quelquefois croustillantes, disparaissent au bénéfice de petits blablas poseurs d’époque – même pas des laïus. Au moins ils ont le mérite d’être souvent directs et efficaces. Un film pas dégueulasse (par sa réalisation comme par ses interprètes) mais étriqué sur tous les plans et insipide. (36)

A Testrol és Lelekrol / Corps et âme ** (Hongrie 2017) : Une jolie idée, un premier tiers parfois amusant ou vaguement percutant (la descente à l’abattoir, l’entretien d’embauche) et une vision souvent désuète des individus (le regard du film se confond avec celui du directeur, paternaliste demi-impuissant et soporifique avec une tendance à s’enfler injustement cautionnée). La femme est un cas intéressant puisque bloquée dans l’ensemble son développement émotionnel. Le film est gratuitement crade et provocateur en dernière partie – on se coltine le souffle insupportable du mec de 50 en train de poutrer à vitesse et ampleur d’escargot l’autiste de 30. Finalement c’était un simple film sentimental et terre-à-terre pompeusement emballé. (52)

Herrliche zeiten / Le temps des seigneurs *** (Allemagne 2018) : Sans doute un peu lourd (comme toute satire) mais ne se tasse pas sur un point de vue, une thèse, ou même le fil prévu. Avec un des héros de Dark en principal intéressé. (72)

Suggestions… Chien, Les vestiges du jour, Paradis amour, Parasite.

Rio Grande ** (USA 1950) : Un film bien armé mais où les multiples chants (une curiosité dans le western, peut-être moins à l’époque ?) et les nombreuses gesticulations compensent une incapacité à faire décoller le scénario et les personnages d’une toute petite coquille. C’est de toutes façons trop proche du film de propagande ou d’hypnotisés pour apporter quoi que ce soit de consistant (sur l’amour filial, sur cette aventure en particulier ou le rapport aux autochtones) – et c’est trop doux et respectueux pour interpeller ou sérieusement divertir en-dehors des proches ou initiés. Puis John Wayne avant d’être vieux est tellement fadasse qu’on l’ignorerait face à ses camarades si les studios n’avaient pas décidé de le mettre au centre ; Gabin au même âge était généralement plus charismatique et taillé pour jouer le patriarche. (48)

MINI-CRITIQUES 12 (2019-3/3)

10 Fév

Oggy et les cafards le film ** (France 2013) : Se présente approximativement comme trois gros épisodes, dans trois temps. Un épilogue dans le futur relie la boucle. Le niveau est bon pendant la préhistoire, dans l’Eden sous le volcan. Au Moyen-Age tout devient anodin et dans le Londres vaguement steampunk de 1900 on croule sous les références. Ce dernier n’a presque plus rien de drôle. L’ensemble est gentillet et c’est normal, ce qui l’est moins c’est que ce soit répétitif d’un épisode à l’autre, alors qu’on tâche de raconter une histoire. Le rythme effréné n’empêche pas l’essoufflement rapide, même si l’animation fait bonne figure. De belles contributions artistiques mais des effets moins sûrs et des personnages aux traits bien épais à l’occasion. Les images de synthèse moches dans le futur où la saga s’achève sur un combat de lasers hérité de Star Wars confirme le souci de normalisation présidant à la conception du film ; c’est ballot puisqu’Oggy est la grande réussite de Xilam à l’étranger (je m’attendais et espérais que ce soit Les Zinzins). Comme les américains nous avons maintenant le souci de neutraliser ce qui fonctionne, tout en s’attendant à le voir maintenir son succès et devenir une marque identifiable. (62)

Snow Therapy/ Force majeure ** (Suède 2014) : voir la critique. (56)

Téléfilm> Sharknado 2 : The Second One * (USA 2014) : A la hauteur de son prédécesseur. L’entrée en matière est remarquable, le dernier quart-d’heure aussi ; nous avons droit à de magnifiques pluies de requins. Les passages d’émission télé et tous les efforts de pseudo-sérieux sont du meilleur effet, la météo avec les requins à la place des nuages fait partie des excellentes petites inventions. La majorité du film est peut-être moins amusante que celle du premier et chacun a ses sommets. Les réalisateurs lâchent du lest concernant la parodie des élans sentimentaux des films catastrophes : moins de niaiseries familiales et une nouvelle recrue moins caricaturale que la serveuse bimbo. (26)

Norbit ** (USA 2007) : Les voix françaises sont plus grotesques mais les dialogues sont bien mieux en VO. Humour sur les gros, un peu sur les femmes et les races ; ultra épais, incorrect et crétin. Scénario bradé au profit des bouffonneries, des omissions et malheureusement des répétitions. Le début et l’esthétique sont dissuasifs mais comme comédie il tient ses promesses : Raputia est un excellent personnage (surtout pour ses rationalisations, sa mauvaise foi), un peu ce qu’aurait pu être Big Mamma. (54)

Le départ ** (France 1967) : Signé Skolimowski dont je n’avais vu qu’Essential Killing. Tourné à Bruxelles peu avant l’exil du réalisateur. Malgré le style énergique et la bande-son jazz exigeante, l’œuvre se fond dans un courant précis : l’existentialisme façon Nouvelle Vague donc stérile, léger, avec Jean-Pierre Léaud et son jeu aberrant habituel. Contrairement à beaucoup de ses illustres camarades et notamment ceux de Godard cet opus est facile d’accès, peut plaire pour des raisons aussi basiques et désinvoltes que l’est son histoire. On est dans la branche plus ‘mode’ et le protagoniste est davantage un paumé fougueux, facilement frustré qu’un gars triste et tourmenté. Il est tout de même présenté comme un nouvel adulte à la croisée des chemins entre la fougue, la joie et le romantisme de la jeunesse versus le cynisme froid, civilisé et matérialiste des adultes. La trouvaille finale de montage (la pellicule trouée de brûlures) semble confirmer cette dérive ‘tragique’ et la souffrance intérieure du brailleur en quête de porsche. Ours d’or au Festival de Berlin 1967. (54)

La nonne * (USA 2018) : On a peut-être été trop indulgents avec Conjuring et sa suite (je l’ai été bien que sans enthousiasme) ; deux films d’horreur propres avec des acteurs convaincants, manquant de sève. Tout un univers en a découlé, avec Annabelle et ses suites ou siamois dégénérés. La Nonne est actuellement le cinquième sur sept opus, deux autres sont annoncés.

Cette Nonne est sans bavures et pleine de grossièretés. La séance est parfaitement prévisible et kitsch. Les défauts des Conjuring deviennent absolus : ils sonnaient creux, la tension n’était pas si forte malgré quelques curiosités et des suspense opérationnels ; cette Nonne est insipide et n’a pour elle qu’une exécution nerveuse et des décors réussis. Elle plonge directement dans l’action et est toujours démonstrative, d’où son succès commercial et auprès de public moins cinéphiles ou prêts à taxer les sorties moins intellectuelles ou impénétrables de ‘navets/nanars’. Les personnages décalqués sur les conventions sont desservis par des interprètes naturellement faux car inadaptés (spécialement celui pour le curé, une sorte de Castaner avec un sens de la déduction gênant de crétinisme) ou piteusement armés (le fils d’Huppert dans Elle).

La réalisation bien que simpliste sait imposer une ambiance décente via les décors : ils jouissent d’un soin indéniable, ont de ‘la gueule’, comme la nonne du titre – tout en étant criards et prosaïques. Mais tout est démesurément archétypique, empressé, les effets trop appuyés sans assez pour les soutenir, surtout pas l’écriture trop bête et éculée (avec les motivations du Mal bâclées). Ce train fantôme chic beauf entre ringardise et intérêt pour les modèles frais tels qu’American Horror Story est à privilégier pour un public novice et avide d’épouvante ; les autres et surtout les plus vieux doivent passer leur chemin ou ne s’attendre à rien. (38)

La petite fille au bout du chemin *** (USA 1977) : Une des réussites avec un enfant/jeune ado pour protagoniste (Jodie Foster). Plutôt atypique, quasi huis-clos et centré sur une poignée de personnes. Faiblit dans sa dernière partie, aurait probablement gagné à élargir le champ des thèmes, des faits, des émotions ou secrets. (68)

Vampire vous avez dit vampire ? ** (USA 1985) : Idiot avec une bonne mise en scène. Tendance au pastiche préfigurant les laïus ‘méta’ dont nous avons soupé vingt à trente ans plus tard. Maquillages et effets spéciaux excellents, donnant plusieurs séquences des plus respectables dans le genre. Malheureusement ce n’est qu’à ces moments, exception faite de la scène de danse, que le film ressemble vraiment à un cauchemar et tire profit de son grotesque. Le scénario reste un point faible, le développement est lent (le véritable lancement et l’entrée en scène du chasseur/présentateur sont étonnamment tardifs), les caractérisations figées et basiques ; l’humour et la qualité du casting allègent ces fautes. (56)

Samsara ** (USA 2011) : à revoir. (6)

Ghost in the Shell ** (USA 2017) : Visuellement attrayant surtout au lancement, mais c’est essentiellement du recyclage (héritier de Blade Runner autant que de son modèle japonais). Un remake inutile et pas un des pires remake. Chute de tension et hausse de niaiseries dans la seconde moitié. Toujours mieux que le remake de Total Recall même si c’est plus froid. Essaie tout juste de se pourvoir d’une âme avec son laïus ‘on est ce qu’on fait pas son passé’, mais ignore le travail ou la recherche les plus élémentaires pour soutenir un quelconque discours. La présence de certains peut surprendre : Binoche au profil décalé, Kitano en pièce rapportée dont la légitimité paraît décidément obscure. (48)

Le Malin *** (USA 1979) : Curiosité signée Huston, présent en cameo dans un flashback. Valable pour ses personnages atypiques et son cynisme. Développement trop pesant, peut-être à cause du manque d’unité. (64)

Suggestions : Fric et foi/Herzog, Mes nuits sont plus belles que vos jours, Jack le magnifique.

Land of the dead, le territoire des morts ** (USA 2003) : Reprise de la franchise des zombies par Romero ; c’est le point de départ d’une seconde trilogie. Ce divertissement inconséquent n’est pas en mesure de seulement chatouiller Creepshow et Incidents de parcours, mes expériences préférées avec ce réal à ce jour. Lorsqu’il faut porter un regard sur ce qui se joue, il donne la priorité à un humanisme limite ‘politiquement correct’, explicite lors du final aberrant. La vertu de ce point de vue ras-du-bitume est le méchant caricatural, le despote capitaliste Kaufman joué par Dennis Hopper. Asia Argento est bonne en badass, Simon Baker crédible aussi en héros lisse et multifonctions. Il faudra de la part du spectateur un peu de bonne volonté pour apprécier ces personnages et leurs aventures. (52)

Killing Fields/ La déchirure *** (UK 1984) : Excellent film dans le rayon ‘Cosmopolitiquement correct’ ou avec une discrète sensibilité libérale-gauchiste ou cosmopolite [non-attardée]. Beaucoup de temps entre les ambassades ou hôtels de blancs et les théâtres de guerre, avant un moment important de captivité dans un camp khmer pendant que l’ami blanc retourne au pays et se trouve entre plusieurs feux, à la fois acclamé, raillé et déçu de lui-même. Utile à notre époque si on souhaite se rappeler que le journalisme est, a été ou peut être aussi un acte de courage et d’intégrité. Atteint de très bons et hauts niveaux sur l’ensemble des caractéristiques de la mise en scène, musique comprise. Les seules limites éventuelles sont l’apparence et la tenue relativement coutumières et un propos dont on ne sait jamais trop s’il aurait pu être davantage poussé, s’il est complètement juste et éclairé, etc : sans défendre la dictature khmer, peut-être que regarder un peu les événements en introduisant son point de vue dans la balance, ou celui des diverses parties locales avant le seul moment des purges, aurait été plus bénéfique. À défaut on a un film émotionnellement fort où le spectateur est concerné par la vie de deux ‘proches’. (76)

Warning Sign / Contact mortel ** (USA 1985) : Petit cousin bis du Mystère Andromède, centré sur les procédures et la mise en quarantaine lors d’une contamination d’une nature inédite. Début mou. Deviendra convaincant malgré des clichés et l’absence d’épilogue. Plusieurs détails où il pouvait aller plus loin ou qu’il laisse obscurs (les contaminés restent pacifiques entre eux ?). (62)

Les bonnes manières ** (Brésil 2017) : Bien essayé mais vraiment retardé. Je ne comprends pas ce besoin de tout étirer, encore moins combiné à celui d’introduire tant de scènes futiles. Des niaiseries concernant certaines réactions (physiques ou psychologiques). Développe et explicite in fine son propos pleurnichard et demi-misanthrope : dans les dernières minutes on voit la foule en colère, les humains comme des bêtes, le loup affiche subitement des émotions. Comprenez donc qu’avec lui la communication est possible si on fait des efforts ! Oui rien auparavant ne l’a laissé supposer ou ne le permettait mais justement c’est la beauté de cette vérité voyez-vous ! Ce final tragique vient le confirmer : c’est le monde qui est méchant (comme une réplique de Clara le suggérait en première partie). (44)

The Reflecting skin / L’enfant miroir **** (1990) : à revoir. (78-82)

Suggestions : Twin Peaks fire walk with me, Mysterious Skin, L’Autre/Mulligan, Family Portraits.

The Stuff ** (USA 1985) : Une pointure du cinéma bis (signée Larry Cohen), triviale et bizarre. L’écriture est catastrophique mais la catastrophe semble délibérée et censée conduire à nous amuser – ou seulement nous méduser ? C’est un peu plat au départ puis décolle à partir de la scène cousine de Society ou Body Snatchers. Un tel film est compliqué à aborder et noter au départ tant il est aberrant et décousu (tout se relie sans grand souci de cohérence) sans être complètement mauvais et en montrant des signes d’inspiration. À l’arrivée c’est effectivement un énorme nanar et un film médiocre dans l’absolu. À son compte : déluge de caricatures poussives ou flamboyantes, dans les propos et les caractères, moins dans les situations. Effets douteux assortis de faux raccords (le chien enragé), mais au service de quelques exploits crémeux (comme cette scène à la Freddy les griffes de la nuit au motel). Direction d’acteurs prodigieusement inégale, avec un protagoniste moyen et non-attrayant mais valable à terme – l’ensemble des personnages gagnent en valeur ou en apportent finalement, mais au rayon satirique plus sûrement que comique. Dialogues débiles dispensant un humour misérable et forcé, parfois perspicace quand le ton se fait nonchalant. Enfin le film se dote d’une petite portée politique avec ses postures anti-pub mais nous ne devrions pas le prendre très au sérieux, vu le sérieux qu’il accorde à lui-même et aux comportements humains (foules, ‘héros’, complices candides [la journaliste] et prédateurs). (52)

Suggestions : Le Blob, The Thing, L’invasion des profanateurs, La Mouche.

Kolobos *** (USA 1999) : Au début de la vague de films de télé-réalité et à la fin de la phase des slasher et de leur quasi liquidation via Scream. Frontal et très violent, avec des giclées crédibles. Proximité avec le giallo. Mise en scène et esthétique de bonne tenue malgré le petit budget – un peu la même pour la conception des personnages. Conclusion à la fois frustrante car rétrospectivement le scénario paraît ‘cousu de fils blancs’ ; mais aussi conclusion assumant une position claire sur ce qui vient de se produire et sur l’aliénation de l’héroïne. (68) petit budget,

Suggestions : La cabane dans les bois, My little eye, La prochaine fois je viserai le cœur, The town that dreaded sundown, L’enfer des zombies, Masks, Suspiria, Douce nuit sanglante nuit.

La fantôme de l’opéra *** (USA 1989) : Cette adaptation ajoute au programme des emprunts opportunistes à Dracula et Jack l’éventreur (pour une adoption franche voir C’était demain). Compte des scènes et plans excellents, gracieux, ou joyeusement gores. Proche de certains Argento contemporains, c’est un film poussant le bis à son maximum en terme de décors, maquillages et kitsch romantique (même si Hellraiser et ses suites sont largement mieux équipés – et inspirés naturellement). Le réalisateur venait de diriger Halloween 4 et se montre à nouveau efficace dans l’horreur. C’est donc à recommander si l’esthétique vous plaît, d’autant que si le film a de nombreuses limites, s’il est certainement candide ce que la VF appuie, il a pas ou peu de manques sévères ou ‘nanars’. Tout de même, si vous aimez les mise en scène délicates et la subtilité, laissez-le de côté. (72)

Le repaire du ver blanc ** (UK 1988) : Une grande déglinguerie adaptée d’une nouvelle mal-aimée de Bram Stoker. Des moments mous, des stupidités et de l’abusif, beaucoup d’arguments alléchants et une bonne musique. Le symbolisme est généralement épais, le summum vient avec le crayon. Le niveau d’aberrations vaut voire dépasse celui de The Stuff : par exemple Grant n’avait pas calculé LE tableau en face de lui dans son lit.. alors qu’il est informé de la légende du ver et des exploits de son ancêtre. L’orgie nanarde est atteinte avec la scène de la ‘vision’ (avec les soldats copulant [mal] les religieuses [une erreur récurrente au cinéma]), une sorte d’arbre de Noël de lucifériens ivres. Les scènes psyché avec Jésus et le reste renvoient au glorieux passé de Russell – Altered States, Les diables. Le jeune Hugh Grant est déjà dans son rôle de beau gosse aristocrate mais pas encore de connard soft flagrant. Film raté hautement recommandable mais à aborder avec indulgence et curiosité. (58)

Space Truckers ** (US 1997) : Grosse déglinguerie comme Le repaire du ver blanc mais bien plus quelconque et sans franches qualités pour le relever. Les effets spéciaux, toujours criards, peuvent s’avérer impressionnants de médiocrité, comme ceux autour du mec prenant un poing au début (avec les fils le maintenant et les incrustations sanguinolentes). Visuellement tout est d’un cheap plastique aux allures de déchetterie rococo ou de films de jouets pour (grands ?) enfants. On retrouve là un certain dégueulis esthétique bien de l’époque, coloré à outrance, proche du Lego/Playmobil, un peu Men In Black/Cinquième Élément version moche ou sitcom. C’est loufoque mais parfois timide dans ses absurdités – autant aller au bout des propositions vaseuses (et faire davantage de folies de la gravité) ! Les dialogues s’en ressentent : gentiment déplorables dans l’absolu, à peine meilleurs pris au ‘second degré’ ou à l’humour. La tendance au remplissage dilue le potentiel du spectacle – il devient ennuyant. Ce qui sauve le film, assez bien coté auprès de ses rares spectateurs, est son état d’esprit ‘fun’ et ses nombreuses énormités – tout le passage avec Charles Dance ou la scène avec les deux jeunes déshabillés en apesanteur. Ce peut être aussi des détails, comme la nature du chargement (des cochons cubiques), ou ce passage secret accessible via un robot à l’effigie de vieille riche enragée sur les chiottes, menant à un homme d’influence dégénéré (Mr.Zesty). Probablement le nanar de Stuart Gordon, malgré (ou comme en atteste ?) Dennis Hopper au casting. (44)

Suggestions : Running Man, Los Angeles 2013, Coneheads, Idiocracy.

Vigilante / Vigilante justice sans sommation ** (USA 1982) : Film d’auto-défense sobre, sans graves fausses notes et sans individualité(s) forte(s). Techniquement correct voire bon, bande-son au-dessus de la moyenne. Signé William Lustig, deux ans après son film d’horreur de référence Maniac, dix avant les Maniac Cop. Le tableau est exubérant – une sorte de Rio/Sao Paulo des grandes heures, version sinistre, non-latine. La criminalité exacerbée face à la corruption généralisée (auprès des juges notamment) et la police faible ou vassalisée justifient la réponse par la violence. On évoque quelques délits et abus liés à la prostitution mais l’emphase est surtout sur les meurtres (des dizaines au quotidien). L’action manque souvent de ressorts et l’émotion comme bouchée. Les acteurs sont convaincants mais leurs personnages ne dépassent jamais le stade de jolis pantins, ce qui ne cadre pas avec un film aussi sérieux et souhaitant refléter la, ou une, réalité. Le film contient bien quelques trucs, mais rien n’est bien puissant ou mémorable – y compris la tentative de viol prémédité en prison (un black bodybuildé ciblant le dernier blanc resté sous la douche) avec la complicité d’un flic. (52)

Blade Runner 2049 *** (USA 2017) : Facilement le film signé Villeneuve le plus concluant à mes yeux et un remake plus riche et raffiné que celui de Ghost in the Shell, avec une excellente ambiance sonore. Vaut le détour visuellement, dans le détail (les oscillations thermiques ‘transparentes’, quelques scènes sensationnelles) comme en général, avec son monde sinistre, à la météo pourrie par l’activité industrielle et les catastrophes passées (donc pas par le réchauffement climatique). Par contre l’écriture et l’univers sont sans nuances, le rythme est pour le moins lent – heureusement il y a plus assommant parmi les films multipliant à ce point les séquences de solitude ou se focalisant dans un monde desséché avec un casting resserré. La créature artificielle, amante douée d’émotion et d’un semblant de volonté, est moins intéressante par elle-même (comme pour l’ensemble des éléments clés de cet univers, il y a un mystère sur ses origines et sa conception) que pour sa relation avec Reynolds – qui s’est ‘humanisé’ après l’avoir personnalisée (l’impact est donc plus fort que la consolation dans Her – cette fois il y a un dopant émotionnel plus ‘objectif’ et absolu). L’apparition du guest ultime est un peu laborieuse et heureusement la scène de baton gagnerait à être raccourcie (elle est trop molle et décalée pour avoir le pittoresque de celle de They Live – est-ce censé ironiser sur la vieillesse et la faillibilité humaine ?). (66)

Party Monster ** (USA 2003) : Semble plus ancien, on lui donnerait facilement 10 ans de plus. Des personnages drôles et insupportables. Manson en Christina ressemble à un mélange de Bubble d’AbFab et de Divine allégée. Dommage qu’il sorte si vite de la partie. Heureusement les tenues de Macaulay Culkin (rescapé de Maman j’ai raté l’avion) sont là pour nous consoler. Celles de Seth Green, comme ses histoires, pourront davantage amuser, mais ce qui le concerne m’a semblé bâclé en chemin ou auto-censuré. (58)

The hunter *** (Australie 2011) : Le cadre et les personnages (simples mais bien taillés) incitent à l’immersion. La séance est posée, peut-être trop et les accès mélodramatiques trop courts et soudains. Une expérience convaincante et honorable davantage que séduisante me concernant. Des beaux moments vers la fin. (66)

Rawhead rex, le monstre de la lande * (UK 1986) : Réalisé par George Pavlou qui s’est acharné à adapter Clive Barker malgré l’échec d’Underworld/Transmutations. Dialogues d’une médiocrité stratosphérique, rencontres et attitudes débiles, comportements et investigation absurdes. Mongoleries courantes dans le genre affectant la religion et les vieux mythes. Le monstre est à la fois badass, macaque hors-sujet et piteusement caoutchouteux : une superbe épave kitsch. Deux scènes surnagent et attestent d’un certain culot : la disparition d’un enfant et l’attaque du camping. Ce nanar a quelques détails pittoresques pour lui et n’est pas déplaisant à regarder grâce à ses égarements et au cadre bucolique, mais il n’est pas à sauver. C’est du niveau de Cujo ou Slaugterhouse mais plus débraillé, propice à amuser. (42)

The thing ** (USA 2011) : Ce prequel officiel est quasiment un remake – il l’a payé dans les notes du public et de la critique, pourtant il a de sérieux atouts. Les effets spéciaux (transformations) sont bons, le rythme également (même schéma : lent avec un décollage net et une tension qui ne se dégonfle plus), tout fonctionne optimalement dans le cadre d’un simple divertissement. Le casting est convaincant, l’imitation de Kurt Russell heureusement expédiée. L’originalité de cette ‘suite’ est d’introduire deux femmes (l’héroïne, meneuse face à la menace ; une autre secondaire). Évidemment c’est un peu court si on attend des réponses : comment la chose imite-t-elle les émotions, la personnalité et le ‘style humain’ ? À quel point la réplique est autonome ou consciente ? Peut-on être contaminé sans le savoir et si oui jusqu’à quel point ? Le film ne relève pas ces défis là, n’ira pas plus loin que son prédécesseur. (62)

Suggestions : Parasite, Le Blob, Society.

L’idéal * (France 2016) : voir la critique. (28)

Coming Home ** (Chine 2014) : Zhang Yimou ; audacieux politiquement puisque le régime maoiste y apparaît sous un jour négatif : mais assez prudent finalement car l’engagement n’est que sur les sentiments, l’éventuelle critique sur les méthodes et les effets sur l’intimité =du reste, film sentimental réfléchi, séance plate et prévisible =monde triste – pas effrayant, mais peut-être une société d’horreur allégée. Au détail et me concernant, le film doit ses meilleures notes aux aspects techniques. Les autres sont contradictoires ou mitigés, quant au niveau d’originalité il est bas. (58)

Sissi * (Autriche 1955) : voir la critique. (42)

Insiang ** (Philippines 1976) : Mélodrame poisseux dans les bidonvilles de Manille. Restauré récemment, apparemment pas au complet ou avec un trop strict respect tant la gestion de la musique est catastrophique (aucune subtilité que ce soit dans le style, le placement, l’ampleur, le montage). Pas de fausse note flagrante, manque d’originalité garanti : la qualité des personnages et interprètes relève le tout. Contient une ouverture repoussante avec des cochons à l’abattoir. (58)

Suggestions : Bellissima/Visconti, Ebola Syndrome, Elle s’appelait Scorpion.

L’été meurtrier ** (France 1983) : Assez audacieux, tente un mélange des registres et ambitionne le drame puissant. Le résultat est malheureusement déséquilibré, le scénario vainement compliqué et la direction de plusieurs personnages improbable (spécialement celui de Galabru). Celle de Souchon est-elle curieuse, inadaptée, ou simplement le chanteur mauvais acteur ? Seule certitude, sa voix-off est bien bête. Les acteurs, ou plutôt les actrices, sont souvent convaincants pourtant (y compris Suzanne Flon bien que son style ‘gentille mamie’ soit déjà lourdingue). Elles apportent un peu de droiture dans ces scènes démonstratives, diversement bavardes et renfermées, qui font du film un cas d’école : voilà un programme théoriquement intense, avec des performances criardes et un langage émotionnel fougueux, une mise en scène de haut niveau (du style, un montage brillant).. pour un rendu assommant. À recommander comme une réussite ennuyeuse, à distinguer du beau ratage, du film poseur mais arriéré ou du nanar charmant. Que la séance soit si étouffante plaidera facilement en sa faveur : sommes-nous assez forts et réceptifs pour encaisser tout ce que souhaite donner à ressentir ce film !? Malheureusement tout ce qu’il semble avoir de dense s’effondre dès que les mystères sont mis de côté. (46)

Suggestions : Les enfants du marais, Cet obscur objet du désir, Possession/Zulawski, Barocco.

Rox & Rooky **** (US 1981) : Ressemble à une tragédie puis esquive in fine la mort. Personnages excellents y compris les plus laconiques comme ce vieux grigou hostile et raciste. J’ai découvert Robin des bois à noël dernier, il me reste encore beaucoup de Disney à voir et en priorité La belle et la bête. (82)+)

Demain ne meurt jamais ** (USA 1997) : Un film ‘bien conservé’ et un divertissement globalement faible en plus d’être absolument stupide. Déluge d’invraisemblances, générique aux airs de pub pour parfum, personnage éponyme inintéressant et peu charismatique malgré tout son ‘glamour’ et son omnipotence. James et les autres sont toujours naïfs dans les secondes opportunes pour le scénario. Il y a des scènes d’action amusantes et des explosions fulgurantes mais le niveau d’émotion ou d’attention reste minimal – la faute à une absence de réels conflits, la médiocrité des contradictions et les aspects grotesques loin d’être hilarants (comme les accents allemands en VF). Le salaud interprété par le Grand Moineau de GOT (un mégalo à la tête d’une multinationale utilisant les médias de masse au niveau maximal pour servir un programme ‘révolutionnaire’) a du sens en principe mais ce qui en tiré demeure générique et stérile (les dialogues à son sujet sont les plus cons). (44)

Suspicion / Soupçons ** (USA 1941) : Accrocheur au démarrage puis très plat lors des débuts de l’officialisation de la relation, avant de trouver un rythme décent. La démonstration est bien tournée mais assister à tant d’accumulations deviendrait ennuyant sans le charme de ces deux acteurs. C’est un peu comme Parasite : toujours à peu près la même scène, avec les mêmes ressorts et le même cap. L’absence de subtilité propre à l’œuvre d’Hitchcock est particulièrement nuisible dans ce cas précis. Le final abrupt (évidemment loin du niveau hallucinant de celui de Sueurs froides) donne l’impression que tout ça était encore plus vain que prévu bien qu’adéquatement conçu. Le problème n’est pas tant que cette issue jette tout ce qui a précédé aux oubliettes, c’est qu’elle soit si binaire et n’ouvre à rien, sinon un apaisement ; un épilogue aurait d’ailleurs été insipide (tout au plus monsieur aurait enjolivé et madame aurait benoîtement souri). Comme l’étaient ces aventures sans le point de vue paranoïaque, attestant du talent du metteur en scène. Car on accroche grâce à l’atmosphère suffocante et la capacité à générer de l’empathie pour un personnage qui se sent piégé (ce qui fera la qualité du début de l’Hitchcock majeur Psychose) ; or cette femme comme tout son entourage, les personnes comme les relations, sont remplis d’air (pour plus consistant donnez la priorité à Rebecca ou L’ombre d’un doute). En chemin on a droit à quelques débilités laborieuses se voulant pince-sans-rire ou burlesques (l’ami en train de grimacer et imiter le canard), alors que le tempérament joueur de Johnnie suffisait à assurer le divertissement. (56)

Suggestions : Gone Girl, Shutter Island.

War Dogs *** (USA 2016) : Nombreuses similarités avec Le loup de Wall Street (histoire vraie, émancipation par le fric ‘sale’), la VF du mec principal semble choisie pour le souligner. Le doublage VF de Jonah Hill n’est approprié que pour une comédie, dans un tel contexte ça fonctionne. Les scènes grotesques sont les meilleures (l’attaque, la rencontre de hauts fonctionnaires, l’ascenseur à la fin). (66)

Suggestions : 22 jump street, Scarface.

Bowling * (France 2012) : Exige un abrutissement modéré pour parvenir à être suivi, puis devient quand même imbuvable avec ses émotions et déambulations de troupeaux épanoui et décontracté. S’installe à proximité des Ch’tis de Dany Boon. Populiste, très tribaliste. Un peu satirique, ce qui légitime les abus dans les caractérisations, mais quand même pas celle du moniteur de conduite par Alex Lutz. Trucs de femmes à mi-âge et pas très dégourdies en train de s’affirmer. Mise en scène balourde et simplette, marque pauvrement les émotions. Le discours est bête sans être faux en entier. Les représentations restent d’une niaiserie profonde, ce qu’on peut deviner dès l’arrivée de Catherine Frot en supposé mode ‘froide cadre venue de la ville’. Dans Les sœurs fâchées, c’était elle la fille de province versus la rigide parisienne (Isabelle Huppert) : ça se tenait mieux. (26)

Suggestions : Hippocrate, Le prénom.

Jeremiah Johnson *** (USA 1972) : Fait partie de la poignée de westerns aux aspirations réalistes sortis dans les années fin 1960-1970, alternative aux ‘western spaghetti’ alors dominants. 35 ans avant Into the Wild, moins narcissique, mais quand même un peu limité par son centrage sur Redford ; la confrontation à la Nature (heureusement la vraie ‘star’) ne le souille pas assez – vraiment pas. C’est le seul défaut majeur du film mais il l’empêche de basculer vers un très haut niveau. Pour le reste, le peu d’action n’est pas un problème, les interprètes, la mise en scène et l’écriture sont excellents, les conflits bien que peu nombreux sont irréprochables. (74)

The Last Movie ** (USA/Pérou 1971) : Une farce anarchiste, déglingué au point de ressembler aux trucs zeddards fraîchement recyclés et présentés dans la collection « byNWR ». C’est heureusement bien plus vif, drôle, beau et accrocheur, même si la drogue semble être la principale conseillère et directrice. On comprend l’essentiel mais pas nécessairement pourquoi ce film existe ni la place et l’origine des personnages. Les exactions de la mise en scène, le scénario débraillé rendent la séance ludique au lieu d’être pénibles, sauf au démarrage potentiellement assommant. Ce film a un petit intérêt pour les amateurs de substances illégales et les cinéphiles, plus ‘techniciens’ que la moyenne. Savoir qu’Hopper a démoulé pareil produit alors qu’on lui donnait carte blanche [du moins, c’est ce qui se lit partout, le budget lui n’est pas illimité] suite au triomphe d’Easy Rider est à la fois consternant, aimable et cohérent : ainsi il reste fidèle à l’esprit de son premier film et se distingue pour longtemps d’Hollywood (sa présence dans tant de nanars ou films indignes en fin de carrière, comme Space Truckers, semble moins sortir de nulle part). Hopper a donc fourni des raisons d’être mis de côté mais pas carrément d’être abandonné ; si ce film a gagné à ressortir de l’ombre, il ne faudrait pas le surestimer pour compenser, comme le font inévitablement les éternels ‘dissidents’ critiqueux, les genreux comme les pompeux. Hopper s’est simplement payé de sublimes vacances et est resté un enfant terrible avec sa place dans la maison Hollywood. (52)

L’outsider *** (France 2016) : Je n’aurais pas été gêné de me moquer de ce film et effectivement il n’est pas remarquablement informatif, néanmoins il rivalise avec Margin Call. Comme la gauche politique (et Mélenchon à côté duquel Kerviel s’est affiché) ce film prend le parti de désigner Kerviel comme une victime consentante mais hypnotisée et un symptôme des tares du monde de la spéculation financière. Le portrait est modérément écœurant : ces gars ont un côté gamin avide et terrible, sont irresponsables et exigeants, mesquins et dominateurs. Ils sont spécialement bas en début de séance, où les bizutages estudiantins se prolongent, la coke et la testostérone ou simplement l’enthousiasme d’être au sommet les rendent ridicules et ennuyeux. L’excellent Demaison rappelle alors Les Inconnus et spécialement Bourdon, son rôle actualise leurs sketches dont héritait Les trois frères : donc soit on prolonge des clichés soit ils savaient ‘sentir’ les gens et les styles. Certainement les deux. L’autre prestation succulente est celle de Soren Prevost, fils de Daniel comme son style le suggère instantanément (moins étrange, c’est le chaînon manquant avec Jonathan Lambert et ce genre de types). Ses répliques et apparitions en tandem avec le théoricien-comptable sont trop odieuses, on devrait virer à la comédie – c’est la qualité de ce film, qui a tout d’une farce et se tient pourtant dans la vraisemblance à chaque instant. En revanche il ne se soucie pas d’être spécialement pédagogue et préfère l’effet, les ambiances. Ainsi les dialogues lors des moments d’euphorie ne sont pas nécessairement compréhensibles, le jargon amplifiant leur inaccessibilité. Et les ellipses nombreuses empêchent de plonger dans la technique. (72)

Five ** (France 2016) : Loin d’être aussi pourri qu’il en a l’air, même si l’intro, la conclusion et la petite morale associée sont de caniveau ; et qu’on puisse relever des trucs en anglais (le titre y compris) futiles hormis pour le remplissage et le style. Le film est centré sur Samuel et Timothée, délaisse les trois autres, c’était probablement le mieux. Les acteurs sont excellents, les personnages bien épais. Potache qui tâche, humour condescendant à l’occasion, choix musicaux douteux reflétant l’état d’esprit ‘actuel’ et tolérant par indifférence dans lequel baigne ce petit monde. Admet l’improbabilité de l’amitié homme-femme, mais finalement recule et oublie. Tout ce qui peut être ambigu ou compliqué est traité de la même manière, sans dégueulasserie ou excès de ‘clichés’. Rien de méchant là-dedans. Fanny Ardant joue son propre rôle et s’abaisse un peu, quoiqu’elle ait encore du chemin pour égaler Nathalie Baye dans Alibi. (48)

Les mondes de Ralph * (USA 2012) : Le début est déconcertant d’inanité, le niveau varie un peu à partir de la rencontre avec la gamine, le vocabulaire s’étend un minimum. La VF est peut-être responsable, ou simplement révélatrice cette fois et pas dans tant d’autres que j’aurais ratés, mais le nombre de mots m’a paru incroyablement faible. Gentil-méchant doit se retrouver dans un tiers des scènes. Le scénario est misérable, les personnages débiles ou creux au mieux. Quand le film ou l’animation semble en mesure de devenir moins prévisible ou même développer sérieusement quelque point, il anéantit rapidement tout espoir. Les personnages sont raccords, hystériques et attardés (la gamine est la seule un peu décente, alors qu’en temps normal elle passerait simplement pour ce qu’elle est : un gentil petit cancer). Il y a tout juste de quoi sourire. La seule valeur est technique et esthétique : je reconnais le travail et son ampleur, mais je refuse d’oublier à quel point c’est criard et globalement hideux. La mode du recyclage de la ‘pop’culture’ et des jeux vidéos doit être responsable de l’excellente cote de ce film – sinon je suis navré. J’ai à peine réussi à suivre tant on patauge entre la nullité et le quasi potable ; en salles j’aurais certainement craqué. Même Ready Player One est plus remuant et consistant que cette immondice. Infligez plutôt des films à demi-moisi comme Zootopie, Le monde de Nemo ou Mes vies de chien à vos enfants si vous les respectez un minimum ; si vous les aimez, essayez peut-être Toy Story ou Vice-versa. (18)

Seuls * (France 2017) : Des autorisations conséquentes pour cette ville fantôme mais pas des masses de ressources pour la high-tech. Pourtant le budget est confortable, la qualité honnête des décors, de certains effets ou gadgets, en atteste. De la source BD on ne retient que la futilité et les grosses idées (pas lu la saga, je parle du support BD) : par exemple, l’abandon des lunettes de Camille, la superficialité de ces personnages mono-traits sont des trucs de BD, de film paresseux ou de blockbuster attardé. Mais même en intégrant ce paramètre les passages à vocation comique restent déplorables. La mise en scène presse en vain pour nous faire ressentir peur et empathie. Action un peu miteuse, erreur de casting étrange concernant Dodji. L’acteur jouant Yvan a du mérite pour porter cette caricature falote de jeune nanti, les autres sont moins accablés et s’en sortent bien. Un personnage cite Walking Dead mais ce petit monde reste à côté de la plaque. Il faut probablement être ado pour avoir une chance de s’y projeter. Tout le dernier tiers est aussi débile que fantaisiste, donc plus méprisable et excitant que ce qu’on s’est farcît jusqu’ici. L’ensemble avait peut-être les moyens d’être génial mais ça manque sévèrement de tripes et de perspective, en misant trop sur les démonstrations visuelles et la technique. Mieux vaut voir Chronicle, Nocturama ou les films de Xavier Gens (spécialement The Divide) on ne se violente pas les neurones mais au moins on y louvoie pas. (32) 

Madame Claude *** (France 1977) : Croustillant, dans le sens cynique plus que lubrique. Excellent pour un film à demi-érotique ou ‘racoleur’, voire remarquable tant on se passe de vulgarité(s). Peut-être quelques dialogues surfaits mais jamais d’idiotie, de la satire à la rigueur. Agréable à bien des égards y compris grâce à la musique signée Gainsbourg. (66)

Le mauvais chemin ** (Italie 1961) : Avec deux futures grandes stars dans une sorte de couple bancal (un paysan genre ‘petit-bourgeois’ aliéné et une pute pas encore déglinguée). Les scènes à la campagne m’ont davantage convaincu que celles en maison close, redondantes et plus éclatantes. Les scènes en extérieur ne sont pas géniales et Florence paraît toujours vidée. La teneur politique est assez commune et ne marque pas d’engagement particulier. Elle a le bon goût de ne pas biaiser la nature des individus, déjà accablés et déterminés par les lourdeurs dramatiques. On assiste à la chute du monde agricole vampirisé par les nantis urbains, malheureusement tout ça est tamisé – comme l’affichage de ces nantis plus absorbés par l’extension des loisirs et des plaisirs que par les questions relatives au travail, ou simplement la conscience du pays ‘profond’. Le film est très bavard mais pas sur ces plans-là, traités de façon indirecte ; à la place il pose et repose à l’infini des embrouilles de famille et d’amants impossibles, avec un acteur principal salement décalé. (58)

Experiment in Terror / Allô… brigade spéciale ** (U 1961) : Polar du réalisateur de comédies Blake Edwards (La party, Diamants sur canapé, Victor Victoria). Des dialogues curieusement décalés (archétypiques sans être forcément raccords avec ce/ceux qu’on a sous les yeux, traduisant une légèreté anormale, arrivant trop tard). (62)

Burying the ex * (USA 2015) : Déjanté, banal et bête, ce film sent la mort de Joe Dante, lequel après tout s’était déjà égaré (en tant que niaiseux anti-système de gauche avec Small Soldiers et Vote ou crève) mais jamais, à ma connaissance, sur l’ensemble des plans. La mise en place indique une sitcom random et arrive à en être indigne tant l’humour est malheureux et le dynamisme absent. Le niveau va un peu se relever grâce à la rencontre et la casse sera limitée par les charmes ou la qualité des interprètes, bien que tous ne semblent pas très convaincus ou renseignés. Mais le film reste inepte, avec ses jeux de mots et ses vannes déplorables, sa progression quasi nulle, ses rebondissements et ressorts vulgaires et ordinaires. Tout ce qu’il sait faire est contempler et rappeler son étrangeté, mais il ne sait en profiter, ne pousse rien, sauf pour souligner la dégueulasserie d’un baiser avec une femme délabrée. Les premiers maquillages sont misérables et incohérents, ceux du retour à la vie sont honorables. Fier de ses effets, Burying nous gratifie d’une vue sur le tournage de la scène de vomis : c’est gratuit, c’est lumineux, vraiment merci ! Les clins-d’œil permanents aux films fantastiques/horrifiques des années 1950 servent à titiller le geek du cinéma de genre. C’est sans doute grâce à ce petit nombre que la note globale de cette médiocrité n’est que mitigée. (24)

Paris à tout prix * (France 2013) : Une fille immergée dans le bling-bling parisien se réconcilie avec ses origines bleddardes. Pas infâme, globalement potable, jamais original ou excellent. On colle beaucoup sur le dos du personnage de Lacheau mais c’est raté. Un seul sérieux malheur : à deux répliques et deux situations près, ce n’est pas drôle. (36)

The Assassin ** (Taïwan 2015) : Je l’ai suivi sans ennui et sans passion ; pour la seconde je suis quasiment sûr. Personne ne doit trop se soucier du scénario, du sérieux et de la consistance des motivations. Le seul but est de parfaire la peinture. Ça ressemble à une publicité raffinée indifférente au secteur arpenté, dont elle maintient les codes et sur lesquels elle plaque d’autres archétypes locaux. Donc sublimation froide et aucune réforme en vue pour le film de sabres ou n’importe quel sous-genre de l’action. Visuellement le film bien que sublime a une empreinte old-school, essentiellement à cause des couleurs. (48)

Partir ** (France 2009) : Commun mais intéressant dans la seconde moitié, en se souciant de l’aliénation de Suzanne, généralisée à partir de celle à son mari. Qu’elle en soit tributaire à ce point semble contre-intuitif au début du XXIe siècle sans être irréaliste. Si sa situation et ses choix personnels n’étaient pas si mauvais, ça en ferait un bon film féministe (elle égale son mari en tocardise). De même, il montre la prolétarisation facile et cruelle dans laquelle certains peuvent tomber pour un simple pas de côté, pour avoir décidé de vivre par et pour eux-mêmes mais trop tard. Enfin il a le bon sens de montrer les humains comme des animaux partagés entre sage bon sens, égoïsme, dépendances, passions et impulsions – peut-être malgré lui car en voyant cela avec des lunettes ou un idéal romantique. (56)

Jason Bourne ** (USA 2016) : Après une espèce de prequel que je n’ai pas vu les studios ont remis la direction de la saga à Greengrass. Ce nouvel opus n’a pas la froideur de la trilogie et ressemble sur tous les points au commun du film d’action tel qu’on en voit depuis une dizaine d’années. Il est équipé pour l’efficacité mais pas pour marquer le spectateur. Les acteurs paraissent bons mais leurs personnages quelconques. On a peut-être voulu éviter ‘d’objetiser’ Vikander, d’où ce rendu fade – à l’exception de la conclusion. Le suspense est futile et les références aux gros dossiers ‘sécuritaires’ de l’époque sont forcément vaines. (52)

Avec le sourire ** (France 1936) : Maurice Chevalier étale son éthique d’arriviste toujours relax, dans une de ses comédies légères et pétillantes. Tourneur comme directeur vaut bien Guitry et comme réalisateur il est facilement supérieur, grâce à sa perspective supplémentaire : il ne vient et va pas vers le théâtre, a écumé d’autres registres. Malheureusement le scénario s’effondre aux deux tiers et le film termine exsangue. (62)

Ji zhi zhui ji / The Shanghai Job / S.M.A.R.T. Chase * (Chine 2017) : Orlando Bloom entame sa quarantaine dans cette nouvelle imitation chinoise du cinéma d’action américain. Il est crédible dans les scènes de courses-poursuites mais pas toujours dans celles de bagarres. Les passages dans le ghetto rendent la séance plus intéressante, certains personnages spécialement les féminins sont assez misérables (la richissme fille d’architecte se rattrape à la fin). Les tentatives de dialogues et running gag censés enrober gratuitement la ligne narrative sont médiocres. Le film se suit facilement, m’a quelquefois fait soupirer mais jamais agacé. (42)

Jeune et jolie *** (France 2016) : Un bon film qui n’essaie pas de tout expliquer, même s’il semble qu’il y ait une part de rejet des normes et du ‘confort’ du groupe proche de la part de la fille. Habile pour relever les rationalisations et les évitements. À l’occasion on sent les marqueurs socio-culturels (vacances bourgeoises en bord de mer, cocufiages et mélanges cosmopolites faussement heureux, détour au Quartier Latin) ; les adultes ont écrit les dialogues, les ados se les approprient. La mère est une imbécile modérée et ‘voix de la raison’ misérable, le psy bénéficie d’une indulgence non-méritée – je dirais incertaine (d’autant que l’opportunisme et la suffisance sont plus évidentes que le talent et la compréhension dans son cas) s’il n’y avait un interprète si caricatural et si la réalisation n’était pas évidemment complaisante envers la fille – en quoi elle a bien raison.

La mise en scène rend douce et agréable des choses assez triviales ainsi que deux morceaux de Françoise Hardy peu séduisants hors-contexte. Le film peut sembler superficiel à raison puisqu’il aborde un sujet grave avec légèreté ; il peut aussi déranger car il en aborde un versant normal ou sain, alors qu’au cinéma comme ailleurs la prostitution est présumée contrainte et dégradante sinon mortelle. Seul un épisode de Borgen me vient à l’esprit dans ce rayon, le reste s’accompagnait nécessairement de teintes sombres. Le degré d’individualisme ou de tolérance à l’individualisme conditionnera largement l’accueil du film – une fois la question du scénario moyen, des personnages lointains et du Paris morose mise de côté. (68)

La jeune fille sans mains ** (France 2016) : Sorte de conte horrible très original sur la forme et très curieux par ses manières et ses interactions. Même s’il préfère aller au bout de sa poésie plutôt que des appels de l’horreur et de la déviance, on sent ce film porteur des germes d’un concurrent présentable à Jimmy ScreamerClauz, ou d’une version Mandico accessible aux enfants. Ce film d’un seul, conçu à la gouache, nous invite à passer dans un monde ‘transparent’ et ‘impermanent’ parfaitement raccord avec sa conception. Car le scénario voire l’écriture entière sont un trou noir et à force de fuites ce film en construction loupe l’occasion de soigner ses outils, nourrir ses personnages, renforcer leur univers. L’auteur semble plus soucieux de l’accomplissement théorique de son œuvre que de sa perfection. J’ai préféré de très loin Ma vie de courgette et La tortue rouge, eux étaient certainement ‘achevés’ et fignolés. Je le conseille tout de même car son atmosphère est unique. (56)

Les marches du pouvoir ** (USA 2011) : Fort en gueule, met le doigt sur les conflits entre acteurs et meneurs de l’ombre rangés dans la même famille politique voire derrière le même champion ; mais finalement se ramasse sur des trucs gras et ne dit rien de sérieux. Des vieux trucs stupides comme Evan Rachel Wood avec ses 23-24 ans, qui les fait carrément, mais est censée être quasiment ado. Sans Ryan Gosling et sans l’espèce de non-charisme fascinant de ses deux alliés/adversaires, tout ça serait presque inepte. (52)

Mr.Long * (Japon/Allemagne/Hong-Kong 2017) : Foncièrement bête, avec une musique tristoune imbuvable, des passages gangsters beaufs, des lenteurs exagérées et une mièvrerie sans fond. La photo est très clean et l’amante très belle, tout le reste est mauvais et insipide. (28)

Welcome ** (France 2009) : voir la critique. (46)

Suggestions : Ceux qui travaillent, Le grand bain, Moi Daniel Blake, La vache.

Une femme fantastique *** (Chili 2016-17) : Quelques journées majeures dans la vie d’une personne atypique. Les bases sont très communes, aucune originalité ou surprise majeure n’est au programme, le film ne décollera donc jamais vers les cymes. Mais la narration est talentueuse, l’habillage sonore interpelle doucement, la technique est irréprochable, la mise en scène significative (les positions des personnages, les grands angles). Plusieurs images fortes (la figure scotchée), de rares moments de valorisation un peu éthérés ou ‘sensoriels’ (spécialement pendant la scène du club). (74)

Cops *** (Autriche 2018) : Centré sur un jeune sosie de François Bégaudeau sapé d’avance par sa mentalité de dévotion, sa recherche d’approbation et son attachement – à une figure paternelle, à un club, à l’idéal d’un milieu. Le film souhaite approcher les difficultés du monde policier et du masculin par l’intime ; y arrive avec un certain succès, mais est enfermé dans un champ étroit et n’a pas non plus du matériau ou des inspirations de génie pour devenir spécialement pertinent. Bon film quoiqu’il en soit (une sorte de Keeper non-misérable), capable de plaire aux amateurs de divers genres (action, baston, portrait psy) mais qui aura du mal à en convaincre sérieusement. (64)

Suggestions : Légitime Violence, Colt 45, Tropa de Elite, The guilty, Upgrade.

Passengers *** (USA 2016) : Quelques incohérences techniques et scénaristiques, quoiqu’on puisse les éponger en les reliant aux motivations de Jim. Une scène croise les points de vue des deux personnages et révèle toute l’horreur pour l’une, aux mains d’un amoureux transi. Les courts instants dans l’espace, proche ou lointain, sont impeccables. (66)

Deepwater ** (USA 2016) : J’étais enthousiaste à la perspective d’embarquer sur une plate-forme pétrolière et suis client du genre ‘catastrophe’ (même si j’en regarde très peu). L’écriture est plutôt bonne et l’argent se ressent, malheureusement j’ai souvent décroché. Ce n’est pas loupé, simplement c’est désespérément tiède. (48)

L’ornithologue ** (Portugal 2016) : Commence comme une robinsonnade, vire à la fantaisie lente et riche en promesses de violences, s’épanouit aux abords de l’onirisme. Subverti (sans animosité) le catholicisme en prétendant montrer via cet aventurier une trajectoire digne du saint patron national, Antoine de Padoue. L’ambiance panthéiste embarque plus sûrement que le fond du dossier ou l’ampleur du scénario. Quelques scènes croustillantes mais le film est trop tiède dans ses audaces (et n’a pas la désinhibition romanesque des Guiraudie – Rester vertical étant le sommet à ma connaissance). Une poignée de réactions ou non-réactions regrettables de la part de cet ornithologue gay (c’est évidemment ces affreuses chinoises qu’il fallait planter – mais qu’attendre d’un type qui s’acharne à parler dans sa langue et s’énerve face à un type pacifique privé de cet accès au langage). À l’occasion des points de vue pittoresques, empruntés à ce ‘scientifique’ ou à un oiseau, mais aussi une multiplication de symboles basiques débouchant sur une issue à la Mandy sans trop d’ironie. Un propos anti-matérialiste confiant en bout de course. Par le réalisateur d’O Fantasma. (56)

Ils sont partout * (F 201) : à revoir et/ou critiquer. (2?)

Eine tolle nacht / Une folle nuit ** (Allemagne 1927) : Tiré d’une pièce berlinoise des années 1890. Étonnamment rythmé et c’était nécessaire tant ça manque d’intérêt. Sans doute à voir dans le contexte et pas un siècle et une ou deux révolutions sexuelles et techniques après ; pourtant il faut reconnaître à ce film un haut niveau de désinhibition, probablement le reflet des fantaisies de son temps. On voit même un semblant de tonton de Divine à la fin ! Malheureusement tout ça est trop léger et hétéroclite ; bravo pour la succession inlassable de farces et le style enjoué, dommage qu’ils n’aient à peu près rien de solide pour les soutenir et les emballer. L’accompagnement sonore livré avec la copie sur arte était assez savoureux par lui-même mais quand même limité et peu raccord. (52)

Le passé * (France 2013) : Un film plein de secrets, de lourdes dettes au passé et de sourcils froncés sauf qu’on en a rien à foutre. C’est le festival du tirage de gueules et de postures dépressives criardes. Que des banalités mélo et pour nuancer cette sauce moisie, des petites affaires quotidiennes débiles. Ça cause sans arrêt en se renouvelant à peine, c’est futile et démonstratif, on en voit jamais le bout au-delà du simple inintérêt de la chose. C’est bien d’avoir voulu montrer l’incommunicabilité, le poison des vieilles affaires, mais d’autres ont su et sauront mieux illustrer des choses aussi universelles. (32)

L’argent des autres ** (France 1978) : Sans être pontifiant, ce film mouline en vain. La mise en scène est le meilleur point, le casting brillant ne sert pas tellement. Certains points relatifs aux dirigeants sont trop figés et caricaturaux : Serrault est donc dans ses petits jours. L’histoire se confond avec celle de Kerviel, rapportée dans L’outsider. (62)

Escroc mais pas trop ** (USA 2000) : Point de vue efficace et sans originalité sur les ‘nouveaux riches’ et l’arrivisme, avec une sorte de Bel[le]-Ami[e] dupe et trop beauf pour la compétition. Évidemment un moment agréable mais toujours trop léger et approximatif pour inspirer sérieusement de l’estime. Beaucoup de Woody sont des ‘Allen mineurs’ mais c’est bon de retrouver ce niveau après le Jour de pluie à New York. (58)

Prophecy / Le Monstre *** (USA 1979) : A l’air d’un bon vieux nanar de loin, par ses promesses et son affiche criarde ; s’avère adroit et sérieux, avec une fibre écologiste et des paysages magnifiques auxquels la réalisation fait honneur (d’après Wikipedia ce film lance une période ‘Hollywood North’ voyant les producteurs miser sur la Colombie-Britannique pour des raisons de budget). L’écriture est solide, les limites n’accablent aucun point de la mise en scène, les personnages sont agréables ou intéressants. Le scénario évolue lentement, cultive son originalité. Le dernier quart satisfait la partie ‘bis’ du projet et fait apparaître un monstre bon marché quoique sensé, fermant correctement la boucle – il n’y avait plus de place que pour cette apparition, sinon on risquait la dissertation. (74)

Suggestions : Les monstres de la mer, Firestarter.

Im Juli / Julie en juillet ** (Allemagne 2000) : Road-movie adulescent (peut-être que Sailor & Lula tient un peu du même bois) occasionnant un joli tour d’Europe. Aussi une jolie comédie romantique, sans le déséquilibre habituel vers le féminin. Vraiment efficace et jamais trop gras, niais ou salement démago. (62)

Charmants garçons ** (France 1953) : Du théâtre puis du cabaret filmé. Bavard et gentiment idiot, orienté trivialité de couples et de rapports hommes-femmes. Faible et surtout bête pour un film signé Decoin – je le range loin derrière le lot commun, au niveau du Domino vert. (46)

À bout portant ** (France 2010) : Des scènes d’action efficaces mais rien de mirobolant. Plus vif qu’un téléfilm policier contemporain mais les personnages sont trop superficiels, y compris le principal. (48)

Dans la brume électrique ** (USA 2009) : Polar décent avec une mise en scène efficace et sobre, plusieurs personnages truculents et assez bien écrits, mais un scénario des plus prévisibles et un niveau d’intensité pas beaucoup plus élevé que celui des productions télé génériques donnant dans le registre. Dernière réalisation de Tavernier avant la décennie 2010 où il n’a présenté que deux films tièdement estimés (dont Quai d’Orsay) tout en s’investissant dans d’autres projets (cinéphiles). Pas renversant mais sans doute suffisant pour être sa meilleure fiction du siècle, avec une équipe et une technique clairement américaines. Tavernier a sans doute choisi cette adaptation pour l’attention à l’héritage socio-politique, aux statuts et aux classes socio-professionnelles qu’elle permettait (au moins, de citer). Il a vieilli et ne permet pas à ces considérations d’entamer le divertissement et la construction d’une ambiance. Priorité à l’exécution de qualité. Malheureusement l’admiration de Tavernier pour le cinéma américain ne fait peut-être qu’amplifier les tendances de son film à la caricature – les difficultés et contraintes de production n’ont probablement que surenchéri dans ce sens. (58)

Suggestions : Trois enterrements, O’Brother, Red State, Mississippi Burning, 12 years a slave, Bad Lieutenant.

Tavernier : L’horloger de Saint-Paul, Que la fête commence, Le juge et l’assassin, La mort en direct, Coup de torchon, L-627, Holy Lola, Quai d’Orsay.

On ne vit que deux fois ** (USA 1967) : Difficile de rester concentré là-dessus, mais c’est toujours plaisant lors des milliers de coups-d’œil à y jeter. Dans la mise en scène et au rayon décors et gadgets on compte de nombreuses trouvailles mais le temps a fait du mal. Bien sûr le film n’est pas responsable de ses reprises mais la vocation pour le détournement et la bouffonnerie semble indiquée ; peut-être qu’avec des personnages grotesques ou plus francs, ces outrances dignes d’un cartoon paraîtraient mieux fondées et resteraient amusantes au premier degré aujourd’hui. (52)

Nais *** (France 1945) : L’histoire reste simple mais le charme et le rythme séduisent, le point de vue est sensible, les dialogues et personnages riches, même avec stéréotypies. Ce film cerne l’esprit d’infériorité, malheureusement flatté et renforcé lors du final où le brave et pathétique Fernandel va mettre genou à terre à l’église. Production Pagnol (co-réalisateur ou réalisateur essentiel mais non crédité comme tel), adaptation de Zola. (72)

La vache * (France 2016) : Gentillet voire miteux. Esprit et ressources ‘service public’, option médias cosmopolites pour toute la famille. Évolue dans un délire ‘plébiscitaire’ avec le brave péquenaud venu d’ailleurs transformé malgré lui en star adulée sur les réseaux sociaux. Quelques dialogues efficaces. Debbouze a un rôle discret où il n’est pas brillant. Lambert plutôt dans ses bons jours, jeu et personnage tempérés. Malheureusement la vache s’efface dans la seconde moitié et elle est mal exploitée dans la première. (32)

Road House ** (USA 1989) : Sommet de ringardise sympathique avec des bagarres et musiques yolo lourdaud. Des perles, comme la scène avec l’infirmière où on apprend qu’il est diplômé en philosophie ; ensuite l’introduction du vrai grand méchant, avec les gros véhicules puis l’alignage d’un des sbires. (62)

Autopsy * (A 2008) : Sous-Hostel idiot au style chico-beauf. La présentation est grossière mais les lieux sont agréables et techniquement c’est d’assez bonne facture. Le développement est très laborieux mais les arrachages de viande généreux. VF pas nécessairement comme il faut mais quand le cas est bourrin c’est très bien. Les dialogues du médecin sont particulièrement misérables. La fin est nulle. (38)

Le salaire de la peur ** (France 1953) : Vera joue affreusement mal, Montand souvent engourdi tant qu’elle est encore de la partie. Le tour final est un peu abusif, mais ce n’est qu’une demi-surprise tant les traits sont épais dans ce film. (56)

Blood Ties ** (USA 2013) : Sensible mais pas fin, on sent trop les coutures et passages obligés. Interprétations de qualité pour des personnages certes ‘émouvants’ mais généralement on garde une réticence. Même quand il est irréprochable en théorie le film ne reste qu’à demi-convaincant. (48)

Sonnenallee ** (Allemagne 1999) : Un ‘feel-good movie’ comme on en a vu beaucoup dans les années à suivre (par le style ; par le thème Good Bye Lenin s’en rapproche immédiatement). Témoignage sur la période humaine adolescente et celle historique du communisme. Bien inspiré mais pas très pertinent à terme. (58)

La Tulipe noire ** (France 1964) : Adaptation de Dumas. J’ai décroché après une heure et été plus amusé en regardant Madame Sans-Gêne, à la réalisation et surtout à l’écriture inférieurs, au ton et au rythme plus équilibrés. Le doublon ‘cadet’ d’Alain Delon ressemble au fils de l’acteur (né la même année). Beau-papa le dissident bourgeois évoque rétrospectivement les personnages et le timbre de Coluche. (52)

Terminator Genisys ** (USA 2015) : Cinquième opus, je n’ai pas vu le quatrième, j’ai vus les trois premiers il y a environ dix ans. Ce Genisys m’a paru un très agréable film d’action/SF. Il se raccorde avec les angoisses légitimes du moment : comme le dit John Connor, l’Humanité accueille avec enthousiasme l’outil de son extinction (l’application Genisys, en 2017). Évidemment ça ne va pas très loin, d’ailleurs les efforts de cohérence ou d’explication sont parfois compromis par des fuites en avant (et même une résurrection idiote). (62)

Gemma Bovery ** (France 2014) : Effectivement en référence à Flaubert, une adaptation de BD en Normandie avec monsieur littérature de France Fabrice Luchini dans son rôle d’homme pseudo-normal de classe moyenne mais lettré et aigri. Tout de même moins fort que d’habitude et loin de pousser le vice comme si on était encore chez Ozon (Dans la maison). Pas absolument crédible, joli et léger, collectionne sans les exacerber les clichés et se renouvelle peu (la femme de Luchini exprime la même connerie à chaque intervention). Par la réalisatrice des Innocentes et Coco avant Chanel. (56)

Amen ** (France 2002) : à revoir. (4)

Complot de famille ** (USA 1976) : Trop naïf, sans avoir l’efficacité et la violence de Frenzy. Renvoie immédiatement à toutes sortes d’autres films de sa décennie. Le manque d’attrait des personnages et du scénario rend vite l’affaire sans intérêt, alors qu’au début on est simplement occupé par les côtés ‘comiques’ plus ou moins volontaires. (48)

Rien que pour vos yeux *** (UK 1981) : Cinquième avec Moore, second pour moi et comme L’homme au pistolet d’or c’est plus ouvertement comique que les anciens. C’est probablement plus amusant pour les spectateurs là un peu par hasard ; pour les fans de la première heure la scène d’ouverture doit être pénible. Dans mon cas tout fonctionne et me charme, y compris la musique, les scènes un peu longues exploitant les déambulations de James Bond en Europe, ses descentes en ski ou ses passages sous l’eau. L’humour est sec et médiocre, l’agent secret sort parfois des punchline de vieil encrouté de fin de banquet, pourtant ça ne brise en rien l’élan outrancier, l’efficacité des courses-poursuites ou l’allégresse de cette galerie d’amis et ennemis. Enfin Carole Bouquet est la première James Bond girl que j’apprécie vraiment, bien qu’elle soit des plus apparemment froides et tristes. (68)

La charge des tuniques bleues *** (USA 1955) : voir la critique. (78)

Tuer n’est pas jouer ** (UK 1987) : Les voix françaises et spécialement celle de MacGyver sonnent trop fausses et typique des séries et de tout le kitsch action/aventure des années 80-90. C’est particulièrement vrai dans la première heure où se répandent le yolo 80s et l’esthétique de la luxure d’époque (le générique en est même trop ‘glamour’ en plus d’être automatiquement ringardisé). Un manque d’audace et de dureté, le hiératisme de l’espion, l’absence de personnages estimables ou suffisamment énormes, empêchent le divertissement de s’épanouir. Rien que pour vos yeux m’avait séduit et amusé, Tuer n’est pas jouer fait retomber mon enthousiasme. Comme face à plusieurs anciens, j’ai peiné à suivre la seconde heure. L’acolyte de l’agent est trop anxieuse et turbulente pour être encore charmante. Quant à Timothy Dalton que je découvre dans ce costume, il m’a paru évanescent ou, le plus souvent, simplement inintéressant. (52)

Le transporteur * (France 2002) : Le démarrage d’une franchise à succès international chapeautée par Luc Besson (entre Taxi et Taken), doublé de l’investiture de Jason Statham en tant que nouvelle icône du cinéma d’action. Malgré ses énormités ce film d’action manque d’intérêt ludique, ou alors teinté de nostalgie (que je ne partage pas, pour le moment). Je comprends qu’il soit un ‘plaisir coupable’ ou un plaisir tout court pour des gens qui l’auraient vu très jeune ou à sa sortie. Les défauts m’ont semblé plus désolants que réjouissants, ou cause d’ennui ; le doublage serait gênant si les dialogues de mongolos n’étaient pas si accablants, Statham en Dexter corporate obsédé par les règles n’est jamais crédible et finalement les personnages ne sont à leur place que dans les scènes de baston ou de poursuite. (32)

Suggestions : Lucy, Bronson, Le dernier rempart.

L’argent * (France 1983) : J’avais quelques espoirs, irrationnels mais pas totalement infondés car j’ai aimé Le diable probablement aussi sorti en fin de carrière par Bresson. Ils ont été rapidement ratatinés par cette nouvelle auto-caricature du réalisateur. Il y a un peu de souffle dans la dernière partie à la campagne, qui a parfois des allures de Tarkovski – les paysages sont probablement les principaux responsables et l’hôte m’était sympathique. Dans l’ensemble tout ça est du niveau d’une blague qui n’arriverait pas à accoucher ou ne voudrait pas s’avoue. Même en jaugeant son travail sur une échelle propre, Bresson s’est égaré – il s’est affalé. Les dialogues sont consternants malgré des nuances (le laïus sur la vengeance), quelques poussées de grotesque semblent volontaires et finement calculées tant le pseudo-naturel y atteint un point de rupture en donnant enfin une apparence lisse et fluide (pour une fois baisser la tension au maximum permet d’accomplir cette phénoménologie absurde poursuivie par Bresson). Malheureusement c’est simplement trop bête et la démonstration s’éreinte à empiler des causes-conséquences-tragédie n’éclairant ou n’approfondissant rien, ni au sujet de l’argent, ni au sujet de ces gens ou des gens dans l’absolu embarqués par l’argent dans des déterminismes tragiques. Hormis une foi inconditionnelle dans le misérabilisme et la fatalité pour les damnés qu’on a placé dans son champ de conscience, il n’y a aucune raison d’être pour cette spirale, ces actions. Elles-mêmes sont absurdes, les options physiques sont trop débiles pour exister. Si Bresson voulait passer l’Humanité à la broyeuse un peu de panache, d’acceptation des aléas, des élans humains et de la diversité des pensées et sensations serait un minimum pour aborder ne serait-ce que le stade où se situent des nanars énervés ou des pensums désenchantés. (28)

Le rideau déchiré ** (UK 196) : Histoires d’espionnage et d’infiltration pendant la Guerre Froide, comme dans L’étau ; scénario moins improbable et surtout plus limpide – même candide. Appâte davantage via des personnages réussis ; pour le reste, étire exagérément une corde bien mince et inapte à traverser les années sans ennuyer. Une excellente scène d’assassinat avec Paul Newman et Carolyn Conwell (en fermière forcée de s’impliquer). (62)

Moonraker *** (UK-France 1979) : Le James Bond le plus français est aussi le plus gaudriolesque. Je sais maintenant d’où Jean-Marie Poiré tire son inspiration et ses croyances en terme de cinéma de qualité. On ne pourra pas reprocher au film un manque de générosité : il y a trois James Bond girls et toutes succombent, il y a des scènes et des costumes absolument insensés et injustifiables (le cosplay western), des morceaux sidérants de grossièreté, de lourdeur (ce plan fou sur le pigeon confus face au gros gag à Venise) ou d’incohérence (la bataille sur le télésiège). Les personnages sont assez mémorables mais l’agent 007 n’est pas à son meilleur malgré les flamboyances objectives et son numéro de ‘Wiki[pedia] man’. Mais comme cousin d’OSS 117 il devient redoutable. (66)

Suggestions : Le roi et l’oiseau, Dark Star, Les visiteurs, Rencontres du troisième type, Les Goonies, Star Wars, La soif de l’or, Tom & Jerry le film.

Planet Terror ** (USA 200x) : Dans le registre des films régressifs celui-ci s’en sort excellemment : à moins d’être allergique on peut y trouver une petite satisfaction ou ne pas s’impatienter. Mieux vaut quand même le voir à plusieurs. (58)

Berserk I – L’œuf du roi conquérant *** (Japon 2012) : Premier opus d’une trilogie adaptée d’une période charnière du fameux manga. Musique potable, jolie et douce ou d’un triste goût, comme d’habitude avec ces productions japonaises. Principalement des scènes de bataille ou de bagarre et des situations fortes en sentiments. Le triangle amoureux génère des dialogues à double-sens pour le moins limpides – à peu de choses ça devenait de la bouffonnerie. (76)

Casino Royale *** (USA 2012) : Une rénovation salvatrice, où la saga gagne en sérieux et en capacité d’implication. James Bond a ses moments de bolosserie compromettantes, subit même des bolossages passagers (Roger Moore aussi dans Moonraker avait ses mauvais quart-d’heure mais il rebondissait de façon presque surnaturelle). Il peut s’impatienter et manifester de ‘vraies’ impulsions (contrairement à celles théâtrales et lisses de Connery). Ses victoires et les coups qu’il prend n’en ont que plus de mérite et de saveur. (74)

Cliffhanger *** (USA 1993) : Stallone alpiniste quelques années après avoir défouraillé du métèque pour le compte de la mère patrie et au sortir de tentatives plus ou moins hasardeuses ou incomprises près de la comédie. Un des films d’action fracassants signé Renny Harlin, connu pour Peur bleue et 58 minutes pour vivre. Visuellement le film tient ses promesses et vaut le détour, sûrement plus que 127 heures – ou même La mort suspendue qui ne donne pas dans le divertissement. Des détails un peu grotesques ou discutables, mais ils participent au charme de l’aventure – et l’efficacité est là. Le futur méchant de la saison 4 de Dexter John Lightow en campe déjà un bien troussé. (72)

Gods of Egypt * (USA 2016) : Où le mauvais goût et le bling-bling règnent (ceux et celles qui se rêvent en princes du pétrole – mais gentils – devraient être gavés comme il convient).Divertissant malgré des lenteurs grâce à sa lourdeur et son déluge de couleurs, ainsi que de constants pics de nanarrité. La scène de l’ascenseur, le personnage du sage, tout ce qui concerne le vieux fondateur de l’univers, quelques éclats de Gérard Butler, offrent toute une gamme de petits exploits et de grasses bouffonneries ‘mainstream’ dans le registre péplum/fantasy. (42)

Berserk II – la bataille pour Doldrey (Japon 2012) : Davantage de complots et de batailles épiques et sanguinolentes. Plus grave que le précédent opus, l’intrigue ne traîne pas, un troisième épisode terrible s’annonce. (76)

Firestarter / Charlie *** (USA 1984) : Fantaisie liée à l’œuvre de Stephen King, évoque nécessairement Carrie (et moins à Phenomena où la télékinésie n’implique pas la mise à feu et la perte de contrôle). Superbes décors empruntés à la Caroline du Nord, superbe musique signée Tangerine Dream. Des invraisemblances et légèretés mais une grande tension, une émotion discrète mais constante. Le père et la fille sont convaincants (quoique David Keith n’ait pas tellement l’occasion de briller et plus celle de refléter l’époque avec sa dégaine de héros carpenterien). Drew Barrymore a été une des rares enfants irréprochables et remarquables en temps qu’actrice. Le rythme s’amollit après la capture, le temps que ‘John’ débarque et insiste. La qualité du double personnage et l’aura léguée par son interprète (vu dans Hardcore) compensent le moindre intérêt des facultés psychiques supérieures, lesquelles permettaient d’accrocher facilement au scénario. En bout de course les promesses sont tenues sans démonstrations mégalos. La brave fin pleine de bon sens et de bonne foi est la seule fausse note insurmontable. Pendant la dizaine de minutes la précédant on aura eu le droit à des explosions rappelant la présence du réalisateur de Commando. Un film ‘multiple’ magnétique qu’on peut aussi considérer comme un film ‘cassé’ qui aurait perdu sa trajectoire principale de vue – au profit de qualités atmosphériques et d’une attention aux motivations et personnalités des principaux impliqués. (76)

Suggestions : Furie/De Palma, Class 1984, La forteresse noire.

Skyfall *** (USA 201) : Javier Bardem est remarquable en cousin du Joker ou Hannibal aventurier et blessé. Les quelques défauts ne sapent rien autour d’eux et surtout pas le spectacle. Sera probablement vu comme un film d’action typique de l’époque, à raison car il reprend à son compte des façons, des orientations (comme ce méchant post-Dark Knight), tout en adoptant une nostalgie sans pesanteur ni regrets (ce qui le rapproche occasionnellement de Kingsman). (72)

La mouche 2 *** (USA 198) : Bonne fantaisie horrifique candide et déterminée. Des moyens limités compensés par le huis-clos. Une dernière partie nerveuse pour mettre les choses en ordre, jusqu’à cet ultime plan un brin nanar mais succulent. (68)

Miracle Miles / Appel d’urgence **** (USA 198) : à revoir. (88)

Suggestions : End of the Line.

Berserk III – Descent / Kourin **** (Japon 2013) : Une virée en enfer prodigieuse (mauve et pourpre avec quelques bestioles mutantes) pendant une demi-heure, après une moitié convaincante mais moins trépidante (l’essentiel auprès du couple sans Griffith). Conclusion effroyable et irréparable pour le triangle amoureux, l’histoire d’amitié voire la confiance et le respect envers son prochain. On en sort frustré de s’arrêter ici, peut-être pour de bon, ou avant une toute autre sorte d’aventures (plus classiques ? Banalisant cet autre monde ?). Seul véritable faiblesse : les aspects clichés demeurent et se décuplent dans les dialogues. (78)

Suggestions : From Beyond, Hellraiser.

Poultrygeist * (USA 20) : Un phare de la production Troma. Trop régressif et hystérique, écœurant et difficilement ‘fun’ pour quelqu’un de sobre. (38)

L’homme aux deux cerveaux *** (USA 1983) : Comédie apparentée à celles des ZAZ mais plus adulte, doublée d’un hommage libre, non littéral, au bis fantastique/SF de l’époque de la Hammer. Moins bizarre et plus accueillant que The Stuff ou d’autres nanars audacieux et truculents avec des formes de vie alternatives. Parfois foutraque et d’esprit parodique. Démarre en nanar catastrophique et désuet puis remonte jusqu’à se maintenir à un bon niveau – à condition pour le spectateur d’accepter la légèreté extrême et un certain mauvais goût. Bien sûr la chose resterait probablement indigeste sans son duo excellent – même si Kathleen Turner en fait trop et que l’écriture de son personnage est paresseuse, Steve Martin que je découvre quasiment m’a convaincu – autant que cette forme d’amour alternative (sans doute parce que l’incarnation doit reprendre le dessus, sans quoi on entrait dans un idéalisme que le film piétine). (72)

Castle Freak **** (USA 1995) : à revoir. (86)

L’esclave libre **** (USA 1957) : Amène une intrigue originale au service d’une perspective réaliste. Quelques lourdeurs et une exécution d’ensemble impeccable. (78)

Dangereusement vôtre *** (UK 1985) : Dernier épisode avec Roger Moore et c’est une nouvelle fois la foire – mais dans l’opulence. Les personnages sont à la fois formidables et complètement nanars, Grace Jones robotique ou glauque pendant la majorité du film, Walken a les ingrédients d’un méchant succulent mais son interprétation est inégale. On en prend plein la vue et finalement cet épisode tient ses promesses, arrive pour moi au niveau de son prédécesseur Rien que pour vos yeux. Il est plus simpliste mais aussi plus corsé, plus varié – on gagne en divertissement et en ‘largeur’ ce qu’on perd en intensité et en surenchère autiste. Moonraker m’évoquait les deux Visiteurs et celui-ci m’a renvoyé spécifiquement au 2 ainsi qu’aux Gendarmes ou assimilés lors de l’arrivée à Paris et de plusieurs cascades grotesques. (68)

The Defiant Ones / La chaîne ** (USA 1958) : L’approche et le style Stanley Kramer arrivent à leur point de rupture, sans les charmes et l’alchimie au casting de Devine qui vient dîner, sans apporter le matériel du Train sifflera trois fois. À la place on trouve une fuite et un film de ‘copains forcés’ (ou buddy movie) où les uns bavardent et les autres en font des tonnes (dans des ornières pseudo-mélancoliques). Les accents mielleux et les petites leçons de bienveillance et de gentillesse ont fait perdre à ce film le peu de crédit dont il jouissait à mes yeux. Sidney Poitier est encore dans un rôle de négro de service mais cette fois on se rapproche de l’usage d’Omar Sy dans les comédies doucereuses où il s’est illustré (Samba, Intouchables). Tout ce qu’il y a de bon ici est l’apprentissage de l’insoumission, la lassitude des bonnes manières et des efforts sociaux qu’éprouvent les deux fugitifs ; j’ai aussi apprécié le principal personnage féminin. Mais quoiqu’il arrive tout reste superficiel et éventuellement poseur. Sur la mise en scène, tout est propre, parfois haut-de-gamme. (46)

L’étoffe des héros ** (USA 1983) : Réalisant au bout d’une demi-heure que je ne savais toujours pas de quoi devait exactement parler ce film, j’en ai consulté la durée : 3h13. Au bout d’une heure les tests commencent. Cette séance est une petite épreuve stérile et respectable, mais avec des atouts en propre pour se tirer du naufrage vers la catégorie des ‘films nécessaires résolument niais et anémiques’ (et nous tirer de l’ennui). La photo et plusieurs scènes sont d’une joliesse remarquable, les décors sont excellents et de nombreuses scènes ont un cachet d’époque ‘solaire’ et bizarrement ‘profond’ qu’on trouvait ailleurs (et qu’on ne trouvera pas dans Apollo 95, au scénario plus rigoureux et restrictif mais au rendu bien plus mielleux et besogneux). Il y a quelques scènes délicates ou potentiellement truculentes, aucune qui soit forte. Au moins une certaine beauté l’emporte sur la seule futilité. Néanmoins l’intro du film vers Mars de Brian DePalma paraît définitivement moins abusive – elle a le tort d’en rester à la beauferie que cette Étoffe des héros aspire à éclipser. (54)

Si j’étais un homme * (France 2016) : De l’espèce de Foresti ‘mûr’ mâtiné de Bigard mollasson aspirant Blanche Gardin. Moins minable et outrancier que prévu mais d’autant moins truculent et toujours un peu demeuré. Pourtant on ne voit pas assez Christian Clavier ! La vision de ce que serait un homme, de sa dette copieuse à la bite, de ses limites liées à la testostérone, ainsi que la compassion acquise pour les hommes sont curieuses de beauferie ‘raisonnable’. Les hommes seraient donc naturellement sûrs d’eux, avides de se vider, parfois serviables gratuitement même si c’est à cause de leur instinct de supériorité. Ce n’est pas plus court et anachronique que se contenter de coller une bite à une femme pour en faire un homme complet – au moins le renversement de Je ne suis pas un homme facile se défend a-priori, c’est la suite qui n’est pas à la hauteur – ici dès le départ c’est bancal et aussi vite ça devient stupide. Dans ce film l’impact réel ou supposé des attributs masculins prend trop le pas sur ce que devrait être une femme dans un corps ‘boosté’ ; ce qui sauve un peu le film est sa bonhomie et son sérieux, les deux empêchant l’autre de juter dans sa connerie, pour une synthèse simplement primaire et gratuite sur le fond, regardable et ‘gentille’ sur la forme. Dommage que les scènes et gags les plus crus ou croustillants soient coupés ou bradés (ou dans le cas de la braguette emprunté à Mary à tout prix). L’orientation ‘feel-good’ généralisée de la seconde moitié fait perdre l’once de piquant, même si les atermoiements romantiques finaux sont aussi inconsistants que fascinants. (34)

L’échange ** (USA 2008) : Efficace émotionnellement mais assez tiède pour le reste. La reconstitution de l’époque a de l’allure mais celle de l’affaire est pauvre, à l’instar de la répartition des rôles. Que de bons et de mauvais – et des douteux qui sont mauvais. La fermeture d’esprit se ressent notamment à travers la présentation des deux déviants (la même qui était sublimée à la fin de Dans la ligne de mire lors du refus d’écouter le terroriste) ; Clint est un bon réalisateur mais c’est rarement chez lui ou depuis sa propre inspiration qu’on est parti sonder les profondeurs ou les conflits d’individus ou de situations. Reste une certaine posture anti-sexiste et le rappel des dérives de l’internement psychiatrique, mais pour un film coup-de-poing contre la corruption, on repassera – il n’y a que la force dans la démonstration et même elle n’est pas renversante, à moins d’ignorer la concurrence y compris dans le cinéma hollywoodien. L’air de rien, c’est un des moins bons sur la quinzaine de films signés Eastwood que j’ai vus à ce jour, aux côtés de La Mule, devant La sanction qui se détache par le bas. (58)

Le tout nouveau testament * (Belgique 2015) : Un nouvel extrait de ce genre de débilités qui sous certaines conditions et en abandonnant rapidement tout espoir en terme de valeur digne se regarde tranquillement. Parce que c’est curieux malgré tout – et c’est d’ailleurs à peu près tout ce que ça a pour soi, hormis un bon casting mais tellement galvaudé (Yolande Moreau sait-elle encore jouer autre chose que la bonne femme arriérée et opprimée ?). Le réalisateur du Huitième jour nous sert du sous-Jeunet et Amélie Poulain, au style glauque à base de flonflons et de sucre ranci, visuellement sophistiqué mais hideux et d’une originalité toujours ‘déjà vue’ et digérée. Le propos est tellement navrant, retardé et nauséeux que la flemme me prend d’en discuter et même de m’en moquer – mais ce final avec madame Dieu nécessairement plus généreuse que son mari reste sidérant même après que toutes les cases du providentialisme gauchiste et du vitalisme de clip pour jeune femelle beauf sensible aient été cochées (‘on rase gratis’ et on vous signe un chèque en blanc pour vos fantasmes, on se libère tous ensemble dans la foule épanouie, les limites sont toutes arbitraires et donc il ne tient qu’à nous de vouloir très fort ce qu’on aime, l’assassin est casé car tout et tous sont bons au fond – sauf Dieu le père et certains pères apparemment). (28)

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Autres Mini-critiques :  11, 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI CRITIQUES REVUS (1)

5 Fév

Tous les films que j’ai vu depuis que j’ai ce blog (donc un an et demi avant Sens Critique), notés en-dessous de 9, qui n’avaient pas eu les honneurs de critiques. Pour d’autres elle restera envisageable (des films marquants ou importants, de quelque manière), mais ils sont une petite portion.

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8 et demi *** (1963) : Auto-analyse de Fellini, projeté dans le réalisateur dépressif interprété par Marcello Maistroianni. Cet opus est très proche de La Dolce Vita (le tournant subjectiviste de sa carrière), avec le même type d’humanité : des membres de la haute société, celle du luxe et pas concernée par les responsabilités, jamais étouffée par le devoir ou la conscience.

Pendant deux heures en noir et blanc Marcello/Fellini déambule entre sa réalité et ses fantasmes. Ses rêveries ont une orientation nostalgique et souvent érotique. Sa femme (à lunettes) n’a que des interventions pesantes, elle lui ressemble peut-être trop et n’apporte ni plaisir ni réconfort – c’est un repère désuet. Elle forme un contraste avec le harem largement imaginaire (parce que peu vécu et à tout juste articulé mentalement comme tel) de son mari.

Fellini démontre un art du clip et de la fantasmagorie ‘adulte’ notamment au début, avec la scène d’ouverture et celle en musique autour de la réception d’aristos. Le film contient quelques moments de génie très ‘publicitaires’. Son visuel magnifique a sûrement été pris régulièrement comme modèle, dans les arts liés à la photographie. Les dialogues fourmillent de fulgurances sarcastiques ou spirituelles. Les amateurs de Barbare Steele la verront heureuse de prendre des coups de fouets – le cadre a changé mais son personnage a bien été importé. (64)

Vu le 6 août 2015 et revu sur Mubi le 30 septembre 2017.

Ça – Il est revenu ** (1990) : Téléfilm en deux parties ou ‘film’ de trois heures. J’en avais vu les premières minutes (ainsi que d’autres bouts), desservies par l’interprétation féminine. La mise en scène est lourde et efficace, expéditive et proche du grotesque dans les moments cruciaux. C’est loin d’être l’incurie sur le plan horrifique ou des idées photographiques (Tommy Lee Wallace était déjà la réalisateur d’Halloween III et Vampire vous avez dit vampire). En revanche le film manque d’épaisseur, de fluidité dans les relations. Il peut être une bonne expérience pour les enfants et notamment pour un premier film d’horreur. (54)

Vu des morceaux de la première moitié à la télévision vers 2008.

Les Anges gardiens ** (1995) : Comédie hystérique, avec Depardieu/Clavier dans un double-cabotinage ; plein d’ellipses au risque de l’absurde (une des fins les plus précipitées), du Poiré. Avec un bêtisier médiocre à la fin. J’aime même si c’est fait à l’arrache et sûrement prémédité au minimum possible. Si vous adhérez à un tel truc, essayez Les Gaous (qui pousse le bordel épileptique à un niveau ‘inédit’) ou La Vengeance d’une blonde (meilleur). (62)

Vu une fois enfant, revu en 2017.

Les délices de Tokyo * (2015) : Avec Les filles du Moyen Age, c’est un des deux films que j’ai vus dans l’année (fin décembre) mais pas critiqué (faisant de 2016 la première et seule année où je n’ai pas tenu le principe). Un troisième film entrait dans cette catégorie, mais je ne l’avais pas terminé : le coréen The Strangers.

Bien que le départ soit relativement encourageant, je confirme ma non-adhésion à ce film. Et la note si basse qui par rapport aux moyennes a l’air d’une provocation, ce qui me dépasse d’autant plus que, si je ressens du négatif envers ce film, je ressens surtout peu de choses. (32)

Vu en VOST le 26 décembre 2016, revu en VF en mai 2018.

L’empire des sens ** (Japon 1976) : Présenté dans une version restaurée en 2016. Aucunement excitant et plutôt répugnant dans ses scènes explicites (entre les micro-pénis et les touffes du passé). J’avais trouvé l’approche triviale malgré un côté pompeux, c’est confirmé. Depuis heureusement j’ai découvert Tabou (et Il est mort après la guerre).

La seule scène un peu satisfaisante et plaisante est celle où une fille, tenue par plusieurs autres, se fait enfiler un oiseau en bois (juste avant la danse de Gangnam Style version papy à l’EHPAD). Concernant la passion même charnelle et plus encore les sentiments, ce film manque d’authenticité et d’intensité, jusqu’à ce qu’il ait tout déblayé autour du couple (donc quasiment jusqu’à cette mise à mort interminable). L’espace est alors trop étroit pour que la psychologie soit encore intéressante, mais les acteurs paraissent crédibles et la volonté de madame l’est certainement.

C’est bien un porno chic, enrobé par un halo de subversion et des moyens inimaginables pour un film ‘bis/Z’ ou ‘d’exploitation’ normal. Évidemment c’est devenu ringard puisqu’il n’y a plus grand chose à subvertir depuis les années 1990-2000 (en tout cas au niveau de ces choses ‘naturelles’ et accessibles au moins en esprit et en théorie par chacun), il ne nous reste alors plus qu’à constater la mollesse de la séance, les béances du scénario, le manque de tenue – sauf sur les divers plans techniques. (56)

Vu une fois vers 2008, revu en juin 2018 sur MUBI.

Tenue de soirée *** (France 1986) : Changement d’avis, même si Buffet froid et Les valseuses planeront toujours au-dessus. Film imprévisible et grotesque, avec des omissions considérables et un dernier tiers rendu plus loin qu’en roue libre. La façon dont Michel Blanc est considéré doit être le plus drôle car le plus déroutant – quelque soit les goûts de l’observateur, son personnage n’est pas ‘beau’. L’évolution des individus est ridicule, leurs aventures invraisemblables, les deux sont jubilatoires. Dialogues et acteurs excellents. Un brillant nanar et une formidable comédie, un parfait film pour alcooliques, conçu manifestement à l’arrache ou avec une certaine négligence pour la charpente. Aussi un film remarquable sur le cocufiage et ses variétés. (72)

Vu (incomplet) une fois vers 2009, revu en août 2018.

Cendrillon **** (U 1950) : J’avais mis 7 à mon arrivée sur SC, partagé entre enthousiasme et scepticisme fondés sur des estimations lointaines. J’aime effectivement, suis probablement plus sensible aujourd’hui au mauvais chat, plus enclin à aimer les souris et les petits animaux, mais la grosse souris maladroite est toujours aussi répugnante – je souhaitais sa mort bien que ce ne soit pas dans l’esprit de Disney.

Le culte du prince charmant, l’éloge des petites filles sages et pures sont bien là et pratiqués à fond ; si le premier mérite effectivement révision, le second n’est pas si horrible – la morale de Cendrillon a ses vertus. Sauf sur cette rêverie de fille à marier, mais sur ce plan les ratés sont constants : dans La Valse dans l’ombre comme dans Blanche-Neige, les ‘princes charmants’ sont des êtres vides, sans charisme sinon celui d’une publicité pour l’hygiène. La prise en puissance de l’ex-petite fille, sa maturation sans compromissions, est aussi un motif récurrent mais ne me semble pas un problème – qu’il en soit un pour celles pétries de regrets de s’être trop ou trop vite souillées, pour celles qui n’auraient pu l’être comme elles le souhaitaient ou pour leurs complices masculins, c’est tout naturel.

Sinon le film est plein de détails charmants et marquants. Sa niaiserie est gracieuse. Les chants de souris en font les ancêtres des Chimpmunks. C’est le point le plus innocent du film, car sa morale effectivement n’est peut-être pas géniale pour les enfants (sans qu’elle soit déroutante comme celle de Peter Pan), car s’en remettant quasiment à la chance, le développement du charme personnel et la ‘magie’ pour sortir de la misère – en même temps, les enfants n’ont pas besoin d’être progressistes et de prendre du recul sur tous leurs fantasmes, pas en esprit du moins. (82)

Vu plusieurs fois enfant, revu en décembre 2018.

Peter Pan **** (U 1953) : Vu une fois enfant, j’avais moins aimé le début dans la réalité et n’en conservais aucun souvenir clair. De nombreux détails me sont parus familiers (la fée enfermée, la capture via les sapins). Représentation remarquable et amorale de l’évasion et de l’imagination, capable de parler aux enfants sans les tenir enfoncés dans la niaiserie habituelle (même si la gamine ‘responsable’ et aimante conserve un peu d’ancrage et de repères). Les enfants méritent de voir un tel Disney plutôt que la majorité de ses alter-egos (trop restrictifs) et de ses descendants (trop criards et débiles). (8)

Vu une fois enfant, vers huit ans, (re)découvert en décembre 2018.

Les Aristochats **** (U 1970) : Un excellent Disney, où le cadre est souvent plus intéressant que le sujet (les chats). Le Paris des années 1890-1910, les virées burlesques, les rencontres (avec les oies) rendent l’ambiance charmante. Beaucoup de scènes burlesques remarquables, principalement autour des deux chiens et d’Edgar. Dialogues relativement bien écrits, même si peu sont mémorables (contrairement à Blanche-Neige, Le Roi Lion ou au Livre de la Jungle, mais à l’instar de Robin des Bois ou même Cendrillon). Toujours peu fan du passage sous les toits de Paris et peu sensible à ces chats bohémiens. (8)

Vu peut-être plusieurs fois enfant, revu en décembre.

Independance Day ** (USA 1996) : J’y avais jeté un œil plus que véritablement ou intégralement regardé. Les effets spéciaux sont d’un niveau maximal pour l’époque, comme les meilleurs de Star Wars Phantom sorti trois ans après et également produit par la 20th Century Fox. Les aspects mélo sont ni brillants ni affligeants. Mais combiné au patriotisme et aux échauffements de la dernière riposte, ils multiplient les longueurs. Le véritable problème de ce film me semble donc être cette dernière partie et tout l’ennui précédant la grande attaque. Elle-même en sort gâchée, tandis que le quota de bêtises ‘l’air de rien’ et des autres défauts sont exacerbés – le président devient grotesque, heureusement le mec avec la VF de South Park a le bon goût de bien torpiller l’emphase du délire. Des trucs un peu niaiseux ou invraisemblables, comme prévu, pas dans des proportions atypiques ni trop choquantes. Les péquenauds sont plus cools et musclés que dans Mars Attacks où ils sont transformés en beaufs à la Deschiens. Le président est un tocard pendant les deux tiers au moins – son administration en sait voire en peut davantage. Ceux qui dénoncent sa sanctification supposée ne sont pas au clair – il n’y a que sa virée finale pour véritablement le flatter, pour le reste c’est un membre de la team America comme un autre – c’est bien cette normalisation du personnage qui devrait plutôt être questionnée. (54)

Vu une fois partiellement il y a une quinzaine d’années, revu en avril 2019.

Violette Nozière ** (France 1978) : Une ado de 18 ans jouée par une actrice de 26 comme dans les fictions au campus dans les années 1990. N’étais plus sûr de l’avoir vu et sûr de l’avoir vu superficiellement, confusion possible avec Une affaire de femmes. Pas étonnant tant le point de vue est attentiste, la séance presque contemplative : Chabrol ne sait pas couper ni hiérarchiser. Le père semble mal relié à sa fille, le choix de Carmet et Huppert après Dupont Lajoie où il violait ne saurait être innocent ; mais même dans les relations tout reste bien flou, on en connaît la nature qu’aux deux tiers au maximum, pour certains cas (l’amant), pas même la moitié pour les parents. Comme d’habitude Chabrol donne dans la sous-satire sans beaucoup d’humour contre les bourgeois, l’ordre établi (les féministes peuvent inscrire cet opus sur leur liste des ‘récupérables’) – et comme d’habitude il en fait sûrement trop partie pour attaquer ou même considérer sérieusement la chose. Un film pour ceux qui aiment les ambiances d’époque, à condition qu’ils n’aient pas des espérances de spécialistes ; sinon, pour les acteurs. (56)

Vu une fois superficiellement, [re]vu en juin 2019.

Walkyrie *** (USA 2009) : Sur la tentative d’assassinat d’Hitler par des haut-gradés allemands en juillet 1944 (la dernière des quinze connues de la résistance allemande d’après le carton final), quand la guerre tournait en défaveur du camp de l’Axe. Mise en scène classique et technique plutôt luxueuse. Perd de sa force et de son intérêt avec le lancement de la mission. Focus un peu neuf sur une page de la ‘grande guerre’ mais c’est encore de l’Histoire proprette et héroïque – sans tomber dans la pure figuration de service public. Finalement un film à suspense éventé foncièrement manichéen (une main de la lumière et du Bien tendue vers l’Allemagne), sans à-côtés baveux et sans trajectoires intimes très étoffées. Un épilogue plus humain et moins grave aurait été préférable – Carice Van Houten (deux ans après Black Book) n’est même pas reconnaissable car, comme l’ensemble des personnages secondaires, elle ne sert qu’à refléter une ou deux émotions. (64)

Vu une fois dans de mauvaises conditions en 2009, revu en juillet 2019.

Comment j’ai fêté la fin du monde ** (Roumanie 2006) : J’en avais aucun souvenir et c’est parti pour se répéter. Un doute subsistait : était-je passé à côté d’un tableau profond, car quelques détails relevaient la sauce !? Je me les suis effectivement rappelé (cette prof blonde typique, le vieux tout enthousiaste à la chute du dictateur et immédiatement cassé par la mise à feu tout aussi joyeuse de sa voiture – les ‘copains’ l’ont pris trop vite au sérieux) mais ils ne valaient pas de se pencher spécialement sur ce film. Le film ne présente que des anecdotes et son centrage officiel sur le garçon est curieux, puisque sa grande sœur a un joli caractère et qu’elle meuble bien mieux que tous ses camarades. (52)

Découvert en février 2016 et revu en juillet 2019, toujours sur Mubi.

Bruce tout-puissant * (USA 2003) : Vulgaire et néanmoins bizarre, furieusement débile et niais (dépasse Ace Ventura et ses parties philosophiques ne font que l’enfoncer). Les projections semblent celles d’un petit garçon proche de la mort cérébrale, abruti par ses fantasmes de super-héros. J’avais détesté et décroché après le gag du singe, en était sorti avec un a-priori déplorable [déjà induit par ses pitreries télé] concernant le clown Carrey (corrigé peu après grâce à Truman Show, puis avec Philip Morris) ; finalement ce film n’est pas une des pires choses tournées mais reste probablement la pire avec Jim Carrey. Elle a un pied dans le sentimental et la prêche émotionnelle qui rendent Carrey décalé dans un nouveau et regrettable sens (les flonflons familiaux gâchaient à peine Menteur menteur, passait pour un obstacle allègrement surmonté). Le lien avec Aniston est peu crédible également, même si son personnage est parfaitement vraisemblable. Bien sûr le film oscille entre légèrement et odieusement moche. Les séquences avec ‘Dieu’ Freeman sont trop consternantes pour rester simplement embarrassantes. Pas grand-chose à retenir, le bizutage de Steve Carell surnage à peine, quelques séquences liées aux pouvoirs sont relativement marquantes (la lune, le passage en musique dans la rue). C’était une vilaine expérience avec un arrière-goût sordide. Elle annonce la dérive ‘chamallow’ accompagnant la chute de la carrière de Carrey malgré quelques éclats (comme Eternal sunshine). (28)

Vu partiellement vers 2005, revu en juillet 2019.

L’opération Corned Beef *** (France 1991) : Une comédie grasse et flamboyante signée Poiré avec Clavier, deux ans avant Les Visiteurs et quatre avant Les anges gardiens. On y retrouve les ressorts typiques du cinéma de Poiré, avec ces gags destroy mais aussi des caricatures vaguement mesquines : la grosse avec des scènes assassines et des plans gratuits soulignant sa démarche puis sa tardive prise de conscience (deux costaudes auront un rôle-éclair similaire dans Les visiteurs 2), le dictateur latino. Le couple ‘vieille France’ est moins écorné, on sent davantage de sympathie pour les personnages certes bouffons de Clavier et Lemercier. Jean Reno n’est pas brillant et plombe presque certaines scènes, heureusement l’outrance et la vitesse de la mise en scène l’en empêchent. Tout oscille entre la beauferie adulte et les délires enfantins, la voix de Mitterrand relève du second. On pourrait croire que l’opération fait écho à l’affaire des écoutes de 1982-86, or elles n’ont été révélées qu’en 1992 : dans un autre registre les critiques en feraient des tonnes sur le flair du scénariste ou du réalisateur. (64)ou+

Vu certainement en 2016 ou 2017, revu en août 2019. Peut-être vu plus jeune.

99 francs ** (France 200) : On y croit un temps et il y a bien des passages potentiellement succulents (la réunion tout particulièrement), mais ça tient difficilement sur plus de 70 minutes. À terme c’est toujours les mêmes problèmes et la même complaisance pseudo-masochiste, vraiment exhibitionniste. On sent cette quête du petit supplément d’âme et de conscience critique pour ces gens-là, les admirateurs de leur milieu, leurs contempteurs hypocrites ou médiocres – puis bien sûr pour tous les autres qui le voudront bien, mais on sort du cœur de cible/noyau dur qui fera la force et l’aura du film. Je reconnaît qu’il y a de la ressource dans cette bête-là mais c’est encore trop ensorcelé par ce que ça prétend dénoncer et à l’image du tour de la fin, c’est superficiel et complètement penaud dès qu’il s’agit de dépasser la provoc ou la posture. (62)

Vu partiellement peu de temps après sa sortie. Revu l’été 2019.

Astérix & Obélix mission Cléopâtre ** (France 2002) : Même si ses atouts au niveau du casting et des décors gardent de leur efficacité, Mission Cléopâtre n’est pas à l’abri d’une réévaluation générale à la baisse. Une grande partie de l’humour repose sur des références anachroniques ; sans surprise celles portées par Itinéris ont mal vieilli. Jamel apparaît comme une sorte de sous-Eric Judor pas drôle. Il n’est pas exaspérant comme il le sera plus tard à cause de la faiblesse des univers autour de lui – quoiqu’il arrive son ‘génie’ n’est pas responsable du succès ou non d’une entreprise ; mais je suppose qu’il peut amuser certains enfants coutumiers de ses réflexes.

Je craignais que placer La surprise de César à peu près au même niveau soit une sorte de snobisme ou une volonté d’originalité opérant à mon insu ; je dois vérifier l’objet lui-même, mais en revenant sur son concurrent, les placer au moins à égalité ne me semble pas tricher. Mission Cléopâtre démarre fort, recycle habilement des éléments secondaires (les pirates), puis à mesure qu’il a posé les enjeux s’épuise. Il connaît une lourde chute après la sortie de pyramide en format bande-dessinée, avec des moments longuets voire assez nuls comme les batailles impliquant Darmon. Le final est assez pauvre et trop centré sur les petites personnes des participants ou du moins leurs personnages sociaux. (58)

Vu en salles à sa sortie et plusieurs fois depuis. Revu pendant le dernier trimestre 2019.

Topaz / L’étau ** (USA 1969) : De jolies scènes (la fille s’évanouissant dans sa robe violette, les grosses manifestations soviétiques), mais des interprétations douteuses, un scénario et un rythme flottants. On peut y voir la contradiction de James Bond mais l’agent principal est un OSS 117 insipide. On assiste à des scènes lentes et laborieuses plutôt que de démonstrations hautement ‘réalistes’. Politiquement le niveau ne dépasse pas la mesquinerie (envers des représentants français) mais il faudrait être un anti-américain susceptible ou un sympathisant socialo-communiste pour en être remué – même s’il est facile de se sentir plus concerné que ces guerilleros mollassons. La partie romance est encore plus fadasse et inepte. Probablement le moins bon de la carrière d’Hitchcock qui approchait de son terme – heureusement les ultimes opus bénéficient de leur relative extravagance – ou vulgarité (Frenzy particulièrement). (44)

Vu une fois en 2014 ou avant, revu en novembre 2019.

Ravenous / Vorace *** (USA 1999) : Malin et bizarre. Palabre sur la transgression et l’égoïsme viscéral, avec quelques sorties brûlantes comme « La normalité, le dernier bastion des lâches ». Une certaine légèreté et ses façons de ‘huis-clos’ interdisent d’aller au bout des ses raisonnements odieux et encourage le flou artistique dans le scénario. (64) 

Vu une fois il y a dix-onze ans.

Inland Empire ** (USA 2006) : C’était le moins bon et le moins stimulant à mes yeux à l’époque, en-dessous d’opus plus classiques ou renommés qui ne m’ont que modérément touché. C’est probablement normal que son réalisateur ait pris des distances avec le cinéma par la suite, tant il semble avoir fait le tour du medium ou de ce qu’il pouvait en triturer (à moins bien sûr de régresser vers du Godard ou du Cavalier). Le style Lynch semble sacrifié au profit de quelque chose de plus ‘cosy’, jusqu’au générique de fin annihilant toute magie du cinéma. Même si aujourd’hui le film se suit relativement facilement, probablement car il rejoint un genre de bidouillages presque courant, il contient trop de redites par rapport aux œuvres ultérieures et seul son mystère trompe l’ennui. (62)

Vu partiellement sinon totalement, pas plus de quatre ans après sa sortie. Revu sur Mubi en décembre 2019.

MINI-CRITIQUES COURTS MUBI 3 (2019)

7 Jan

Ultra Pulpe ** (France 2018 – 36min) : Original, coloré, outrancièrement ringard. Cite et prolonge l’underground ‘glam gore’ des années 70-80. Ces raffinements et dégueulis kitschs passent, les dialogues sont un cauchemar de balourdise et d’insignifiance maniérées – indéniablement tout ça est amusant, peut-être même fascinant. On ne peut pas faire cent fois et pendant trente ans le reboot bis des Prédateurs. À retenir : « C’est ça que tu veux maman !? Voir ta fille nue violée sur Mars !? ». (46)

L’opéra-mouffe ** (France 1958 – 16min) : Court de Varda prenant la misère du bon côté. Nudité en abondance, romantisme, sympathie envers les gueules d’atmosphère et esprit ‘carpe diem’. Quelques scènes plus étranges (les colombes enfermées) et une musique/chanson d’accompagnement pesantes. (52)

Salut les cubains ** (France 1963 – 29min) : ‘Salut les révolutionnaires’ aurait été aussi approprié. Petit documentaire alignant 1.800 photos, régulièrement mises en mouvement (avec abus éventuellement – trois fois la même série où danse un type). Part dans tous les sens et ne se soucie pas d’aller au fond des choses, parfois même pas de la véracité : l’emphase écrase le reste (c’est plus critique concernant la peinture, plus attendu et ‘excusable’ s’agissant de mœurs ou de politique). (48)

Uncle Yanco ** (USA 1967 – 19min) : Varda chez son oncle hippie à San Francisco. Énonce des choses bien fraîches et joyeuses, entre banalités de positionnement, bizarreries arbitraires et poésie. Des répétitions dont je ne comprends pas l’intérêt et pour lesquelles je n’ai aucun goût (principalement les retours vers la réalisatrice). (48)

Travel Songs ** (USA 1981 – 24min) : Compilation d’images en mouvement capturées au cours de deux décennies de voyages et de tournages. Bon si on veut jouer au touriste expéditif à Moscou, Assise et Stockholm en 1971-67-80, donc apercevoir les tenues et ambiances d’époque – plus encore si on veut apercevoir les amis et rencontres de Mekas (je vous laisse cette partie). Ou si on est sensible à l’art photographique ; il y a bien de jolies images (davantage que dans Réminiscences en Lituanie avec sa famille) sous de beaux éclairages et avec des jeux de montage (montant en qualité et intensité). La projection en accéléré est un choix heureux, si on met de côté la souffrance oculaire. Pas de son la plupart du temps ; tant mieux car lorsque c’est le cas (lecture du journal de Mekas par Angus MacLise – info Mubi), les banalités biologiques, sentimentales et personnelles de la voix-off sont au moins aussi accablantes que leur supposée vocation méditative – les bruits de bouche achèvent de m’ennuyer. Troisième et dernier film signé Jonas Mekas pour ma part, sauf si j’ai l’occasion de voir d’autres courts sur des thèmes m’intéressant spécialement (mais comme l’apport documentaire est nul ça ne devrait pas valoir le coup), ou si son fameux As I Was Moving Ahead (de cinq heures et à la cote formidable) m’est accessible (il pourrait me faire changer d’avis). (46)

Une sale histoire ** (France 1977 – 47min) : Moyen de Jean Eustache en deux parties, la première jouant l’authenticité et la seconde étant sa version ouvertement mise en scène. Lonsdale est un excellent conteur et excellent exemple d’hypocrite ou de baratineur à soi-même. La deuxième partie est plus concise, expulse les bafouilles et les redites, mais est sûrement moins marquante. Dans le premier, une des trois femmes (Josée Yann) fait penser à Elie Semoun et certains de ses personnages ! (52)

Non réconciliés ou Seule la violence aide où la violence règne * (Allemagne de l’Ouest 1965 – 53min) : Second film de Straub – Huillet, adaptation du roman Billard à neuf heures et demie d’Heinrich Boll (1959). Une collection de scènes et d’impressions (en de rares moments, superposées) plongeant dans l’Allemagne des soixante dernières années. On montre ou suggère l’objectivation par la culture politique ou religieuse, l’agencement des gens par rapport aux normes collectives exigeantes. Belle photo, beaux acteurs, aucun intérêt sérieux – hormis ce qu’on peut ‘deviner’ politiquement et socialement, comme la prolongation à de bons postes de notables et de ‘bonnes personnes’ impliquées dans des fonctions ‘à responsabilité’ sous le IIIe Reich ; ou le maintien de l’état d’esprit servile et idéaliste qui a préparé le terrain au nazisme. Mais tout ça est à déduire ou raccommoder, le film apporte un point de vue dérisoire et éthéré. (36)

Au passage : la présentation des films par Mubi [ou Mubi France] est déplorable, non plus seulement à cause de l’emphase et de l’intellectualisme débile mais carrément car il arrive que les phrases n’aient pas de sens, égarés des mots ou des caractères. Le ‘Synopsis’ est devenu aussi bête que le carré ‘Opinion’.

La Libertad * (Colombie 2017 – 30min) : Documentaire produit par le Sensory Ethnography Lab d’Harvard. Placide et fidèle à son registre, avec tout de même une pointe d’expectative/interrogative. Laura Huertas Millan filme des artisans à l’œuvre et les interviewe. Il se pourrait que ça rationalise méchamment – pour se défendre dans un mode de vie frustrant. À la 26e minute je crois entendre une déclinaison locale de Réussir sa vie – ce merveilleux hymne de Bernard Tapie. (42)

Sol Negro * (Colombie 2016 – 42min) : Plus raffiné, plus copieux, plus investi que La Libertad. Pas plus séduisant ni convaincant me concernant. Certaines discussions sont interminables et leur pertinence fondamentale m’échappe. Au demeurant ce cinéma n’est pas très fort pour communiquer l’émotion : tout de même de jolies scènes en ce sens (le chant final), sinon c’est en montrant ces femmes en proie à leurs émotions, déclarer leurs souffrances, qu’on peut la percevoir et éventuellement la ressentir. (38)

Les îles ** (France 2017 – 24min) : Une fugue libidinale avec orgie de sentiments. À la vue d’un tel film il devient impossible de ne plus associer Yann Gonzalez et Mandico. Ce court est justement une contribution au film à sketches Ultra rêve (2018, leur ‘année’ à tous les deux mais surtout celle de Mandico grâce aux Garçons sauvages) où ils sont réunis (Mandico a donné Ultra pulpe). Évidemment ces Îles sont originales mais Land of my dreams avait le mérite de ne pouvoir être associé à aucun autre créateur contemporain précis. Les dialogues et le surgissement d’un homme masqué mal intentionné annoncent avec précision le long-métrage Un couteau dans le cœur. (58)

Black Panthers * (USA 1968 – 28min) : Reportage assez pauvre qui n’a rien des arguments déjà minces habituellement au bénéfice de la réalisatrice (le pittoresque, les rencontres un peu approfondies, les élans surréalistes, le catalogage consistant d’œuvres, de laïus ou de personnalités). Bavarde sur ‘l’avant-garde’ de la cause noire qui se raccordait naturellement avec le marxisme-léninisme, en dépassant la part ‘mentale’ de l’idéologie par le tribalisme. Un bon sujet pour l’approche servile, ‘téteuse’ et geignarde propre à Agnès Varda. Elle se focalise longuement sur la fierté capillaire et le retour au naturel ‘black’ avant d’approuver candidement la violence contre la police et les milices noires, sans trop quadriller le terrain ni se soucier des suites – même de celles des frères ou camarades. Elle passe simplement de bonnes vacances auprès de ces gens du côté de la revendication. (28)

Les dites Cariatides ** (France 1984 – 12min) : Gardera une valeur de témoignage et a intérêt à ne pas avoir de concurrence tant c’est finalement quelconque. Dommage que Varda impose sa voix si gentiment saoulante, quoique la tournure de son écriture soit le plus vivement rasant. Les anecdotes concernant Baudelaire élèvent le niveau dans l’absolu mais l’incurable niaiserie de l’auteure salope tout comme d’habitude. (52)

MINI CRITIQUES MUBI 6 (2019-2/2)

3 Jan

Seconde et dernière partie des mini de 2019 pour Mubi. Dernier semestre nettement moins rempli.

Sogongnyeo / Microhabitat ** (Corée du Sud 2018) : Sentimental opérationnel centré sur les difficultés à s’installer en vie d’adulte de coréens aux alentours de 30 ans. Problèmes de logement, de ‘rangement’ de soi et de marginalité douce. Sur le sujet Dream Home m’avait marqué ; bien sûr il y a aussi le tout frais Parasite. Plusieurs niveaux de comique et de l’empathie pour la protagoniste un peu ‘paumée’ de nature. (58)

Suggestions : Sans toit ni loi, Burning.

Bure Baruta / Baril de poudre / Cabaret Balkan ** (Serbie/Macédoine 1998) : L’Europe de l’Est aime pondre des farces sinistres ; celle-ci est plus ludique et dispersée que Filantropica (le ‘chef-d’œuvre’ de l’industrie roumaine). Focus, en une nuit et des poussières, sur une galerie d’amochés et d’excités, d’escrocs et de victimes. Dans Belgrade à l’époque où elle tenait une forme médiocre. Superficiel et fracassant. Pourrait plaire à Tarantino et à la fraction moins ‘gregarious nerd’ de son public. Serait tiré d’une pièce yougoslave de 1995. Mubi le proposait sous son nom américain ‘Cabaret Balkan’. (58)

Suggestions : Seul contre tous.

Walk the Walk * (USA 1970) : Un film psychédélique égaré jusqu’à sa restauration par l’équipe du ‘ByNWR’ (attachée à des nanars, films bis ou obscurs généralement de cette époque – l’enfance du réalisateur de Drive et Bronson). Bavard, un peu confus dans l’action et niais dans les propos. Difficile à suivre mais pas tant qu’Orgy of the Dead grâce à sa variété de ressources. Contexte underground avec des hippies déterminés et leur nouvel establishment (mariage, morale, coutumes). Un film pour voir gens se droguer, se livrer à la débauche, se complaire dans leur sentiment d’exclusion, de perdition ou simplement de transgression, puis aussi être aux prises avec le doute, la tristesse, une supposée vocation tragique. (26)

Sarah joue un loup-garou ** (Suisse 2017) : Suit une fille de 17 ans en plein égarement existentiel, désireuse de fuir, de préférence avec un ou une autre qui la comprenne. Dans une solitude psychologique large, mais aliénée par son entourage et en premier lieu sa famille (père narcissique, réactions curieuses, ambiances incestueuses). (58)

Ma mère ** (France 2004) : Accumulation de scènes de transgressions, presque toutes odieuses. De rares intermèdes le museau en l’air et l’humeur introspective. On en profite pas car les énoncés de Louis Garrel sont incompréhensibles. Même hors de son cas les problèmes de son sont récurrents. Mise en scène crue, on peut pas dire que ce cloaque soit esthétisé – sinon par son cadre géographique (îles Canaries). Loin d’être génial mais sûrement lynché à tort – sauf que je n’ai pas lu Bataille. (52)

Faust **** (Allemagne 1926) : à revoir, critique éventuelle. (8+)

L’enfant secret * (France 1979) : Le « vive l’anarchie » de poivrot amorphe aigri au lancement est à prendre comme un avertissement. Le protagoniste ânonnera des niaiseries : oui, « l’exil intérieur », c’est bien, tu sais placer de grandes et belles notions ! Pas de chance, l’écrasante majorité des humains est outillée pour comprendre, mais c’est pas grave poursuis sur ta voie de l’expérimentation visionnaire. Et puis comme la majorité des spectateurs d’un tel film est acquise d’avance, il n’y a pas de raison de mûrir un propos, travailler des dialogues, dans le sens du valide et de l’intelligible.

Garrel dirige n’importe comment, avec quand même de la ressource ; donc, des qualités pointent ; les analystes de complaisance n’en peuvent plus de tant de maîtrise ! Ce film doit posséder une valeur esthétique pour ceux qui l’ont découvert et décortiqué en contexte académique ; ou pour les amoureux de l’amour. Eux apprécieront de voir cette pauvre malade, ce brave amant en proie à mille petits tourments obscurs. Ces films-là veulent assister ces introvertis émouvants mais ne connaissent que des langages d’émotifs rongés et bloqués par une espèce d’intellectualité vide. Dans le monde de ces gens la concentration ou le retour vers soi signifient nécessairement ‘catatonie romantique’ avec jeunes gens ‘rebelles’ ou souffrants à deux de tension.

Par rapport à ça Le lit de la vierge était génial et prolifique. Mais hormis Le révélateur, Garrel pointe très bas à mes yeux ; j’ai peut-être eu le malheur de voir le pire, une période junkie prétentieuse par exemple ? (22)

Emerald Cities ** (USA 1983) : Très bien noté sur Mubi (3,7/5 avec 215 notes en fin de parcours), ce « byNWR » laissait un vague espoir. Demi-victoire, car c’est au-dessus de la moyenne, voire au second étage qualitatif de la collection. Deux versants : il observe des gens déglingués d’une façon un peu punk et décontractée ; enchaîne les extraits vidéo, issus de journaux télévisés ou de radio-trottoirs. Ces gens sont parfois ennuyants, les bouts de concerts sont finalement plus attrayants (grâce aux gueules et aux gesticulations des interprètes ; ensuite c’est affaire d’affinités). Le film veut certainement parler de politique mais semble y comprendre autant que les gens interrogés, soit que dalle. Heureusement ce politicard populiste centriste ou libertarien égaye la séance, sans quoi la valeur était juste celle d’un zapping poseur. Les amateurs de Strip-Tease et de cinéma underground pourront apprécier. Plus inégal que The Last Movie d’Hooper. (48)

Keep the river

Un crocodile tiré de ses méditations, bientôt décidé à bouffer du cannibale occasionnel !

Keep the River on Your Right : A Modern Cannibal Tale ** (USA 2000) : Une bien belle rencontre, d’un type aux expériences remarquables (et déviantes). Malheureusement ce documentaire, avec ses manières hyper douces, omet tout ce qui pourrait noircir ou simplement nuancer le tableau. Évidemment en premier lieu les actes de cannibalisme, mais surtout la façon dont ils se sont produits : avec une tribu, partie en bouffer une autre. Le film s’obstine à retarder ou éviter les précisions, se réoriente vers les considérations existentielles ou la gaudriole involontaire du passage à la télé. Si vraiment ce documentaire veut inviter à voir autrement, qu’il le fasse pleinement ; pas avec sa jolie carte postale aseptisante. Au lieu de ça il cite les réponses élégantes mais vaseuses de Tobias et ne va pas en chercher d’autres, ne l’interroge pas – ou plutôt, fait semblant et rapidement (manifestement les réalisateurs sont habiles). Idem pour la complaisance : soyez complaisants envers ce qu’est le bonhomme, mais pas envers ce qu’il présente ou ce qui est établi a-priori de lui-même ! Finalement cette séance potentiellement enrichissante et atypique s’avère une espèce d’hommage mou, une publicité visant à normaliser un cas et des faits extraordinaires (la tradition de circoncision bénéficie de la même indulgence souveraine). Tout ce qu’il en reste est un point de vue sceptique envers l’occident et la normalité, signé d’occidentaux naviguant entre New York et le tiers-monde luxuriant. Le tout sans avancer d’images ou d’arguments susceptibles de fâcher ou d’inquiéter – seulement l’ouverture, qui d’ailleurs peut générer les mêmes sentiments chez des gens spécialement ‘vigilants’. (54)

Nos héros sont morts ce soir ** (France 2013) : Démarre fort, patine à peine arrivé au milieu. Engage enfin les conflits avec la scène d’éclatage de face au bar puis celle où les deux amis se rabaissent mutuellement, mais continue à préférer ‘les scènes’ et les tableaux de son écorché à tout le reste. (58)

Suggestions : Les héros sont immortels/Guiraudie.

Trop tôt, trop tard * (France 1982) : Révolution trop tôt au Sud (colonies) et trop tard au Nord (chez les français). Dans la partie A on récite Engels auquel le film est dédié, puis dresse des comptabilités redondantes, sans plus d’analyse, tout en filmant des paysages bucoliques, champs et entrées de villages. La partie B) Mahmud Hussein (28e minute) s’intéresse au colonialisme Égypte et s’étend jusqu’aux cinq minutes d’archives en noir et blanc formant la conclusion. Les citations seront moins assommantes, la voix est relativement agréable. Ce film capture la réalité brute où l’humain ne fait que passer, ce que les autres n’affichent pas (dans les fictions) ou peu et moins (dans les autres documentaires de témoignages). Cette formule passive a parfois des vertus immersives, c’est le cas ici, où on conserve également une distance et n’a jamais à faire à des actions intenses ou compliquées, lorsqu’il y en a. La caméra rotative et la place donnée aux sons contextuels enrichissent cette approche végétative, même si les abus demeurent : cinq minutes plantés devant une probable sortie d’usine avec les passants et une atmosphère de marché aux puces ; quatre autres à voir deux petits groupes et d’autres types diversement affairés sur un chemin, frôlant la caméra pour la dépasser ; puis onze minutes à ‘flotter’ au-dessus de ce chemin de terre. Dans un cas comme celui-là c’est du tourisme relax.. ou de la surveillance désintéressée via drone. Le tandem de cinéastes marxistes a trouvé une parade honorable pour travestir ses faiblesses, sans trahir sa vocation. Il reste donc incapable de confronter l’Humanité, incapable d’envisager ses contradictions et d’accepter les nuances traversant tous, y compris les éclairés du dogme. Tout ce qu’on peut en tirer de solide politiquement n’est que ce vieux jus d’après lequel les petits-bourgeois seraient partout à prendre la relève des despotes antérieurs. (38)

Blizna / La cicatrice ** (Pologne 1976) : Comme Visconti (avec Bellissima) Kieslowski a démarré avec un film social crasseux sur les bords, montrant la corruption et les cartels dans son pays. Il est inondé de dialogues, la plupart très concrets, les autres abstraits et généralistes. Presque tous ont en commun d’être opaques ou lointains, car on ignore de quel dossier particulier il est question. L’ordre du jour et les combines se déroulent sous nos yeux ou plutôt sous nos oreilles mais nous ne savons pas de quoi il retourne finalement, sauf dans les grandes lignes de ce projet d’aménagement. S’agit-il de nous mettre en état d’impuissance abrutie comme l’étaient les sujets communistes ? Sur le fond aussi le film me laisse sceptique : voyons ce pauvre homme, contraint d’utiliser les outils de ses vils camarades, de pratiquer la purge ! Pauvre chevalier blanc entouré de pourris, respirant le pourri.. à tel point qu’on ne sait trop pour qui ou quoi il s’obstine ainsi à poursuivre le ‘bien’. On ne sait trop non plus en quoi ce ‘bien’ doit tellement en être un, ou pourquoi il serait si automatique (on se rapproche des films de gauche centriste fadasses pour ‘jeunes’ et joyeuses masses attardées comme il en pleut régulièrement – bien sûr le niveau de lucidité et de maturité est ici supérieur). Forcément notre preux camarade finalement se retire sur sa sphère privée, jouera sur son statut comme les autres, ou ne jouera rien (et après tout chez les soviets aussi on peut avoir de belles rentes). (48)

Le jardin des délices **** (Espagne 1970) : Sur une identité brisée que l’entourage tente de restaurer. Malheureusement l’intérêt financier et le pouvoir, certes mince et ‘provincial’, de la famille semble davantage motiver les équipes que l’affection pour l’homme – et l’admiration paraît inexistante, ou engloutie sous la raison de la concurrence ou les sentiments trop vifs des parents immédiats (comme ce fils ingrat lui attribuant ses fautes ou tentations manifestes). On flirte avec le surréalisme bien qu’on sache ou devine rapidement que les bizarreries soient dûes à un mélange de mise en scène de l’entourage et de souvenirs. La charge politique est limpide, la bourgeoisie locale s’affole en voyant son champion décrépit et ses associés (industriels) auront moins de scrupules à balayer les sentiments et traditions (ou pas de légitimité ni d’instinct pour les avoir comme masques). Dans les flash-back le richissisme amnésique tient des discours creux de pré-giscardien capitaliste. Signé Carlos Saura, bientôt auteur de Cria Cuervos. (78)

Elisa mon amour *** (Espagne 1977) : Accessible vu de loin, mais assez nébuleux finalement. Il maintient le doute et l’étend quant à la réalité de ces événements ; déjà dans Le jardin des délices, souvenirs et fantasmes se confondaient, mais cette fois l’intégrité de l’histoire est finalement sacrifiée au bénéfice de la retransmission générique des souvenirs et leurs recompositions, de la réparation de scènes et liens familiaux. (68)

Le hasard ** (Pologne 1981) : Malheureusement c’est aussi indécis, rigide et indulgent que son héros – un mix entre un jeune Macron et l’acteur d’Oslo 31 août. (62)

Brève histoire d’amour *** (Pologne 1988) : Une jolie histoire un brin lamentable. Les trois personnages principaux sont excellents. Trop court en tous points. Bonne mise en scène, inhabituellement épurée pour du Kieslowski. (72)

Général Idi Amin Dada *** (France 1974) : Des images assez précieuses qui rétrospectivement ne peuvent qu’amplifier la caricature, ou la compléter en soulignant la grande part de ‘parlotte’ candide du papa-dictateur. La mise en scène relève le niveau technique, avec quelques effets judicieux dans des moments critiques [de solitude ou de surcroît de fureur contenue du roi]. Les scènes sont très longues et peuvent donc mener à l’ennui, car les laïus du despote sont accablants à tous points de vue. Tourné par Schroeder (La vierge des tueurs, Maîtresse, JF partagerait appartement, Koko) avec des équipes de la chaîne télé française FR3. (66)

Je ne regrette rien de ma jeunesse ** (Japon 1946) : Plus explicitement la réalisation d’un américanophile (du cinéma), mais très pudique à un second niveau, avec une écriture radicalement verrouillée. Expressif, compositions de qualité, mais toujours difficilement accrocheur si on est pas très près du thème ou adepte de l’actrice principale. À moins qu’il soit d’autant plus frustrant dans ce cas, car le politique (le social moins) passe finalement pour un prétexte. Du Ozu mièvre, glamour et ‘limpide’ aurait peut-être ce goût-là. (58)

Tricheurs ** (France 1984) : Placide. Les acteurs secondaires se donnent du mal, le couple Ogier/Dutronc reste tranquille y compris pour jouer pics d’émotion ou emportements. Ce n’est pas assez vif ou déterminé pour sonner ‘théâtral’. Avec en plus ces enchaînements raides, ces plans larges dans des moments inopportuns (ou simplement laids), Schroeder montre une nouvelle fois ses limites de réalisateur et de directeur d’acteur. Malgré tout ces flottements ne manquent pas de charme grâce aux lieux de tournage, décors chics aujourd’hui ‘vintage’ ou même aux diverses postures humaines. Par rapport à Rien ne va plus les personnages sont peut-être plus engageants sur le papier mais en pratique ils sont encore plats et les acteurs sont beaucoup moins convaincants (spécialement Dutronc, surtout dans un versus avec Serrault). (56)

Une vie ** (France 1958) : Une adaptation de Maupassant par Astruc (déjà signataire du Rideau cramoisi tiré d’une nouvelle de Barbey d’Aurevilly). Bien propre, exécuté au mieux dans la mesure du possible (l’imitation de la mort dans le final ne prend pas), précis mais très partiel paraît-il. Je n’ai pas saisi ce que ce film apportait ou était censé apporter. Il peut ajouter une pierre à l’édifice des représentations de femmes aliénées, mais c’est bien tiède. (54)

Secrets et mensonges ** (UK 1996) : Voisine Kean Loach mais plus subtil et moins concluant. Excellent casting mais c’est un peu futile. On éclairera rien sur la conception – or si, c’est important, autant que le présent ou d’être réunis. Concernant l’obtention de la Palme, ça reste un peu aberrant, car le film n’a rien de brillant – peut-être qu’attribuer une fille noire à une femme blanche a envoûté le jury ? (62)

Trois couleurs : Blanc *** (France 1994) : N’atteint pas la joliesse et la prestance de Trois couleurs Bleu, mais m’a davantage convaincu et sans faiblir à terme. Les coups que se prend et surtout qu’accepte ce type rendent forcément la séance excellente. (74)

Trois couleurs : Rouge *** (France 1994) : Davantage de libertés dans les mouvements de caméra et l’introduction retraçant les ‘fils de la conversation’ – amène une proximité avec le cinéma de Jeunet. Excellente conclusion à la trilogie, malheureusement encore une fois avec Kieslowski je sent un plafond au moment où j’y adhère. Avec le recul Une brève histoire d’amour est peut-être le plus élégant. (72)

Le crime de monsieur Lange *** (France 1936) : À tous points de vue c’est un peu court mais j’apprécie ces petits films entre pathétique et satirique, qui contiennent beaucoup, témoignent de mœurs (et, pour nous un siècle après, d’une époque) et de rapports de force ou simplement d’humanités. Le numéro de Jules Berry, propre à ces temps-là et improbable aujourd’hui, engendre un méchant truculent – assez pour donner envie de pardonner les petits sacrifices en vraisemblance à la fin. Globalement le film cultive les qualités de la naïveté, l’utilise certainement pour mieux orienter vers des affinités idéologiques et des sympathies mutualistes (sinon carrément socialistes ?). (66)

Le déjeuner sur l’herbe *** (France 1959) : voir la critique. (68)

La tentation d’Isabelle * (France 1990) : Film romantique inepte. Réalisation inégale, acteurs valables pour des personnages à la fois caricaturaux et imbitables. Ça remue, ça fout quelques acteurs nus et met des grossièretés dans leur bouche pour ‘faire’ passionné, sauf que c’est trop décousu et théâtral pour qu’on y croit ou me donner envie d’aimer. (28)