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QUENELLE APOSTROPHE

7 Juil

Dans un océan d’hypocrisies et de mondanités, celui qui aime déclamer des vérités nues, qu’elles soient innocentes ou sarcastiques, est toujours perçu comme un rustre. Et c’est ce qu’il est effectivement : il trouble l’ordre public artificiellement maintenu lorsque le souci commun et exclusif est la cohésion et la stabilité, au mépris de toute recherche ou de toute introspection. Le spectacle de la politique est un océan d’hypocrisies et de mondanités ; et la Société toute entière tend à reproduire cette façon d’être et de s’accommoder du Monde. Jean-Marie Le Pen, pour le pire et pour le meilleur, a été un « rustre » et un homme « inquiétant », comme il le confie au Times pour définir son image auprès de ce qu’il qualifie d’élite parisienne. Il a raison, mais c’est un peu de sa faute : Jean-Marie Le Pen n’est pas seulement un politicien virtuose, c’est surtout une alchimie étrange, la synthèse d’un sale gosse jusqu’au-boutiste et d’un homme de convictions inébranlable. Et lorsqu’il montait sur le ring, c’était sans protection : pour le pire comme pour le meilleur, c’est toujours un spectacle.

Malheureusement, Jean-Marie Le Pen est réduit à l’état d’animateur culturel au FN. Bien sûr, c’est le chef d’atelier ; néanmoins, il est une attraction de second plan au-delà de la structure formelle ou du cadre partisan. Par ailleurs, le poste de Président d’Honneur ne l’a pas empêché d’être supplanté : il décore simplement sa perte d’ascendant sur le monstre qu’il a engendré. Marine Le Pen a fait le ménage, remercié parfois avec empressement de nombreuses figures tutélaires ou peu commerciales du Front National : Jean-Marie Le Pen l’a toujours regretté mais a fait preuve de retenue, peut-être un peu dépassé par le départ de personnages aussi fondamentaux que Roger Holeindre, ancien cadre de l’OAS certes, mais homme d’une intégrité exemplaire (tant d’un point de vue idéologique, patriotique, que FNiste ; sa sincérité presque troublante le fait ressembler à un JMLP plus grave) qui permettait de conserver les connexions avec le FN « conservateur-populiste » et social ancienne version, lequel a quelque peu fait défaut à Marine Le Pen lors du premier tour.

Hier, c’est-à-dire au moment de la rédaction de cet article,  a éclaté une petite polémique autour de cette interview de l’ancien leader du FN, ou il aurait qualifié sa fille de « petite bourgeoise ». Le Pen père a profité de sa vidéo hebdomadaire pour remettre les choses à leur place : il parlait de « petite fille bourgeoise » ; il ne s’agissait pas pour lui d’exprimer un mépris particulier à l’égard de la bourgeoisie, mais de souligner l’écart d’esprit inhérent entre un homme issu de condition modeste et son enfant élevée dans un milieu relativement aisé, à l’abri du besoin, d’impératifs « virils » (c’est le terme de Le Pen) mais aussi, probablement, des préoccupations populaires. C’est partir du principe qu’en ne vivant pas une situation, on ne peut jamais s’en imprégner tout à fait ; que la compassion, la compréhension, la prise en compte honnête, ne remplacent pas l’expérience vive et physique. C’est un point de vue défendable, mais peut-être trop passionné.

Mais le mal est fait ; naturellement, c’est une nouvelle page du roman de la déchirure entre Le Pen père et fille, un énième avatar dans la guerre des générations au sein du FN et peut-être une étape dans l’histoire psychologique du parti. Il y a toutes les raisons de minimiser ces conclusions ; pourtant, c’est bien elles qui seront tirées de ce micro-évènement. Alors autant prévenir. Ensuite, la petite phrase sera récupérée par les adversaires politiques du Front National et de Marine Le Pen, en particulier les plus diamétralement opposés, qui sont également, pour une bonne part, les plus médiocres. Il faut compter sur les libéraux-démocrates du PS et les capitalistes-libertaires de l’UMP, ainsi que leurs associés du centre mou aux lubbies  »modernes ». Belkacem ou l’un de ses clones pour le Gouvernement, Dati ou Koziusco-Morizet pour l’Opposition UMPistes auront beau jeu de pointer les dissensions internes du Front National.

Sauf qu’il y a un risque. Si on relève honnêtement le micro-évènement, il met en lumière la rupture idéologique entre Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, servant l’image modérée, réformée et lissée du FN post-Jean-Ma. Le fossé, au moins « culturel » et « sociologique » que crée celui-ci avec sa fille renvoie Marine Le Pen dans le camp des démocrates et républicains tièdes (par contraste avec l’aussi caricatural « archétype » du camp des autoritaires et cyniques offensifs), de ceux qui acceptent les règles du jeu et se conforment aux normes sociales. Bref, relever les différences entre JMLP et MLP, c’est avouer que Marine Le Pen n’a aucune raison d’être exclu des Majorités futures, puisqu’elle serait une héritière bâtarde, voir une version light et superficielle de l’ « extrême-droite ». Marine Le Pen serait donc hypocrite ou peu fiable ; mais elle n’est plus du tout fasciste pour le coup… et la rejetter, c’est rejetter la polémique, la remise en question, l’ouverture politique et faire preuve de dogmatisme.

Autre risque majeur : surfer sur la qualification de « petite bourgeoise » pour montrer combien Marine Le Pen trompe son électorat et escroque son leadership auprès des ouvriers. L’argument qui tue : Marine-Le-Pen-vit-dans-un-château-à-St-Cloud. L’aberration : les railleuses seront d’odieuses filles de la haute-bourgeoisie, ou starlettes fabriquées par l’élite ou nourries à des idéaux élitistes, incarnant la faim d’illusions matérialistes et le cynisme social.

Il y a fort à parier que l’argument sera néanmoins utilisé, peut-être pas par rafales, mais probablement sur la durée. Mais il s’agira toujours de trouver la juste mesure : asséner que, certes, Marine Le Pen a rompu avec les exubérances de son père, mais c’est parce qu’elle « cache » son jeu. Relever la différence et compenser par, au choix : « Marine Le Pen n’en demeure pas moins une femme d’extrême-droite, « Marine Le Pen sème la haine dans le pays », « Marine Le Pen doit être combattue ». Et la meilleure ; vous la connaissez sans doute, des foules de philosophes la prononce à chaque discussion de groupe à propos du climat politique : « Marine Le Pen reste plus dangereuse que son père ». Pourquoi ? Voilà le motif assorti : « Parce qu’elle veux le pouvoir »… alors que son père n’en voulait pas. C’est un peu vrai, JMLP avait d’ailleurs conscience du plafond de verre au-dessus de lui, de même qu’il a pu parfois se trouver piégé dans son rôle de grand-guignol de la République – ou plutôt de clown trash sorti du placard national.  Mais faire de Marine Le Pen un personnage politique vicieux et calculateur, mentant « avec aplomb » (Duhamel) ou surfant sur la crise, les peurs et la misère croissantes… c’est finalement consacrer Jean-Marie Le Pen en héros posthume, le transformer en un grand manitou minimisé en son temps et somme toute, pas tellement sinistre ni même plombant.

Alors, est-ce favorable ou plombant, délibéré et si oui à quel point ? En tout cas la petite phrase a autant de chance d’être un acte de sabotage  (la vision d’un Le Pen père refusant que sa fille le dépasse est largement servie pour peu qu’on désire initialement abonder dans ce sens) qu’un encouragement nuancé. Tactique complice ou testament taquin mais aidant ; les deux, surtout la seconde. La tactique, à quoi bon : pour Jean-Marie Le Pen, la Vérité ou à défaut la transparence compte par-dessus de tout, aussi est-il probablement persuadé que cette disposition à l’honnêteté radicale paie toujours. Son honnêteté radicale lui a valu la disgrâce éternelle de ceux qu’il honnissait : quel meilleur cadeau pour un prophète politique ?

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LA VIDEO QUI DIT TOUT (intro) : LE PEN DE POCHE OU VISAGE PARMI D’AUTRES D’UNE NOUVELLE GÉNÉRATION FN ?

19 Juin

10e et dernière catégorie du Blog, lancée dans la foulée des « Spectacles & Documents » démarrés avec Rendez-nous Jésus de Dieudonné. L’intention ici, avec cette « Vidéo-sentence » est d’exposer des vidéos éloquentes ou significatives. L’enjeu est de montrer des moments ou beaucoup de choses deviennent transparentes, pour peu qu’on y prête attention et qu’on accepte de réviser ses certitudes, ce qui implique de renoncer à la sécurité d’une vision du Monde et de grilles de lectures fermées et définitives. Le support : des extraits médias, essentiellement vidéos, révélateurs, parfois de façon grossière, parfois de façon subtile ou même subliminale (mais ce n’est pas à ce genre de manipulations ou de falsification que je suis le plus attentif).

Il s’agiera autant de relever des faits physiques (par exemple des irrégularités aux principes d’égalité et de démocratie dans la pratique des médias ; des mises en scène particulièrement suggestives ou orientées) que des phénomènes plus profonds (faux-semblants, duperies, chocs évocateurs dans les débats, la communication ou les prestations publiques). Naturellement, les sujets seront essentiellement politiques ou alors peu ou prou « idéologiques ».

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Cette catégorie sera aussi (c’est le cas aujourd’hui) l’occasion de rebondir sur un sujet d’actualité sans l’approcher de façon didactique ou conventionnelle – ni avec l’impératif de l’exhaustivité. Je crois que l’information doit servir la vue globale – sans quoi elle ne consiste qu’en accumulation de news ;  même un édito ponctuel vaut mieux qu’une supervision continue.

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L’ultime catégorie s’ouvre donc sur l’issue du dernier tour des élections de 2012, que je crois décisives. Occasion manquée pour le peuple, puisqu’il continue de se leurrer dans les vertus de l’opposition droite/gauche, ce rendez-vous en quatre temps a néanmoins vu l’affirmation d’une candidate authentiquement progressiste, puisqu’issue du camp du « Non », de la cause nationale et de l’antimondialisme. Dimanche dernier, le FN a réalisé une prouesse puisque deux de ses candidats l’emportent dans leurs circonscriptions.

Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen seront donc les seuls députés du Rassemblement Bleu Marine : ce n’est pas une surprise, j’avais d’ailleurs fait ce pronostic (il faut dire que les scrutins, comme la vie politique, sont très prévisibles pour peu qu’on abandonne oeillères -ou biais quelconques- et espoirs). Malgré son score brillant au premier tour (plus de 42%), Marine Le Pen abordait le second sans garantie : elle a su mobiliser mais la peur (de la démocratie ?) l’a vraisemblablement emporté… de 114 voix (50.11% pour l’insignifiant notable Philippe Kemel).  Les pratiques du PS dans cette région pourront faire douter légitimement, mais l’authenticité des résultats demeure tout à fait vraisemblable, d’autant que les situations paradoxales ou les électeurs baissent les yeux et rejoignent ceux qui leur ont causé mille turpitudes sont légions (par ailleurs, Mr Kemel n’est pas impliqué de près dans « les affaires » locales).

L’évidence de l’élection de Marion Maréchal-Le Pen m’a d’abord beaucoup agacé, parce qu’un retour du FN au Parlement n’avait pas la même allure avec une jeune fille inexpérimentée, redevable de sa position favorable (circonscription la plus mariniste au premier tour) et son succès à ses liens familiaux et l’exposition médiatique automatique qui en découle, ce qui ne légitime en rien sa présence. Marion Maréchal-Le Pen a probablement été élue par une flopée de jeunes hommes et de mamies lectrices de Gala, heureux de trouver une si fraîche représentante. Son accession au poste de député participe du roman de la politique et de la dynastie Le Pen, aussi son jeune âge et sa fragilité évidente et avérée (aux Régionales 2010 dans une vidéo qui sera probablement ressortie à la Une prochainement) ont pu séduire, toucher tout en désamorçant les suspicions. La jeune fille de 22 ans semble inoffensive et pleine de bonne volonté, sûrement dépassée et c’est cela aussi qui plaît aux électeurs : des candidats normaux, décidés mais frêles ou alors seuls et impuissants.

Naturellement, l’argumentaire est toujours hasardeux par endroits (voir son face-à-face avec le candidat UMP l’affrontant dans la triangulaire), mais même l’âme grincheuse et sceptique que je suis doit reconnaître sinon la force, au moins la détermination, dont Marion Le Pen a su faire preuve. Dans son discours post-résultats, elle y a été du clin-d’oeil jeuniste, mais son langage était plus précis. L’attitude trahit encore une difficulté à assumer l’engagement et la mesure de la tâche (sourires adressés aux quidams de la salle  quand des millions d’autres complices attendent un serment ou une clarification), mais la volonté y est et probablement avec elle, la prise de conscience qu’elle n’est qu’un maillon d’une histoire et d’un mouvement plus large, mais qu’elle peut défendre (sur ce critère, le CV est abondant) et servir en accompagnant son renouveau. J’espère qu’elle ne prendra ni la grosse tête ni le leadership des dogmatiques de service, l’urgence n’est pas dans les épopées personnelles ou la rédaction d’un plus faste roman de la vie politique. Pourvu que tout cela soit un peu plus qu’une revanche de Carpentras.


SHOATISE TA LIFE

15 Fév

Ces derniers jours ont été marqués par une recrudescence de la shoatisation de la vie politique et publique. Plusieurs micro-actualités en attestent :

→ Marine Le Pen aurait un « problème avec la Shoah » selon Dominique Sopo. Ce n’est même pas un procès d’intention puisque le porte-parole n’étaye en rien son information ; tout au plus s’appuie-t-il sur les vieux clichés que son mouvement SOS Racisme, organe indépendant mais indissociable du Parti Socialiste, attribue au Front National depuis des lustres et depuis qu’il a décidé de se reposer sur la diabolisation d’un adversaire politique incompatible avec ses propres aspirations. Voilà donc que la présidente-candidate du FN a un problème avec une Shoah qu’elle ne cite jamais et à laquelle elle ne se réfère ni de près ni de loin.

→ Mr Letchimy (député PS), dont l’essentiel de la population civile ignorait jusqu’à l’existence il y a deux semaines, s’est fait un petit nom en fonçant vers le point Goldwin lors de sa réaction à la dernière saillie du Ministre de l’Intérieur. Monsieur Guéant se réjouit sûrement de cette petite pagaille poussive et grossière qui écarte encore un peu plus le débat des préoccupations des français pour orienter la petite caste politique vers des conflits bourgeois, cosmétiques et anachroniques. Voilà encore une polémique inepte et sans intérêt, crée délibérément par le toutou réactionnaire de Nicolas Sarkozy, parfaitement juste dans son rôle du vieux con intellectualisant sa xénophobie sous-jacente. Mais que les socialistes de salon se rassurent, de tous côtés, Guéant, son simulacre de haine et son authentique méchanceté sont vomis dans un même mouvement fédérateur (peut-être l’un des derniers à franchir quasiment tous les clivages).

→ Après le sulfureux bal autrichien, Jean-Marie Le Pen a commenté la virée par un « c’était Strauss sans Kahn ». Je répète pour les petits uluberlus qui n’auraient pas réalisé l’ampleur et la gravité de ce slogan digne de tous les Goebbels juniors de la Terre : « c’était Strauss sans Kahn ». La référence à Strauss-Kahn et à Richard Strauss est aussitôt considérée comme  »antisémite », parce que Kahn est un nom récurrent dans la culture juive, comme chacun sait à l’exception de ceux qui ne l’avait pas calculé ou s’en foutent pleinement, ce qui est tout à leur honneur. Le président d’honneur frontiste signifie donc qu’il était dans son élément, entouré de symboles qu’il affectionne (et on peut lui reprocher des goûts douteux – l’univers des souverainistes, patriotes et nationalistes est vaste). C’est-à-dire sans Strauss-Kahn qui aurait été, selon Le Pen père et fille, l’adversaire idéal du camp  »national » représenté par le FN. Il y a pire contre-modèle.

L’objet du délit à la 18e minute

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Toutes ces accusations d’antisémitisme, de nazisme, de négationnisme ou de révisionnisme joyeux font partie d’un certain folklore. Mais pourquoi les obsessionnels de la Shoah sont-ils parvenus à imposer leur rigorisme, nous plongeant ainsi dans une réalité ubuesque ?

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La Gauche, la grande Gôôche n’est plus rien, c’est un tas de vestiges et de vieilles reliques souillées par des héritiers malhonnêtes. Le dogmatisme, le prêchi-prêcha et la récitation des grands classiques est un gage de gauche, pour les individus qui prétendent la composer. Mais ces charlatans ne font que dérober un titre. Afin d’éviter la remise en question, la rénovation des fondamentaux et l’affrontement des réalités du Monde tel qu’il est et non pas tel qu’il est leurré par lâcheté et complaisance, la Gauche se cherche donc des ennemis. A toutes les échelles, c’est excellent pour se positionner et attirer l’attention sur soi ; essayez donc !

Idéologiquement décharnée, rhétoriquement dépouillée (ses références naturelles sont mieux maîtrisées par des souverainistes comme Chevènement voir Dupont-Aignant & ses éléments de langage sortent de la bouche de Marine Le Pen, de Mélenchon ou de Montebourg en minorité dans son parti), la Gauche s’est alors faite « victimaire », récupérant les malheurs et les affres de l’Histoire pour demander réparation et accabler les populations d’une morale castratrice, parfois même punitive. Femmes, noirs, gays, juifs sont rappelés sans cesse à leur souffrance originelle – ils ne l’ont pas tous connus, mais on leur l’attribue néanmoins. Les musulmans sont aussi régulièrement pris sous l’aile de la Gauche, mais leur traitement est paradoxal et hypocrite…

La défense des minorités et de tous les groupes qui ont pu en être est devenue une idéologie en soi… alors qu’en face, plus personne ne cherche à les opprimer depuis longtemps et même que plusieurs d’entre eux sont favorisés par la droite classique (la « discrimination positive »). La Gauche a finit par se heurter aux limites de ses causes plus ou moins imaginaires ; ses sujets de prédilection commencent à s’épuiser, il lui faudra bientôt une relève. La solution est dans la religion.

Alors même qu’ils sont déjà très forts, les communautarismes, parfois couverts mais souvent vivaces, sont accentués par la Gauche, comme rappelés à l’ordre et à la scène publique. De cette manière, les gauches gouvernementales disséminent ce qui, à terme et dans les hypothèses les plus sombres, conduit aux affrontement voir aux guerres civiles et de religion. Intellectuelles et symboliques, ou pas. Cette gauche réformée pourra alors surgir et se poser en rassembleuse, alors qu’elle ne s’attache qu’à quelques cultures ou quelques nouveaux dogmes embrassés pour mieux en mépriser ou bafouer d’autres (notamment celles du  »français souschien », du peuple  »d’en bas » qui est le ciment de la société – « le poisson pourrit par la tête » pendant sa base est rendue exsangue).

Voilà ce qu’est le Gauche d’aujourd’hui ; cette vassale de la droite financière la plus outrancière précipite les français sur un champ de mines. Il ne faut pas omettre les origines culturelles de nombre de cadres ou propagandistes du Parti Socialiste (mais aussi de ses satellites et même de plusieurs membres du Front de Gauche) qui, en bons anciens trotskistes ou maoïstes; détestent les français (et les autochtones des vieilles contrées en général), détestent le peuple dont ils cherchent à se dissocier, sans réaliser qu’ils ne font que poursuivre une revanche contre des vieux démons qui se sont éteints. Ces libéraux-démocrates, libéraux-libertaires ou libéraux-bourgeois sont des nantis ingrats et ils savent que leur puissance dépend de l’explosion d’une société en une multiplicité de petites chapelles incompatibles et aux identités trop fortes pour coexister sans la moindre limite.

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Je sais bien que certains esprits catégoriques et fermés, en voyant Zogarok relever ces éléments (peut-être avec emphase ou excès) qui sont à mon sens les stigmates d’abus de plus en plus normalisés, assimileront aussitôt ce Blog à une sorte de troisième groupe « poubelle », ou ils rangent tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des voix dissonantes, donc réactionnaires (autant dire qu’il y a peu de troupes au sein du 2e groupe – les bayrouistes et les morinistes en somme). Autant dire qu’il s’agit d’une masse immense ou se retrouvent l’ensemble des internautes et de ceux qui ne s’informent plus essentiellement par le biais de la presse écrite, de la radio ou de la télévision (et de tous ceux cherchant à échapper aux grilles de lectures et aux pensées formatées véhiculées par les médias archaïques) ; comme si nous, petits internautes, petits nabots curieux mais impuissants, devenions de fait les agents d’une sorte de caste, d’anti-élite subversive, à la botte des nouveaux populistes (eux-mêmes, comme chacun sait, à la botte d’Al-Qaida). Car il faut comprendre ce qui se joue lorsqu’on présente Internet comme le nid de toutes les dérives ; c’est qu’on cherche à assimiler la liberté à un danger et ce phénomène est récurrent et le sera toujours.

Je devance donc et matérialise par la même occasion cette pensée qu’ont eu instinctivement une large fraction des visiteurs politisés tombant par hasard sur ce Blog. Ce petit billet d’humeur n’a pas pour intention de relayer de quelconques éléments de la rhétorique anti-immigrationniste de nos chers reacs soft et mainstream, ni les thèses antisionistes de quelques-uns des derniers agitateurs français et occidentaux ; c’est la simple expression d’une lassitude et d’un écoeurement devant ce débat politique étouffé par des affaires qui n’intéressent quasiment personne et pourri par des arrivistes bornés à défendre des étiquettes. Il est aujourd’hui manifeste que l’appropriation d’un cliché culturel, sociologique, généralement pour s’en faire le porte-parole revanchard, est le motif principal de plusieurs carrières. Certaines personnalités publiques ont même la mainmise sur ces thèmes ; ils se sont auto-proclamés chef de file des gays, des musulmans, des femmes (vaste cause), des autorités institutionnelles les ont consacrés et aujourd’hui, ils ridiculisent ceux qu’ils prétendent défendre en s’affichant comme le parangon de ce qu’ils peuvent avoir de plus irritable (Clémentine Autain pour la féministe véhémente, Hourja Bouteldja).

Ces baudruches médiatiques, sortes de slogans ambulants que les formations politiques ou les associations aiment mettre en avant pour illustrer leurs valeurs de façon bien péremptoire, agissent comme si leur religion, leur couleur de peau, leur sexe ou ce qu’ils en faisait pouvait leur conférer une quelconque puissance, une identité ; a-t-on alors à faire à des humanistes, ou à des néo-obscurantistes, clinquants et chic ? Ces néo-obscurantistes réduisent l’Humanité à des fractions sociologiques et/ou sociétales structurées par de simples attachements, alors que les sujets concernés ne cherchent pas forcément à rendre ostentatoire leurs appartenances (une adhésion, de principe, de tradition ou même active, peut n’être qu’un aspect mineur d’une identité). Ces élites morales (intellectuelles diront les farceurs mesquins) qui encourage l’exaltation de menues différences n’aboutissent-elles pas à faire de nous des caricatures, pas de nous-mêmes, mais de leurs fantasmes ou de stéréotypes millénaires ? N’est-il pas dangereux de la laisser organiser le monde comme un vaste terrain de clichés ambulants, ou chacun deviendrait imbu de son application vigoureuse et dogmatique de codes poussifs et limitatifs ? Est-ce que la quête d’appartenance, prédisposition naturelle des Hommes, n’est pas pervertie par ces sauvages rigoristes déguisés en despotes éclairés et bienveillants ?

SCENE POLITIQUE OCCIDENTALE : LES ACTEURS LÂCHENT L’AFFAIRE

30 Jan

Il n’a même pas la décence d’être latent, pourtant il ne semble pas l’inhiber. Le ridicule de Hollande et la promotion de ce ridicule à la tête de l’Etat scellent en quelque sorte le potentiel destin de la France pour les décennies à venir : n’élire à sa tête plus des pantins les années ou, de dépit, elle se déplace pour voter – ce truc bientôt tellement archaique et vain, presque une posture de poète maudit de cour de récré au début du XXIe siècle.

Le ridicule de Hollande est la marque et le symbole d’un abandon global. Abandon des français, qu’aucun prophète ne viendra sauver (autant éviter les contes pour enfants – y croire nuit au jugement à long-terme) ; abandon du politique surtout, parce qu’aucune élite ne fait plus l’effort d’innover ou de s’enquérir des besoins de ceux qu’elle prétend incarner, guider, ou même carrément dominer (en échange d’une protection – ça équilibre).

Mais le plus impayable de tous, c’est l’abandon de l’illusion. En effet, le spectacle est devenu grossier, de plus en plus transparent. Il y a eu un basculement total depuis quelques années, accéléré par la sortie de piste de JM Le Pen (peut-être bientôt amplifié par la sortie d’une biographie de l’ancien monstre de la scène politique française). La cohérence du show est ténue, les débats y sont absurdes ; des hippies capitalistes et des conservateurs new look ergotent pour éviter de se serrer la main en public. Il n’y a plus que des parasites sur les ondes et même Sarkozy, frustré d’être si tôt parvenu au sommet de son plan de carrière, peine à maîtriser son propre personnage, trébuchant entre toutes ses vestes. Noyé dans des costumes trop grand pour lui, il patauge avec un sérieux plombant, joue aux gros bras tout en assénant qu’il est posé et disposé pour les siens, il se pose en patriarche solide et fiable tout en soulignant combien la France est tributaire de son courage. Détail à ne pas omettre ; le premier des Français, leur président-roi dégénéré, a suivi les plans d’un milliardaire-philosophe pour rétablir son aura et inscrire une ou deux lignes positives à son propos dans les livres d’Histoire. Mais ce sujet là n’est déjà plus passionnant depuis longtemps ; il évoque si lourdement ses improbables mutations profondes (ah! cette pause faussement pénétrante, ce regard perdu, tendre et rieur taillé pour apparaître en héros blessé et inspirer l’admiration), que même les plus patients soupirent d’aise. Et c’est pour cela que nous sommes tant à avoir la sensation qu’il est perdu d’avance pour 2012 : or il est encore au poste et gare aux ustensiles, certains sont appropriés pour le ménage mais d’autres n’auront pour effet que de faire reculer la poussière sous le tapis.

Ce moyen superflu, c’est la grogne et le ressassement de constats négatifs ; la façon d’arriver à ses fins, c’est d’aller dire « Non » et plus « Non, mais », puis assumer jusqu’au bout sa rupture, l’intégrer intimement et surtout l’appliquer au réel, sans plus désormais se rappeler  lorsque ce réel est devenu trop dur, que le fameux ustensile est à disposition. Votre défiance, en elle-même, n’est pas une arme dissuasive ; elle vous mine et elle amuse vos maîtres. Parenthèse « chiffons » close.

Parce que l’art du politique c’est aussi, quand il n’y a plus de politique, de savoir donner le change, faire illusion. Mamère, le décroissant à la petite semaine, est très bon à ce jeu-là (pris en flagrant délit, tapez « noel mamère » et « vélo » sur votre moteur de recherche) ; Dany lui est encore plus brillant, parce qu’il refuse de se soustraire à ses ornières depuis 40 ans et que ça lui permet de rester cool ( »je vous ressert un peu d’Europe ? volontiers, je croit que mes coliques s’intensifient depuis quelques temps mais je suis si gourmand »).

La farce ne s’arrête pas aux faux-semblants quant aux postures et aux élans de  »courage politique » factices (pourquoi pense-t-on encore aux écologistes français ?) ; la farce est globale et a été portée à son terme sous Sarkozy. Les prestations de Frédéric Lefebvre, la bêtise crasse, les déclarations péremptoires et la morale de classes odieuse de ce personnage étrange, sur lequel rien ne semble avoir de prise, démontrent aux Français qu’ils sont si peu de choses qu’on peut charger des ignares de les superviser. Lefebvre, cette caricature de paillasson consentant, cette insulte définitive aux convictions et aux efforts idéologiques de l’électeur de droite lambda, est probablement l’avatar le plus hallucinant de la galaxie Sarkozy, devenu, au moins, l’égal d’un Gremetz, son équivalent dépressif et nauséeux. Mais les Français pourront continuer à voter pour ce petit groupe d’arrivistes indécents, d’ailleurs les électeurs parisiens ont toutes les peines du monde à abandonner ces chers Balkany…

Mais Hollande, lui, fait tout juste semblant ; ou est l’effort, l’esprit de sacrifice nécessaire à tout leader-caution pour inspirer la confiance des masses ? Cet esprit de sacrifice se traduit d’habitude par l’adoption de tics d’homme sérieux, une rigueur, une sécheresse paternelle dans la voie, ou au contraire une attitude pédagogue faussement débonnaire (ou posture DSK) ; qu’il y ait au moins un drame shakeasperien (quoique Ségolène ait déjà fait tout le boulot et écrit une histoire pour son ex-tendre et cher), un traumatisme à exorciser, avec une connotation idéologique grotesque à l’occasion (comme les attaques de communiste subies par l’enfant Silvio Berlusconi ; ou le père fouettard de Mme Royal – décidément !).

Le personnel politique est constitué essentiellement de fantômes déguisés en champions et tâchant de déguiser le Néant. Les aspirants pourraient, par défaut, dégager une aura, un charisme, bref être leur propre programme, mais même à ce niveau ils faillissent (Berlusconi ou Bush, au moins, incarnent quelque chose de leur nation, une de ses facettes). Les candidats sont comme détenus par des partis, alors que ceux-ci devraient les propulser et être leur tremplin ; Hollande et Joly défient toute concurrence à ce titre. Ils cherchent à se glisser dans la peau de chefs, mais sont étrangers à ce qu’ils font et presque étrangers à ce qu’ils provoquent ; ce sont les ouvriers de mécaniques qui les dépassent, les partis n’étant plus que des plateformes pour carriéristes, EELV en l’occurrence se déchirant -en interne- entre deux grands actionnaires (Duflot contre Cohn-Bendit). Notons que l’aptitude de Cécile Duflot à se mettre en scène émotionnellement tout en adoptant une posture d’indignée et des tournures d’esprit de lycéenne exaltée mais responsable risque de tarir encore un peu la qualité du débat public.

Une anecdote récente atteste de cet étrange fossé entre le représentant du parti, c’est-à-dire celui qu’on présume être sa synthèse (idéalement un hybride cohérent de ses courants majeurs) et les pratiques des cadres du même mouvement ; c’est le vote PS en faveur du récent projet de loi incriminant la Turquie  (à propos du génocide arménien – officiellement, de tous les génocides du monde entier en général ; et cela sans haine, véhémence ou discrimination). Une initiative outrancière destinée à déclencher le bruit et la fureur ; elle permet de créer une agitation axée autour d’un corps étranger aux domaines de préoccupations des Français. La majorité du camp PS a voté pour, les députés ont donc suivis le gouvernement dans les faits (tout en susurrant, tête basse mais l’air affecté, leur réserve devant les micros) alors que pendant ce temps, Hollande regrettait cette loi.

Comme de circonstance, après tout (c’était  »ce qu’il fallait dire ») ; sauf que ça n’a aucune cohérence – et que, fidèle à lui-même, Hollande récite, l’air contraint et pressé d’en découdre pour aller vaquer vers d’autres expériences plus joyeuses, la ligne officielle du Parti Socialiste, cad celle d’un parti d’opposition n°1 se justifiant de lui-même par cette simple donnée présumée inamovible – le contre-pied automatique (alors même que dans les faits, il se comporte comme son camarade – simplement, les formes ne sont pas les mêmes ; les réflexes sont différents, mais l’héritage et la vision qui devrait faire l’identité de ces blocs sont dilués de la même façon).

Le politique est mort, les partis-machines suivent des plans qui les surpassent et les gouvernements invitent à la démission des peuples. Au-delà de toute perspective partisane, réalisons que parmi les candidats en mesure d’être présent au second tour en 2012 (ils sont, dans une perspective  »raisonnable », en écartant les hypothèses trop lointaines voir fantaisistes, quatre), seule Marine Le Pen  »fait » de la politique, produit un discours, dessine une voie. Bayrou en parle, avec acuité, mais il n’est pas un acteur, alors comment pourrait-il être un moteur ? Il apparaît d’abord comme un commentateur obstiné et contenant son aigreur ; au mieux c’est un vieux sage, un gourou sans légionnaires plutôt, mais il n’est plus vraiment respectable et bien qu’il soit décidé, il semble lui-même ignorer ce qu’est son but. De quoi est fait ce qui l’anime ?

L’élection de 2012 s’annonce ainsi plutôt sombre, dans la mesure ou nous avançons vers une échéance, avec la nécessité d’en tirer le meilleur parti, et alors qu’aucun prétendants ne séduit ni ne convainc une proportion nette de l’électorat potentiel (15% de décidés pour Marine, 15% de décidés pour une alternative au PS, 15% de « pragmatiques » se tournant vers la gauche mainstream ou le centre-gauche, 15% de sarkophiles devant l’éternel…). De toutes les manières, la France sera prise en otage par de petits groupes farfelus, déconnectés du réel, trop radicaux ou aux points de vue iconoclastes, complexes et peu fédérateurs. Se poser au milieu du champ de bataille en observant ou le traverser en courbant l’échine n’est pas très propice à créer l’unité, mais plutôt à jouer le consensus mou en repoussant les problèmes.