Tag Archives: Mads Mikkelsen

ARCTIC **

2 Août

2sur5 Les vertus de ce film de survie sont responsables de sa platitude. Le tournage en Islande au plus près des conditions rapportées est naturellement bénéfique, le dépouillement plaide pour sa cause. Seul le présent compte et seuls les actes parlent. Le son est la partie la plus immersive, les ‘conflits’ et imprévus manquent. Arctic ignore l’excès ou le pathos. Son protagoniste n’éprouve pas d’amour mais de l’attachement, de l’espoir, une amitié semble envisageable.

Malheureusement en disant le minimum Arctic n’en inspire pas beaucoup plus. Le pari relevé de se frotter à la violence du désert, des tempêtes glaciales et de l’isolement lui fait honneur sans le rendre riche, intense ou profond. Car pour le reste Arctic n’est pas si téméraire. Les dilemmes et les horreurs potentielles sont évacués d’office, ou bien tempérés et mis à distance au point d’être évanouis (l’état du second pilote lors de sa découverte restera obscur). Le spectateur est invité à sentir la nécessité ou l’opportunité du sacrifice de l’autre, dans une moindre mesure l’accrochage à cet autre, tout aussi égoïste mais mieux défendable.

Dans tous les cas pas de place pour la gratuité, celle de la cruauté ou des sentiments ; la contrepartie c’est que nous sommes comme des pseudo-scientifiques en train d’observer une pseudo-fourmi se débattre, en lui prêtant de l’intelligence et de la détermination, tout en se gardant méthodologiquement de lui attribuer quoique ce soit d’autre. D’où l’impression d’une fermeture un peu fausse, prétexte à une pudeur stérile (peut-être car on ne saurait afficher dans des positions sérieusement gênantes ou crues un acteur désormais sur-hypé à la façon d’une star pour jouvencelles).

La raison de ces béances est toute trouvée : les intempéries et la survie sont plus importantes que les cas de conscience, les personnes ou la psychologie. Néanmoins le scénario aurait gagné à être étoffé, ou simplement le quotidien. Au moins cela réduit à zéro le risque de s’égarer dans l’idéalisme abstrait d’un Tu imagines Robinson, ou de se compromettre avec le charme et le romantisme d’Un homme parmi les loups (une robinsonnade où la contradiction existe). Rien de ces grandes et éventuellement belles vibrations au programme. Rien non plus n’est servi de l’invraisemblance ou de la guimauve d’un The Revenant, ni de l’héroïsme miteux (ou souterrain) des prétendus ‘coups de poing’, souvent esthétisants (de 127h à Esssential Killing). La résistance à la faim d’Overgard est le seul point litigieux, car même si cette sensation est dopante, prolongée elle affaiblit. La Mort suspendue reste préférable de loin pour trouver du substantiel, authentiquement factuel et réaliste.

Note globale 54

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Les+

  • cohérent, de bonne tenue
  • crédible, travail du son, décors réels

Les-

  • minimaliste et un peu fade

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THE DOOR (La porte du passé) **

24 Sep

the door 2009

2sur5  Grand vainqueur de l’édition 2010 du festival de Gerardmer, ce film allemand a gagné en notoriété plusieurs années après, grâce à la présence dans le rôle principal de Mads Mikkelsen. En effet celui-ci est sur-exposé depuis son incarnation du nouvel Hannibal (série US lancée en 2013). Cette dynamique a également permis de voir les Pusher et le Valhalla Rising de Winding Refn au centre de nombreuses attentions, suite au phénomène Drive.

Film-concept tripatouillant des paradoxes spatio-temporels (avec une porte ramenant cinq ans en arrière), Die Tür est peu à l’aise avec son grand sujet. Il évite de philosopher dessus mais prend peu de risques par ailleurs, une fois dégainés ses quelques gadgets. Le travail essentiel consiste à gérer un suspense sans grand relief, forçant d’autant plus à préparer quelques déballages qui eux-mêmes se dégonflent pour justifier de pauvres effets. Gros fossé donc entre la démesure du postulat et le résultat très plat. Les meilleurs points sont du côté des compositions et des ambiances, les premières étant particulièrement peu aidées (personnages faibles).

Sporadiquement surgissent des scènes de ‘cauchemar’ pour certains, face à cette subversion du temps (Maya voyant un couple abattu par ses versions futures de lui-même). Ces percées sont toujours timides et se contentent de ponctuer une balade sans âme, plombant ses atouts par manque de goût et de conscience. Les couleurs sont tristes et crûes, la musique est celle du téléfilm ou du cinéma discount pour la télé le plus trivial, lorsqu’il se met à promettre des frissons et du bizarre. Les incohérences pourraient ajouter au ‘mystère’, malheureusement l’incohérence est souvent synonyme d’inconsistance ; ici c’est carrément de béances.

Que la gamine accepte si facilement son père venu du futur au détriment du père présent tué sous ses yeux est insensé ; bien sûr la thèse du film pourrait y gagner, mais en l’occurrence c’est plutôt l’inanité des caractères qui permet de tout faire passer, pendant que la thèse justement n’est pas nourrie. Tout ce qui la sert, c’est cette pioche dans les ramifications assez folles promises par l’idée de base. Le David plus vieux de cinq ans a certainement changé, on le dit d’ailleurs, concrètement on ne sait jamais trop bien en quoi. Le dernier acte bascule vers une oppressante étrangeté (la communauté de revenants) et s’achève de façon précipitée : un bon coup dans la machine et on en parle plus. Après tout on a pas trop su quoi en faire depuis une heure et demie.

Note globale 49

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Shadow People (2013)

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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LA CHASSE (2012) **

17 Sep

la chasse vinterberg 1

2sur5  Grâce à sa sélection à Cannes et la présence au rôle principal de Mads Mikkelsen, Jagten a apporté une visibilité internationale et grand-public à Thomas Vinterberg. Co-fondateur du Dogme95 avec Lars Von Trier, qu’ils ont enterrés en 2005, Vinterberg a signé le film inaugural de ce mouvement, Festen, un drame familial en 8mm où s’engageait une mise à mort du patriarche incestueux. La Chasse est beaucoup plus académique (et sophistiqué) dans sa forme mais l’emprunte de Vinterberg s’y reconnaît. Il raconte la mésaventure d’un éducateur dans une école maternelle, subitement accusé de pédophilie. Le spectateur sait qu’il y a erreur : les personnages croient l’enfant qui s’est mal exprimée. Bientôt, ils lui pardonnent d’avoir oublié et s’attachent à aller au bout de cette affaire.

Démonstration unilatérale, La Chasse fait forte impression. En cumulant des qualités conventionnelles et une dénonciation choc, sous la houlette d’un metteur en scène intuitif, il rejoint cette catégorie de drames froids et obséquieux, ne lâchant jamais la pression, en restant toujours paradoxalement ‘léger’. Lorsque Jagten s’achève et qu’on a finit d’être indigné par l’odieuse chasse à l’homme, on se trouve bien perplexe. On s’est fait manipuler de la façon la plus lourde qui soit, aussi obèse que le contenu de l’exercice s’avère ‘dégagé’. Pendant deux heures, des personnages sans le moindre relief circulent, y compris les protagonistes clés, lesquels ont par conséquent la permission d’agir ou réagir comme des pantins crispés.

Le peuple de La Chasse est un conglomérat de pattes molles, forgées par les circonstances : un Vinterberg venu dénoncer les vilains beaufs et le vilain fond de l’âme de la communauté. Ce dégoût n’est pas illégitime en soi, son expression est médiocre : si l’Humanité est pourrie, si le cancer des cons intolérants et bas-de-plafonds menace le citoyen honnête et droit, encore faudrait-il qu’on ait la matière qui fasse cette Humanité, ou au moins des cons tenant debout. Ici nous n’avons que des figurants ; façon adroite de montrer la force d’un groupe où le jugement individuel s’est dissout, mais projection d’un ennemi fasciste cartoonesque sur le fond – pour une forme maline, parfois brillante.

Vinterberg a un talent pour isoler le spectateur, en le détachant pleinement de ce qui défile sous ses yeux mais n’a de cesse, par ses extrémismes obscènes, de l’interpeller – c’est d’ailleurs cette faculté qui lui permet d’atteindre une telle ampleur dans le film démago dénonçant le populo (lequel naturellement est cette foule en colère, ces collectifs d’hystériques – qui probablement ne comprennent pas l’Autre ni La Différence). Jagten fonctionne par images fortes (et fonctionnelles ; la ‘rencontre’ avec la petite et le final au fusil sont puissants) et par aperçus (la virilité tapageuse et bon enfant, exhibition de forces brutes et candides que le spectateur s’attend déjà à voir retournées contre l’accusé à tort) : tout s’y réduit et s’y rattache.

La réalisation suggère rapidement au spectateur la menace pesant sur Lucas, au point que nous guettons son piège, juste avant que tout le village et même ses proches ne tombent dans la suspicion puis dans le rejet. De cette manière, La Chasse fait ressentir cette solitude immense et cette injustice terrifiante, tout en restant connecté à un cadre et surtout des caractères assez lestes, dans lesquels chacun peut s’installer et par lesquels la démonstration peut se faire paisiblement ; avec donc ce risque d’agiter des légos et des sentences gratuites, dans lequel on tombe totalement.

S’ensuit ce défaut de crédibilité, criant au premier mouvement de recul. Vinterberg nous prend pour des enfants prêts à se laisser abattre et flouer par la première pression (l’interrogatoire est un peu absurde). Vinterberg décontextualise tout : c’est lui qui invente un terrain libre pour l’irrationnel, en ne précisant jamais rien, en éludant la moindre nuance qui pourrait surgir, dans le déroulement de l’intrigue, dans les détails des procédures comme dans les attitudes des gens. Superbe synthèse sur l’ostracisation si on s’en tient au langage visuel (le supermarché et surtout la sortie de Lucas) ; sinon, escroquerie titillant le pseudo individualiste bien-pensant et haineux sommeillant en nous.. individualiste, pas veau conformiste, entendez bien !

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… The Woodsman + Garde à vue/Serrault + Les risques du métier/Brel + Funny Games + We need to talk about Kevin

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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