Tag Archives: Jim Jarmusch

BROKEN FLOWERS **

30 Avr

broken flowers

2sur5  Don Johnston est un ancien séducteur, aujourd’hui stoïque. Son élan vital semble perdu à tout-jamais et il se résigne machinalement à retrouver une énième fois sa condition de célibataire endurci alors que sa dernière conquête s’enfuit. Il reçoit alors une lettre anonyme lui apprenant qu’il est père d’un fils le recherchant. Son ami, grand lecteur et se prétendant rédacteur lui-même de polars, le pousse à retrouver son fils. Johnston l’apathique entreprend alors le voyage, sans conviction.

S’ensuit alors un semi road-movie dans le ton habituel du cinéma de Jarmusch, léger et affable, doux et perplexe. C’est du mélancolique cotonneux, sans vraie mélancolie, sans tourments non plus, juste ce mélange de sidération bonhomme et de patience, avec un héros avançant dans un réel sans brouillard, sans promesses non plus. Broken Flowers vire au film à sketches, fatalement, avec les retrouvailles des anciennes amantes devant lesquelles Johnston arrive, l’air neutre mais présent derrière son bouquet de roses.

La séquence avec Jessica Lange, avocate reconvertie en communicatrice pour animaux, est la plus sympathique. Le spectacle dans son ensemble est mou et plaisant, n’allant nulle part comme son héros s’en doutait. Il n’y aurait absolument aucun intérêt si cette atmosphère ne retranscrivait pas la solitude d’un homme dont l’âme s’est envolée et l’humanité évanouie à un niveau juste fonctionnel. Jolie manière d’anticiper les lendemains moroses des dandy et don Juan tout vides sous leurs masques.

Note globale 53

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STRANGER THAN PARADISE *

15 Mar

stranger than paradise

1sur5  Jim Jarmusch attire l’attention dès son film de fin d’études, Permanent Vacation en 1980, faisant la tournée des festivals. Trois ans plus tard, il présente Stranger than Paradise, long-métrage en trois parties, dont la première, The New World, est tournée avec les chutes de la pellicule L’état des choses (court inachevé de 1982). Lancé au festival de Rotterdam en 1983, le film finit couronné par la Caméra d’or à Cannes et le Léopard d’or à Locarno en 1984.

Les tribulations de Willie, Eva et Eddie contiennent tout ce qui fera le cinéma de Jarmusch. Le spectacle est en noir et blanc, comme le seront Dead Man, les Coffee and Cigarettes ou le prochain opus de Jarmusch, Down by Law. La construction est proche du road-movie sans entrer pleinement dans ce domaine, comme dans Only lovers, Broken flowers, etc. Et surtout l’obsession de Jarmusch pour l’absurde, l’anodin et la pose bohémienne ou d’aspirant bohémien flegmatique est là, à chaque bout de la pellicule.

Ainsi se déroule un programme nonchalant, consistant à suivre ces trois jeunes en train de patauger. Ils sont venus aux Etats-Unis vivre le non-rêve américain et ils errent ; ils s’ennuient ici, ça permet d’oublier qu’ils auraient pu s’ennuyer ailleurs, tout en restant désinvestis et penauds. C’est mort, c’est nul, on dirait du Wes Anderson déprimé, sans le fatras criard trompant son absence de substance. I put a spell on you c’est joli, on pourra se la repasser sans le film en fond.

Dead man est fascinant, Only lovers honorable en tant qu’exercice de style, Broken flowers aimable ; mais ici, la vacuité l’emporte. Eh oh, allo : vos bavardages n’ont aucun intérêt ; trouvez votre argent, faites vos valises, arrêtez vos logorrhées mollassonnes, bougez-vous et refermez cette parodie en vitesse. Ou écroulez-vous dans un fauteuil en gobant l’air, oui comme ça, c’est votre vocation après tout. Thanks d’avance.

Note globale 26

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Suggestions… Jules et Jim + Nowhere + Fantastic Mr Fox + Moonrise Kingdom + Virgin Suicids 

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ONLY LOVERS LEFT ALIVE **

2 Sep

3sur5  Imaginez un Twilight version bohémien cosmopolite, peuplé d’égoïstes contemplatifs et snobs. Les paysages vous venant à l’esprit sont probablement voisins de ceux d’Only Lovers Left Alive. Car c’est signé Jim Jarmusch (Dead Man, Broken Flowers) et (donc) visuellement splendide, le film a été porté aux nues, pourtant son univers esthétique est sujet à de nombreuses réserves. Jim Jarmusch a rendu un service immense à la culture emo en ce début du XXIe siècle, apportant sa virtuosité pour illustrer ses fantasmes.

Le spectateur passe deux heures à contempler les ruminations et projections d’un couple de vampires âgé de plusieurs siècles. Simple rocker misanthrope en apparence, Adam (Tom Hiddleston) est en vérité un génie de la musique. Il a connu les plus grands compositeurs, a filé un de ses morceaux à Schubert sans rien réclamer, car sa place à lui est dans l’ombre. Sa compagne Eve (Tilda Swinton), qui le rejoint à Détroit après de nombreuses années d’exil à Tanger, se montre plus pragmatique que son amant torturé.

Toutefois comme lui sa vie n’est consacrée qu’à l’amour de l’art, mais aussi de la science et du progrès, auxquels les humains sont tellement insensibles. Aucune scène n’affiche de processus créatif au cours du film, mais la productivité de Adam est un fait souvent rebattu. Il n’est donc pas étonnant que cet ersatz de The Cure soit si amer envers le monde extérieur et surtout les « zombies », c’est-à-dire la race humaine. Car tout ce qu’il y a eu de beau et de grand en ce monde, somme toute : c’est leur œuvre ou celle de rares égaux. À l’exception de Ava la vampire écervelée, il n’y a qu’un seul autre confrère dans Only Lovers et Marlowe (John Hurt), ami et aîné d’Eve, était tout de même la main invisible derrière le pantin Shakeaspeare !

C’est formidable ; oui c’est formidable, malheureusement toutes les références sont basiques, voir, ô terrible ironie : vulgaires. Transposé au cinéma, c’est un peu comme si Spielberg et Cameron étaient les génies raffinés dont on entretiendrait les reliques à l’écart des masses populaires. Cet élément crucial ne fait que révéler la nature profonde de Only Lovers Left Alive, une fantaisie romantique exultant le  »côté sombre » d’un sosie d’Indochine. Avec tous les caprices et la grandiloquence au rendez-vous, Jim Jarmusch peut tirer librement vers sa propre caricature. Et c’est très joli, pour peu qu’on se montre tolérant ; et si jamais une sensibilité existe pour ce genre d’univers, alors certainement Only Lovers Left Alive deviendra un film  »culte ».

Note globale 55

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Cinéma en 2014 12 Years a Slave + American Bluff + Blue Ruin+ Dans l’Ombre de Mary/La Promesse de Walt DisneyDallas Buyers Club + Homefront + Joe + La Vie Rêvée de Walter Mitty + La Voleuse de Livre + Le Loup de Wall Street + Le traitementLes Brasiers de la Colère + MaléfiqueOldboyPompei+Robocop + The Amazing Spider Man 2: le Destin d’un héros + The Canyons + Zero Theorem  (DEPUIS SDM 2)

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