Tag Archives: Martin Scorsese

A TOMBEAU OUVERT **

26 Mai

3sur5  C‘est avec Shutter Island un de ces films prestigieux de Scorsese, aux prétentions un peu nouvelles de sa part, amenant son entreprise à bon port tout en étant plombé par un concept vite épuisé. Dès le départ A tombeau ouvert inspire un sentiment mitigé. Nicolas Cage (pas plus génial que sa moyenne) y incarne un pompier harcelé par la vision des morts sur les lieux où il intervient.

 

Scorsese a fait un sous-Bad Lieutenant, en bien propret et mixé par ses manies éprouvées pour conduire les films de mafieux ou de gloire et décadence dans lesquels il s’est illustré. Ici ça ne cadre pas, d’ailleurs elles ont du mal à entrer. Aussi le réalisateur cherche à tutoyer un sens de l’abstraction, voir un certain mysticisme, auquel personne ne croit malgré une réalisation élégiaque.

 

Cage finit par péter les plombs et faire, comme les autres, la morale aux gens à secourir, par ne plus supporter leurs souffrances et leur faiblesse. À tombeau ouvert raconte donc l’apprentissage d’un certain cynisme, d’une distance rigolarde sur la vie impitoyable ; puis de son corollaire heureux, non plus l’espoir ou le volontarisme, mais l’amour. Y compris avec une femme au bord du gouffre (Patricia Arquette). Tant qu’on peut s’oublier ensemble.

 

Comme s’il avait honte d’allez sur ce terrain, à raison vu les propos stériles sur la religion, Scorsese s’empresse de faire demi-tour et de laisser barboter ses personnages. La construction d’ensemble demeure orientée par une interprétation de la morale chrétienne, où Cage, martyr ordinaire ne recevant rien en retour de ses services, trouve finalement refuge dans une position de témoin, en tachant d’évincer l’aigreur et rester compassionnel. Pour la symbolique, Scorsese sort l’artillerie lourde, mais dans le détail, il se montre superficiel, englué, justement, dans les témoignages patauds et sans recul d’hommes agissant sans plus rien voir.

Note globale 57

 

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Suggestions… Lord of War + Midnight Express

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SILENCE (Scorsese) ***

13 Mar

4sur5  Scorsese souhaitait depuis ses débuts faire un film chrétien mettant en lumière l’âme et la dynamique de la religion catholique. La dernière tentation du Christ et A tombeau ouvert étaient des tentatives en ce sens, inaccomplie à son goût dans la mesure où Bad Lieutenant de Ferrara correspondrait à son projet idéal. En 2016-17 Scorsese corrige peut-être cet échec grâce à l’adaptation de Chinmoku (1967), roman le plus célèbre de Shūsaku Endō, déjà adapté par Shinoda (Fleur pâle) au Japon en 1971.

Comme ses deux prédécesseurs, Silence de Scorsese suit un prêtre jésuite en expédition pour retrouver son mentor Ferreira (basé sur le personnage réel Cristóvão Ferreira). Traqué par les autorités anti-chrétiennes sur une terre où sa religion a médiocrement percé (dans ce « marécage », quelques communautés paysannes ont rejoint les légions pour dénaturer la foi), il est travaillé par de nombreuses interrogations. À terme ces dissertations intérieures, les poussées de désespoir et les crises de douleur face à l’absurdité manifeste de l’ordre du monde (pourquoi Dieu envoie-t-il tous ces tourments?) le conduisent à douter et l’affaiblisse face aux réclamations de ses adversaires. En plus de se maintenir tendu vers l’état de grâce il doit convaincre ses ouailles opprimées que leurs souffrances ne seront pas vaines, même lorsqu’elles atteignent des niveaux insupportables.

La voix-off est récurrente, non-linéaire, utile pour un film orienté vers l’intérieur sans chercher à fuir le spectateur ou se moquer de l’oublier. Par rapport au livre, surtout focalisé sur l’usure et les doutes, le film met l’accent sur les transformations et la combativité (souvent inepte ou décalée) du protagoniste. Il souligne ses accès de démence de surface (les crises pendant les grosses fatigues, certains éclats sous la pression) sans fausser l’ambiance – austérité et anxiété généralisées. Silence ne donne pas à suivre des va-et-vient, mais invite dans une antichambre où la foi perd son éclat. Rodrigues s’accroche, essaie de garder la tête froide, délibérer, réfléchir, sans choisir les illusions ou la ré-assurance immédiate ; dans l’ensemble son courage paie, en interne, mais l’impact autour de lui est quasi nul et le poison s’infiltre de manières détournées (le dégoût pour son prochain, le mépris pour les chrétiens en demande) quand il n’est pas carrément ingéré de force.

Les heurts face au monde sont plus présents que dans le livre, support oblige mais pas seulement, car la mise en scène a recours à plusieurs artifices et perceptions accolées – jamais en opposition mais volontiers en divergence. Silence capte ces cohabitations de forces et d’intérêts qui ne sont pas là pour se convaincre de leur légitimité cosmique ou intellectuelle, ou seulement à une échelle seconde, non-vitale. Les japonais eux-mêmes ne sont que peu dans la déconstruction de leur ennemi. La paresse, l’ignorance, la brutalité ne sont jamais en cause ; des camps et des hommes sont simplement porteurs de vérités – ou de nécessités commuées en lois (souvent effectivement insurmontables, jusqu’à révolution). L’Inquisiteur et ses sbires sont attachés à se préserver de cette fausse vérité pernicieuse défendue par l’Église.Les Japonais et leur culte sont impitoyables, engagent dans une cruauté plus manifeste et tiennent leurs promesses sur Terre ; le catholique doit être prêt à s’humilier, mais en dernière instance, même lorsqu’il s’abîme, ce n’est pas les seigneurs qu’il doit craindre et qui sont les maîtres de sa personne.

La vanité de vouloir christianiser le Japon, de partir en croisade même si c’en est une de conversion avant tout (pacifique au fond et normalement aussi pour la forme), n’était pas abordée de front dans le livre. Le film se repose sur des joutes théologiques inscrites en lui (face à Inoue et à l’interprète) pour les traiter, apportant une certaine valeur ajoutée, faisant des turpitudes de Rodrigues le cœur du concert mais pas son mètre-étalon. Son orgueil, sa jeunesse d’esprit et ses relatives foucades n’empêchent pas sa foi d’être profonde et pure, ni de vibrer quelque soit les apparences ou les compromissions. Silence est bien un film catholique réussi et honnête, où un croyant traverse un désert à sa taille, subit des épreuves finalement trop fortes pour lui, mais dont le parcours et la peine ne sont pas vains. L’échec et l’apostasie sont là, sans être unilatéraux – ils deviennent même dans son cas une façon d’abjurer certains égarements terrestres ou élans immatures. Il reste toujours de la place pour maintenir son engagement et le renouveler quelque soit les nouvelles difficultés ou les fautes à racheter.

Note globale 75

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Suggestions… Mission + La Passion du Christ + Casino 

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (4)

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LE LOUP DE WALL STREET ****

29 Jan

4sur5  Après quelques encarts ou essais (Hugo Cabret), c’est bien le retour de Scorsese le grand, celui des grandes fresques euphoriques. Le Loup de Wall Street c’est la tragédie confondue en farce ; c’est le Casino sans rapports de force, sans le besoin de puissance et d’auto-conservation ; c’est Les Affranchis dans la Bourse, sans les pesanteurs de la pègre et des contrats liés, avec une vulgarité libérée. Ici il n’est question que de plaisir et de triomphe.

Le Loup de Wall Street vient clore une trilogie de Scorsese sur le rêve du capitalisme libéral américain. Contrairement aux deux opus précédents (Casino et Les Affranchis), cette fois le grand héros est un self-made-man absolu ; sa meute, c’est lui qui l’a façonnée, de A à Z. Jordan Belfort, dont le film s’inspire des mémoires écrites pendant son court passage en prison, a été assistant courtier chez Rotschild à la fin des 80s. L’époque des junk bonds qui inspire Oliver Stone, le premier, pour son Wall Street. Dans ce monde cocaïné où les salaires atteignent les cimes, Jordan crée alors sa propre société de courtage et connaît un succès rapide et fulgurant. DiCaprio s’est mis dans la peau de cet homme-là.

Pendant trois heures nous sommes les témoins de cette ivresse ridicule mais sans doute, enviable, car Belfort connaît le luxe et la facilité que personne n’ose espérer pour soi. Mais ce transgresseur est aussi un nouveau riche, saqué par les pontes de Wall Street, les pré-installés. Bien qu’il ne montre pas les héritiers traditionnels, pas plus que le peuple, Le Loup de Wall Street mentionne cette confrontation entre les arrivistes et les dominants plus enracinés ; les vrais vainqueurs, ceux qui ont façonné le système et subissent les nouveaux joueurs venus leur faire concurrence, retournant (avec réussite) leurs règles contre eux. Si le parcours de Belfort est scandaleux pour les hommes ordinaires, il l’est aussi pour les élites, jalouses mais néanmoins redevables envers celui qui assure la pérennité d’un modèle où chacun peut théoriquement devenir milliardaire.

Ce conflit (qu’on ne voit que par l’angle de Belfort le bouffon magnifique) marque aussi l’antagonisme entre le charisme et le pouvoir technique (la presse spécialisée, les héritiers qui n’ont rien à prouver) ou l’autorité légale (la brigade des fraudes, la justice) – toutefois tous les deux n’ont que de faibles moyens ou menaces à exécuter. Comme les gourous autoritaires dont il est pourtant antagoniste, DiCaprio s’engage souvent face à ses troupes dans des délires tribaux. Il est un jouisseur et un vainqueur, outrepasse les règles et cette transgression en fait un modèle d’émancipation dans le monde concret. C’est donc un leader totalement coupé du réel commun, puisque la réalité est celle qu’il choisit, un théâtre à sa mesure. Son orgueil sans limites lui donne le panache qui fait se lever des foules désireuses de marcher de ses pas, profiter d’un peu de sa puissance. S’il se dissocie du sort du lambda, son destin n’est pas marqué par l’élévation pour autant. En-dehors de la splendeur matérielle, c’est l’hystérie et le vide. Ces sentiments-là cependant n’ont pas le temps d’émerger puisque la jouissance est permanente.

D’ailleurs le loup ne tombe jamais vraiment ; pas parce que c’est un bourreau ou qu’il est pardonné, mais parce que justement c’est un homme sans fond particulier, indifférent au sort des autres mais en rien mauvais ou malsain, auquel ni la société ni les autres n’imposent jamais de barrière. La loi est faible face à lui dans un système dont les prémisses font le choix d’adouber ce genre de déviances : la richesse scandaleuse est légitime, la tromperie aussi. Ses admirateurs transis achèvent de conforter le loup dans son irresponsabilité et sa mégalomanie. Mais ce loup n’est pas un ogre odieux. C’est juste un animal vaniteux lâché dans les grands espaces, rendus bergerie disposée par les masses serviles.

Le dernier plan est assassin, où on voit tous ces ploucs (qui sont nos cousins à nous, les 99%) transis et tout offerts à ce pacte malsain, dont ils ne jouiront même pas. Ils sont juste la main-d’œuvre la plus servile, incapable d’autonomie.

Note globale 79

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CASINO *****

26 Mai

5sur5  Chaque instant de Casino donne le vertige. C’est une espèce de tourbillon enivrant, un spectacle total, extrêmement dense (il paraît même infini) et fourni et qui pourtant n’embrouille jamais, car rien n’y est de trop. Rarement trois heures de cinéma n’auront/ne seront passées si vite ; c’est qu’on est tellement transporté qu’on perd une foule de notions rationnelles, à commencer par celle du temps ; Casino est une entreprise grandiose, démesurée et fait disparaître tout ce qui nous entoure. C’est une récurrence dans l’œuvre de Scorsese, dont même des travaux mineurs ou boiteux comme Aviator savent faire preuve d’une capacité d’absorption du spectateur pour le moins singulière (ce qui fait, dans le pire des cas, de Scorsese un technicien génial).

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Considéré comme une sorte de remake des Affranchis, sorti cinq ans avant (1990) et comportant en effet de nombreuses similitudes et une envergure comparable, une même puissance, Casino devance pourtant de quelques longueurs son prédécesseur. Ce n’est pas tant qu’il en serait une version améliorée, c’est surtout le propos sur la mafia qui a évolué ; il est moins traditionnel, plus cruel, plus concentré sur les contradictions d’un milieu mais aussi d’un monde. Scorsese filmait les acteurs d’un monde codifié et opulent à mi-chemin entre les coulisses et la scène publique, dans Casino il porte son regard sur une vie parallèle probablement largement fantasmée mais somme toute assez étrange. Pour le personnage incarné par DeNiro à tout le moins ; son prodigieux parcours est le fruit d’une exhibition flatteuse tout en débouchant sur l’édification d’une forteresse.

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Casino restera l’une des masterpiece sur le rêve américain, qu’elle traite avec réalisme, faste et outrance maîtrisée. Il n’y a pas ici la volonté de choquer ou d’épater le chaland, à la façon de beauf chic ou d’un spectacle dont les qualités  »cérébrales » ne seraient que poudre aux yeux : Casino est l’anti-Public Enemies et Scorsese l’anti-Michael Mann. Ses films ont de la chaire, racontent des hommes alors que Mann fabrique et anime des romans-photos de luxe, sortes d’ersatz des Feux de l’Amour un cran au-dessus. Casino propose une plongée dans une révoltante normalité, se focalisant sur un personnage en particulier pour fondre sa vie dans une entité et un phénomène beaucoup plus vaste ; la volonté de tirer son épingle du jeu d’un Monde à la fois ignoble et fascinant. Scorsese fait de cette démarche une balade presque mystique, contrebalancé voir trahi par la sérénité d’un DeNiro/Sam admettant les règles du jeu pour tirer le meilleur du système. Casino peut d’ailleurs être envisagé comme une œuvre synthétique ; pas tellement comme un film-somme qui condenserait plusieurs genres majeurs du cinéma américain (même s’il cultive des traits propres au western, au film de gangsters et à la romance tragique), mais surtout comme un film représentatif du Monde, de l’ordre et de la grille de lecture qui le définisse à un moment donné. En cela, Casino est le successeur direct du Guépard qui annonçait la chute de l’aristocratie ; ici, au sein d’un Monde atomisé dominé par des roitelets et alors que les leaders institutionnels sont des animateurs de pacotille, une nouvelle classe moyenne profite de ce Monde et en amplifie ses tares, par esprit de revanche ou par paresse. Tout cela est insinué dans une fluidité inouïe, peut-être même pas réfléchi par ses auteurs, mais absolument compris/intégré de toutes façons.

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Ce rêve américain, c’est la possibilité, pour des fortes têtes fraîchement relaxés de leur caverne bucolique de s’épanouir dans un lieu de tous les possibles, Las Vegas en l’occurrence. Le milieu du jeu, du banditisme et de la mafia permet de s’approprier pouvoir et opulence mais ne prédétermine en rien la façon d’être des participants. Pour le petit plouc flamboyant Pesci, Las Vegas est un terrain de jeu ou il s’adonne, désinhibé et avide. Celui-là croit avoir basculé dans un monde libre, sans la moindre limite au point que finalement, il justifierait son style peu orthodoxe, plus odieux que l’environnement autour, par un cercle vicieux que lui-même enclenche. Ce qu’on voit dans Casino, c’est la jungle néo libérale, celle qui vient saper tous les cadres de référence sous prétexte de leurrer une condition supérieure. Le plus malin s’en sort et c’est ce que croit Pesci. Or non, dans la jungle, il faut un collectif, il faut une fraternité, il faut la bonne équipe et les auxiliaires sur lesquels s’appuyer (alors que pour Pesci, l’alter ego sécurisant, c’est la jouissance par tous les pores). Car ce monde ouvert, ce sont les fractions aristocratiques ou de la haute bourgeoisie qui s’y développent.

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DeNiro, lui, est un homme simple, qui se mêle parmi les nouveaux bourgeois et les aristocrates déclinants ; il n’est pas un élu, mais un membre du peuple qui s’est émancipé. Il n’est ni un bourgeois, ni un aristocrate : il a un côté star et arriviste, mais il n’est pas vraiment des leurs, pas plus qu’il n’est tout à fait de la plèbe dont il vient. C’est un solitaire monté sur scène. Il a admis l’absurdité capitaliste et fonce, penaud mais décidé, pour se  »faire un trou » comme diraient ceux auprès de qui, on imagine, il a grandit. Et si ce  »trou » est faste, ce n’est que ça ; ainsi, De Niro se consacre à la construction de son château fort tout en étant un personnage public, scintillant et prestigieux.

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En marge de cela, il reste un enfant de la vieille Amérique. Si la rupture est consommée (à la différence du Parrain de Coppola), les structures de base inculquées autrefois animent toujours le personnage de DeNiro ; c’est, paradoxalement, ce qui en fait cet homme élégant, distingué et brillant que n’est pas le rutilant nouveau converti Joe Speci. DeNiro conserver ainsi un sens de la famille, se base sur des valeurs simples, fonctionne à titre personnel de façon traditionnelle, même lorsqu’il apparaît en monstre exalté devant les foules. Certains trouveront cette vérité intime limitative, pourtant voilà un homme comblé, conscient que l’omnipotence n’est accessible à personne, jouissant sans entraves tout en bénéficiant du confort d’une vie cadrée, posée, dans laquelle avoir confiance. D’ailleurs, Sharon Stone abîme cet équilibre, parce qu’elle n’offre ni repère ni repos, tendant plutôt à saborder le château fort par trop de passion et de quête de stimulations.

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Le traitement du milieu de la mafia est du même ordre ; d’abord placée sur un piédestal (mise en scène appuyée mais prodigieuse en ce sens, comme celle des briscards autour de la table), voir fascinante et attractive pendant la première moitié du film (axée sur la gestion et la maîtrise du casino), la Mafia devient laborieuse, régressant vers un statut nettement moins magique, au point d’apparaître comme une vieille institution parallèle indéboulonnable mais inepte, en vase clos, voir aliénante. Au lieu d’accomplissement de rêves improbables, cet espace ne permet qu’un épanouissement primaire, si généreux soit-il. Alors un grand vide abîme ce sentiment d’omnipotence déjà devenu factice, au point que tout ne peut, désormais, qu’être dérisoire.

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Chef-d’œuvre éthique autant qu’opéra-fleuve, Casino est peut-être le film d’un naïf libéral-libertaire repenti, qui se découvrirait soudain conservateur, comme ceux qu’il raillait, mais par défaut. Casino se déroule dans une ville de déchéance ou exulte le chaos derrière les lumières scintillantes ; et Scorsese nous montre une religion réprimée mais omniprésente. D’ailleurs, Sam/DeNiro se soumet à ces forces impures, cet ordre du Monde qui certes le dégoûte, mais dont il s’accommode ; c’est peut-être néanmoins le dernier Homme de son environnement, car lui ne court plus après l’exaltation individualiste illusoire leurrée par Las Vegas. C’est aussi un lâche et un planqué, mais probablement parce qu’il n’a pas d’autre horizon ; en ce sens, son comportement apparemment démissionnaire est une façon de s’approprier sa vie, même si le cadre de celle-ci est restreinte et que la petitesse des Hommes mais aussi celle de son nom est plus évidente et flagrante que tout ce qu’il a pu désirer jusqu’ici.

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Note globale 98

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