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QUATRE FILMS DE LOZNITSA **

21 Fév

LA STATION / POLUSTANOK (2000, 0h25) *

1sur5 Sergei Loznitsa entame son œuvre de réalisateur en 1999 avec La vie l’automne. Un an plus tard son second (court-)métrage reçoit les félicitations de la critique : c’est Polustanok, soit ‘La station’. Des gens sont endormis dans une petite gare. Le vent s’installe, les bourrasques retentissent bientôt, mais tout finit par s’affadir ou s’oublier.

Vers la fin, une vieille se réveille. Dernier plan sur une station vide. Le spectateur aura compris que ces gens sont cassés et leur environnement ne leur laisse pas d’autres perspectives. Vingt-cinq minutes de pure contemplation devant l’inertie étaient-elles nécessaires pour y parvenir, ou bien cette durée permet-elle de renforcer le propos ? Elle permet seulement d’abrutir ou d’agacer. Il n’y a à trouver là-dedans que d’infimes variations dépourvues de pertinence.

Le noir et blanc est bien présent pour encourager la distance et habiller le vide – les autres films de Loznitsa utiliseront à nouveau ce recours (Poselenie, Portret, Pismo). Fabrika, rebut flashy du réalisme socialiste, sera une exception. Malgré sa vacuité délibérée Polustanok aura toujours son esthétique pour argument et les interprétations ou justifications peuvent se forger là-dessus. Quelques effets avec la brume ou les ombres donnent l’impression d’une luminosité étouffée : comme si ces individus étaient rendus insensibles ou cet endroit broyait leur propre énergie.

Note globale 31

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Suggestions… Philosophy of a Knife/Iskanov

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (-), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (-)

Voir l’index cinéma de Zogarok

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PORTRAIT / PORTRET (2002, 0h28) **

2sur5 D‘origine biélorusse, Loznitsa a grandi en Ukraine, tourné ses premiers films et documentaires en Russie, avant d’aménager en Allemagne en 2001. C’est à cette période qu’il tourne Portret, un de ses courts-métrages en noir et blanc, d’une durée proche de la demi-heure.

Il y investi un village russe vivant comme à l’ancien temps, celui qui était encore commun dans le contexte de Requiem pour un massacre. Les paysans y sont pris sur le fait, statufiés pendant leurs activités. L’ensemble de leur vie publique est parcouru : ils sont vus dans leur travail, mais aussi en collectif, dans leurs loisirs, dans les déplacements et les évasions solo. Aucune intimité n’est partagée, la caméra n’approche qu’une fois la porte, ne la passe jamais. L’intérêt de tout figer peut être obscur, surtout qu’il nuit au réalisme.

Il permet de cumuler des tableaux d’une communauté paysanne avec un maximum de netteté, à défaut de vivacité et de profondeur. Loznitsa présente des semblants de photographies, sans les limites de celle-ci, ni le décalage qu’induirait une bande-son ouvertement plaquée sur des images fixes. Le film est sans fantaisie, le mystère est davantage ses motivations dans le détail. Comme Polustanok, il vise probablement à baigner les premiers publics visés dans des atmosphères lointaines, reflets de conditions d’existence rudes et spécifiques (ce sera encore le cas dans Fabrika). Portret doit miser sur le gouffre entre la modernité, son culte de la vitesse et ce mode de vie arrêté dans le temps, tendu vers une immobilité inconfortable.

Note globale 50

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Suggestions…

Scénario/Écriture (-), Casting/Personnages (2), Dialogues (-), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (-), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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FABRIKA / L’USINE (2004, 0h30) **

3sur5 Loznitsa a été remarqué par la critique dès son court à dormir debout La Station. Fabrika (aka ‘L’usine’) est nettement plus concluant et accrocheur. Entre-temps le réalisateur venu d’Ukraine s’est approché du long-métrage avec La Colonie (2002), où le maintien de ses parti-pris a pu prendre une tournure intenable.

Dans Fabrika la caméra observe l’usine pendant les pics d’activité, en deux grandes périodes. Le regard est absolument externe, la psychologie et les individualités exclues, au même titre que le récit au sens banal. En plus d’imposer du recul le film n’est pas complètement réaliste. Son attention aux sons d’ambiance le dément, son éclairage original l’indique explicitement.

Les couleurs sombres et chatoyantes font penser à la peinture baroque. Ce style permet de faire passer l’atmosphère de chaos carré des ateliers de sidérurgie, qui ressemblent à une délocalisation proprette des manufactures de l’enfer. L’inspection du domaine des femmes est traitée de façon plus plate et objective.

Note globale 58

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Suggestions…

Scénario/Écriture (-), Casting/Personnages (-), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (-), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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PISMO / LETTRE (2011) **

2sur5 Le réalisateur Loznitsa vient de passer au long-métrage (avec My Joy), format qui aura sa préférence désormais (Dans la brume, Maidan). Avec Pismo (‘La lettre’) il ne s’intéresse plus à des gens ordinaires ou diversement prolétaires, mais à des aliénés au premier degré. Il nous entraîne auprès d’un asile psychiatrique niché dans la forêt russe.

Comme dans Portret (sorte de diapos de paysans) la ville et le luxe sont loin, la civilisation passe au-dessus. A-priori documentaire, l’exercice glisse vers la rêverie – pas la méditation. Le cinéaste refait le coup des flous comme dans Polustanok (la révélation de ses débuts) et a comme de coutume opté pour le noir et blanc (Fabrika étant une heureuse exception). Aucune connexion avec le spectateur n’est recherchée, celui-ci n’a qu’a se laisser glisser dans un bain grisâtre tirant vers le surréalisme, comme le font les maillons futiles de ces paysages.

Quelques tentatives et semblants de bavardages, insignifiants quand ils sont compréhensibles, meublent vainement. Les incrustes de vaches et l’accordéon sont les seules animations collectives, le reste est flottant, éparpillé dans les esprits usés et, peut-être, malades. Ces gens n’ont rien à dire et pour le réalisateur de Poselenie et Fabrika ça en fait des sujets de prédilection. L’apport direct est proche du nul, le plaisir esthétique ou régressif est envisageable. La durée raccourcie (environ 20 minutes soit 10 de moins que d’habitude) facilite la tâche, le travail du son y encourage en rendant la ballade vivante malgré tout.

Note globale 51

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Suggestions…

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