Tag Archives: Jim Jarmusch

MINI-CRITIQUES SDM 2019

2 Jan

Même pour les sorties présentes voire des mois précédents, je ne tiens plus à faire de critique systématique. Pour certains cas je recourrais à des mini-critiques, soit en-dessous de 300 mots. Cela revient à reprendre le principe des ‘SDM/Sorties Du Moment’ au début de ce blog, sans la perspective d’un texte nécessairement équilibré. Les 49/61 critiqués sont à retrouver dans le Top annuel.

Pour cette première vague, les films vus dans les quarante derniers jours de l’année :

  • J’accuse *** (drame-histoire, France, Polanski)
  • Child’s Play / Jeu d’enfant ** (horreur, USA) – saga Chucky
  • Le daim ** (comédie dramatique, France, Dupieux)
  • Seules les bêtes *** (comédie dramatique, France, Dominik Moll)
  • Gloria Mundi *** (drame, France, Guédiguian)
  • Vice ** (comédie, USA, Adam McKay)
  • Le Chant du Loup ** (drame, France)
  • The Dead Don’t Die ** (comédie horrifique, USA, Jim Jarmusch)
  • The Prodigy ** (thriller surnaturel/horreur, USA)
  • Glass ** (drame/fantastique, USA, Shyamalan)
  • Dragons 3 *** (animation, USA, Dreamworks)
  • The King ** (historique, Netflix)

.

J’ACCUSE ** : J’ai étrangement été happé pendant un long moment, malgré la relative modestie de la réalisation et même des passages aux filtres proches de l’amateurisme. L’exposition de l’époque et du milieu, son ambiance sérieuse, la propreté de l’ensemble des intervenants, m’ont rendu la séance agréable. Dujardin est définitivement un acteur brillant et arrive à rendre irréprochables des réparties appelées à glisser vers l’esprit OSS 117. Mais sur l’affaire et la précision du témoignage je reste tiède. Le récit élude ou minimise les éléments à charge, ridiculise l’argumentaire graphologique, décrété fruit d’un scientiste allumé – qu’on voit mesurer les cranes pour l’amalgamer avec des pseudo-sciences ou supposées telles. Cet amalgame avec le racisme de l’époque fait partie du lot de maux attribués aux adversaires, avec la corruption ou plus précisément le cynisme et le mensonge généralisés. En somme le film ne fait que nourrir la vision d’un ordre établi inique envers le juif et d’une droite française sacrifiant systématiquement la vérité au profit de son idéal ; rien de nécessairement faux mais c’est utiliser un levier douteux pour la défense du camp Picquart. Lorsque viennent les conclusions les flous ne sont pas résolus et la nervosité des anti-dreyfusards est finalement le seul bloc d’arguments complet et évident. Oh bo l’assassin a disparu dans les fourrées – c’est la vie enchaînons ou dramatisons un coup. Enfin l’homme de l’affaire devenu secondaire apparaît taciturne et sensible, fragilisé en plus et certainement vertueux, or Dreyfus comme Picard n’étaient probablement ces braves hommes effacés, moraux et au-dessus de tout soupçon. Enfin Garrel ne s’exhibe pas et sur ce point cet énième Polanski mineur sort des sentiers battus. (58)

CHILD’S PLAY : LA POUPEE DU MAL ** : Plus fort que l’oubli des suites ou le simple remake, voici une remise à zéro (un ‘reboot’). Pas sûr que la franchise Chucky puisse en profiter, finalement elle n’a produit de bon jusqu’ici que de l’humour gras, une poupée marquante avec des saillies agressives et quelques plans excellents d’horreur kitsch (l’usine dans Poupée de sang, le second opus). Et la révolution ne vient pas avec ce septième essai. Il contient quelques grosses scènes de farce (trois personnages seront cruellement malmenés), est sanglant sans faire gicler des hectolitres mais quand même en renvoyant à Saw lors d’un cruel passage à la cave. Le jeune héros est convaincant (servi par un de ces enfants/ados interprètes irréprochables et intenses dont même Stranger Things n’a pas pu se revendiquer – Drew Barrymore en était une à l’époque de Charlie). Le reste de la troupe n’est pas brillant ou sous-exploité, mais facilement sympathique ou agréable à détester. La nouvelle allure de Chucky est réussie, c’est une imitation perverse de l’attachement des humains à leurs amis, plutôt qu’une sorte d’humain méchant, lourdingue ou déviant comme il l’a été, ou comme l’est l’ours Ted. L’humour en-dehors du gore est ras-du-bitume et souvent gentillet, avec quelques quiproquos durables efficaces. On en retiendra quelques détails ou moments insolents. (54)

LE DAIM ** : Confirmation après Au poste que Dupieux ne souhaite plus se renouveler ni faire d’efforts. Je fais ce constat en ayant revu et revalorisé Steak, plus carré que dans mes souvenirs. La flemmardise et le cynisme d’Au poste étaient compensés par l’abondance de petites phrases, de bons morceaux, par les numéros d’acteurs ; cette fois c’est le régime sec, les perles sont rares, tout est simplement propre dans son registre insolite et résolument vain. Ça met trop de temps à démarrer puis s’arrête trop tôt. Je dirais bien que c’est du niveau de Rubber mais il est possible que je revalorise celui-là aussi et il me semble qu’il poussait plus loin l’originalité – et le décalage Dupieux était encore frais, n’était pas devenu une méthode déjà ‘finie’. (48)

SEULES LES BÊTES *** : Comédie dramatique vaguement absurde, sensible mais peu compatissante. Entre dans la vie des gens, leurs réalités sociales et affectives, sans verser dans le téléfilm usé ou l’engagement miteux. Divisé en plusieurs parties concentrées sur un protagoniste et vivant la disparition ou ses effets, même éloignés. Alice au début essaie de recouper les morceaux mais on se doute qu’elle est fatalement dépassée et dans l’ignorance ; les segments suivants sèment des détails qui seront tous résolus pendant la dernière partie centrée en Afrique. Le final laisse la morosité l’emporter du point de vue de ceux qui rechignent à se faire grand-remplacer ; la position des principaux intéressés apparaît définitivement symbolique, du cuck précipitant tout ce manège à l’égoïste repliée sacrifiée, avec la jeune paumée utilisée sans états d’âme, la conjointe lésée (elle n’a même pas rempli sa fonction de pondeuse) travaillant dans le ‘social’, jusqu’à l’espèce de notable trouvant de quoi égayer sa retraite. Mais avant tout ce film donne l’occasion d’apprécier les humains comme des bouffons involontaires, embarqués dans des mécaniques assez tristes mais sur lesquelles on aurait tort de pleurer ; à la place on peut constater l’ironie de cet arnaqueur riant des sentiments de son pigeon mais lui-même sous le joug du numéro encore plus grotesque d’une espèce de curé arriéré. (76)

GLORIA MUNDI *** : Comme du Loach en radicalement moins pleurnichard, plus lucide que partisan quasiment tout le temps, bien qu’empathique. Un brin lourdingue sur plusieurs détails et via les performances du couple de jeunes beaufs riches et agressifs, mais dans des proportions raisonnables. Tout en faisant partie d’un univers misérabiliste et populiste, ce film pose les ambiguïtés et responsabilités personnelles ; évoque le poids de l’indulgence, le prix de la solidarité ; la relativité de certaines expériences de vie, de leur valeur – le sacrifice final est aussi un choix du moindre mal ou de la moindre errance ! Compte tenu de mes préférences au sens large je devrais être peu réceptif à un tel film, mais sa méthode et son humilité me plaisent. Même s’il est probablement un peu trop ‘nourricier’ à l’égard de ses personnages, plaintif et bien-pensant quand l’occasion se présente, son attitude face à la misère m’a plu – c’est celle de la (grand-)mère et à la limite de ses deux amants. On se retire des illusions criardes sans être assommé par le désespoir ; accepte la bêtise et l’incurie, tâche de s’arranger avec ce qui existe ; pas de magie dans la vie, pas de gain à se mentir, même en sachant que ‘aller de l’avant’ quand on est col bleu ou exclu c’est peut-être simplement accumuler un sous-capital en médiocrité. De quoi me rendre les situations significatives et les personnages aimables, même quand ils commettent des erreurs. Par contre je n’ai pas pu trouver de respect ou de complaisance envers Nicolas, antipathique car il enchaîne les niaiseries, ni envers Richard dont l’axe de vie semble être la négligence et la soumission bovine. Tous les deux expriment des tendances superstitieuses et semblent incapables de concevoir la réalité comme elle est. (68)

CHANSON DOUCE ** : Vu en salles, comme l’écrasante majorité des films de cette année et trois des cinq précédents dans cette liste (les mieux notés). Voir la critique. (54)

THE LIGHTHOUSE **** : Vu en salles (plusieurs femmes ont déserté en milieu de séance), contrairement à ceux en-dessous. Voir la critique. (78)

VICE ** : Rapidement classé dans ma liste des « Déséquilibrés ». Les acteurs sont excellents et le couple remarquable, encore en mettant de côté leur spectaculaire transformation physique et leur vieillissement. Pour le reste c’est généralement déplorable mais indéniablement efficace. J’ai eu l’impression de regarder l’œuvre de QI à deux chiffres se sentant très engagés et briefés par des QI normaux ou supérieurs leur filant les notes adéquates. Le factuel a une place importante dans les passages accélérés, ce qui ne fait pas du film un pamphlet carré mais le sauve de la partialité criarde et tarte à la crème. Ce n’est pas les préférences idéologiques ou la lourdeur qui posent problème – parfois c’est au service de judicieuses bien que grotesques intuitions, comme la présentation de Dick Cheney comme un mix entre François Hollande et Dark Vador. C’est quand elles sont mal étayées ou sans compensations ni compromis et quand elles ne se reposent que sur elles-mêmes (et s’étirent avec gourmandise comme cette fausse fin). L’épilogue confirme lamentablement le niveau de l’approche – même si c’est un peu drôle et hypnotisant, c’est davantage gênant de suffisance infondée – d’imposture. Aujourd’hui je ne peux plus être indulgent envers ce style crétinisant digne des heures grasses de l’investigation made in Canal+ ou des effets accompagnant les démonstrations dans Cash Investigation. Et comme dans Chanson douce, je sens le regard suspicieux d’extravertis/grégaires sur les plus réticents ou détachés qu’eux, nécessairement sombres ou malins ; aucune raison de valider ce préjugé de retardé bien partagé en communauté. Dans le cas présent, un habitué des allées du pouvoir n’est que le reflet traître de ces artistes et intellectuels publics avides de reconnaissance et d’idées faciles, mais ‘du bon côté’, du bord crémeux et mondainement approprié, contrairement à celui des cyniques de droite impérialiste. (48)

LE CHANT DU LOUP ** : Entre kitsch et sérieux, avec des interprètes aimables davantage que convaincants. La sous-intrigue sentimentale est mignonne et fait partie de ces nombreux éléments au goût de service commandé (comme l’emphase sur le jargon du milieu) – mais service à demi enthousiaste, bien intériorisé. La partie sonore reste le plus consistant, le reste laisse dubitatif tôt ou tard. Plusieurs plans ou métaphores sont d’un pompeux un peu déconcertant, souvent avec Kassovitz qui a dû trouver ici une bonne occasion de blâmer les torts d’institutions que les droitards croient vertueuses. (56)

THE DEAD DON’T DIE ** : J’étais un peu honteusement dans l’accueil et l’indulgence jusqu’à ce que le film tourne définitivement en blague bâclée et croule sous son pauvre discours. Les deux tiers du film sont une caricature néanmoins fantaisiste, où l’auteur Jarmusch débarque en terrain conquis et révolu ; le tiers restant réunit cette piteuse sortie et l’ensemble des remarques ou commentaires trop lourdement liés aux notions contemporaines ou au ‘méta’ gratuit, devant lesquelles les tentatives d’humour laissent plus particulièrement circonspect. C’est moins foutraque mais pas beaucoup moins moisi que Cowboys et envahisseurs. Et finalement c’est idéologiquement pathétique comme ça en a l’air, avec sa jeunesse consciente mais aliénée ou flouée sous son masque sarcastique, son trumpiste débile et méchant, ses masses consuméristes et zombies d’avance, le tout asséné avec un peu moins de nonchalance que la moyenne et une niaiserie très avancée. (48)

THE PRODIGY : Petit film d’horreur surnaturelle, recycle habilement, fonctionne franchement. J’ai doucement apprécié le casting, le style, le rythme ; sur le reste tout est correct ou commun. La liste des enfants interprétant adéquatement des méchants va pouvoir s’allonger. (56)

GLASS * : J’ai critiqué Split, largement oublié Incassable. La touche Shyamalan n’est plus évidente. C’est long, bavard et compliqué, criard, sombre, déplaisant ; on s’impatiente. Les deux vieilles stars semblent se forcer à passer au-dessus d’une inévitable ringardisation (Bruce Willis paraît rétrospectivement en forme dans Die Hard 5), les deux nouvelles copient-collent ce pour quoi elles sont appréciées ces dernières années (or la balourdise allègre d’American Horror Story n’est pas de la partie) ; tout donne l’impression de courir après un délire grotesque aux ambitions démesurées. Heureusement l’issue est intéressante, sur le moment et pour les futurs bilans sur les initiatives du cinéma de super-héros (on bascule ici dans le monde de Batman voire à terme de Watchmen). (42)

DRAGONS 3 *** : Ce film regorge de plans et de détails ravissants ! L’histoire est décente et non abrutissante, mais l’originalité demeure absente (jusque dans le point fort crucial, l’image). Avec ses qualités (ciblées ou relatives) et ses défauts insignifiants, c’est un très bon film d’animation et finalement le meilleur de la fameuse trilogie. (66)

THE KING ** : Production Netflix de toute prestance vue d’un œil penaud mais minimaliste quand on la regarde sérieusement. Les dernières scènes amènent un approfondissement douteux, spécialement celle où la nouvelle reine paie son laïus de miss lucide – mais celle avec la reddition du roi de France place aussi haut la barre dans le débile hautain (sans parler des niaiseries précédentes avec le comploteur zozoteur et le français débauché). Au moins la candeur du roi face à ce qui ressemblait à de flagrantes manipulations est assumée et notre Gary Stue a donc ses limites, mais elles sont minces puisqu’il se corrige aussitôt et pèche par bonté. Quand aux scènes de batailles, comme toute la fibre épique ou avoisinant, elles sont mollassonnes et cheap. Un film pour les pacifistes blasés et les cyniques pompeux, bien soignés et pas trop dérangeants. (44)

BROKEN FLOWERS **

30 Avr

broken flowers

2sur5  Don Johnston est un ancien séducteur, aujourd’hui stoïque. Son élan vital semble perdu à tout-jamais et il se résigne machinalement à retrouver une énième fois sa condition de célibataire endurci alors que sa dernière conquête s’enfuit. Il reçoit alors une lettre anonyme lui apprenant qu’il est père d’un fils le recherchant. Son ami, grand lecteur et se prétendant rédacteur lui-même de polars, le pousse à retrouver son fils. Johnston l’apathique entreprend alors le voyage, sans conviction.

S’ensuit alors un semi road-movie dans le ton habituel du cinéma de Jarmusch, léger et affable, doux et perplexe. C’est du mélancolique cotonneux, sans vraie mélancolie, sans tourments non plus, juste ce mélange de sidération bonhomme et de patience, avec un héros avançant dans un réel sans brouillard, sans promesses non plus. Broken Flowers vire au film à sketches, fatalement, avec les retrouvailles des anciennes amantes devant lesquelles Johnston arrive, l’air neutre mais présent derrière son bouquet de roses.

La séquence avec Jessica Lange, avocate reconvertie en communicatrice pour animaux, est la plus sympathique. Le spectacle dans son ensemble est mou et plaisant, n’allant nulle part comme son héros s’en doutait. Il n’y aurait absolument aucun intérêt si cette atmosphère ne retranscrivait pas la solitude d’un homme dont l’âme s’est envolée et l’humanité évanouie à un niveau juste fonctionnel. Jolie manière d’anticiper les lendemains moroses des dandy et don Juan tout vides sous leurs masques.

Note globale 53

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

.

Jim Jarmusch sur Zogarok >> Only lovers left alive + Broken Flowers + Dead Man + Stranger than Paradise

.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

STRANGER THAN PARADISE *

15 Mar

stranger than paradise

1sur5  Jim Jarmusch attire l’attention dès son film de fin d’études, Permanent Vacation en 1980, faisant la tournée des festivals. Trois ans plus tard, il présente Stranger than Paradise, long-métrage en trois parties, dont la première, The New World, est tournée avec les chutes de la pellicule L’état des choses (court inachevé de 1982). Lancé au festival de Rotterdam en 1983, le film finit couronné par la Caméra d’or à Cannes et le Léopard d’or à Locarno en 1984.

Les tribulations de Willie, Eva et Eddie contiennent tout ce qui fera le cinéma de Jarmusch. Le spectacle est en noir et blanc, comme le seront Dead Man, les Coffee and Cigarettes ou le prochain opus de Jarmusch, Down by Law. La construction est proche du road-movie sans entrer pleinement dans ce domaine, comme dans Only lovers, Broken flowers, etc. Et surtout l’obsession de Jarmusch pour l’absurde, l’anodin et la pose bohémienne ou d’aspirant bohémien flegmatique est là, à chaque bout de la pellicule.

Ainsi se déroule un programme nonchalant, consistant à suivre ces trois jeunes en train de patauger. Ils sont venus aux Etats-Unis vivre le non-rêve américain et ils errent ; ils s’ennuient ici, ça permet d’oublier qu’ils auraient pu s’ennuyer ailleurs, tout en restant désinvestis et penauds. C’est mort, c’est nul, on dirait du Wes Anderson déprimé, sans le fatras criard trompant son absence de substance. I put a spell on you c’est joli, on pourra se la repasser sans le film en fond.

Dead man est fascinant, Only lovers honorable en tant qu’exercice de style, Broken flowers aimable ; mais ici, la vacuité l’emporte. Eh oh, allo : vos bavardages n’ont aucun intérêt ; trouvez votre argent, faites vos valises, arrêtez vos logorrhées mollassonnes, bougez-vous et refermez cette parodie en vitesse. Ou écroulez-vous dans un fauteuil en gobant l’air, oui comme ça, c’est votre vocation après tout. Thanks d’avance.

Note globale 26

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Jules et Jim + Nowhere + Fantastic Mr Fox + Moonrise Kingdom + Virgin Suicids 

.

Jim Jarmusch sur Zogarok >> Only lovers left alive + Broken Flowers + Dead Man + Stranger than Paradise

.

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

DEAD MAN ****

26 Mai

*

4sur5  Il n’y a pas tellement à dire sur Dead Man. Celui qui soutiendra que le film ne raconte rien sera difficile à convaincre du contraire ; c’est même parce qu’il est aussi léger, voir apparemment frivole, mais pourtant fascinant, que Dead Man séduit autant. En vérité, c’est un film « d’atmosphère » intransigeant, revisitant le Far West pour y remplacer les cow-boys par deux hurluberlus au bord de la plénitude et du néant.

Dead Man peut être envisagé comme une révélation prenant la forme, pour l’individu embarqué malgré lui et chamboulé, d’un voyage non-sensique. Johnny Depp semble catapulté dans un film dont il est l’acteur principal par inadvertance, déclenchant des phénomènes et provoquant des destinées qui ne laissent perplexe que lui. Mais les déambulations hallucinées ne suffisent pas à décrire cette balade métaphysique farfelue ; Jim Jarmusch, sans doute esseulé par ses échecs récents, est bousculé dans ses doutes ; son affection pour l’idéal de renoncement au monde matériel mais aussi aux illusions de la Civilisation doit parvenir à un niveau plus pur, plus mature. La force de Dead Man est de ne pas se complaire dans le principe fumeux ou la posture de rupture avec le flot entretenu par ses contemporains : l’œuvre est radicale dans son entreprise, contemplative et instinctive, détachée en tous points (« trop » originale éventuellement). Le Monde « moderne » a disparu et ses stigmates en sont les parasites, les étrangères, compulsivement évacuées. 

Au cours de cette agonie grotesque traversée d’histrions rustiques et guidée par un obèse mystique, Personne, l’Indien aux dictions et élégies tirées de l’oeuvre de William Blake, s’active à ressusciter le poète qui s’est évanouit dans l’enveloppe insipide du comptable incarné par un Johnny Depp aseptique et hideux. D’abord indifférent et suiveur par défaut, le comptable finit par rejoindre et intégrer la perception et les enseignements de son acolyte et guide, retrouvant un peu de fougue morale et de vitalité à l’approche du Styx. Dead Man raconte ce passage de l’état aveugle à un état d’exaltation serein ; Depp le passif qui subvenait à ses besoins découvre la vie cachée du Monde et la sienne. Il n’est pas omniscient pour autant, mais ouvert à son environnement, ne négligeant plus ou acceptant les perceptions s’offrant à lui, mais aussi l’univers alentour. Funeste mais pétillant, Dead Man dévoile comment éclot un être naïf et nain devant une part, très terrienne, d’absolu.

Note globale 79

*

Interface Cinemagora + page allociné   + Zoga sur SC


Voir l’index Cinéma de Zogarok

ONLY LOVERS LEFT ALIVE **

2 Sep

3sur5  Imaginez un Twilight version bohémien cosmopolite, peuplé d’égoïstes contemplatifs et snobs. Les paysages vous venant à l’esprit sont probablement voisins de ceux d’Only Lovers Left Alive. Car c’est signé Jim Jarmusch (Dead Man, Broken Flowers) et (donc) visuellement splendide, le film a été porté aux nues, pourtant son univers esthétique est sujet à de nombreuses réserves. Jim Jarmusch a rendu un service immense à la culture emo en ce début du XXIe siècle, apportant sa virtuosité pour illustrer ses fantasmes.

Le spectateur passe deux heures à contempler les ruminations et projections d’un couple de vampires âgé de plusieurs siècles. Simple rocker misanthrope en apparence, Adam (Tom Hiddleston) est en vérité un génie de la musique. Il a connu les plus grands compositeurs, a filé un de ses morceaux à Schubert sans rien réclamer, car sa place à lui est dans l’ombre. Sa compagne Eve (Tilda Swinton), qui le rejoint à Détroit après de nombreuses années d’exil à Tanger, se montre plus pragmatique que son amant torturé.

Toutefois comme lui sa vie n’est consacrée qu’à l’amour de l’art, mais aussi de la science et du progrès, auxquels les humains sont tellement insensibles. Aucune scène n’affiche de processus créatif au cours du film, mais la productivité de Adam est un fait souvent rebattu. Il n’est donc pas étonnant que cet ersatz de The Cure soit si amer envers le monde extérieur et surtout les « zombies », c’est-à-dire la race humaine. Car tout ce qu’il y a eu de beau et de grand en ce monde, somme toute : c’est leur œuvre ou celle de rares égaux. À l’exception de Ava la vampire écervelée, il n’y a qu’un seul autre confrère dans Only Lovers et Marlowe (John Hurt), ami et aîné d’Eve, était tout de même la main invisible derrière le pantin Shakeaspeare !

C’est formidable ; oui c’est formidable, malheureusement toutes les références sont basiques, voir, ô terrible ironie : vulgaires. Transposé au cinéma, c’est un peu comme si Spielberg et Cameron étaient les génies raffinés dont on entretiendrait les reliques à l’écart des masses populaires. Cet élément crucial ne fait que révéler la nature profonde de Only Lovers Left Alive, une fantaisie romantique exultant le  »côté sombre » d’un sosie d’Indochine. Avec tous les caprices et la grandiloquence au rendez-vous, Jim Jarmusch peut tirer librement vers sa propre caricature. Et c’est très joli, pour peu qu’on se montre tolérant ; et si jamais une sensibilité existe pour ce genre d’univers, alors certainement Only Lovers Left Alive deviendra un film  »culte ».

Note globale 55

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

.

Cinéma en 2014 12 Years a Slave + American Bluff + Blue Ruin+ Dans l’Ombre de Mary/La Promesse de Walt DisneyDallas Buyers Club + Homefront + Joe + La Vie Rêvée de Walter Mitty + La Voleuse de Livre + Le Loup de Wall Street + Le traitementLes Brasiers de la Colère + MaléfiqueOldboyPompei+Robocop + The Amazing Spider Man 2: le Destin d’un héros + The Canyons + Zero Theorem  (DEPUIS SDM 2)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

 .