Tag Archives: Kate Winslet

WONDER WHEEL ***

11 Avr

3sur5  Pour son dernier opus avant d’être largué par le tout-Hollywood (donc le dernier tout court en déduisent les fins observateurs), Woody Allen tient ses promesses. Sa 47e livraison n’est pas originale (ni subtile) mais ne se contente pas de réflexes ni d’un scénario retors, comme c’est le cas dans plusieurs productions dites ‘mineures’ (mais la plupart des Allen sont mineurs depuis vingt ans, car ils sont légers et n’ont rien à démontrer ou réformer).

Wonder Wheel est fluide, joyeux, fataliste, entraînant avec son univers et les compulsions de sa famille élargie. Il se distingue grâce à trois arguments : son apparence, son charme, Kate Winslet et son personnage. Ce dernier rappelle Blanche dans Un tramway nommé désir. Il est moins profond évidemment, mais plus aimable, plus ‘charnu’ à tous points de vue, réel dans ses excès, trop vivant pour être bien établi dans sa sophistication et ses calculs.

La recette Allen fonctionne toujours et notamment quand elle se fixe sur un tel caractère, tragique et pathétique (atteint de médiocrité[s] ou rattrapé par la démence). Sur la forme elle prend des couleurs. Wonder Wheel témoigne d’une attention inhabituelle à la photo, signée Vittorio Storaro, dont Allen vient de s’enticher pour Café Society et qui officiait déjà chez Bertulocci. Le style est explicite et facétieux, le climat distant et nostalgique – la nostalgie est globale, implique des effets antérieurs chez Woody et des sentiments universels, le chagrin de sentir l’étau se resserrer, perdre des opportunités (plutôt qu’un objet précis auquel on se serait attaché).

Wonder Wheel est ouvertement artificiel (avec ses gadgets comme Timberlake simultanément et en direct acteur et narrateur) mais le théâtre c’est bien son cadre, les personnages eux sont absorbés. Quand ils se veulent en représentation, les coutures se voient et c’est d’une cruelle ironie à leur égard. Pour le spectateur, c’est une évasion rétro, amère et sucrée ; pour ces gens-là et notamment pour Ginny, c’est la tentative de s’échapper de la salle de maintenance d’un pseudo-paradis criard qui profite aux autres. Il y a deux façons de plonger dans le sinistre : on y sombre pour s’y désintégrer et sortir de scène, ou bien on y patauge, jamais au point de mourir ou de savoir rebondir, juste assez pour constater son impuissance. Ce qui rend Ginny touchante, c’est qu’elle fait tout pour échapper au véritable dilemme qui pèse sur elle, mais elle y est ramenée. Elle devra choisir entre pourrir avec ses rêves ou s’oublier et couler avec son sort, minable mais pas totalement ingrat.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Le Conformiste  + Gilda

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (8), Dialogues (6), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (7), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (5), Ambition (7), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

Woody Allen sur Zogarok : Le rêve de Cassandre + Blue Jasmine

Note passée de 66 à 68 pendant la période d’expulsion des 10×10 appliquée aux films de 2018 (juin 2019).

Voir l’index cinéma de Zogarok

LE RENARD ET L’ENFANT ****

2 Déc

5sur5  Luc Jacquet se serait fondé sur sa propre rencontre avec un renard, enfant, pour réaliser ce conte. Quelque soit le poids réel de cette anecdote, Le renard et l’enfant offre une splendide représentation d’une relation heureuse entre humain et animal. La passion, l’observation et le romantisme combinés ont donné un résultat à la fois rêveur et franc, idéaliste mais acceptant les limites. La Nature présentée est transformée par le regard d’un enfant, l’histoire subit quelques distorsions pour s’accorder à ses préférences. Les dangers croisés par le renard sont dramatisés et condensés. D’autres animaux sont croisés (hérisson bouffeur de sandwich, oiseaux hautains, même une loutre et un lynx!) et la visite est égayée par la présence des renardeaux (bébés puis ados).

Le Renard et l’enfant est un grand exemple de la sensibilité éco-centrique au service d’une bulle narcissique (annoncée comme un flash-back d’enfance, raconté par une mère à sa fille). Mais le film ne ment que pour embellir et en passant un contrat tacite ; nous irons le plus loin possible, nous investirons la Nature, mais jamais nous ne l’habiterons et jamais nous n’arriverons à la re-créer, quelque soit nos efforts et nos sacrifices ; à moins de la tuer pour jouir de son cadavre. Si la cohabitation et l’approche sont possibles, ce sera toujours comme voisins, jamais comme partenaires sous le même toit. Le renard pourra être un ami libre, sinon il sera un prisonnier hagard, au dépérissement immédiat. La leçon susurrée par Isabelle Carré en fin de séance renvoie à un chapitre du Petit Prince de St-Exupéry, où le renard apprend au garçon à l’apprivoiser et où tous deux acceptent de rester liés l’un à son environnement, l’autre à son destin. D’ailleurs la complicité ne peut combler de nombreux fossés et elle fonctionne en dépit d’une certaine incompréhension (ou grâce à elle). Tomber sous le charme d’une chose ou d’un être ne change pas ses actes : lorsqu’elle s’amuse des chasses de son compagnon, la gamine rit de ce qui est pourtant la cruauté animale – insolite pour un humain certainement, mais pas ludique.

Les comportements des renards sont fidèles à la réalité (une dresseuse les encadraient sur le tournage : Marie-Noëlle Baroni, qui vit avec eux et les guide dans des spectacles – elle travaillera plus tard sur Les Saisons de Perrin), mais le film ne propose pas non plus d’étude approfondie de leur caractère ou de leur mode de vie. Il les montre dans leurs activités et en ajoute quelques-unes, soit tout ce qui implique la gamine, ainsi que les rencontres fantaisistes (comme celle avec un ours). Comme La Marche de l’empereur, ce n’est pas un documentaire. Cette fois les projections humaines sont absentes et même refoulées, en tout cas concernant l’animal ; c’est le décors qui tend à l’artifice, est corrompu pour donner une Nature idyllique. Le résultat est émouvant et le glissement vers l’imaginaire irrésistible, car le film colle aux ressentis de la petite fille (parfois aux instincts d’animaux) – sans que les lois du réel ne cèdent. L’interprétation de Bertille Noël-Bruneau l’inscrit sur la courte liste d’acteurs précoces au jeu crédible et puissant. La voix-off assurée par Isabelle Carré (Kate Winslet chez les anglo-saxons) débite des commentaires peu enrichissants au départ, délicats dans l’ensemble. Elle participe à une prise de recul et donc à l’équilibre du point de vue, la candeur d’enfant étant recomposée avec une assertivité douce d’adulte serein et éclairé.

Note globale 86

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Minuscule

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Passage de 85 à 86 avec la mise à jour de 2018.

Voir l’index cinéma de Zogarok 

.

STEVE JOBS (Boyle 2016) *

4 Juin

2sur5  Peu après la mort de Steve Jobs (2011), deux projets ‘d’ampleur’ ont été mis en chantier. Jobs avec Ashton Kutcher dans le rôle-titre sort dès 2013, Steve Jobs avec Fassbinder arrive presque trois ans plus tard. Le premier est tombé dans les oubliettes, le second est une coquille imbécile. Il se découpe en trois temps : lancement du Macintosh (un échec), de NeXT (retour en grâce) puis de l’iMac (une consécration). Jobs et le cœur de son entourage sont approchés par les coulisses, avec quelques flash-back concernant les vieilles mises au point avec Wozniak (à la conception) ou Sculley (à la gestion).

Ce dispositif permet de maintenir l’intensité en exprimant le moins possible et caressant tout le monde (ou du moins en offensant directement personne). Ce sont toujours les mêmes éléments de langage, les mêmes personnes et les mêmes processus, dans des lieux se confondant. Il ne s’agit alors que de surveiller les variations, reprendre les mêmes thèmes avec toujours plus d’éclat et de mots qui claquent (dialogues de qualité, d’une intelligence en pure perte), puis ramasser les vérités que les uns et les autres auront à balancer. On ne voit rien des performances face au public, des liens avec la presse, ni évidemment de la conception ou du travail autour des produits (seulement des détails d’exécution, des onces de prospective lapidaire). Concrètement c’est bien pauvre, mais aimable. Le nœud de l’affaire est d’une vulgarité géniale : mais pourquoi Steve Jobs insiste-t-il pour être odieux ? Y aura-t-il un espace de rédemption et un sursaut de bonhomme chez ce vénérable méchant ?

Ces défis sont bien lourds et le film ne se risquera pas à répondre, mais propose tout de même deux récompenses pour soulager le spectateur perplexe. D’abord, on évoque un peu sa situation d’adopté : on en tire une révélation factuelle avec l’identification factuelle. Ensuite, le cas de Lisa, la fille de Jobs, prend de plus en plus d’importance et à mesure que le visionnaire déploie ses produits et grimpe vers les sommets, sa fonction de père lui est rappelée par de plus en plus de monde (Hoffman en vient à poser son ultimatum). Aaron Sorkin (également scénariste pour The Social Netwoork, biopic du fondateur de Facebook dirigé par Fincher) saura trouver la saine solution pour l’ultime séquence. En effet, au moment d’inonder le monde avec sa saine révolution, Steve s’assume pleinement en bon papa ! Il montre son humanité et ainsi tout prend sens, tout rendre dans un ordre gentil et tout fait chaud au cœur. Cette superficialité flambante mais chouineuse permet de maintenir le show à flot avec talent. En terme de management de l’émotion, le film est toujours équilibré, s’abstient de provoquer la moindre sidération ou surprise remuante, sait interpeller avec vigueur.

En évitant d’avoir de la suite dans les idées, une objectivité à creuser ou des subjectivités à affirmer sur des thèmes plus ‘durs’ (qu’ils soient techniques ou polémiques), Steve Jobs 2015 roule avec efficacité. C’est un demi-hommage, mou dans la défense rationnelle, mais laudateur par sa passivité ébahie, puis énergique dans la forme pour soutenir cette contemplation. Le héros d’Apple et de Libération sort flatté, mais sans être grandi : ‘à vaincre sans péril on triomphe sans gloire’ et à force d’élaguer on perd de sa superbe (et des vertus que permettrait une argumentation), pas juste de l’authenticité. Le Jobs par Kutcher était un monsieur borderline, celui sous les traits de Fassbender est un surdoué hautain et volant bien au-dessus des humains (c’est-à-dire des consommateurs – qu’il prend pour des crétins adulant ce qu’on leur donne et ne sachant formuler de demandes propres) mais néanmoins capable de souffrir (de manière plus dramatique et voyante que l’autiste d’Imitation Game, Turing – que Jobs intègre à son mythe, soit à la mythologie de ses produits).

Si le désarroi de la mère de Lisa est bien entendu, elle n’en demeure pas moins une femme médiocre, plaintive et égocentrique : une barrière ridicule dans les pattes du génie, dont elle n’apprécie jamais les créations, en restant focalisée sur son petit drame insignifiant. Le personnage interprété par Katherine Waterston n’est pas flatteur pour Chrisan Bennan, quand bien même la façon dont elle a été délaissée et bousculée (l’anecdote des 28%) suscite la pitié. Dès qu’on place l’œuvre au-dessus de tout, ce que le film n’ose pas faire, l’indifférence à l’égard des turpitudes d’humains fébriles et improductifs devient défendable. La dureté de Steve Jobs est toujours légitime ou pardonnable, sauf pour les grosses mégères qui sauront être affectées ou les abrutis décidés à tout voir par en-dessous. En effet, à l’exception de certaines facettes de son ‘opportunisme’ au détriment d’autres concepteurs, ce Steve Jobs est toujours raisonnable et défendable, peu importe sa virulence et ses saillies méprisantes.

Pourtant des raisons sérieuses de se méfier de lui, indépendantes de toute revendication ou d’un rejet des ‘champions’, sont là, en sourdine. Par exemple lorsque Jobs balance « Voilà le problème : les gens. La nature même des gens est ce qu’il faut dépasser ». Pris au pied de la lettre cet impératif constitue la menace ultime pour l’espèce humaine, pas simplement pour ses traditions ou ses pulsions ; mais il est certain qu’en enlevant l’Homme de l’équation, l’extermination de sa médiocrité est garantie. Ce qu’il faut surpasser et marginaliser, plutôt que chercher à strictement dépasser, c’est la part bestiale et primaire de l’Homme ; au contraire Jobs a fait sa fortune en titillant les caprices égotiques les plus pathétiques (‘think different’ et tout le roflolage mystique pour sur-aliénés vaniteux) du petit vermisseau grégaire et puant que chaque individu est susceptible de laisser gagner en lui.

Note globale 42

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… 127 heures + Birdman/Inarritu 

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

TRIPLE 9 **

4 Juin

3sur5  Pour son premier film américain se déroulant dans les temps qui courent, John Hillcoat (australien auteur de Ghosts of the Civil Dead, La Route) innove à la marge : exit les variétés latines, aujourd’hui la mafia est russo-israélienne. Pour le reste cet héritier déclaré de Heat est totalement aligné sur les canons du genre, rebattu avec génie, goût et une froide énergie. La vaste galerie des ‘ghettos’ et des malfrats est convoquée, les émotions sont omniprésentes mais tiennent de la pétition de principe et de la courbette conventionnelle (bien plus que dans Des hommes sans loi, le western classiciste situé pendant la Prohibition).

La réalisation est splendide, les talents réunis (comme ceux de Bobby Krlic et Atticus Ross pour la BO) cautionnent un travail de pure surface. Triple 9 (code d’alerte pour la mobilisation des policiers du secteur en cas de difficultés extrêmes pour des collègues) coule avec panache et élégance, pendant que l’éclat du casting permet de combler les manques souterrains. Il n’y a quasiment que des visages connus, surtout pour les habitués des séries ou films d’action, certains parfois dans des costumes en écho à des rôles fétiches, notamment Aaron Paul le Pinkman de Breaking Bad. La plupart sont en adéquation totale et servent ce sentiment de fluidité parfaite qui irrigue le film et compense ses béances abyssales.

L’exception c’est Woody Harrelson, dont la dissonance désirée dans une certaine mesure pousse au sur-jeu décalé, autrement dit au numéro forcé et boiteux. Le costume est trop badass pour ce qu’il donne, il n’en accapare que le côté m’as-tu-vu en l’enrobant d’une affection feinte soit hors-sujet, soit médiocrement envoyée. Ce mix de Bronson intégré, Bean responsable et d’un super-inspecteur débarqué de Miami donne une impression de fausse complexité justifiée in fine (rejouant un peu le coup de Usual Suspects) mais banalisant l’orchestre dans tous les cas. Le cas de Kate Winslet est très différent, son interprétation de dame patronnesse du crime recyclant les stéréotypes avec franchise et efficacité. Irene est primaire et accomplie, sereine et fracassante, haineuse mais dans le self-control : une méchante triviale et remarquable, insérable dans l’air du temps.

Note globale 61

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… The Proposition + Piège de cristal

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

CRÉATURES CÉLESTES ***

2 Fév

3sur5 Une aura particulière enveloppe ce film et entretient sa réputation de drame poétique subtil et pénétrant à la Virgin Suicids. Créatures Célestes a marqué le passage de Peter Jackson du statut de bisseux de première classe à auteur respectable ; ce sera même son ticket d’entrée pour Hollywood, les studios américains se penchant à partir de là sur son cas. Pour l’anecdote, le néo-zélandais Créatures Célestes marque également la révélation de Kate Winslet, magnifiquement promue quelques années plus tard puisqu’elle sera Rose de Titanic, l’un des plus grands succès de tous les temps.

Inspiré d’un faits divers fascinant les foules dans les 50s, Heaving Creatures met en scène les rêveries de deux adolescentes à l’homosexualité latente, que la frustrations vis-à-vis de leur environnement amènera au matricide. Le regard se veut sans jugement, se confondant dans le prisme des jeunes filles ; grâce à cette disposition et son emphase sans retenue, Créatures Célestes traduit à merveille l’angoisse viscérale et intégrale ressentie lorsque son adolescence est tributaire des décisions d’adultes frappés de cécité, qu’ils soient ignorants ou brillants, omniprésents ou évanescents : il faut dire qu’à chaque fois, ce ne sont que pour de mauvaises raisons.

Afin de renforcer l’immersion totale et la proximité, la trame se structure autour de l’authentique journal d’une des deux adolescentes ; les libertés prises par Peter Jackson ne sont qu’un prolongement des thématiques soulevées, qu’il s’agisse de la création de mondes parallèles et utopiques, de fantasmes de revanche ou d’érotisme ambivalent. En se posant comme réceptacle d’une subjectivité sans entrave, Heavenly Creatures fascine et irrite le spectateur, otage de leur exaltation compulsive et de leur rejet sans nuances des éléments contrariants ou étrangers à leur tandem.

Avec toute cette mythomanie prolixe et sa sensibilité pour deux cas diversement désespérés (une hystérique dissolue sans égards pour les limites du ridicule et la victime d’une famille à l’autoritarisme sénile, sans compassion et au niveau d’existence et d’esprit médiocre), Créatures Célestes se pose en œuvre fantasque et sensible, transcrivant de façon flamboyante les mirages et heurts de l’âge ingrat tout en invitant à fouiller les entrailles du fait divers. Belle façon de s’approprier la dimension tragique, héroïque et pourtant pathétique de la folie à deux.

Deux regrets ; d’abord, que les adjuvants ne soient pas autorisés à exister par-delà les enveloppes caricaturales qui eux-mêmes les attristent ; ensuite, que ce repli sur une intériorité factice et partagée ne soit jamais appréhendé comme tel, sinon lors de l’événement redouté, le seul moment où Jackson renonce à l’esthétisation inconditionnelle. S’il est plus qu’un farceur déjanté, Jackson ne sait que se laisser submerger par ce monde émotionnel : c’est comme s’il l’adoptait mais ne le comprenait pas et n’envisageait même pas la moindre autonomie par rapport à cette bulle ultra-focalisée. Le charme et l’étroitesse du film ont une source commune : ne pas juger, c’est aussi, dans le cas présent, ne pas chercher à comprendre, simplement s’imprégner.

Note globale 65

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Aspects favorables

Aspects défavorables

* belle perspective sur l’adolescence tragique, l’exclusion du réel et l’amitié inconditionnelle

* radicalité, caractère fantasque et intense des mondes inventés

* approche psychique dévouée mais superficielle

* absence de l’altérité, de vue et parole extérieure (complaisance impliquant la négligence à l’égard des autres et de leur dimension intérieure)

 –

 Voir l’index cinéma de Zogarok