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MINI-CRITIQUES COURTS MUBI 3 (2019)

7 Jan

Ultra Pulpe ** (France 2018 – 36min) : Original, coloré, outrancièrement ringard. Cite et prolonge l’underground ‘glam gore’ des années 70-80. Ces raffinements et dégueulis kitschs passent, les dialogues sont un cauchemar de balourdise et d’insignifiance maniérées – indéniablement tout ça est amusant, peut-être même fascinant. On ne peut pas faire cent fois et pendant trente ans le reboot bis des Prédateurs. À retenir : « C’est ça que tu veux maman !? Voir ta fille nue violée sur Mars !? ». (46)

L’opéra-mouffe ** (France 1958 – 16min) : Court de Varda prenant la misère du bon côté. Nudité en abondance, romantisme, sympathie envers les gueules d’atmosphère et esprit ‘carpe diem’. Quelques scènes plus étranges (les colombes enfermées) et une musique/chanson d’accompagnement pesantes. (52)

Salut les cubains ** (France 1963 – 29min) : ‘Salut les révolutionnaires’ aurait été aussi approprié. Petit documentaire alignant 1.800 photos, régulièrement mises en mouvement (avec abus éventuellement – trois fois la même série où danse un type). Part dans tous les sens et ne se soucie pas d’aller au fond des choses, parfois même pas de la véracité : l’emphase écrase le reste (c’est plus critique concernant la peinture, plus attendu et ‘excusable’ s’agissant de mœurs ou de politique). (48)

Uncle Yanco ** (USA 1967 – 19min) : Varda chez son oncle hippie à San Francisco. Énonce des choses bien fraîches et joyeuses, entre banalités de positionnement, bizarreries arbitraires et poésie. Des répétitions dont je ne comprends pas l’intérêt et pour lesquelles je n’ai aucun goût (principalement les retours vers la réalisatrice). (48)

Travel Songs ** (USA 1981 – 24min) : Compilation d’images en mouvement capturées au cours de deux décennies de voyages et de tournages. Bon si on veut jouer au touriste expéditif à Moscou, Assise et Stockholm en 1971-67-80, donc apercevoir les tenues et ambiances d’époque – plus encore si on veut apercevoir les amis et rencontres de Mekas (je vous laisse cette partie). Ou si on est sensible à l’art photographique ; il y a bien de jolies images (davantage que dans Réminiscences en Lituanie avec sa famille) sous de beaux éclairages et avec des jeux de montage (montant en qualité et intensité). La projection en accéléré est un choix heureux, si on met de côté la souffrance oculaire. Pas de son la plupart du temps ; tant mieux car lorsque c’est le cas (lecture du journal de Mekas par Angus MacLise – info Mubi), les banalités biologiques, sentimentales et personnelles de la voix-off sont au moins aussi accablantes que leur supposée vocation méditative – les bruits de bouche achèvent de m’ennuyer. Troisième et dernier film signé Jonas Mekas pour ma part, sauf si j’ai l’occasion de voir d’autres courts sur des thèmes m’intéressant spécialement (mais comme l’apport documentaire est nul ça ne devrait pas valoir le coup), ou si son fameux As I Was Moving Ahead (de cinq heures et à la cote formidable) m’est accessible (il pourrait me faire changer d’avis). (46)

Une sale histoire ** (France 1977 – 47min) : Moyen de Jean Eustache en deux parties, la première jouant l’authenticité et la seconde étant sa version ouvertement mise en scène. Lonsdale est un excellent conteur et excellent exemple d’hypocrite ou de baratineur à soi-même. La deuxième partie est plus concise, expulse les bafouilles et les redites, mais est sûrement moins marquante. Dans le premier, une des trois femmes (Josée Yann) fait penser à Elie Semoun et certains de ses personnages ! (52)

Non réconciliés ou Seule la violence aide où la violence règne * (Allemagne de l’Ouest 1965 – 53min) : Second film de Straub – Huillet, adaptation du roman Billard à neuf heures et demie d’Heinrich Boll (1959). Une collection de scènes et d’impressions (en de rares moments, superposées) plongeant dans l’Allemagne des soixante dernières années. On montre ou suggère l’objectivation par la culture politique ou religieuse, l’agencement des gens par rapport aux normes collectives exigeantes. Belle photo, beaux acteurs, aucun intérêt sérieux – hormis ce qu’on peut ‘deviner’ politiquement et socialement, comme la prolongation à de bons postes de notables et de ‘bonnes personnes’ impliquées dans des fonctions ‘à responsabilité’ sous le IIIe Reich ; ou le maintien de l’état d’esprit servile et idéaliste qui a préparé le terrain au nazisme. Mais tout ça est à déduire ou raccommoder, le film apporte un point de vue dérisoire et éthéré. (36)

Au passage : la présentation des films par Mubi [ou Mubi France] est déplorable, non plus seulement à cause de l’emphase et de l’intellectualisme débile mais carrément car il arrive que les phrases n’aient pas de sens, égarés des mots ou des caractères. Le ‘Synopsis’ est devenu aussi bête que le carré ‘Opinion’.

La Libertad * (Colombie 2017 – 30min) : Documentaire produit par le Sensory Ethnography Lab d’Harvard. Placide et fidèle à son registre, avec tout de même une pointe d’expectative/interrogative. Laura Huertas Millan filme des artisans à l’œuvre et les interviewe. Il se pourrait que ça rationalise méchamment – pour se défendre dans un mode de vie frustrant. À la 26e minute je crois entendre une déclinaison locale de Réussir sa vie – ce merveilleux hymne de Bernard Tapie. (42)

Sol Negro * (Colombie 2016 – 42min) : Plus raffiné, plus copieux, plus investi que La Libertad. Pas plus séduisant ni convaincant me concernant. Certaines discussions sont interminables et leur pertinence fondamentale m’échappe. Au demeurant ce cinéma n’est pas très fort pour communiquer l’émotion : tout de même de jolies scènes en ce sens (le chant final), sinon c’est en montrant ces femmes en proie à leurs émotions, déclarer leurs souffrances, qu’on peut la percevoir et éventuellement la ressentir. (38)

Les îles ** (France 2017 – 24min) : Une fugue libidinale avec orgie de sentiments. À la vue d’un tel film il devient impossible de ne plus associer Yann Gonzalez et Mandico. Ce court est justement une contribution au film à sketches Ultra rêve (2018, leur ‘année’ à tous les deux mais surtout celle de Mandico grâce aux Garçons sauvages) où ils sont réunis (Mandico a donné Ultra pulpe). Évidemment ces Îles sont originales mais Land of my dreams avait le mérite de ne pouvoir être associé à aucun autre créateur contemporain précis. Les dialogues et le surgissement d’un homme masqué mal intentionné annoncent avec précision le long-métrage Un couteau dans le cœur. (58)

Black Panthers * (USA 1968 – 28min) : Reportage assez pauvre qui n’a rien des arguments déjà minces habituellement au bénéfice de la réalisatrice (le pittoresque, les rencontres un peu approfondies, les élans surréalistes, le catalogage consistant d’œuvres, de laïus ou de personnalités). Bavarde sur ‘l’avant-garde’ de la cause noire qui se raccordait naturellement avec le marxisme-léninisme, en dépassant la part ‘mentale’ de l’idéologie par le tribalisme. Un bon sujet pour l’approche servile, ‘téteuse’ et geignarde propre à Agnès Varda. Elle se focalise longuement sur la fierté capillaire et le retour au naturel ‘black’ avant d’approuver candidement la violence contre la police et les milices noires, sans trop quadriller le terrain ni se soucier des suites – même de celles des frères ou camarades. Elle passe simplement de bonnes vacances auprès de ces gens du côté de la revendication. (28)

Les dites Cariatides ** (France 1984 – 12min) : Gardera une valeur de témoignage et a intérêt à ne pas avoir de concurrence tant c’est finalement quelconque. Dommage que Varda impose sa voix si gentiment saoulante, quoique la tournure de son écriture soit le plus vivement rasant. Les anecdotes concernant Baudelaire élèvent le niveau dans l’absolu mais l’incurable niaiserie de l’auteure salope tout comme d’habitude. (52)

MINI CRITIQUES MUBI 6 (2019-2/2)

3 Jan

Seconde et dernière partie des mini de 2019 pour Mubi. Dernier semestre nettement moins rempli.

Sogongnyeo / Microhabitat ** (Corée du Sud 2018) : Sentimental opérationnel centré sur les difficultés à s’installer en vie d’adulte de coréens aux alentours de 30 ans. Problèmes de logement, de ‘rangement’ de soi et de marginalité douce. Sur le sujet Dream Home m’avait marqué ; bien sûr il y a aussi le tout frais Parasite. Plusieurs niveaux de comique et de l’empathie pour la protagoniste un peu ‘paumée’ de nature. (58)

Suggestions : Sans toit ni loi, Burning.

Bure Baruta / Baril de poudre / Cabaret Balkan ** (Serbie/Macédoine 1998) : L’Europe de l’Est aime pondre des farces sinistres ; celle-ci est plus ludique et dispersée que Filantropica (le ‘chef-d’œuvre’ de l’industrie roumaine). Focus, en une nuit et des poussières, sur une galerie d’amochés et d’excités, d’escrocs et de victimes. Dans Belgrade à l’époque où elle tenait une forme médiocre. Superficiel et fracassant. Pourrait plaire à Tarantino et à la fraction moins ‘gregarious nerd’ de son public. Serait tiré d’une pièce yougoslave de 1995. Mubi le proposait sous son nom américain ‘Cabaret Balkan’. (58)

Suggestions : Seul contre tous.

Walk the Walk * (USA 1970) : Un film psychédélique égaré jusqu’à sa restauration par l’équipe du ‘ByNWR’ (attachée à des nanars, films bis ou obscurs généralement de cette époque – l’enfance du réalisateur de Drive et Bronson). Bavard, un peu confus dans l’action et niais dans les propos. Difficile à suivre mais pas tant qu’Orgy of the Dead grâce à sa variété de ressources. Contexte underground avec des hippies déterminés et leur nouvel establishment (mariage, morale, coutumes). Un film pour voir gens se droguer, se livrer à la débauche, se complaire dans leur sentiment d’exclusion, de perdition ou simplement de transgression, puis aussi être aux prises avec le doute, la tristesse, une supposée vocation tragique. (26)

Sarah joue un loup-garou ** (Suisse 2017) : Suit une fille de 17 ans en plein égarement existentiel, désireuse de fuir, de préférence avec un ou une autre qui la comprenne. Dans une solitude psychologique large, mais aliénée par son entourage et en premier lieu sa famille (père narcissique, réactions curieuses, ambiances incestueuses). (58)

Ma mère ** (France 2004) : Accumulation de scènes de transgressions, presque toutes odieuses. De rares intermèdes le museau en l’air et l’humeur introspective. On en profite pas car les énoncés de Louis Garrel sont incompréhensibles. Même hors de son cas les problèmes de son sont récurrents. Mise en scène crue, on peut pas dire que ce cloaque soit esthétisé – sinon par son cadre géographique (îles Canaries). Loin d’être génial mais sûrement lynché à tort – sauf que je n’ai pas lu Bataille. (52)

Faust **** (Allemagne 1926) : à revoir, critique éventuelle. (8+)

L’enfant secret * (France 1979) : Le « vive l’anarchie » de poivrot amorphe aigri au lancement est à prendre comme un avertissement. Le protagoniste ânonnera des niaiseries : oui, « l’exil intérieur », c’est bien, tu sais placer de grandes et belles notions ! Pas de chance, l’écrasante majorité des humains est outillée pour comprendre, mais c’est pas grave poursuis sur ta voie de l’expérimentation visionnaire. Et puis comme la majorité des spectateurs d’un tel film est acquise d’avance, il n’y a pas de raison de mûrir un propos, travailler des dialogues, dans le sens du valide et de l’intelligible.

Garrel dirige n’importe comment, avec quand même de la ressource ; donc, des qualités pointent ; les analystes de complaisance n’en peuvent plus de tant de maîtrise ! Ce film doit posséder une valeur esthétique pour ceux qui l’ont découvert et décortiqué en contexte académique ; ou pour les amoureux de l’amour. Eux apprécieront de voir cette pauvre malade, ce brave amant en proie à mille petits tourments obscurs. Ces films-là veulent assister ces introvertis émouvants mais ne connaissent que des langages d’émotifs rongés et bloqués par une espèce d’intellectualité vide. Dans le monde de ces gens la concentration ou le retour vers soi signifient nécessairement ‘catatonie romantique’ avec jeunes gens ‘rebelles’ ou souffrants à deux de tension.

Par rapport à ça Le lit de la vierge était génial et prolifique. Mais hormis Le révélateur, Garrel pointe très bas à mes yeux ; j’ai peut-être eu le malheur de voir le pire, une période junkie prétentieuse par exemple ? (22)

Emerald Cities ** (USA 1983) : Très bien noté sur Mubi (3,7/5 avec 215 notes en fin de parcours), ce « byNWR » laissait un vague espoir. Demi-victoire, car c’est au-dessus de la moyenne, voire au second étage qualitatif de la collection. Deux versants : il observe des gens déglingués d’une façon un peu punk et décontractée ; enchaîne les extraits vidéo, issus de journaux télévisés ou de radio-trottoirs. Ces gens sont parfois ennuyants, les bouts de concerts sont finalement plus attrayants (grâce aux gueules et aux gesticulations des interprètes ; ensuite c’est affaire d’affinités). Le film veut certainement parler de politique mais semble y comprendre autant que les gens interrogés, soit que dalle. Heureusement ce politicard populiste centriste ou libertarien égaye la séance, sans quoi la valeur était juste celle d’un zapping poseur. Les amateurs de Strip-Tease et de cinéma underground pourront apprécier. Plus inégal que The Last Movie d’Hooper. (48)

Keep the river

Un crocodile tiré de ses méditations, bientôt décidé à bouffer du cannibale occasionnel !

Keep the River on Your Right : A Modern Cannibal Tale ** (USA 2000) : Une bien belle rencontre, d’un type aux expériences remarquables (et déviantes). Malheureusement ce documentaire, avec ses manières hyper douces, omet tout ce qui pourrait noircir ou simplement nuancer le tableau. Évidemment en premier lieu les actes de cannibalisme, mais surtout la façon dont ils se sont produits : avec une tribu, partie en bouffer une autre. Le film s’obstine à retarder ou éviter les précisions, se réoriente vers les considérations existentielles ou la gaudriole involontaire du passage à la télé. Si vraiment ce documentaire veut inviter à voir autrement, qu’il le fasse pleinement ; pas avec sa jolie carte postale aseptisante. Au lieu de ça il cite les réponses élégantes mais vaseuses de Tobias et ne va pas en chercher d’autres, ne l’interroge pas – ou plutôt, fait semblant et rapidement (manifestement les réalisateurs sont habiles). Idem pour la complaisance : soyez complaisants envers ce qu’est le bonhomme, mais pas envers ce qu’il présente ou ce qui est établi a-priori de lui-même ! Finalement cette séance potentiellement enrichissante et atypique s’avère une espèce d’hommage mou, une publicité visant à normaliser un cas et des faits extraordinaires (la tradition de circoncision bénéficie de la même indulgence souveraine). Tout ce qu’il en reste est un point de vue sceptique envers l’occident et la normalité, signé d’occidentaux naviguant entre New York et le tiers-monde luxuriant. Le tout sans avancer d’images ou d’arguments susceptibles de fâcher ou d’inquiéter – seulement l’ouverture, qui d’ailleurs peut générer les mêmes sentiments chez des gens spécialement ‘vigilants’. (54)

Nos héros sont morts ce soir ** (France 2013) : Démarre fort, patine à peine arrivé au milieu. Engage enfin les conflits avec la scène d’éclatage de face au bar puis celle où les deux amis se rabaissent mutuellement, mais continue à préférer ‘les scènes’ et les tableaux de son écorché à tout le reste. (58)

Suggestions : Les héros sont immortels/Guiraudie.

Trop tôt, trop tard * (France 1982) : Révolution trop tôt au Sud (colonies) et trop tard au Nord (chez les français). Dans la partie A on récite Engels auquel le film est dédié, puis dresse des comptabilités redondantes, sans plus d’analyse, tout en filmant des paysages bucoliques, champs et entrées de villages. La partie B) Mahmud Hussein (28e minute) s’intéresse au colonialisme Égypte et s’étend jusqu’aux cinq minutes d’archives en noir et blanc formant la conclusion. Les citations seront moins assommantes, la voix est relativement agréable. Ce film capture la réalité brute où l’humain ne fait que passer, ce que les autres n’affichent pas (dans les fictions) ou peu et moins (dans les autres documentaires de témoignages). Cette formule passive a parfois des vertus immersives, c’est le cas ici, où on conserve également une distance et n’a jamais à faire à des actions intenses ou compliquées, lorsqu’il y en a. La caméra rotative et la place donnée aux sons contextuels enrichissent cette approche végétative, même si les abus demeurent : cinq minutes plantés devant une probable sortie d’usine avec les passants et une atmosphère de marché aux puces ; quatre autres à voir deux petits groupes et d’autres types diversement affairés sur un chemin, frôlant la caméra pour la dépasser ; puis onze minutes à ‘flotter’ au-dessus de ce chemin de terre. Dans un cas comme celui-là c’est du tourisme relax.. ou de la surveillance désintéressée via drone. Le tandem de cinéastes marxistes a trouvé une parade honorable pour travestir ses faiblesses, sans trahir sa vocation. Il reste donc incapable de confronter l’Humanité, incapable d’envisager ses contradictions et d’accepter les nuances traversant tous, y compris les éclairés du dogme. Tout ce qu’on peut en tirer de solide politiquement n’est que ce vieux jus d’après lequel les petits-bourgeois seraient partout à prendre la relève des despotes antérieurs. (38)

Blizna / La cicatrice ** (Pologne 1976) : Comme Visconti (avec Bellissima) Kieslowski a démarré avec un film social crasseux sur les bords, montrant la corruption et les cartels dans son pays. Il est inondé de dialogues, la plupart très concrets, les autres abstraits et généralistes. Presque tous ont en commun d’être opaques ou lointains, car on ignore de quel dossier particulier il est question. L’ordre du jour et les combines se déroulent sous nos yeux ou plutôt sous nos oreilles mais nous ne savons pas de quoi il retourne finalement, sauf dans les grandes lignes de ce projet d’aménagement. S’agit-il de nous mettre en état d’impuissance abrutie comme l’étaient les sujets communistes ? Sur le fond aussi le film me laisse sceptique : voyons ce pauvre homme, contraint d’utiliser les outils de ses vils camarades, de pratiquer la purge ! Pauvre chevalier blanc entouré de pourris, respirant le pourri.. à tel point qu’on ne sait trop pour qui ou quoi il s’obstine ainsi à poursuivre le ‘bien’. On ne sait trop non plus en quoi ce ‘bien’ doit tellement en être un, ou pourquoi il serait si automatique (on se rapproche des films de gauche centriste fadasses pour ‘jeunes’ et joyeuses masses attardées comme il en pleut régulièrement – bien sûr le niveau de lucidité et de maturité est ici supérieur). Forcément notre preux camarade finalement se retire sur sa sphère privée, jouera sur son statut comme les autres, ou ne jouera rien (et après tout chez les soviets aussi on peut avoir de belles rentes). (48)

Le jardin des délices **** (Espagne 1970) : Sur une identité brisée que l’entourage tente de restaurer. Malheureusement l’intérêt financier et le pouvoir, certes mince et ‘provincial’, de la famille semble davantage motiver les équipes que l’affection pour l’homme – et l’admiration paraît inexistante, ou engloutie sous la raison de la concurrence ou les sentiments trop vifs des parents immédiats (comme ce fils ingrat lui attribuant ses fautes ou tentations manifestes). On flirte avec le surréalisme bien qu’on sache ou devine rapidement que les bizarreries soient dûes à un mélange de mise en scène de l’entourage et de souvenirs. La charge politique est limpide, la bourgeoisie locale s’affole en voyant son champion décrépit et ses associés (industriels) auront moins de scrupules à balayer les sentiments et traditions (ou pas de légitimité ni d’instinct pour les avoir comme masques). Dans les flash-back le richissisme amnésique tient des discours creux de pré-giscardien capitaliste. Signé Carlos Saura, bientôt auteur de Cria Cuervos. (78)

Elisa mon amour *** (Espagne 1977) : Accessible vu de loin, mais assez nébuleux finalement. Il maintient le doute et l’étend quant à la réalité de ces événements ; déjà dans Le jardin des délices, souvenirs et fantasmes se confondaient, mais cette fois l’intégrité de l’histoire est finalement sacrifiée au bénéfice de la retransmission générique des souvenirs et leurs recompositions, de la réparation de scènes et liens familiaux. (68)

Le hasard ** (Pologne 1981) : Malheureusement c’est aussi indécis, rigide et indulgent que son héros – un mix entre un jeune Macron et l’acteur d’Oslo 31 août. (62)

Brève histoire d’amour *** (Pologne 1988) : Une jolie histoire un brin lamentable. Les trois personnages principaux sont excellents. Trop court en tous points. Bonne mise en scène, inhabituellement épurée pour du Kieslowski. (72)

Général Idi Amin Dada *** (France 1974) : Des images assez précieuses qui rétrospectivement ne peuvent qu’amplifier la caricature, ou la compléter en soulignant la grande part de ‘parlotte’ candide du papa-dictateur. La mise en scène relève le niveau technique, avec quelques effets judicieux dans des moments critiques [de solitude ou de surcroît de fureur contenue du roi]. Les scènes sont très longues et peuvent donc mener à l’ennui, car les laïus du despote sont accablants à tous points de vue. Tourné par Schroeder (La vierge des tueurs, Maîtresse, JF partagerait appartement, Koko) avec des équipes de la chaîne télé française FR3. (66)

Je ne regrette rien de ma jeunesse ** (Japon 1946) : Plus explicitement la réalisation d’un américanophile (du cinéma), mais très pudique à un second niveau, avec une écriture radicalement verrouillée. Expressif, compositions de qualité, mais toujours difficilement accrocheur si on est pas très près du thème ou adepte de l’actrice principale. À moins qu’il soit d’autant plus frustrant dans ce cas, car le politique (le social moins) passe finalement pour un prétexte. Du Ozu mièvre, glamour et ‘limpide’ aurait peut-être ce goût-là. (58)

Tricheurs ** (France 1984) : Placide. Les acteurs secondaires se donnent du mal, le couple Ogier/Dutronc reste tranquille y compris pour jouer pics d’émotion ou emportements. Ce n’est pas assez vif ou déterminé pour sonner ‘théâtral’. Avec en plus ces enchaînements raides, ces plans larges dans des moments inopportuns (ou simplement laids), Schroeder montre une nouvelle fois ses limites de réalisateur et de directeur d’acteur. Malgré tout ces flottements ne manquent pas de charme grâce aux lieux de tournage, décors chics aujourd’hui ‘vintage’ ou même aux diverses postures humaines. Par rapport à Rien ne va plus les personnages sont peut-être plus engageants sur le papier mais en pratique ils sont encore plats et les acteurs sont beaucoup moins convaincants (spécialement Dutronc, surtout dans un versus avec Serrault). (56)

Une vie ** (France 1958) : Une adaptation de Maupassant par Astruc (déjà signataire du Rideau cramoisi tiré d’une nouvelle de Barbey d’Aurevilly). Bien propre, exécuté au mieux dans la mesure du possible (l’imitation de la mort dans le final ne prend pas), précis mais très partiel paraît-il. Je n’ai pas saisi ce que ce film apportait ou était censé apporter. Il peut ajouter une pierre à l’édifice des représentations de femmes aliénées, mais c’est bien tiède. (54)

Secrets et mensonges ** (UK 1996) : Voisine Kean Loach mais plus subtil et moins concluant. Excellent casting mais c’est un peu futile. On éclairera rien sur la conception – or si, c’est important, autant que le présent ou d’être réunis. Concernant l’obtention de la Palme, ça reste un peu aberrant, car le film n’a rien de brillant – peut-être qu’attribuer une fille noire à une femme blanche a envoûté le jury ? (62)

Trois couleurs : Blanc *** (France 1994) : N’atteint pas la joliesse et la prestance de Trois couleurs Bleu, mais m’a davantage convaincu et sans faiblir à terme. Les coups que se prend et surtout qu’accepte ce type rendent forcément la séance excellente. (72)

Trois couleurs : Rouge *** (France 1994) : Davantage de libertés dans les mouvements de caméra et l’introduction retraçant les ‘fils de la conversation’ – amène une proximité avec le cinéma de Jeunet. Excellente conclusion à la trilogie, malheureusement encore une fois avec Kieslowski je sent un plafond au moment où j’y adhère. Avec le recul Une brève histoire d’amour est peut-être le plus élégant. (72)

Le crime de monsieur Lange *** (France 1936) : À tous points de vue c’est un peu court mais j’apprécie ces petits films entre pathétique et satirique, qui contiennent beaucoup, témoignent de mœurs (et, pour nous un siècle après, d’une époque) et de rapports de force ou simplement d’humanités. Le numéro de Jules Berry, propre à ces temps-là et improbable aujourd’hui, engendre un méchant truculent – assez pour donner envie de pardonner les petits sacrifices en vraisemblance à la fin. Globalement le film cultive les qualités de la naïveté, l’utilise certainement pour mieux orienter vers des affinités idéologiques et des sympathies mutualistes (sinon carrément socialistes ?). (66)

Le déjeuner sur l’herbe *** (France 1959) : voir la critique. (68)

La tentation d’Isabelle * (France 1990) : Film romantique inepte. Réalisation inégale, acteurs valables pour des personnages à la fois caricaturaux et imbitables. Ça remue, ça fout quelques acteurs nus et met des grossièretés dans leur bouche pour ‘faire’ passionné, sauf que c’est trop décousu et théâtral pour qu’on y croit ou me donner envie d’aimer. (28)

MINI CRITIQUES MUBI 5 (2019-1/2)

28 Nov

Même s’il est tard je poste maintenant les Mini pour Mubi du premier semestre. Le reste de 2019 sera publié en un post. Ce sera probablement l’avant-dernière année.

Le vieux jardin ** (Corée 2007) : La vie après la révolution (et son échec) et après 17 ans sorti de la vie civile (et normale). Pas poseur et théorique comme Il est mort après la guerre d’Oshima. Longtemps agréable, mais trop turbulent sur la fin, rongé par son originalité, des sentiments voire une narration éparpillés. Le laïus face caméra à la 98′ n’est pas forcément pertinent. Signé Im Sang Soo, dont j’avais déjà apprécié The Housemaid et L’ivresse de l’argent. (58)

Playtime ** (F 1967) : critique à venir probablement. Sinon dans une mini-critique des Revus, qui sera relativement longue. (5 à 6)

Trafic * (France 1971) : Tati en roue-libre pour un de ses derniers film ; à ce stade ça n’a plus d’intérêt rationnel. On va simplement aimer des détails d’ambiance, l’occasion de voir la réalité en 1971 – si on vit à l’écart du monde ou de 1971, ça peut être attirant par moments. L’humour est plus franc que dans Playtime (les dialogues et le narratif aussi), mais c’est pour devenir carrément primaire (avec cette succession de mecs se curant le nez en attendant la reprise de la circulation) ou d’une débilité effarante (le chien-paillasson et la pleurnicheuse). Essayez plutôt Week-end de Godard. (38)

La Sapienza * (France 2014) : Zelles et zeux aux z’âmes tistinguées, zautement spirituels mais point religieux, zont invités za savourer ze sef-d’oeuvre. Outre les décors sublimes et la main basse sur la haute culture, repose sur ses intentions (niaiseuses) qu’il ne cesse d’articuler avec une ‘finesse’ et une distanciations surlignées. Mise en scène et direction d’acteurs abominables – option raideur radicale, avec des protagonistes presque constamment face caméra, tout congestionnés, carrés et insipides dans le discours et dans les formes (c’est l’occasion pour les deux interprètes féminins principaux de faire émerger des qualités générales de leur étoffe – un bon point pour cette mise en place, mais s’apprécie en-dehors des démonstrations du film). Le dessein des assertions et ‘déductions’ spirituelles ou philosophiques est flagrant dès le départ si on est attentif et pas trop ‘généreux’ a-priori ; les perspectives des personnages progresseront pour de faux. Par contre Sapienza prend de l’épaisseur et son dispositif gagne en légitimité en élargissant les supports et en laissant l’émotion regonfler les automates (la diction avait déjà perdu en grotesque – sans compter l’habitude qui se prend rapidement après avoir décidé de se blaser). L’architecte est accablant avec ses airs de vieux chaton mélancolique sermonnant l’air de rien entre deux exposés. Les digressions futiles et pompeuses à n’en plus finir atteignent un nouveau stade (ouvertement médiocre) avec le couple invité. L’intervention mystère du réalisateur est un comble (où il se prend pour un passeur style nouveau prophète d’Israël) – une telle garantie n’était plus nécessaire. « Se débarrasser de l’inutile c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile » (97′) bien vu. (26)

Sabine ** (France 1993) : Un des premiers films du réalisateur de Fatima (Philippe Faucon, 2015). Mise en scène et réalisation dépouillées. Terre-à-terre et frontal, sans être trop racoleur hors de la nudité, ni en rajouter dans les horreurs humaines. Néanmoins, si la fille ne passait pas par tous les états horribles de la misère, il serait difficile de tenir. Le catalogue produit son petit effet mais l’émotion, sans projections de la part du spectateur spécialement empathique ou concerné, risque d’être minimale elle aussi. La façon dont la belle-mère accable la fille, à raison sauf exceptions, est un des seuls petits aspects émergents, tout le reste demeure tributaire des généralités sur la dure réalité ou du simple placement de pions narratifs. Une fin ne menant à rien de spécial est malheureusement logique pour la fille comme le film. (48)

La Pointe courte ** (France 1955) : Un démarrage remarquable de la part d’Agnès Varda. Acteurs généralement faux malgré des ‘éthos’ appropriés. Proche de choses que feront Bresson et la Nouvelle Vague dans quelques années. Les moments avec les pécheurs sonnent ‘vrai’ grâce au langage ciné et parlé ; ceux avec le couple aussi mais c’est déjà trop verbeux. Les musiques abrutissantes ont le mérite d’éviter de s’assoupir, à défaut d’aider ‘positivement’ le film. (62)

La guerre selon Charlie Wilson ** (USA 2007) : Ultime film signé Mike Nichols, portant sur le ‘programme afghan’ (ou ‘opération cyclone’). Remet la politique à sa place de milieu de manœuvriers en goguette, où les opportunités valent plus que les grands plans, où les décisions peuvent se prendre en grande partie à l’émotion, en fonction des besoins des plus gros ou selon des aventures personnelles. La représentation de Charlie Wilson est un pendant soft de celle de Jordan Belfort dans Le Loup de Wall-Street (2013), avec une conscience morale pour sérieusement les distinguer. On échappe pas aux dialogues à l’usage exclusif du spectateur, qu’il s’agisse de lui expliquer ou de l’amuser (ses ratés de diplomates), ni aux démonstrations sur base de stéréotypes rabougris pour introduire de nouveaux personnages. Pourquoi aller consulter un petit génie pour savoir qu’il faut mettre le paquet sur les armes ? La critique à l’égard de l’irresponsabilité des vainqueurs une fois le champ déblayé peut être utile à diverses fins – celle du film est manifestement la politiquement correcte (il faut construire des écoles en Afghanistan – car on ne doit pas laisser cette population jeune démunie) mais elle compatible avec d’autres parallèles et peut même constituer une brave couverture. (58)

Âme noire ** (Italie 1962) : Paresseux et théâtral. Tendances lascives et existentialistes, discussions d’hommes profiteurs et crises de femmes abusées ou tourmentées. Impression de voir Rossellini s’accrocher au wagon de la mode. (48)

Haewon et les hommes ** (Corée du Sud 2013) : Bonne écriture mais impitoyablement mollasson. S’ouvre sur un cameo de Jane Birkin. La fille est plutôt niaise et banale, comme l’indiquait la première impression et malgré sa dignité reconnue par le ‘regard’ empathique. (46)

Le testament d’Orphée ** (France 1960) : Cocteau en personne à son procès de créatif. Serait dans la continuité du Sang d’un poète, que je n’ai pas vu. (62)

L’éclipse ** (Italie 1962) : Un cousin éthéré et plus ouvertement sinistre de La Dolce Vita. J’étais resté dubitatif devant Blow Up puis enthousiaste suite à Profession reporter ; maintenant je ne suis pas plus avancé sur le cas Antonioni. J’ai aimé mais ne suis pas sûr de la valeur de son Éclipse ; même si tout plaide pour qu’on s’y ennuie, ça n’a pas été mon cas (enfin si mais c’était largement compensé et sans m’agacer) ; par contre trouver la chose ‘intéressante’ ou ‘profonde’ est moins évident. Tout ce qu’il peut y avoir de pertinent là-dedans est superficiel, fugace – ce film survole la modernité et l’oisiveté d’une bonne bourgeoise paisible, aimable, égocentrique ; il n’y a rien de spécial à signaler, que des bouts à raccommoder avec d’autres considérations, d’autres tableaux (sur la misère à côté, sur le racisme, la Bourse, les loisirs des femmes, etc). Certaines séquences entières sont redondantes en plus d’être simplement inutiles, notamment celles concernant l’argent ou les foules. Les trucs de couple m’ont laissé froid – en ouverture j’étais gavé, avec Delon positivement indifférent. Jusqu’à être écœuré par leurs simagrées débiles à un quart d’heure de la sortie – les régressions de cette pauvre petite créature sont quand même exaspérantes et c’est pourquoi le dilettantisme de cette exploration la sauve – plus près et plus emphatique, ça devenait irregardable. On remercie l’équipe technique à laquelle ce film doit 85% (tout c’est toujours trop ; attribuons 13% aux acteurs et 2% au reste). (58)

Mala Noche ** (USA 1986) : Premier long de Van Sant, doté d’un budget de 25.000$. Préfigure que sur le papier My Private Idaho (en citant l’État à la fin, en se centrant sur un homosexuel et son environnement/sa romance en partie ‘imaginaire’). Assez marrant grâce au laborieux déni de cette lopette totalement roulée par un jeune mexicano (simplement indifférent à son cas sauf pour ce qu’il peut piocher chez lui). Le plus jubilatoire étant notamment lorsqu’il essaie de montrer une sorte de dignité et d’autorité alors que ses parasites n’en sont même pas à rire de lui tant ils le méprisent (par exemple la scène de la voiture). C’est aussi une sorte de précurseur de modes déjà bien avancées ou émergentes 34 ans après : le veganisme et le puppy-play. Ce genre d’abaissement a rarement dû être mis sur pellicule à l’époque, en tout cas en version romantique et à destination d’un large public. Ajoutez à cela la honte d’être un blanc privilégié dans un pays massivement peuplé de blancs (et alors qu’on est jeune et pas spécialement gâté socialement). Un programme précoce ou brillamment ciblé. (56)

Blue Gate Crossing * (Taïwan 2002) : Histoire de lesbiennes à l’intérieur d’un triangle amoureux adolescent. Complètement naze, mais pour la défense du film je suis loin du public visé. L’overdose de gnangnanteries a donc été atteinte dès les premières minutes. Les films sentimentaux, surtout avec sujets féminins, sont largement pires en Extrême-Orient. Je crains que si ce film devait penser il irait du côté de Locataires, donc décollerait légèrement mais pour gonfler en grossièretés. Par contre la réalisation de celui-ci est propre. Les bavures engluant la pellicule viennent de la musique et de l’écriture. Ceux qui aiment se noyer dans certaines ambiances (modérément ‘exotiques’, nocturnes et urbaines) pourront y trouver leur compte. (32)

Darling/ Darling chérie ** (UK 1965) : L’arrivisme et la bourgeoisie dorée et hédoniste au travers d’une mannequin oisive. Portrait social davantage que personnel – et pas du tout intime ; pas passionnant sans doute à cause de cette volonté (et aussi car cette ‘swinging London’ ne [me] fait pas rêver). C’est Bel-Ami sans réflexion ni grande énergie, presque complaisant par défaut malgré des prétentions satiriques. Signé Schlesinger, réalisateur dix ans après de Marathon Man et du Jour du fléau. (56)

Mamma Roma *** (Italie 1962) : Second film du futur auteur de Théorème et de Salo, déjà habile, pour l’instant affilié au néo-réalisme. On ne sait trop si Pasolini, comme la fille facile convoitée par le fils et la bande, comme cette mère prostituée, déplore ou apprécie cette société verrouillée. Le sermon ‘bienveillant’ et bien-avisé du curé incitant madame à tout reprendre avec son fils peut sonner comme critique ou bien emballant proprement l’acceptation et l’adhésion cynique aux ‘lois’ sociales – qu’on sait malsaine mais a accepté soi aussi. Sur la forme, les seuls défauts potentiels concernent le casting (davantage de patauds robots chez les hommes) et la narration (temporalité bien ‘laxiste’) – défauts potentiels car on peut leur trouver des raisons ou les juger appropriés (ces hommes sont souvent en troupeau ou dans une fonction). (72)

Guns of the Trees * (USA 1961) : Collection de moment de vie plus ou moins significatifs, généralement bien meublés ou avec dialogues, ou gesticulations, ou excentricités. On s’amuse à infliger des sons trop aigus et les laisser aller pendant plusieurs minutes. C’est encore un membre de ce cinéma prenant bien soin de ne servir à rien, sautillant entre clins-d’œil, réflexions superficielles et bizarreries ineptes. Sa spécificité est de se concentrer sur des membres considérés représentatifs de leur [‘sa’] génération : soit une ribambelle de péteux sensibles et de spiritueux barbus, tous clairement bien à distance des coups de la vie et de ses conditions même ‘moyennes’, donc à l’écart de questionnements et de prise de conscience un peu plus sérieux que ces spontanéités niaiseuses et ces traits d’esprits artificiels. Mais le pire c’est qu’il y a aussi le plus trivial : ces bêtises politisées dans l’air du temps et/ou d’individualistes gauchisant (avec des rodomontades et même des aspirations surfaites à l’action inutile – oh le gentil garçon indigné trouve le courage grâce à la boisson pour avoir l’élan de pisser sur la vitrine de la banque !). Il n’y a pas (ou pas tellement) à jeter là-dedans (cohérence interne honorable), mais c’est une perte de temps pour ceux qui ne pratiquent pas la religion de la cinéphilie ou de l’avant-garde – puisque même pour représenter un point de vue végétatif c’est bidon (et ampoulé). Le cadre est beau et toutes ces poussées rendent stalinien – mais pas du stalinisme inclusif et inconscient de ces gens. (28)

Femmes du Caire *** (Égypte 2010) : Trois trajectoires reliées par celle d’une présentatrice télé. Elle est d’abord la tête d’affiche d’une émission d’actualité dérangeante pour les gardiens du temple et du pouvoir ; doit en rabattre – ça tombe bien, elle souhaite voir des ‘vrais gens’, des femmes. Dans cet exercice notre brave bourgeoise libérale/progressiste se rend compte de sa déconnexion. Son agenda doit rester politique mais de façon moins polémique et égocentrique ; finalement, son nouveau focus s’avère tout aussi compromettant, pour l’ordre social et l’intimité. Le narcissisme (sans ce que ce terme peut recouvrir de ‘démoniaque’ ou ouvertement prédateur dans le langage ces jours-ci) de cette princesse des médias se met au service d’une cause juste et s’en nourrit.

Le poids du contexte est important dans cette affaire : en France, elle serait une pouffe fracassante laudatrice de Schiappa – probablement critique car néanmoins consciente de la connerie du projet et de ses vedettes ; là-bas, elle lève des barrières. L’histoire avec les sœurs est à la fois remarquable et finalement gênante. Un certain déni de femmes en compétition y prend des proportions tragiques. C’est rare que la misère sexuelle imposée (restrictions culturelles) soit abordée pour les femmes. Le seul gros malaise de mon point de vue c’est que le film semble relativiser l’homicide ; à mes yeux, un laquais a joué avec les sentiments de trois femmes. Le film est-il complaisant ou simplement lucide, ‘inclusif’, concernant la cruauté et l’opportunisme des ‘victimes’ ? J’ai senti un arrière-goût bizarre de ce côté suite à la dernière histoire et à la conclusion. (68)

Les filles de la rue/ The Girls on F street/ The Maidens of Fetish street ** (USA 1966) : Du grindhouse à Los Angeles, mis en avant par la « byNWR ». Oublie très vite sa prétendue situation en 1928 et semble clairement d’époque. Aime traîner, sorte de voyeurisme léché se tenant à proximité du porno sans jamais y tremper. Imagerie SM revendiquée. Voix-off douce étayant sur ces situations à la fois joyeuses et désenchantées, jusqu’à ce que le vice soit décrété fatal. Le protagoniste masculin (Nick) est un [moralement] déconfit total acceptant tranquillement l’obscurité et la bassesse ; son alter ego Joe est autrement pathétique. D’après sa séquence chez la pute (« marchandise » assumée), il relève du misogyne bienveillant, aliéné dans sa vision des femmes. Évidemment supérieur aux bouffonneries Vampire érotique et Hot thrills mais aussi un peu mieux que les volontaristes Night Tide et Burning Hell, davantage limités par le cheap. (62)

Le petit soldat ** (France 1960) : Second Godard, tourné directement après A bout de souffle, censuré trois ans à cause du conflit pour l’indépendance de l’Algérie. Une espèce d’antihéros incrusté dans un décors de films d’espionnage y rencontre Anna Karina, chacun travaille pour deux camps politiques opposés et radicaux. Cousu de citations. Paquets de discussions, laïus et monologues allant du plat efficace aux dissertations en roue libre. Toujours limpide contrairement à ce qui sera produit dix ans après puis tout le reste de la carrière. Case cette demi-connerie pleinement odieuse sur « les femmes devraient jamais dépasser 25 ans » – une des sentences probablement appréciées d’un protagoniste réprouvé (sa « lâcheté » a le tort de ne pas tomber qu’aux bons endroits). (48)

Réminiscences d’un voyage en Lituanie ** (Lituanie 1972) : Du cinéma ‘maison’ donc au plus profond du ‘journal filmé’ dont ce réalisateur reste l’emblème. Témoigne de la vie campagnarde et familiale à l’époque dans un village lituanien (Semeniskiai où Jonas Mekas est né). Souhaite refléter l’Histoire et son mouvement par ce biais intimiste ; c’est un échec, il n’y a que des mots, quelques images bien ‘ouvertes’ [à l’interprétation] : le frère en habits de soldat ou la scène de l’incendie en fermeture. Nombreux enchaînements et quelques accélérés corrosifs pour les yeux (surtout au milieu). Débit pénible, peut-être dû à des états de conscience trop souvent modifiés ou à des troubles émotionnels ou neurologiques avancés. À moins que l’essentiel du problème vienne du son, lequel effectivement écorche quelques-uns des splendides morceaux. (46)

Sur la terre comme au ciel ** (Belgique 1992) : Un prélude au Fils de l’homme et cousin du cinéma de Jaco von Dormael. Anti-scientiste voire anti-moderne mais non réac, il plaide pour un retour à l’authenticité et acclame le pouvoir naturel des femmes. Les hommes y jouent très mal mais c’est normal puisqu’il faut servir un arsenal idéologique. Le film ne rate jamais une occasion de faire de Carmen Maura la femme parfaite, ‘libre’ et bienveillante, autonome et sereine malgré les soucis. Un mari bien propret et discipliné au cours de yoga est présenté comme l’homme idéal ! Quand à la protagoniste, elle n’informe pas le père (une « aventure » ponctuelle) de la grossesse. Oui elle prive l’enfant de père, mais elle y a réfléchi ! Elle sait ce qu’elle a à faire et personne, surtout pas un homme (comme ce collègue s’accrochant à elle), n’a à savoir à sa place ! Le tout avec douceur et conviction – jamais d’éruptions de sa part, aucune agressivité, peu d’émotions négatives de toutes manières. Bref, un film assez fascinant et singulier, qui a le bon goût de ne pas s’éterniser. Sa mise en scène carrée, directe, compense les aspects cheap et infantiles. L’épilogue serait plus intéressant que la thèse – dommage. (44)

Les glaneurs et la glaneuse ** (France 2000) : Des rencontres drôles et typiques en rafale – une alternative au sketche pour qui veut le voir. Plus divertissant que chez Cavalier et non-gâteux, ou assez étoffé et réveillé par ailleurs pour ne pas trop le sembler. Agnès nous raconte un peu trop ce qu’il y a à voir et à déduire. (58)

She-Man : A Story of Fixation ** (USA 1967) : Un opus honorable parmi les récupérés du ‘byNWR’ et l’une des premières réalisations de Bob Clark (pas référencée sur SensCritique au moment où je le découvre), connu pour Black Christmas et Le mort-vivant. Ce cinéma joue à l’exploitation-investigation : les travestis et transsexuels sont l’objet d’un intérêt sincère qui doit relever autant de la sympathie, de la curiosité sans malice que du goût de la déviance ou du grotesque (pour lequel des acteurs brillants sont dispensables, le cirque et la gardienne de troupeau assurant l’essentiel). Amusant et pas trop flottant, même si certains passages sont faibles ou trop idiots (la sanction finale, le dialogue avec l’auteur à la soirée). Cette détention est quand même difficile à avaler dans le détail, aussi on essaie discrètement mais régulièrement de la justifier – ce qui ne fait que nourrir encore le scepticisme mais contribue néanmoins à rendre l’entreprise ‘palpable’. Peut-être tourné en 1965 (le panneau final le prétend), en tout cas sorti en septembre 1967 aux États-Unis. (52)

Demi-vie à Fukushima ** (Suisse 2016) : Cinq ans après. Pseudo-documentaire contemplatif. Une balade où on pourra glaner des éléments d’information, d’ambiance et de beaux clichés sur le bord de la mer ou dans les ruines. Cette splendide virée en HD aurait beaucoup d’intérêt avec un comparatif avant/après. (38)

Jacquot de Nantes *** (France 1991) : Un biopic aux méthodes raffinées, tout aussi efficace qu’un documentaire. Style réaliste et poétique. Ressemble peu à un film signé Varda, sauf peut-être par ses aspects doucereux et amoureux, puis par les défauts dans la prise de son au début. La deuxième heure se concentre sur l’obstination de l’autodidacte. (76)

Stavisky *** (France 1974) : Narration légèrement compliquée a première vue mais sensée et efficace. Assez charmant et entraînant, bons dialogues, cynique sans morgue ni dégueulasseries. Offre à Belmondo une de ses seules compositions un peu risquées en tant qu’acteur et potentiellement polémique. Je ne cerne pas vraiment les motivations de l’introduction de Trotsky – créer un parallèle entre l’escroc et ce supposé idéaliste, tous les deux lâchés par leurs alliés ? Un autre opus casse-gueule signé Resnais, plutôt vers le haut du panier à mes yeux. (68)

La femme d’à côté ** (France 1981) : Une passion presque ‘plan-plan’ puis seulement trop balisée. Gérard en « cyclothymique et violent » enflé et ‘rentré’ – comme chez Téchiné (Barocco, Les temps qui changent) il semble sous une direction inadaptée. Fanny Ardant interpellante dans les dernières séquences. (52)

Masculin féminin 15 faits précis * (France 1966) : Évidemment c’est imprécis et pas seulement sur les différences de sexe. Cherche à capter l’époque et probablement en témoigner pour l’avenir ; cette jeunesse toute en vacuité et littérature (des parisiens bien éduqués en phase d’émancipation), sous une direction théâtrale et raidement ‘intellectualiste’ est censée refléter la ou les jeunesse(s) de 1966 en France. Passe en revue des points de vue, crispations et enthousiasmes d’actualité, fait référence à la guerre du Viet-Nam et aux grandes notions politiques. Même si Godard est probablement proche du protagoniste (Jean-Pierre Léaud encore plus pénible que d’habitude), ses positions personnelles ne sont pas nécessairement transparentes. Il les discutent au niveau de leur appropriation (par les individus et leur réseau) ou de leur réception (symbolique, émotionnelle etc), mais ne les discutent jamais pour elles-mêmes. Résultat : une sorte de foire bobo avant l’heure, que les intellos de gauche à tendance ‘réac’ feraient bien de regarder pour se rappeler qu’ils critiquent leurs frères jumeaux. Sauf qu’à l’époque, le communisme était une chose sérieuse et ses commandements bien établis, pour beaucoup de monde. Néanmoins on a bien ces grands enfants, bourgeois autant sinon davantage que ce qu’ils dénoncent, dans leurs petits combats de confort, avec démonstrations adulescentes et discours vaseux, finalement simplement obsédés par leurs expériences ou leurs copulations, voire encore en-dessous de ça, à humer leurs ‘gibiers’. Concernant la seule mise en scène, c’est plus interpellant et frontal que la moyenne des Godard. Il s’amuse à l’occasion à foirer le son ou le rendre désagréable, mais naturellement ce n’est rien par rapport à ses divagations d’Adieu au langage. Un de ces films donnant à piocher (en piochant lui-même, y compris des répliques) au lieu de s’embêter à être bien construit (les ’15’ sont un cache-misère). (36)

Made in USA * (France 1966) : Trop pénible passé une heure, quand on entend pour la seconde fois la voix de Godard. Parmi les non-jeu, crypto-jeu et quart-de-jeu celui de Szabo est vraiment de trop – une souffrance à regarder. (28)

Vivement dimanche ! ** (France 1982) : Une sorte de pastiche du film noir américain et d’hommage à Hitchcock à la mise en scène théâtrale. Le scénario aussi est ouvertement artificiel, les acteurs sont d’une fausseté bien corsetée. Toute cette posture atténue l’éventuel ennui ou l’impatience à regarder un film si lourdement cousu. Et comme on sait que c’est le dernier de Truffaut, il peut être impossible de regarder Vivement dimanche comme un autre. À réserver aux familiers du réalisateur, de ces acteurs, de ce style, des essais cinématographiques. J’ai davantage aimé la fin, à partir de la ‘prostitution’ de Fanny Ardant pour le compte de Louison. (58)

Irina Palm *** (Belgique 2007) : Sorte de Pusher au féminin, évidemment plus propre et surtout comique. Beau programme où dans les bas-fonds une femme en pleine descente trouve de quoi se sauver et faire son bonheur. La jeune vieille est jouée par Marianne Faithful (responsable du seul joli moment de Made in USA et l’un des seuls vraiment décents ou pertinents). Un film simple qui ne fait pas semblant d’en raconter plus qu’il n’en aurait l’air ; une histoire crue pas instrumentalisée pour du voyeurisme ou de la gaudriole – pas répréhensibles en soi mais s’emmener ailleurs n’est pas mal non plus. (76)

Les demoiselles de Pyongyang / A state of mind *** (UK 2004) : Deuxième des trois films de Daniel Gordon en Corée du Nord – j’ai vu le troisième [Crossing the Line] grâce à Mubi. Suit une gamine pendant plusieurs mois de préparation d’un gros spectacle de la ‘gym de masse’. Occasion de contempler le dressage et les privilèges en vigueur dans ce pays communiste. Les grandes cérémonies sportives renvoient une belle impression de force et de cohésion ; un sommet parmi ce que peut réaliser cette nation manifestement triste et arriérée. (76)

La religieuse *** (France 1967) : Sixième et premier en couleurs des films signés Rivette. Il fait de cette Religieuse forcée une abonnée aux bourreaux pourvus d’une variété de bonnes et vicieuses intentions. Décors et construction irréprochables. Prise de son très variable et discutable : parfois immersive et colorée, parfois pas mirobolante notamment dans la première des trois parties (endroits inappropriés, dialogues sciemment couverts). La seconde, celle de la lutte contre l’ordre injuste, celle des privations et des sévices soutenus par la collectivité, est très supérieure à la première, méchamment rigide. La dernière est réellement sensuelle, mais plus balourde : les ambiances sont excessives et Anna Karina bien moins séduisante qu’en passionnée en haillons. Ironiquement cette adaptation est plus fine que le livre de Diderot s’agissant des sentiments et des déchirements intérieurs – les acteurs sont assez brillants pour éviter l’explicite et faire la synthèse des duplicités. L’envie, la convoitise, la recherche d’affection et de consolation se devinent partout ; le sadisme ou le goût de la domination purs et simples ne sont pas de la partie, paraissent presque des masques – ou le masque secondaire après celui de la religion. (66)

Aprile * (Italie 1998) : Ce journal n’a qu’une vertu sérieuse : témoigner de la bêtise malsaine de l’intelligentsia ‘de gauche’ – et c’est au milieu de beaucoup de déchets et de trivialités absolus. La séquence du début avec le journaliste français est remarquable : il prétend que la victoire d’un patron de trois télés n’arriverait pas en France grâce aux « lois antitrust » ; l’autre se dit bien conscient que les partis de droite fascistes sont tous les mêmes sous d’autres noms – et oui c’est bien le ‘fascisme’ qui est au pouvoir. Nanni Moretti est bien drôle à vomir sur ses adversaires politiques ou politisés en raillant leurs prétentions et leurs clowneries. C’est encore plus écœurant que son Journal intime, car directement abject et entièrement centré sur sa personne – quoique la plupart du temps et définitivement après une vingtaine de minutes, ce soit surtout insipide (au maximum, à négliger avec bienveillance, bon à faire sourire quand Moretti souligne ses prises de conscience sur soi ou ses échecs). Il n’y a rien à retenir, rien à apprendre – sauf sur l’environnement familial, professionnel et culturel d’un homme, dans des moments de profonde banalité ou de représentation intensive (même quand, dans un univers ‘normal’, ce ne serait pas le moment). Moretti n’a l’air de se reconnaître des limites ou des défauts que pour alimenter ses caprices, justifier ses foucades et ses irresponsabilités. Aux amateurs éclairés d’y trouver une légitimité, peut-être un ‘personnage’. Pour ma part : jamais vu un être aussi vain au cinéma, réel ou fictif, en-dehors certainement de grosses farces avec des protagonistes stupides (lui est exhibitionniste). Rassurons-nous, des équivalents IRL sont très répandus – les réseaux sociaux, les émissions télé sur l’actualité et les torchons pompeux de gauche et de syndicats étudiants sont là pour mieux les afficher. (16)

Des trous à la tête *** (Canada 2006) : Monté à la façon des muets des années 1920 et présenté sous forme de conte. Le chapitrage rend le visionnage plus facile. Mère incestueuse flagrante dès le début avec l’emphase sur l’autoritarisme et la surveillance débridées. Il y a plusieurs mais sûrement pas cinquante grosses raisons d’être à ce point possessive. Voir ses enfants vieillir et s’émanciper ajoute à son stress concernant l’âge et le besoin de redevenir jeune, asexuée et éventuellement pouponnée. (74)

La dernière tentation du Christ *** (USA 1988) : Représentation sensuelle, non puriste, au service mais sans ‘absolutisme’ de la foi dans le Christ, sa passion et son message. Le film pourrait même discuter plus à fond le cheminement de la foi en évoquant davantage de tentations et de contre-réponses (toujours internes). En considérant Jésus en tant qu’homme il accepte tacitement sa part de mégalomanie et son ridicule humain dans un contexte terrestre – notamment comme dispenseur du message d’amour face au pragmatisme des autres. Il maintient l’idée que le martyr, la souffrance, la privation mènent à la vérité et ouvrent la voie vers la lucidité.

Des curiosités comme le baptiseur (Baptiste) lié à une bande de hippies nudistes et masos – il s’autorise une embrassade sur la bouche (Judas aura son tour). Le littéralisme du cœur offert, la représentation d’apparitions (dans le désert après dix jours de jeûne) et de miracles laissent circonspect : manière de mettre à l’épreuve la foi des spectateurs catholiques, de ramener subtilement cette histoire au niveau d’une fable, ou bien premier degré engagé ? Stagnations dans la deuxième heure avant la descente de la croix. Après les rares doutes de sa période active, c’est le temps des regrets le long d’une vie ordinaire, avec ses satisfactions. Jusqu’à ce que Jésus retrouve la félicité de l’homme au sacrifice porteur, ou du moins rassérénant. Le Christ de Scorsese apparaît comme un révolutionnaire plus profond et individualiste que celui vu chez Pasolini. (72)

Hélas pour moi * (France 1993) : Une grosse blague pédante de plus de la part de Godard. Son film avec Depardieu et plusieurs acteurs récurrents à la télé française à cette époque. Aussi son plus beau grâce aux paysages probablement suisses ou frontaliers. (34)

Comédie de l’innocence – Fils de deux mères ** (France 2000) : Raoul Ruiz dirige Huppert et Balibar. Plaisant et planant, peut-être à l’excès puisqu’après une heure il faut bien constater que le film n’a pas décollé, ses promesses troubles n’ont encore rien donné [de neuf]. Les acteurs et l’ambiance sont bons mais ça patine trop. (52)

Crooklyn ** (USA 1994) : Deux heures avec une famille noire de Brooklyn, sous la supervision de Spike Lee. Style relativement élégant et récit ‘so-whatever’. Remarquablement fluide, efficace et synthétique compte tenu du matériau et du manque d’enjeux. Musique en abondance. Même des lesquenistes puristes peuvent tenir – j’ai bien écrit ‘tenir’. (62)

À mort la mort ! ** (France 1999) : Cri du cœur et des couilles d’un gauchiste à l’âge dit ‘mûr’ – Romain Goupil déjà réalisateur de Mourir à 30 ans. Les anciens anars et libertaires généralement d’obédience communiste se réunissent pour mieux s’inscrire dans le déni de leur dégringolade vers l’insertion plus-que-parfaite au sein de la société cynique qu’ils abhorrent en discours. Toute la fine équipe est mobilisée, même Edwy Plenel – et Cohn-Bendit sous la pluie (les deux Charlot se sont retrouvés devant la caméra pour La traversée en 2018) !

Authentique et acceptant de voir une part de ses contradictions et de sa corruption (due à l’âge, à l’usure, à l’irresponsabilité et l’avidité) ; pourtant à l’arrivée, n’attaque pas l’essentiel, ne discute pas sa position actuelle – juste des petites gênes existentielles. Le choc avec le monde autour est minimal – on ne fait que se greffer opportunément sur deux grosses institutions, l’une périmée où passent les copains bientôt enterrés (l’Église), l’autre actuelle où on s’est bien infiltré (l’entreprise – la grande). Et où tout ce qu’on chamboule est la décoration, éventuellement les mots à l’ordre du jour, l’ambiance de quelques réunions. Ceux qui veulent croire aux capacités subversives de la fête, des relations ‘libres et fluides’ et de la foire superficielle en guise de subversion pourront faire, comme Goupil lui-même, semblant d’y croire. Ce film a le mérite de tenir ses promesses, d’être cohérent dans son carcan, donc de laisser de côté le sérieux de ses engagements pour en préférer le joyeux, le gratiné, l’insurrection rose bonbon. (48)

Lettre pour L * (France 1994) : Goupil façon BHL mais pleurant à Gaza (avant de culpabiliser les serbes – nous sommes l’année de la liste ‘L’Europe commence à Sarajevo’), après avoir déblatéré en bonne ouaille socialiste (couplets anti-argent, anti-marketeux, collectiviste crypto-totalitaire) ; il embarque sa caméra et son équipe sur des lieux en proie à la guerre, voire sur des théâtres de guerre. Toujours dans la mélancolie du gauchisme en échec, en même temps à traîner sa fibre 68tarde jamais morte – même si futile pour l’essentiel, cantonnée au discours, où on peut trouver des points de vue un peu valables mais souvent clichés, paresseux et pire, pas si engagés ; même leur tranchant occasionnel ne produit ni gros effet ni réflexion. Beaucoup de dilemmes et de questionnements sur sa pratique assez vaseux ou contre-productifs ; ce souci de pureté, de ne pas froisser, est grotesque dans le contexte. Sinon c’est tout à fait respectable, en moyenne de bonne tenue, même si À mort la mort et Mourir à 30 ans sont plus puissants. Les facéties du début ne plaident pas nécessairement en faveur du film. Amalric apparaît quelques minutes en tant que membre du tournage à la recherche d’un ouvrier ou autre prolo (il se fait chasser par des jeunes). La dénonciation des « nouveaux beaufs » près de « leurs privilèges », de leurs « comptes-épargnes » et n’ayant à la bouche que les « droits de l’homme » laisse circonspect de la part de ce soutien de Macro un quart de siècle après. (38)

Le quattro volte * (Italie 2010) : Un film contemplatif faisant vaguement écho bien que ce soit sa prétention aux cycles de la vie et des saisons, dans l’ensemble pas centré sur l’humain. Le grand succès critique et festivalier est peut-être dû à l’absence de contact des publics et jurys avec le monde hors des villes. Et à leur attendrissement par ces chèvres. Ces paysages sont apaisants et l’équipe technique est irréprochable, l’intention est jolie, mais la séance reste bien plate (sans être tellement ennuyeuse). Une majorité de plans éloignés, quelques drôleries dans le champ, une narration éthérée, pour un film instinctivement désengagé ou complaisant au maximum de son intensité. (36)

Mange tes morts – Tu ne diras point ** (France 2014) : Les sous-titres étaient dispensables (à 90% minimum) mais un lexique pendant le repas [rabouin, karave une racli qu’il trouve tchoucarde, omni] et l’option accélérée seraient les bienvenus. Fin stylisée. (46)

La cause et l’usage ** (France 2012) : Succession de scènes ordinaires, pas loin d’être capturées à l’arrache, pour une séance de 62 minutes. Je ne suis pas adepte de la mesure ‘QI’ mais là on ne peut rater l’absence du troisième chiffre. En particulier les semi-poivrots porte-voies de la bande, ou les femmes mûres sur les marchés (avec leur soutien irraisonné, leur passion et leur commisération pleines d’amertumes) ; au contraire, le pragmatisme des jeunes arabes les placent hors de la débilité courante. Certaines équipes prétendent faire de la politique autrement en interprétant les clowns (EELV) ou en lâchant des ballons (la candidate sort des crucheries exemplaires). Le film lui-même apprend peu ou rien, mais donne des illustrations éloquentes à défaut d’être toutes qualitatives. On peut constater l’aigreur et la normopathie des gens de gauche et socialistes (toujours à vouloir encadrer la réalité et la vie humaine, à faire passer les institutions avant la liberté et la personne). Laisse avancer quelques arguments complaisants envers le système Dassault : après tout les infrastructures se sont améliorées (car lui « a le bras long » contrairement aux communistes nostalgiques) et les gens ont trouvé des petits biffetons et des facilités (pour obtenir le permis de conduire ou du travail dans le bâtiment chez les jeunes ‘de quartier’). (46)

Al-Ard / La terre ** (Égypte 1970) : Sur les difficultés des exploités (paysans et en territoire occupé) à se coaliser durablement ; sur la concurrence entre l’intérêt personnel (aux réponses variées, ingrates ou médiocres en ‘moyenne’) et le combat collectif. Pas prodigieux mais a le mérite de déambuler dans un semblant de pure et dure réalité (tout en ayant une bonne et parfois belle tenue dans la mise en scène). La révolution et la politique sont manifestement une affaire d’hommes. Situé à la campagne dans les années 1930, où l’Égypte est sous colonisation britannique. Sorti en salles en France en juin 1971 et projeté à Cannes en mai 1970. Même si la concentration ne m’a été facile qu’en coupant le son, j’ai davantage apprécié qu’Al Asfour/Le moineau et Le retour de l’enfant prodigue, vus également grâce à Mubi. (58)

Dans ma liste « Cinéma & Politique » je l’ai annoté : Populiste (contestataire et réaliste, tendance sociale, patriote). Ambigu sur la lutte de libération nationale, ou plutôt sur sa suite. Les traditions semblent positive pour les personnages, le film a l’air complaisant plutôt qu’engagé sur ce point.

Leçon d’histoire * (Allemagne de l’Ouest 1972) : Encore un film connoté marxiste et jouant les visionnaires impénétrables alors qu’il ne fait que broder autour de l’origine de l’idéologie impérialiste (et de son application civile la démocratie) – donc autour de la perpétuation de la domination, la corruption et la subordination des appareils d’état. Adaptation d’un roman de Brecht (Les affaires de monsieur Jules César – 1953) avec le grand-frère du gus du Promeneur du champ de Mars allant questionner quatre contemporains de Jules César – dans la continuité d’autres travaux de Straub-Huillet où ils se déclarent en train de réunir la Rome d’aujourd’hui et celle de l’Empire. Des bavardages haut-perchés entrecoupés de balades en voiture – l’absence de dialogues dans ce cas est un bon choix. Pas dégueulassement filmé par rapport à bien d’autres de son temps et de son registre mais quand même bien évanescent autour de sa colonne théorique masturbatoire. De l’humour visuel ou par le montage un peu autiste-éthique de bas niveau. Tout n’était pas sous-titré et ce ne serait pas propre à la livraison via Mubi. Le passage avec l’avocat (autour de la 55e minute), malheureusement court comme l’était celui avec le paysan, relève le niveau en apportant des arguments plus mûrs et non-anecdotiques en faveur du commerce, présenté comme une façon ‘douce’ d’étendre l’emprise du pouvoir. (18)

Filantropica / Philanthropie *** (Roumanie 2002) : Un bolosse houellebecquien embarqué dans le commerce de la charité. Enthousiasmant au départ puis jusqu’au deux millions lâchés pour épater la galerie et éjecter l’indésirable. S’affaisse ensuite à cause de révélations qui n’en sont pas, de nouvelles pistes et conclusions relativement faibles – le cynisme en devient trop théâtral, ‘épatant’. Développer les personnages, épaissir les enjeux, aurait été préférable, sans quoi la satire vire à la simple gaudriole – bien jouée quoiqu’il arrive. (66)

Orgy of the dead * (USA 1965) : « BYNWR ». Un opus nanar-sexploitation. Trémoussages longuets et minimalistes de femmes ‘zombies’ en tenue d’Eve. Le scénario est attribué à Ed Wood mais à ce stade c’est étrange de vouloir encore le relier à qui ou quoi que ce soit, sauf pour tenter une blague. (24)

MINI-CRITIQUES 11 (2019-2)

15 Juil

Sans toit ni loi *** (France 1985) : Une vagabonde et parasite authentique, donc puante, égocentrique, insensible et désagréable, avec une tendance au chapardage et à l’ingratitude. Heureusement pour tout le monde rien n’est trop appuyé. Les acteurs ne sont pas brillants mais Macha Méril fait une excellente surprise (elle qui a pu nuire quelquefois, peut-être à cause de rôles trop laconiques et excentriques). Inhabituellement froid et mesuré de la part de Varda, sans spécialement imposer de distance (pour certains ce sera même ‘brûlant’ – d’autres égarés ou des femmes rétives qui s’y reconnaîtraient). Les bulles face caméra de Yolande Moreau brisent la cohérence et l’efficacité du film, ramenant le niveau vers l’art et essai balourd et superflu. Malheureusement la séance se traîne sur la fin – un écho volontairement ‘gauche’ de plus au parcours débile de cette fille. (64)

Flic Story ** (France 1975) : Une des collaborations Delon-Deray, où Delon pourchasse Trintignant, sombre crapule. Bien foutu ; finalement très routinier et prosaïque. (58)

La veuve noire *** (USA 1987) : Une enquête dans la première partie, une affaire personnelle dans la seconde. Chez les riches et dans des décors exotiques. Du kitsch de qualité et de compétition, bien de cette époque radieuse (fin des années 80 et années 90). Tension sexuelle et corruption autour de la veuve noire. L’instrumentalisation de la relation entre les deux femmes est le plus vicieux – il y a artifice mais la motivation n’est jamais sûre (‘acheter’ la concurrente, la bloquer, la donner en pâture pour se protéger – profiter de ses charmes et de sa personne, sincèrement ou pas). (72)

Cléo de 5 à 7 ** (France 1962) : Excellent casting féminin, les mecs sont bien lourds en moyenne. Contient le court Les fiancés du Pont Macdonald. Le temps resserré ne m’est pas paru évident, avant la rencontre avec le légionnaire – peut-être à cause de nombreux essais similaires convaincants réalisés depuis. (62)

Préjudice *** (Belgique 2015) : voir la critique. (64)

Ready Player One * (USA 2018) : voir la critique. (26)

The Wicker Man * (USA 2006) : Passable mais confus à force de vouloir enfler le mystère. Animé par un Cage ne calculant rien (quand il hurle et court tout le sérieux de l’affaire est ruiné – la fin contient de délicieux moments, celui où il se déplace en combinaison d’ours a ma préférence). Des pans importants de l’original (tourné en Écosse) ont disparu – le truc de la virginité éclispé. Des faux suspenses étranges (notamment celui de la paternité), des questions longues à sortir et mal posées, des réponses fragmentaires et inadéquates. Effets un peu cheap, la bizarrerie et la brutalité les sauvent – ou les enfoncent aux yeux des nanardophiles compulsifs. Dialogues WTF plus qu’à l’occasion. Beaux décors situés dan l’état de Washington. (42)

The Lobster ** (Irlande 2015) : Cette farce sinistre est ma meilleure expérience avec Lanthimos, même si les deux autres opus sont finalement plus intéressants (Canine et Mise à mort) et qu’au moment de dresser les comptes celui-ci n’est pas beaucoup moins désespérant.

La voix-off et les notions curieuses de ce monde tirent vers le conte, les dialogues et situations vers la comédie. Les personnes s’expriment candidement, presque sans états d’âme ni arrière-pensées – c’est la franchise formelle, aliénée (on est franc mais intégralement prisonniers). Ce décors rappelle The Invention of Lying. Les gens ont quand même plus de latitude pour calculer ou retenir ce qu’ils disent, le mensonge reste possible. Les émotions sont réprimées mais pas supprimées – rares remontées de spontanéité et micro déviances (la gifle d’une condamnée à son amie).

Je suis peut-être indulgent avec ce film tant la deuxième partie n’est qu’un dégonflage sans fin. S’y ajoute l’incongruence : étrange que ces gens des bois ne soient pas repérés, leur couverture et probablement leurs moyens étant faibles et flous. Et puis Léa Seydoux en leader : non.

Dans les deux contextes la hantise du conformisme chez Lanthimos trouve à se nourrir : la résistance est stérile face à un ordre social accompli, la secte répressive et ‘libératrice’ se charge aussi de vous annihiler ; enfin le couple exige de lourds sacrifices. Lanthimos ne croit pas aux évasions romantiques ni à la possibilité d’une ‘liberté’ pour les pauvres humains. Il fait partie de ces gens qui se replient sur les galeries d’art et probablement les perspectives de socialo-communistes sans rêves ni espoirs, du moins concernant l’humain. (46)

Dans la maison *** (France 2012) : Avec du voyeurisme avançant sous le masque de l’amour de l’art, de l’envie mal placée (d’être un mentor, de compenser ses impuissances et de se rapprocher très fort de sa cible) sous la vertueuse prétention à jouer le tuteur. L’ado vicieux à face angélique et à l’imaginaire sadique m’en rappelle confusément d’autres – thrillers teen, We need to talk, variations sur les thèmes de Bel-Ami. Il utilise son monde, se colle à un prof aigri et un camarade falot, tous les deux dans l’attente sans le pouvoir de réclamer. Le traitement des proches en personnages de fiction et l’interpénétration sont stimulantes pour les manipulateurs comme pour les spectateurs (les personnages restent longtemps à ré-évaluer). Les deux aspirants écrivains se dopent à l’imagination pour entrer par effraction dans la réalité et la maîtriser. Le résultat est plus agréable que véritablement concluant, comme souvent chez Ozon ; l’issue sera décevante. Bien qu’effectivement c’est la plus sinon la seule soutenable, elle est un peu grossière et réductrice concernant les jeux dramaturgiques. Casting excellent, le couple prof/galeriste sonne vieux semi-socialistes devenus réacs à temps complet. (68)

Some Freaks *** (USA 2017) : Point de vue honnête et empathique sur des pas beaux donc marginaux. La fille est la plus digne et intéressante du trio, elle m’est devenue spécialement sympathique après que sa défensive et ses phrases théâtrales m’aient gavé. Blasé et cynique concernant les humains et notamment son exemplaire le plus ‘libre’ [de croire en sa force] donc cruel, la jeunesse. (74)

Effraction ** (USA 2012) : Mise en scène positivement lourde pour cette sorte de double-épisode de série policière pour la télé, en plus libre et coloré. Généreux en rebondissements avec une tendance à titiller l’invraisemblance. C’est une façon de compenser le peu de progressions voire de véritables événements – la violence concrétisée est rare, les preneurs d’otage sont finalement trop [durablement] inhibés pour que le film soit crédible – d’où des répertoires limités pour les acteurs (heureusement les Nico sont attachants et excellents dans l’absolu). Les flashback censés nous plonger dans le doute concernant la volonté et les liens de deux personnages sont trop kitsch. (54)

Greystoke **** (UK 1984) : Un gros défi relevé du mieux possible : l’accommodement avec les animaux est remarquable. Lambert paraît tout de suite plus crédible et intéressant si on le voit commencer sa carrière ici – je vivais inconscient ! Jane est probablement trop en retrait par rapport à ce qu’on pourrait espérer, mais cet affichage modeste n’est pas aberrant (les pesanteurs culturelles s’ajoutent aux barrières plus primaires). La descente du vieux dans l’escalier est d’une débilité épique (avec un goût de Fanny et Alexandre) et abouti à une des morts les plus joyeusement consternantes du cinéma, près de celle du spécialiste dans World War Z. (78)

Embrasse-moi vampire *** (1988) : Original et excentrique avec des séquences magiques et la source préhistorique de l’usine à même>département Nicolas Cage. Engage une approche humble, passionnée et pertinente de la folie. Le ‘nanar’ est proche, je ne sais trop à quel point ; évidemment les pitreries du pseudo-vampire semblent en relever et l’indifférence du film aux bornes et à un scénario bien ‘fixe’ l’amène dans les contrées incertaines ; le ridicule en est décuplé. Cette tentative sans psychologie, pièces rapportées ni grosses pudeurs et craintes pour le prestige ou la crédibilité est excellente car elle nous rapproche du réel et de la subjectivité d’un individu loin de la terre ferme. (76)

Douce nuit sanglante nuit *** (1984) : Rend son tueur attachant et pathétique en montrant les deux traumatismes de son enfance. Peut-être un ‘nanar’ et sûrement un slasher réussi. De l’horreur parfaitement premier degré, sérieuse et décontractée, permissive comme sa catégorie ‘bisse’ l’y dispose. La violence graphique reste modérée, trois effeuillages sont à relever. Les diverses figures d’autorité et les adultes apparaissent non-fiables et diversement pervers ou stupides. (72)

La vérité de Bébé Donge **** (France 1952) : Couple Gabin-Darrieux. Pas spécialement engageant au départ mais captivant à partir de la concrétisation de leur relation. Sobre et mordant. À ce stade je vais devoir tenir Henri Decoin pour une valeur sûre (j’ai peut-être eu tort de retenir ma note sur Les amoureux sont seuls au monde). (78)

Boyz’n the Hood, la loi de la rue ** (USA 1991) : Casting 100% noir avec de futures têtes bien connues (Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et Angela Bassett) et le rappeur Ice Cube (vu dans 22 jump street et Ghosts of Mars). Curieusement compte tenu de son statut ‘culte’, c’est un exemplaire du cinéma conventionnel de l’époque – musiques, mouvements de caméra, enchaînements sont joyeusement datés. Gentiment pertinent, aucunement délirant ou hargneux, pas mal chialeux. Une séance cool et grossièrement mélo. (48)

La piste des éléphants ** (USA 1953) : Scénario soigné mais finalement pointant pas grand chose. Taylor et l’exotisme souvent artificiel des décors sont les vrais arguments. (48)

La planète blanche *** (France 2006) : Bande-son curieuse et souvent déplaisante, parfois d’une originalité relativement raccord (notamment sous l’eau, par exemple avec les bélugas). Il faut reconnaître un certain culot à balancer du Bjork dans un film pour la famille et les enfants. Sujets magnifiques et quelques plans excellents. Commentaires pas fortiches et heureusement rares, mais à quoi bon ces tentatives de créer du suspense et d’instrumentaliser si c’est pour s’arrêter toujours si vite ! Autrement dit pourquoi prendre un pouce de La Marche de l’empereur – autant tout laisser de côté. Sur le plan documentaire les propos sont un peu stériles. (64)

Les Lois de l’hospitalité / Our Hospitality ** (USA 1923) : Muet avec Buster Keaton et second long où il est (co-)crédité à la réalisation (après The Three Ages). Commence dans la tristesse voire l’effroi. Carré et fluide sinon, capable de toucher sans trop ébranler, à défaut d’employer en profondeur des ressorts ‘universels et transgénérationnels’. Joliment restauré. (62)

Between Worlds ** (USA 2018) : Réjouissant ! Cage à son apogée post-respectabilité : en slip, en T-shirt crocodile (l’acteur est fan de reptiles, d’où probablement leur présence dans Bad Lieutenant NO). Devient direct un de mes ‘nanars’ préférés. Au sommet avec trois autres : Les Gaous, Kill for Love, T’aime. Le premier produit hors de l’Hexagone ! (62)

Le Livre d’image ** (Suisse 2018) : Reste aberrant mais, quand on connaît le Godard récent, c’est facilement regardable, quoique plus haché qu’Adieu au langage et Film Socialisme, vu qu’on se rapproche de l’ambition de Fast Film. On redécouvre éventuellement et sans fards le gauchisme de Godard, qui s’attarde chez les arabes jusqu’à déclarer qu’il sera « toujours du côté des bombes ». (38)

Le Livre de la jungle *** (France 1967) : En-dehors de l’air principal, les musiques ne me resteront pas, bien que je les ai appréciées. Aucun personnage ne me marque ou me plaît suffisamment, contrairement à Robin des Bois vu il y a cinq mois. (72)

Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame ** (USA 1939) : Visuellement irréprochable et techniquement sophistiqué. Quelques horreurs [principalement] grâce au ‘freaks’ porté par Charles Laughton. Personnages et axes narratifs globalement statiques, les interprétations s’en ressentent. Cela fait de beaux tableaux et une séance à la fois remarquablement ‘facile’ pour un film de 80 ans, en même temps pas forcément passionnante. Claude Frollo est un homme de l’establishment fanatique, sombre et engourdi. Son frère est aussi un homme de pouvoir et d’Église – je n’ai pas lu le livre mais dans Notre-Dame de Paris de Delannoy (1956) il n’a aucune importance. Louis XI est un vieux débonnaire et un roi libéral, encourage les progrès techniques et sociaux – mais il n’est pas nécessairement pro-actif, compose avec les superstitions (s’en remet au hasard lors du procès) et paraît presque niais face à l’adversité. (62)

Drôle de frimousse *** (USA 1957) : Lent. J’ai aimé mais sans accrocher comme devant Charade ou Chantons sous la pluie. (66)

Les Triplettes de Belleville **** (France 2003) : Animation soigneusement déglinguée avec un goût pour le grotesque et la sublimation de l’hideux. La toute dernière minute est décevante et la musique de générique écœurante. D’ailleurs l’album reprenant la bande-originale est pollué par les passages chantés. (84)

Summer of 84 *** (USA 2018) : Réalisé à la façon d’une grosse pointure américaine des années 1980, évoque Body Double et Stand by Me. Dégage un réel charme nostalgique qui a autant à voir avec la jeunesse, le franchissement des interdits, le maintien de craintes vaguement ‘magiques’ et bien charnelles. De lourds clichés répondent présent et le récit a tendance à flatter les fantasmes du protagoniste, avec la grande fille complaisante à son égard, presque centrée sur lui ou du moins sa réalité. La musique est parfaitement raccord : sur-appuyée à l’occasion pour des effets éculés mais sentant bizarrement le frais. Puis ce film flirte sérieusement avec le registre horrifique et se distingue in fine des Stranger Things et Super 8, en se montrant peu mélo et pas trop gâteux. Un point négatif : l’ouverture et la fermeture sont d’un ringard et d’une ‘coolitude’ standard un peu trop plombants. (68)

Battleship Island *** (Corée du Sud 2018) : Opte avec succès pour un registre épique ; efficace même si je ne fais pas partie des publics pour qui ce sera mémorable. À voir si vous avez aimé Dunkerque ou Pandémie. (68)

Moi, Tonya *** (USA 2018) : Empathique mais sans complaisance ni intrusions vicieuses ou oiseuses (beaucoup de parties, notamment l’amitié entre Tonya et Nancy, sont quasiment invisibles). J’ai aimé que ce ne soit pas engagé ni manichéen ; ce film est comme l’avocat de Tonya en ‘off’. On voit les responsabilités, les pièges, les ornières de la championne ; son entourage la rattrape et saccage sa vie jusqu’au-bout. Sa mère indigne en premier lieu – celle qui trouve enfin la force de la féliciter quand le monde aussi l’a cassée pour de bon. Je regrette seulement quelques manières laides parmi la série d’effets brisant le quatrième mur et/ou simulant le reportage – notamment cette intro qui a failli me faire fuir. Recommandé à ceux qui ont apprécié Dallas Buyers Club pour l’immersion réaliste bien que toujours sensationnelle chez les rednecks. (74)

Upgrade *** (Australie 2018) : Ne m’évoque pas tant Black Mirror que la SF américaine des années 1990 (comme Stranger Days ou plusieurs rôles fracassants de Schwarzenegger). Aussi un cousin pas du tout intimiste de Realive. Bon film d’action, avec quelques détails flottants dans le scénario justifiés in extremis. A des chances de rejoindre le club des films du genre qu’on retiendra de la décennie, avec Looper et Ex Machina, mais plane clairement moins haut. (68)

L’autre côté de l’espoir * (Finlande 2017) : Le cinéma placide, léger et lourdement engagé, d’aspiration poétique, de Kaurismaki. Il ne semble jamais assumer sa tentation du burlesque mutique, reste lunaire. Tout en silence et personnages flegmatiques. Plus vieillot et délavé que d’habitude, ce qui commence à placer haut le curseur. Les autorités finlandaises sont froides et prudentes ou indifférentes – elles n’ont pas la méchanceté compulsive des françaises dans Le Havre. Les seuls méchants agissant ouvertement comme tels sont les videurs ou skinheads, à la présence marginale. Plusieurs bizarreries d’enfant-citoyen curieux du monde, comme le troupeau d’asiatiques lors de la conversion ‘sushi’ du restaurant (car c’est présumé à la mode, donc pas à cause d’une forte présence ethnique). Je le range dans le dernier tiers du réalisateur ; c’est peut-être l’opus le plus lent et soporifique, heureusement plus tonique à partir de l’embauche (donc pour à peine quarante minutes). (28)

La ballade de Buster Scruggs ** (USA 2018) : Démarrage à l’enthousiasme contagieux. Finalement plus de gueule et de compétences que d’histoires à raconter. Notes des six segments : 7, 6.5, 6.5, 6.5, 7, 5.5. (66)

L’homme au pistolet d’or *** (UK 1974) : Dernier des quatre signés Hamilton ; son premier, Goldfinger, est mon James Bond préféré à ce jour (devant les deux premiers et Sa Majesté). Celui-ci (où je découvre Roger Moore) le rejoint quasiment grâce à tous ses atouts criards ou exotiques et ses nombreux aspects pittoresques. À force de flirter avec la gaudriole et le nanar de luxe le film touche aussi ses limites – les scènes de bagarre avec les chinois sont trop longues. Déconseillé aux femmes. (58)

L’impossible monsieur Bébé ** (USA 1938) : Loin de m’avoir ennuyé comme La dame du vendredi. Bien que certains de ses élans restent désuets, infantiles et surfaits (Hepburn jouant la fille de la rue à la fin), c’est à peine gênant. (58)

Les galettes de Pont-Aven *** (France 1975) : Un road-movie franchouille et un sinon le film emblématique avec Marielle en macho volage. Excessif et ridicule mais pas nécessairement irréaliste. (68)

L’innocent *** (Italie 1976) : J’ai été peu réceptif à ce dernier film, sorte de résumé tragique et régressif de l’œuvre de Visconti. La nostalgie s’y fait amère, se démystifie, comme la et les valeurs du monde aristocratique dont vient le réalisateur. Acteurs excellents bien qu’ils aient offert le principal angle d’attaque des critiques à l’époque et malgré leur provenance ‘populeuse’. (58)

Vilaine * (France 2008) : Une gentille comédie pas spontanée et totalement rabougrie dans sa seconde partie. Marilou Berri et deux des trois fées sont correctes, le reste du casting à la ramasse ou enfermé dans d’inévitables surjeux. (34)

Hamlet *** (Allemagne 1921) : Adaptation pour le moins ‘libre’ car Hamlet est une femme et les personnages sont et agissent différemment, peuvent être plus engagés ou malveillants. Relativement facile à voir aujourd’hui. Les interprétations ne sont pas loufoques ou exagérément expressives bien que nous soyons encore dans le muet. La performance d’Asta Nielsen (actrice suédoise célèbre à l’époque) vaut mieux que le scénario, léger mais pas fin. Les adeptes du trouble dans le genre pourront y trouver une belle ambition. La séance est censée durer 2h11 mais les copies visibles semblent toujours amputée de 20 minutes. En introduction, un texte récapitulant les points de vue de grands penseurs et auteurs sur la pièce et le personnage crées par Shakespeare. (66)

3h10 pour Yuma *** (USA 1957) : Western atypique puisqu’on y trouve du positif et des libertés inimaginables chez John Wayne (sur les relations hommes-femmes, entre le camp des gentils et des hors-la-loi). Un ‘héros’ simple et en difficulté subjugué par un chef de gang de passage (Glenn Ford, le poison dans Gilda) – trop roublard et en même temps trop offrant. Mise en scène très soignée, peu d’artifices. Seconde adaptation (connue) d’Elmore Leonard, qui signera plus tard directement le scénario de Joe Kidd et a donné les bases de Jackie Brown et Hors d’atteinte. (68)

Un pont trop loin *** (USA 1977) : Film à gros budget et énorme casting (De Niro et Steve McQueen ont refusé un rôle – et Aldrich la réalisation). Porte à l’écran l’opération ‘Market Garden’, une offensive britannique (aux Pays-Bas en septembre 1944) qui s’est soldée par un échec face au Reich. Au lancement des opérations montre doucement le cynisme des généraux ; vers 1h35 une séquence où le sergent Dohun [James Caan] menace un médecin en pleine bataille pour examiner un capitaine apparemment mort qu’il vient de ramener d’une zone où le camp Allié s’est fait atomiser. Grosse ampleur et mise en scène moins inspirée pour les espaces confinés ou intérieurs. Un peu long avec ses 2h50. Plusieurs éléments du casting sont finalement peu exploités et je ne comprend pas pourquoi Redford a décroché plus d’un million pour de telles apparitions éclairs et non décisives. L’ensemble est plus proche de Dunkerque que ne l’est Week-end à Zudycoote. (66)

Wolfskinder / Les enfants-loups ** (Allemagne 2014) : Synopsis, démarrage et contexte prometteurs. Un peu mou quand même ; peut-être trop fixé sur la fratrie et ses retrouvailles ; peut-être que je n’étais pas le public idéal. Le titre n’est pas une référence poétique mais la citation directe d’un sinistre phénomène à l’est de la Prusse-Orientale. (56)

Films apparentés : Les Évadés/Téchiné, Le bois lacté, Le mur invisible.

Aileen : life and death of a serial killer *** (USA 2003) : Documentaire sur celle dont la vie et l’œuvre servent de base au film Monster. Broomfield est assez complaisant envers cette multi-damnée fascinante – repoussante et pathétique. Loin d’être exhaustif mais aussi significatif que possible dans la poignée d’entrevues et de vidéos qu’il nous rapporte. Par sa face Aileen a parfois des côtés Dumberette, mais elle tient une couche mystique comme en atteste cette fascinante prémonition : l’Irak envahissant les USA en l’an 2019 – dommage ! (68)

La bataille d’Angleterre *** (UK 1969) : Vaut surtout pour son esprit et pour les scènes d’action (aviation). Plus court et ‘lié’ qu’Un pont trop loin, mais c’est aussi la vertu d’un scénario plus humble. Excellente bande originale. (68)

Gloria ** (USA 1980) : Une réalisation plus conventionnelle de la part de Cassavetes. La vraisemblance n’est pas la priorité, de même que la richesse et la bonne tenue du scénario ; si les mafieux laissent à ce point filer Gloria tout en sachant la localiser, c’est qu’il faut servir la volonté du film de bâtir une femme forte (entre autres messages explicites – le machisme inculqué à l’enfant mâle étant pas mal surligné aussi). Les quelques faux raccords ou étrangetés s’amalgament avec cet ‘oubli’ des réalités. Séance agréable dans tous les cas. Les décors et les deux protagonistes sont joliment filmés. (58)

Autres films de Cassavetes : Shadows, Faces, Minnie et Moskowitz, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence, Opening Nights.

Pauvres millionnaires * (Italie 1959) : Comédie parfois burlesque de mongolos bien éduqués ou d’humbles de bonne foi, aux âmes guillerettes et puériles, aux préoccupations triviales – puis sentimentales. Avant cette évolution, le truc de l’amnésie ne donne lieu qu’à des situations criardes et paresseuses. Certains gags sont d’une nullité qui donne envie de mourir passé sept ans. Les personnages sont trop gentillets et insipides, le scénario et les agissements de même, la mise en scène est pour le moins minimaliste et souvent relève du théâtre ‘effervescent’ et certains acteurs, notamment masculins, jouent les retardés modérés d’une manière plus convaincante que dans Dumb et Dumber (Salvatore a un air de crétin bien au-delà du nécessaire et du raisonnable). Impossible de s’y intéresser, sauf si on est client du genre, si on a une connexion spéciale (une nostalgie ou une culture adaptée). Heureusement il y a la musique – de quoi entrer un peu dans l’ambiance – par un orteil peut-être. Et surtout le dernier tiers, avec le réengagement du couple, devient regardable ! La sortie du délire, avec la résolution indigne de la pire parodie hypothétique de Mars Attacks ou d’un épisode de Bean, dope aussi l’attention : bien sûr il ne servait à rien de se réveiller car pour se tirer d’un tel niveau de niaiserie on replonge simplement dans la logorrhée insignifiante et les farces de cour de récré. Je commence aussi mal la filmo de Dino Risi que j’avais entamé celle de Kaurismaki (avec Le Havre). (24)

In Dreams / Prémonitions *** (USA 1999) : J’ai apprécié le plan et son exécution ; le scénario n’est pas épais mais il est juste. Bande-son excellente. Décors/photos : un style particulier et d’époque, dont je suis client. Les délires des vingt dernières minutes et surtout leur géniteur peuvent laisser dubitatif : il ne faut pas être allergique au grotesque. Christian Rea pas à son meilleur, desservi par son personnage superficiel en plus d’avoir le ‘mauvais rôle’. Belle interprétation de la protagoniste. Recommandé si vous aimez ou recherchez les films sur la schizophrénie ou la maternité. (72)

Films apparentés : Le témoin du mal, Dogville, Le silence des agneaux, Jigsaw, Chucky, Blue Velvet.

Meurtres sous contrôle ** (USA 1976) : Original en mode nanar ambitieux, convaincu par son cahier des charges mais sans foi authentique. À la fois saoulant (presque ennuyant quand démarre l’enquête) et valant le coup-d’œil pour sa bizarrerie et son culot. Le contexte de production manifestement légèrement cheap n’empêche pas une bonne mise en scène – moins pour les scènes de rue et en admettant de courts passages plus confus (l’escalier dans la pénombre, illisible). Très inégal au niveau des interprètes ; petit côté cronenbergien à la fin ; musique perce-tympans. (58)

Films apparentés : Visiteurs extraterrestres, Panics, Tarentula.

Bellissima * (Italie 1951) : Troisième fiction de Visconti qui par ses gueules, ses sujets et ses manières ressemble à d’autres de cette époque (celle du néoréalisme et du développement des affinités avec les américains) et peu à Rocco (sans parler du Guépard et de l’après). Les postures sont respectables mais la séance est imbuvable, à cause de cette femme qui n’en finit pas de brailler – l’environnement a pu l’y prédisposer mais elle est facilement la championne. Tous les autres personnages, même récurrents ou hystériques, restent à l’état de figurants. (42)

Gambit / Un hold-up extraordinaire ** (USA 1966) : On a d’abord droit à vingt minutes où tout est fluide et élégant, la fille mutique et appliquée (d’une inertie presque surnaturelle) ; à la fin, quand vient le moment de lui remettre les 5.000 et alors qu’elle passe à côté d’un grand destin, on se dit pour de bon ‘dommage’ : or c’est maintenant que le film commence. Succession d’accroches au lancement du plan, puis tangente dès la rencontre avec Shahbandar. En-dehors de ce trio remarquable et de l’excellent tour du départ, pas grand chose à signaler. A eu son remake avec Cameron Diaz en 2013. (52)

Alibi.com ** (France 2017) : Comédie chargée en gras avec quelques gros morceaux (comme le gode avec belle-maman, la branlette de l’ami de famille). Interprétations parfois médiocres et accumulation d’incohérences ou incongruités, au-delà de la grosse farce nécessairement peu crédible. Quelques passages ringards en musique (en plus l’âge des titres est raccord) – mais cette ringardise pourrait être courante dans le genre, je ne suis pas assez connaisseur. Didier Bourdon (après Madame Irma et son rôle ‘sombre’ dans une fiction télé) s’actualise avec un tel film, Nathalie Baye semble davantage en terre inconnu – la scène de la salle de bains est d’une bassesse dans laquelle elle a rarement dû tremper. Enfin le postulat renvoie à un genre d’idées bête mais excellentes, qu’il va devenir urgent d’aborder, au sérieux comme pour assaisonner nos bouffonneries de masse. (36)

Saint Jack / Jack le magnifique *** (USA 1979) : Un joli film sur la corruption avec une bonne bande-son. Ressemble à du Cassavetes en mieux foutu et surtout plus aimable – peut-être car je me sens moins étranger à Gazzara ici que chez lui. Ne pas s’attendre à beaucoup d’intensité ou d’événements, seulement aux déambulations et petites affaires d’un type sans destin qui a su amortir sa perdition – je suis sceptique concernant le ‘Saint Jack’ car en quoi serait-il déchu ou plus noble qu’un autre ? Signé Bogdanovich, de retour sous le chapeautage du producteur Roger Corman (dans la maison ‘New World Pictures’), après des échecs commerciaux. (64)

Nevada Smith ** (USA 1966) : Un western qui a de la gueule et des interprètes convaincants, son lot de rocambolesque, mais aussi un ton foncièrement enfantin malgré les multiples meurtres. Paresseux pour assurer la crédibilité de ses bons sentiments et de son humanisme pratique ; le soit-disant mixage génétique n’est pas évident contrairement à ce qu’on y prétend (ni le côté jeune premier du protagoniste). Steve MacQueen campe un bon héros pour le public américain, pour bien d’autres et pour celui bercé par l’idéologie de Victor Hugo : pauvre analphabète braquant une banque par nécessité, impliqué dans des rixes, mais bien entendu avec bon cœur donc pas si coupable. Musique niaiseuse à souhait. (52)

Main basse sur la ville ** (Italie 1963) : Cynique et transparent dans sa dénonciation de la pourriture politique et de la pourriture mêlée à la politique. De bonnes illustrations des palabres et petites plaisanteries ou hypocrisies publiques des professionnels du milieu. Le tout sans recourir à la violence physique et aux grosses démonstrations mafieuses ; urbanité oblige. Les notables et même les religieux sont là pour aseptiser et valider le ‘projet’ devant les yeux de la foule. Malheureusement c’est bavard et à l’occasion lourdement démonstratif ou pédagogique sans avoir beaucoup à présenter – ne serait-ce qu’en anecdotes. Et ça croit en la gauche ou du moins en l’authenticité de son champion et de son discours au Parlement (comme dans Le président avec Gabin pour les populistes-réacs), quand chez les autres un type est prêt à compromettre son fils pour se sauver. Quoiqu’il en soit la gauche est exclue de l’accord de ce panier de crabes-ci où s’associent droite et centre [ces trois termes sont ceux des sous-titres]. (62)

Alexandre le bienheureux ** (France 1968) : Une comédie bucolique simplette avec un humour redondant, comme l’ensemble des réalisations dans son registre ; mais pas spécialement criant sur ce terrain et contient un lot décent de petits conflits. Plusieurs allusions graveleuses.

Ce n’est pas tant l’attitude d’Alexandre que la vie rurale qui paraît ‘facile’ et simple. Sa paresse exagérée fait partie des éléments dignes d’une fable ou une BD. Sa préférence constante pour une existence amorphe ressemble bien à un gâchis : il est fort physiquement, il a des terres, du matériel et un savoir-faire à portée de mains – et sans autres obstacles que la volonté. La résistance passive-agressive (à son maximum quand il suit bêtement les consignes de sa femme pour noyer l’outil de travail) se comprendrait mieux pour un salarié abruti, dépossédé et/ou limité, dans un cadre plus moisi, urbain, hiérarchique, complexe ou bureaucratique.

Cette façon d’être a tout de même une valeur – petite : celle qu’on peut accorder à un anarchisme/hédonisme doux et spontanément mis en œuvre. Sans être un activiste ou un convaincu, ce bienheureux est insoumis et anticonformiste. Il ne se laisse pas bouffer par l’environnement, sa morale, ses institutions ; l’embourgeoisement et le mariage s’avèrent une menace et comme d’habitude il sait y échapper. Tout ça ne se produirait pas si notre oisif n’était pas un propriétaire paysan – en train de probablement laisser pourrir son héritage, mais le film s’arrête bien avant que la situation soit critique ou compromettante pour lui. Ses démonstrations de générosité vireront-elles à l’exhaustif ? (56)

Mr.Holmes *** (UK 2015) : Un récit calme et sentimental sur la vieillesse, la douleur de l’attachement, le détachement raisonnable. Adaptation du roman Les abeilles de monsieur Holmes, un meilleur titre ; la mise en scène est classique mais le film pas si dérisoire. Déconseillé tout de même aux allergiques aux téléfilms sur grand-écran. Moins flamboyant que les autres versions certainement, moins lourd aussi sûrement. Sherlock sans son chapeau n’est pas un homme à femmes – il est gentleman bien après son rôle d’intellectuel. Tourné par un réalisateur auquel on a auparavant confié Twilight 3 et 4, Bill Condon. (68)

L’avocat de la terreur ** (F 2007) : Malheureusement c’est un documentaire générique, croulant sous les témoignages, certains de gens peu impliqués ou de journalistes. Il est pédagogique avec ses petites indications colorées ; mais pas très bien conçu, en donnant une part démesurée au dossier Carlos et aux terroristes gauchistes. Ce n’est même pas un portrait (ni une biographie) du clown passablement diabolique. Les spectateurs contemporains aux affaires apprendront peu sinon rien. Ce qui s’est produit chez les Khmers rouges et dans d’autres périodes louches : nous n’en sauront rien, sauf l’avis des autres. Quelques archives laconiques et des démonstrations en louvoiement de toute beauté par l’avocat bouchent les trous. (62)

Rosita ** (USA 1923) : Une comédie romantique dans un contexte historique, avec le roi d’Espagne épris d’une chanteuse de rue. Son petit amant est désargenté mais quand même aristocrate – le politiquement ‘libertaire’ superficiel est possible mais la bluette pour jeune princesse candide sort indemne. Propre et sans grand intérêt, aurait probablement gagné en allant sur le terrain de la fable, où sa mièvrerie aurait pu se répandre sans complexe. À la place on sent plutôt l’origine théâtrale (la source est une pièce française de Frédérick Lemaître). Le personnage de Mary Pickford est gamin, d’une vulgarité bien savonnée pour la rendre aimable au salon. Pour le reste, le casting compte des gueules communes mais flasques ou satisfaites dignes de bouffonneries italiennes des années 1960-80 ; comme les moches et les pauvres n’ont pas l’air trop indignes ou malheureux, la médiocrité des interactions a une saveur ‘moderne’. Le scénario et surtout sa résolution imposent cette même niaiserie égalitaire – il n’y a même pas d’hypocrisie là-dedans. Réalisé par Lubitsch (encore allemand) à son arrivée aux États-Unis. (46)

Much Loved ** (Maroc 2015) : Assez pauvre dès qu’on met de côté le contexte de production et se préoccupe de scénario, mais convaincant notamment grâce aux acteurs. Proche du reportage plutôt que du documentaire ; prend la vie telle qu’elle vient maintenant (pas de passé ou de psychologie) – en fait un catalogue, d’où l’aspect forcé et exhaustif. Je n’aurais pas deviné que le réalisateur est le même que pour Les chevaux de Dieu. Analogue à Divines sans partager sa douce beauferie bling-bling ; vue plus placide de la ‘liberté’ et des im/possibilités. Les gentils et les progressiste voyant en ces filles des ‘femmes fortes’ ont besoin de sortir de l’hypocrisie, du déni ou de la soumission aux femmes/à leur idée des femmes. Ces putes ont probablement une meilleure vie que leurs mères et surtout une vie plus rentable, mais ce n’est pas encore suffisant pour leur tailler un caractère spécialement fort ou indépendant, ni des personnalités de conquérantes ; ce sont des professionnelles dans un domaine embarrassant pour la société. (48)

Madame Sans-Gêne ** (France 1961) : Un brave divertissement ; assez difficile de s’y laisser prendre au départ. Il se traîne de nombreux défauts inhérents à sa légèreté. L’interprète de Lefebvre (Robert Hossein !) ne se foule pas pour jouer ce ‘bon bougre’. Sophia Loren est une ex-prolo au teint parfait : on patauge en pleine caricature de dérive fictionnelle et mieux vaut tolérer l’extravagance, y compris historique. La fille du peuple finira par tutoyer, comme au temps où il n’était pas grand chose, l’empereur Napoléon ; dommage que tout s’arrête alors. Ce film ne vaut peut-être pas grand chose mais il est assez curieux, amusant et racoleur pour surnager. (56)

Christophe Colomb * (UK 1949) : Une vision méchamment biaisée et consciencieusement niaiseuse du cas Colomb. Le film est pompeux avec, pour défendre le projet de Colomb, une pédagogie lourdingue (comme d’habitude) et bas-du-front digne d’un produit destiné aux écoles primaires. Le développement a sa part de réalisme : dans un premier temps, les intérêts, les questions de statut, de placement de soi et de son argent s’opposent à la détermination du navigateur ; plus tard c’est l’équipage sceptique prêt à la mutinerie. Mais ce film ne met l’accent sur des aspects cyniques (et les motivations essentiellement financières à la cour) de l’environnement que pour mieux mythifier son sujet. Le débarquement à San Salvador est un gag involontaire imaginable seulement dans une satire aujourd’hui ; les autochtones viennent se soumettre avec candeur puis se laissent gentiment réformer, diriger et déguiser. C’est la belle harmonie et le multiculturalisme à une voie : du colonialisme pour ravis de la crèche. Le pacifisme catho s’oppose à la logique du commerce ou de la guerre, aux préoccupations triviales et égocentriques des petits (marins) comme des nantis : il est en mouvement pour convertir, donc certainement pour sauver et protéger. Le gros interprète de Francisco de Bobadilla tient tous les mauvais rôles du réac cynique défendant sa bourse et l’ordre établi, d’ignare satisfait et impatient, d’orgueilleux vivant sur de vieilles gloires qui moralement ne devraient pas en être. À la fin, Colomb lésé par les seigneurs, les ‘bureaucrates’ etc, malgré l’amitié de la reine (une noble sentimentale raccord avec son idéalisme) ; vieux et rabougri, il sort en prétendant qu’on se souviendra de lui pendant ces siècles contrairement à ces idiots. Le visionnaire sort de scène, « Fin ». (38)

Téléfilm> Sharknado * (USA 2013) : Le pilier du courant des nanars volontaires avec requins exploités dans toutes les positions. Du cinéma bourré de compétition diffusé sur Syfy puis projeté dans quelques salles à cause d’une demande euphorisée. Ce qui m’a le plus marqué est son sens des proportions aberrants, ainsi que le quasi surplace d’un plan à l’autre lors de fuites. La réactivité régulièrement décalée, les actions incohérentes et les enchaînements aberrants sont légion. Les faux raccords sont constants et on a droit à une avalanche de trucs clichés : le vieux trauma de la fille déjà liée au sujet, les scènes sentimentales et familiales ‘obligées’. Même si je n’en suis pas fan, c’est du lourd et sûrement plus ‘pertinent’ dans son registre que la plupart des concurrents, car cet opus ne suggère pas. Il donne de quoi rire. Ce n’était peut-être pas une raison d’en tirer une si longue saga (avec des suites et déclinaisons). Le requin à cinq têtes est moins débile et moins fourni en bouffonneries mais j’avais autant aimé. (28)

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Autres Mini-critiques : 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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MINI-CRITIQUE 10 (2019-1/3)

1 Juil

The Town That Dreaded Sundown *** (USA 2014) : Starship Troopers du slasher. Vire au cartoon déguisé plus clairement à partir du milieu. Mise en scène plutôt raffinée, photo radieuse. Dénouement assez décevant, heureusement la séance est courte. (66)+

Calmos *** (France 1976) : Inventif avec d’excellents dialogues (pas dix secondes sans eux). Les délires sont parfois coupés trop vite alors que d’autres sont sur-développés – la fin est abrupte. 4000e film enregistré sur la base SC (courts inclus). (72)

Fortress ** (USA 1992) : Accrocheur grâce à sa prison et à ses notions dystopiques, sans être futé. Agréable via ses outrances et ses scènes d’action. Nanardeux – une bonne part au début, beaucoup à la fin où la logique s’abîme définitivement. Le jeu tout en puissance de Christophe Lambert n’est pas plus crédible que la moyenne des autres, mais tout ça reste convaincant malgré tout – comme peuvent l’être les armes bien affûtées d’une aventure régressive. Film potable en général et très bon ‘mauvais film sympathique’. (62)

Flight *** (USA 2012) : Très sobre, boosté par une mise en scène tout en profondeur et une photo AAA. Un des meilleurs mais aussi des moins ressemblants de la part de Zemeckis. Franc en général dans ce qu’il présente (d’autres diront ‘racoleur’), pertinent en particulier sur l’alcoolisme, le tout sans jamais s’étendre (se tient aux situations, produit des scènes éloquentes en refoulant les excès manifestes – sauf pour la rechute). La tendance au déni de l’aviateur semble relever aussi de sa psychologie. Les quelques mauvais points possibles passent bien (les façons trop appuyées par Washington, l’issue mielleuse et sa question en suspens, la musique à fond pour souligner le caractère fracassant du dealer par John Goodman). (74)

Clash of the Ninjas / Clash Commando * (Hong-Kong 1970-1986) : Complètement débile, la VF transforme l’essai pour emmener au bout de la bêtise et souligner l’invraisemblable. Très agréable et divertissant pour un nanar, bien que les développements soient lents et 82 minutes encore bien long. Musiques plutôt bonnes ! Bien supérieur à Hitman the cobra, attribué au même réalisateur (Godfrey Ho) et pas drôle. (28)

Le Témoin du Mal *** (USA 1998) : Deuxième film signé Gregory Hoblit, après Peur primale et avant Fréquence interdite. Thriller à base d’occulte et de fantastique (démon Azazel). Effets visuels convaincants pour illustrer le ‘cas’ analogue à Shocker (sa vue subjective comme les scènes de passages, notamment où il confronte le flic – inculte sur les bords). Progresse assez peu et lentement sur deux heures, même en enchaînant les paliers. Bons personnages autour de Denzel Washington, même si ce n’est pas l’endroit pour les développer. Malheureusement peu de raisons sont développées concernant les relations entre personnages, y compris celle entre les deux principaux (pourquoi l’a-t-il choisi, pourquoi s’amuser spécialement avec lui quand le monde est si vaste ? – mais ça pourra toujours se défendre bien qu’il y ait un ‘vide’). Voix-off un peu niaise où les limites bonhommes du protagoniste se font doucement sentir (et pas la violence de son alter-ego). Tourné principalement à Philadelphie. Scénarisé par Nicholas Kazan, fils d’Elia. Aurait pu être meilleur avec plus de déterminations, à moins qu’il englue sa partition de réponses bêtes et/ou frustrantes. L’ambiance est travaillée presque à la perfection, sans recourir à des démonstrations de violence. (68)

Sayonara ** (USA 1957) : Cosmopolitisme kawai. Longueur déraisonnable mais visuellement plein d’arguments et pas trop ennuyeux dans son récit (ou le moins possible). Quand même trop mielleux pour dépasser franchement la moyenne. Une aberration de casting concernant l’artiste japonais aux traits ‘de chez nous’ (acteur très bon au demeurant, adéquat sur le fond ) – engagé faute de mieux ou placé par conviction ? Dans ce cas nous sommes proches des délires anti-racistes actuels, mais aussi des égarements des films tournés jusque dans ces années où les étrangers (africains ou indiens généralement) étaient incarnés par des américains/anglais grotesquement grimés. (52)

Hardcore Henry *** (Russie 2016) : La vue subjective renvoie au jeu vidéo et invite qui le souhaite à prendre la place d’Henry. Comme dans Half-Life 2, c’est sans coupures. Le protagoniste se réveille amnésique et semi-cyborg, reste mutique – effet FPS optimal. C’est vulgaire mais efficace et ça reste original de la part du cinéma – la tournure est souvent excentrique, sans tomber dans le nanar (mais elle affaiblit la partition lors de la rencontre avec l’handicapé). Au final – un excellent film d’action avec de belles manières gores. (68)

Apollo 13 ** (USA 1995) : Parfaitement prévisible (sans parler de l’histoire qui l’est nécessairement). Une certaine force émotionnelle dans des proportions très raisonnables. N’avance à rien le curieux, diverti mollement – mais offre une représentation parmi ce que le cinéma peut concéder de plus réaliste (recours à beaucoup de dialogues et de surchauffes indirectes pour compenser le manque de ‘spectaculaire’ franc). Les personnages sont comme le reste, bien aimables, vus de loin, garnis de détails inutiles sans être criards ni obscènes dans leur futilité. Finalement Mission to Mars par DePalma (2000) était intéressant. (48)

Les garçons sauvages ** (France 2018) : Toutes ces citations, cette façon de transgresser, ce formalisme à tout prix, sont lassants ; même il y a dix ou vingt ans ce film aurait été surfait et saoulant. Il aurait mieux valu aller bien à fond dès le départ et non dans les vingt dernières minutes ; exploiter davantage le personnage du Capitaine, entre autres occasions lourdes manquées. C’est assez con finalement ; la limpidité ne permet pas d’engranger des points quand on est rendu à ce point. Le parti-pris pour les femmes est d’un grotesque bien triste et opportuniste, heureusement peut-être la cohérence et le sérieux ne sont que des options remises à la charge du spectateur. Pour ma part ce film paraît plus moche que beau, sa grossièreté plus développée que son originalité – qu’il soit aussi orgueilleux et transparent permet de passer plus tranquillement [pas ‘agréablement’] les tunnels. (46)

The Guilty ** (Danemark 2018) : Huis-clos fonctionnel et irrésistiblement creux. Du ‘film radio’ qu’on peut se contenter d’écouter, à quelques variations près. Fonctionne sur son histoire, efficace et bien calibrée même si elle ne fait pas de miracles. C’est plaisant mais finalement à quoi bon ; qu’apporte le film par lui-même ? Les révélations tardives ne permettent pas de remettre grand chose en perspective – sauf pour confirmer combien monsieur s’est trompé de bonne foi et apprécier son rachat final. Un épilogue aurait été intéressant mais broyait tous les efforts de cette mise en place. Il est peut-être curieux que le mec laisse son portable à la fille enfermée à l’arrière. (54)

Assassination Nation * (USA 2018) : voir la critique. (38)

Hidden ** (USA 1987) : Crypto-nanar qui régale les amateurs de films d’action et de SF des années 80. Probablement à raison car les arguments sont là. Le ton est décontracté et le degré n’a même pas besoin d’être premier. Le grotesque et les libertés de l’extraterrestre peuvent plaire, sa parodie minimaliste d’humanité a une efficacité comique proche de celle d’un Bean ou autre bouffon, en moins intense naturellement. La réalisation est globalement d’un bon niveau quoiqu’elle paraisse déséquilibrée (comme les ressources, celles d’une série B mais nullement dépouillée) – le réalisateur, Sholder, est celui de Freddy 2. Je laisse l’adoration aux autres car le manque absolu de sérieux sur le fond en limite l’intérêt ; dans le domaine de la fantaisie gluante, je préfère Prince des ténèbres sorti au même moment. Avec le même ingrédient du parasite unique se transférant d’un corps à l’autre, je préfère de très loin Shocker – mais aussi Le témoin du mal sorti plus tard. (58)

Une pluie sans fin ** (Chine 2018) : Premier long tourné par un chef opérateur. L’atmosphère puissante attend un relais coté écriture. Malgré ses pions sur les terrains social, politique, économique, le film n’avance rien de fort et est restrictif/uniforme dans sa démonstration. Il rend superbement cette ville du Hunan gangrénée par la désolation, grande cage à ciel ouvert de laissés-pour-compte présents ou imminents. Les allers-retours boostent laborieusement un scénario éculé et minimaliste, tenant sur de gros morceaux et des orientations générales jamais creusées (comme cette amourette qui n’aura que de vagues nuances tout au plus, soit crise de larmes puis chute finale). Mais il y a un autre problème, plus flagrant et manifeste d’entrée de jeu : impossible de ne pas penser à certains grands et gros titres (Black Coal, Prisoners), ni relever les clichés du genre. Les références du film policier ‘sombre’ sautent à l’esprit ; nous sommes dans la lignée de Seven pour la décrépitude, de Memories of Murder pour l’ancien monde agonisant tandis que le nouveau n’arrive que péniblement, ou de façon morcelée, quand il arrive (nouveaux moyens d’investigation avec les empreintes digitales). Puis, mais cela pèse surtout à la mise en place, il y a le vieux flic au bord de la retraite, le jeune relativement ambitieux – le ‘relativement’ est important ici (à cause de son rejet déclaré de la corruption, de son aspiration mystérieuse), c’est la seule originalité saillante de ce film lent et sans humour, porté haut par son esthétique toxique, dé-saturée et une photo proche de la perfection. (58)

Jack Frost * (USA 1997) : Je continue avec les âmes criminelles survivant en se téléportant dans un nouveau corps – mais ce n’est pas du niveau de Shocker ou du Témoin du mal et à côté Hidden semblait sérieux. Ce Jack Frost est une bouffonnerie réussie, grâce à la conviction des acteurs (pour des personnages et dialogues souvent grotesques), un scénario rocambolesque et des scènes gratinées (dont celle peut-être trop malsaine du viol par la carotte du bonhomme de neige). Comédie grasse et ‘parodique’ (avec des détails ouvertement non-crédibles, comme les réactions suite à la mort d’un ado et la balle dans le pied). Beaucoup de jeux de mots et vannes verbales (balance trois fois la blague du bonhomme versus la bonne femme des neiges !). Vaut mieux que d’autres nanars à base de créatures (souvent alimentaires) mutantes et violentes, tels L’attaque des tomates géantes, ou extraterrestres comme Critters. DTV, y compris pour son pays d’origine. Une authentique comédie de Noël du même nom est sortie quelques mois après. (42)

L’ouragan vient de Navarone ** (USA 1978) : Suite des Canons de Navarone 17 ans plus tard avec un casting neuf. Bon divertissement, souvent puéril mais pas plus qu’un James Bond. Les quarante minute en moins que son prédécesseur contribuent à lui donner un meilleur rythme. Fin bien vaine qui tend la perche à une seconde suite, inconnue au bataillon. (56)

Conte d’été ** (France 1996) : Second Rohmer vu, après L’amour l’après-midi (1972) et son court dans Paris vu par (1965). Un film et des héros tout en bavardages et en écriture. Bizarrement réaliste pour un produit tellement littéraire, si penaud dans le montage. Poupaud, au début en sensible jouant les nonchalants et les amoureux du hasard, est effroyablement baladé par trois filles. Une pathétique victime – mais sa faiblesse lors des misérables perches accordées le rend coupable. De telles pseudo-princesses ne mériteraient pas quelques secondes d’attention ; mais comme le mec, elles ont fini par croire à leurs formules. Les personnages sont bien fouillés, en contrastes (pas de ‘contradictions’ magiques de scénariste) ; Pauline à la plage n’a pas cette subtilité ni cette cohérence. (56)

Pauline à la plage * (France 1983) : Poursuite de la soirée Rohmer sur Arte. Sans doute pas si inférieur à Conte d’été mais moins crédible et accrocheur. Pauline est clairement la plus estimable, adoubée entièrement par l’auteur, mais tout ce qui tournait autour de son cas m’est passé au-dessus. Arielle Dombasle campe le personnage de loin le plus sympathique. La drôlerie un peu malencontreuse du film passe notamment par ses dialogues et ses braves prescriptions – surtout celles qu’elle adresse à Pierre, dont l’attitude m’a semblé vaguement absurde (même si l’acteur est bon). Sauf que l’ensemble des confrontations et conclusions entre personnages sentent l’absurde aussi. Ce n’est pas désagréable pour une télénovela crypto-bourgeoise, mais la couche d’intellect sucrée ne fait que distinguer la chose, pas la rehausser (comme elle apporte son lot de demi-aberrations et sape les bons mais ‘gras’ arguments). (38)

Bleu d’enfer ** (USA 2006) : Bon divertissement ‘low-IQ’ non-démoulé de façon débile, comme certains Fast & Furious où Paul Walker s’est également illustré. Le scénario n’est pas mirobolant mais exploite habilement les tensions entre personnages et nos attentes à leurs égards. À un niveau parfaitement cru le quatuor est avidement exploité (avec éthique et respect bien entendu), sans obscénités à l’exception d’un POV arrière sur Ashley Scott. Naturellement (légitimement) Scott Caan est moins exposé et Jessica Alba l’est le mieux. Beaucoup de plans sous l’eau, élevant à un honnête niveau une réalisation pleine de bon sens. Les requins sont secondaires dans cette affaire mais on en voit déjà plus que dans The Meg, centré sur eux – mince alors. (58)

Ce film m’a donné l’idée d’ouvrir cette liste : « Low-IQ but good« .

Les pirates de la côte ** (Italie 1960) : Bon démarrage malgré des légèretés, puis le manque de personnalité et de suspense du film le rend gentiment insipide. Les deux méchants rehaussent un peu l’intérêt, le brave de la bande est aussi grave qu’évanescent, les femmes font de la figuration mais certaines apportent un supplément de vie. Pour les amateurs de pirates et de Cinémascope. (48)

Chantage/Blackmail ** (UK 1929) : Débuts d’Hitchcock. Un des premiers films anglais parlants, où la parole est encore décalée et partielle (les scènes parlantes seraient retournées ; pas de postsynchronisation puisqu’elle arrive trois ans après). Pas grand intérêt sinon ; d’une mollesse effarante avant l’événement crucial, personnages et scénario simplistes. Heureusement il reste l’expressivité du muet. (52)

Bon Cop Bad Cop ** (Canada 2006) : Un des plus gros succès du cinéma québecois, mais pas exporté comme ceux de Dolan. Reflète les buddy-movie états-uniens une décennie après les Arme fatale. Deux caractères bien tranchés : Chouard bruyant et négligent, méthodes brutales, possessif avec famille, ego à fleur de peau ; Martin propre sur lui, sûr de sa personne et de son discours mais facilement dépassé par l’exubérance de son collègue ou des rencontres. Primaire et passe-partout, plutôt efficace. (54)

Murder ! ** (UK 1930) : Débuts d’Hitchcock et du parlant ; souvent théâtral et simplet. Il faut passer de nombreux flottements pour arriver à une poignée de séquences notables, pour leur technique ou leur démonstration (comme celle du monologue intérieur incarné par Marshall, ou le long dénouement avec le trapéziste – lui-même débouchant sur des explications maladroites). Lors de la délibération des jurés : débats lourdauds, accessibles aux petites classes d’enfant, comme l’ensemble des suggestions de la mise en scène à l’égard des caractères et des petites choses se jouant au second plan. Une ironie tout aussi appuyée revient constamment ensuite mais les mots ne viennent pas la rabaisser – les arrêts le peuvent. (58)

First Man, le premier homme sur la Lune ** (USA 2018) : Focus sur les tests, le bricolage et les mauvais expériences, puis fermeture immédiate après l’alunissage. Survole les aspects politiques – Gosling et le projet planent ailleurs. Sobre, flirte avec le point de vue de Neil/Gosling dès que la mission l’emporte. Apparences ‘anti-spectaculaire’ et sans ‘héroïsme’ ; en fait spectaculaire de basse intensité et intimiste, avec héros mutique et détaché (passerait pour renfermé voire apathique aux yeux des affectifs). Même chose pour la bande-son : pas de grosse artillerie, une emphase sur les ambiances pures dans les vaisseaux. Repose beaucoup sur la face personnelle d’Armstrong (qui ne se livre jamais sur ses états d’âme), en sachant être synthétique mais en épuisant le filon des joies niaises familiales. La caméra pousse à la gerbe lors de scènes sur Terre les plus spontanées ou turbulentes. Un peu meilleur qu’Apollo 13 (et Seul sur Mars). (54)

Air Force One ** (USA 1997) : De la grosse ouvrage apparemment au service d’une Amérique la main sur le cœur. On y retrouve le discours interventionniste pour des motifs humanitaires – de nobles sentiments et une forte conscience du malheur des autres auraient soudain gagné [le président] après la visite d’un camp de victimes d’une guerre dans l’ex-URSS. Les gens, tous bien entendu très brillants, vomissant ce film pour son patriotisme et la puissance grotesque du président des USA, négligent ce point ! Si les USA se posent en gendarme du monde, il ne se joue pas qu’une fierté et propagande niaiseuse auto-centrée. Ces spectateurs seraient-ils trop pressés de cracher sur Air Force One ? De coller une étiquette ? C’est triste d’oublier d’aller au bout de sa haine et de son mépris – ou de sa conscience politique aiguisée. Peut-être que les missionnaires moins ‘prosaïques’ ou WASP à l’ancienne ont intérêt à maintenir l’illusion d’une séparation.

Quoiqu’il en soit, Air Force One n’est pas plus con qu’un autre ; c’est un film d’action et suspense décent sinon plus. Mais plus traditionnel (ou prudent) que visionnaire dans son approche : il était déjà anachronique avec ses adversaires russes. Ses ressorts sont éculés : typique du genre, on laisse la parole à l’adversaire mais sa charge flotte en l’air ; grande fraternité similaire à celle des films-catastrophes mais le patriotisme en plus ; aspect ‘choral’ avec large panel d’inclus dans la mission.

Le réalisateur est un des plus fameux assignés aux ‘divertissements’ de masse alors en exercice, Wolfgang Petersen (Troie, L’Histoire sans fin). Trois ans avant, il tournait Dans la ligne de mire avec Eastwood en agent de sécurité du président. (48)

Le Grand McLintock ** (USA 1963) : Western tirant vers la comédie, avec des indiens appréciés par le patron et un vieux couple dépareillé (John Wayne dans son rôle habituel et Maureen O’Hara en précieuse aigrie à la garde-robe luxueuse). Bien brave mais trop long et pratique deux fessées suspectes. (48)

Rich and Strange / À l’est de Shanghai ** (UK 1931) : Se veut fracassant et se montre décousu, elliptique en excès. Tandem interpellant mais pas nécessairement ‘crédible’. (52)

Le merdier/ Go tell the Spartans ** (USA 1974) : Bidasserie amère, molle et laborieuse. Cynique et même sombre, dénigre les participants américains et laisse dire plusieurs fois qu’il s’agit de ‘leur guerre’ [plutôt que de ‘la nôtre’, américains]. Soldats ‘touristes’ et orgueil mal placé (la France est raillée pour son échec local alors qu’eux aussi sont en train de s’embourber). Quelques bons mots mais tout ça a été mieux soutenu avant (Croix de fer, chez Peckinpah) – et bien sûr il y aura Full Metal Jacket 13 ans après. (42)

Tous au Larzac *** (France 2011) : Un documentaire sur la communauté de l’arche, où on évoque le souvenir de Lanza dal Vasto, des images de Guy Tarlier (apparemment un orateur qui ferait du bien à la gauche d’aujourd’hui – avec son style gaulois). Succession de témoignages et tourné sur les lieux des événements, avec quelques archives et en retraçant la décennie passée, jusqu’à l’avènement de Mitterrand. (72)

Trois couleurs : Bleu *** (Pologne 1993) : Sur le deuil, option sobre et éthérée, avec dépouillement et solitude obstinés. Suit La double vie de Véronique dans la carrière de Kievloswski et ouvre la trilogie des couleurs [du drapeau français]. (68)

Zoltan le chien de Dracula * (USA 1978) : Des scènes correctes avec le chien ou avec ses maîtres, bien que ça reste nanardesque (et les yeux jaunes sont un effet intenable quarante ans après – déjà que rien n’était ‘crédible’). Rénove absurdement le vampire, l’absence de sang et les rayons du soleil ne sont plus un problème pour celui-ci. S’attarde dans beaucoup de scènes superflues, mais pas désagréables, surtout les crypto-hippies. Majorité des dialogues triviaux et surfaits. Les attaques du trio de chien pendant les vingt minutes finales sont insipides. Cujo et Dressé pour tuer ne sont pas meilleurs. Réalisé par le futur producteur de plusieurs Stuart Gordon, comme From Beyond ou Castle Freak. (38)

Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne *** (USA 2011) : Malgré ses multiples ‘fautes’ depuis une vingtaine d’années, voire depuis toujours, Spielberg mérite sa réputation. C’est un entertainer génial. Ce n’est pas du Tintin puriste, notamment à cause de scènes d’action bigger than life ; c’est une version Indiana Jones. Évidemment le film n’en dit que malgré lui sur les affaires du monde, ce qui n’est pas plus mal (les films politisés sous la main de Spielberg sont déplorables – Lincoln, Pentagon Papers) mais creuse encore le fossé avec Hergé. Les personnages et leurs caractères sont respectés, Tournesol gardé pour un éventuel ‘plus tard’ (malgré les libertés et recoupages dans le scénario, l’essentiel n’est pas violé). Perd en pertinence à partir de la Castafiore, au profit d’une fuite en avant et de scènes plus rocambolesques (comme celle de la poursuite). (68)

Conte de printemps ** (France 1990) : Premier des quatre Conte de Rohmer. De la jacasserie pleine de grands mots précieux au service d’une intrigue lénifiante. Tout ce que le film a d’aimable repose sur l’invitée. (44)

Overlord *** (USA 2018) : Des arguments de nanar de la nazisploitation dans une production JJ Abrams, pour un mélange des genres réussi (contrairement à Cowboys & Envahisseurs par exemple, quoique son ratage ne venait pas tant de la tambouille que de son incapacité à décoller). Généreux et immersif – décors excellents, laboratoire à la hauteur des attentes. Carnassier, très violent. Scénario sans surprise, d’où un dernier acte légèrement plombant (et des méchants caricaturaux). Une once d’humour qui pourrait ne pas en être (surtout en intro avec la cohorte éructante dans son avion). Un anti-Sans un bruit au niveau des sorties ‘horreur/épouvante’ 2018. (68)

Juste avant la nuit * (France 1971) : Un opus où le cinéma de Chabrol s’entretient plutôt qu’il ne se poursuit. La femme infidèle et Le boucher sont largement préférables. La progression, comme les ingrédients, sont bien entendus entièrement convenus, la mise en scène est lourde et les allusions très grossières. La séance s’écoule lentement. Les décors et la musique meublent joliment. Les interprétations sont assez déroutantes – ce n’est pas du Rohmer mais c’est pire. Même Stéphane Audran passe ou ‘sous-joue’ d’une façon qui pourrait éventuellement avoir des bénéfices dans une comédie, ou un film noir particulièrement dédaigneux envers le genre humain. Certains détails épicent un peu la séance, comme ce court instant où Audran traite son mari à terre comme un chien ou un esclave (mais lui n’est pas d’humeur à jouer !) – dommage que ces poussées folkloriques restent stériles. Un collègue publicitaire de Mr Masson ressemble à Austin Powers. (42)

Lock Out ** (USA 2012) : Le début est bien gras et la signature Europacorp est bien là. Tout se met très vite en route. On a droit à une séance musclée et efficace, qui pourrait plaire à des joueurs de FPS dans l’espace et des amateurs non ‘gardiens’ de Fortress ou New York 1997. Bon lot d’occasions de se marrer (jusqu’au laïus ultime de Lennie James), en revanche l’humour délibéré de Guy Pearce est gentiment misérable (les typiques petites répliques de mec détaché et second degré). (58)

Smoke *** (USA 1995) : Portraits de personnages traversant le champ – ils ‘vivent’ en-dehors du temps présent et enregistré, c’est la grande force de Smoke. L’ouverture du scénario et du développement finissent par légèrement compromettre le film, surtout que certaines actions sont désolantes et laissent dans l’expectative aux pires moments (la dernière scène de révélation avec Forest Whitaker). (66)

Total Recall : Mémoires programmées ** (USA 2012) : Total Recall recyclé en film d’action/SF AAA routinier, à l’ombre de Time Out. Pas déshonorant dans l’absolu mais le comparer à l’original resterait une hérésie ; et s’il faut trancher avec Lock Out, celui-ci perd. On s’enfonce dans la glue avec les passages de Cranston, méchant de médiocre calibre. (44)

Burning *** (Corée du Sud 2018) : Film sentimental prudent et vicieux sous une forme de thriller. Les natures et motivations des deux acolytes restent essentiellement mystérieuses. Ben (Steven Yeun de Walking Dead) est un manipulateur tendre, indulgent, presque un grand frère cajolant (au point où sa froideur le lui permet), méprisant sans hargne ses deux petits trophées. (68)

Sur la piste des Mohawks ** (USA 1939) : Sur la vie des colons/pionniers américains, au XVIIIe. Joyeux et complaisant. (58)

Selma * (USA 2015) : En entrée juste avant l’explosion : « Ensemble nous allons détruire l’illusion de la suprématie pour rétablir la vérité de l’égalité » (approximatif au niveau des liaisons). De quoi poser l’ambiance et faire péter le pop’corn ; effectivement c’est une belle propagande mais propre et aveugle plutôt que niaise et sentencieuse. Standard, absolument lisse, avec une pointe d’exaltation et une direction artistique irréprochable (ce qui ne signifie pas beau ou interpellant). Plus vivant que Lincoln de Spielberg. (42)

Utu ** (Nouvelle-Zélande 1983) : Sorte de western avec une insurrection maori contre les blancs en Nouvelle-Zélande vers 1870 (protectorat britannique). Te Wheke est inspiré de Te Kooti dont il romantise la prestation, notamment avec cette triste fin (Kooti est mort 25 ans après le massacre de la Poverty Bay – 1868). Assez bordélique avec un récit avançant par à-coups laborieux, où chaque pan d’histoire est peu nourri, sans cesse reconfirmé ou à la limite de rétrograder (l’espèce d’amourette). Beau par sa photo comme ses paysages – l’image a probablement été ‘redynamisée’ pour sa ressortie de 2017. Signé Geoff Murphy, réalisateur du Dernier survivant (pendant les 1990s il officiera dans le cinéma d’action mal coté, puis disparaîtra). (54)

La couleur des sentiments *** (USA 2011) : Bons sentiments. Ne cherche pas à choquer, ni à montrer le pire et les violences physiques ou les exactions du KKK, ce qui le rendra insipide pour de nombreux regards. Ségrégation au sens large : femme célibataire, ‘rebelle’ ; paysanne, servante ; les épouses, la mère ; les accommodements. Mielleux et pas manichéen – a conscience de ce manichéisme qu’il tâche de repousser, dans la fiction comme dans sa vision ; prend en considération le poids des aliénations, valeurs, nécessités. Rappelle un peu Beignets de tomates vertes au début – comme lui 100% féminin ou pas loin. (68)

Spider-Man : New Generation / Spider-Man : Into the Spider-verse ** (USA 2018) : Réforme la mythologie Spider-Man (en démultipliant le super-héros) et la revisite (les antagonistes et références fameuses sont recasées, sans trop de pose nostalgique, de façon bien fluide). Assez convaincu au départ, y compris pour son humour si contemporain (et ses personnages secondaires prétentieux). J’ai décroché dès l’arrivée du Parker ressuscité, puis la réunion de la team est désespérante. Le second degré et l’éternelle pseudo-distanciation deviennent lourdingues. Les recours aux autres dimensions, les raccommodages en tous genres, ont le don de me lasser ; dans ces conditions il n’y a plus que des options égales et rien de profond à raconter. À partir de l’entrée du Rôdeur l’action et la pression s’intensifient, mais ce n’est que du recyclage ou des banalités marvelliennes (sans déplaisir j’attendais la fin). (48)

Gilda *** (USA 1946) : Connu pour le fétichisme autour de l’actrice suite à ce rôle – mais il était déjà bien entamé, notamment grâce à ses posters dans les casernes distribués par le producteur Harry Cohn. Séduisant et sophistiqué, mais bancal passé une heure : les personnages s’avèrent faibles, spécialement Bernard dont les motivations restent évanescentes ; hasards et combinaisons bien légères dans le scénario, les rencontres. Ambiance de parano, méfiance et surveillance entre individus ; on discute et maîtrise les choses plus qu’on les vit ou en jouit – Gilda y compris. (66)

John Wick ** (USA 2014) : Theon Greyjoy reprend du service – un éternel malfrat-boulet remis à sa place par les plus gros prédateurs qu’il n’a pas su discerner. Film d’action et de vengeance un peu grotesque, un peu long, qui ‘fait le job’. (56)

Sauvage ** (France 2018) : Typique d’un cinéma voyeuriste sous couvert empathique et ‘social’ pour qui veut le saisir. Aligne des réalités ou anecdotes grotesques, la plus criarde étant le gode ‘sapin’ bien trop massif enfilé dans le pauvre protagoniste (manifestement masochiste puisqu’il reste accroché à cette vie de merde et s’accommode de vivre et pourrir comme un chien galeux – mais tringlé). Trop mal imité la sodomie du vieux, avec le drap qui dépasse et rend normalement improbable la besogne à moins de saloper le tissu ! J’ai éprouvé de la compassion pour l’handicapé qui lâche 100euros pour voir ses deux clients s’embrasser alors que leur embrassade est poussive. On a aussi l’occasion d’envisager la prostitution comme une vraie profession – notamment lorsqu’un mec accordant des pipes à 5 euros (alors que le tarif officieux est 20 euros) devient une concurrence déloyale à corriger. Enfin on trouve un type au piano amateur de tortures avec un faciès à la Milo Yiannopoulous (le jeune gay de l’alt-right). (46)

Necronos – Tower of Doom ** (Allemagne 2010) : voir la critique. (52)

Le grand bain *** (France 2018) : Katerine, Amalric et le vieux rocker excellents. Le personnage naturellement sarcastique de Marina Fois est étrangement adapté. Le beau-frère est réellement, banalement, infâme. Ouverture affreuse. Quelques minutes et beaucoup de musiques en moins auraient fait le plus grand bien. Perd beaucoup avec le changement d’entraîneuse, la seconde inspirant autre chose que le rire, sauf les deux fois où elle se fait rabrouer. (68)

Dogman ** (Italie 2018) : Malheureusement commun et surtout Pusher écrase tout. Trop d’ellipses et de contemplation. Encore un film où l’interprétation prend le pas sur l’approfondissement des personnages, où les décors sont plus forts et significatifs que les événements. (52)

Les chatouilles *** (France 2018) : voir la critique. (72)

Under the Silver Lake *** (USA 2018) : voir la critique. (64)

I Feel Good ** (France 2018) : Dujardin en wannabee chercheur d’or admiratif des ‘grands patrons’ à la façon d’un larbin commercial ; c’est lui qu’il trompe le mieux. Comme d’habitude la fin est mielleuse en excès mais c’est insignifiant ce coup-ci par rapport à Saint-Amour. (62)

Un peuple et son roi * (France 2018) : voir la critique. (22)

The House that Jack built ** (Danemark 2018) : voir la critique. (54)

Apparitions/ Dragonfly ** (USA 2002) : Cousin spiritualiste de Ghost, d’où sa note faible (méritée) sur SC (comme Noé d’Aronofsky). Énonce quand même de braves bêtises, notamment lors de la rencontre avec la naine religieuse. Réduit Kathy Bates à une simple voisine lesbienne aux scènes et au soutien largement inutiles. On peut avoir l’impression de regarder du Shyamalan à l’eau de rose, voire fast-food, mais pour un réalisateur venu de la comédie bien grasse (Ace Ventura, Menteur menteur et Professeur Foldingue), Shadyac s’en tire brillamment. (52)

A Beautiful Day/ You Were Never Really Here * (USA 2018) : LPT bobo tête caractérisé (Lourd-poseur-tragique + psy des profondeurs). Une mise en scène sophistiquée et un protagoniste magnifié pour un programme éculé (impossible de ne pas penser à Léon et Taxi Driver dès qu’on monte en intensité ou ‘conclue’). Malgré sa grosse allure ce film est dérisoire. Comme dans We need to talk about Kevin il donne une impression redoutable de vacuité. Cette fois la psychologie s’effondre complètement et le spectacle ne devient plus qu ‘exercice de style’. Joaquin Phoenix est plus juteux que jamais commercialement car un hipster, kikoo à barbe ou apparenté pourra immédiatement se projeter sur lui en bad boy ou type sombre et profond. Son trauma d’enfance et tout le reste de sa condition sonnent prodigieusement cliché et cache-misère. Fatalement les plus grandes indications lâchées à la fin n’ont aucune valeur. On nous a envoyé du lourd dans la face, alors ça ne peut pas être totalement insipide, seulement il n’en restera rien. (38)