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LES HIRONDELLES DE KABOUL ***

7 Sep

3sur5 Ce film arrive à palper l’horreur sans l’esthétiser ni rendre la séance invivable (ou simplement laide, comme le sont souvent les films ‘live’ sur l’Occupation, où tout doit être gris). Un peu de fantaisie ou de niaiserie l’aurait sans doute condamné et comme le film sera vu par des neutres ou des convaincus, il pouvait facilement s’effondrer dans la connivence – d’ailleurs il ne brille pas par sa complexité ou sa considération pour les antagonistes. Heureusement en plus du manifeste anti-autoritaire irréprochable mais fatalement tiède, nous avons droit à un tableau vivant des façons de vivre dans un environnement fondamentaliste. Y gesticulent des héros compromis.

Bien qu’en première instance il soit question de la violence et de la soumission des femmes le film est concentré sur les hommes. Ils sont souvent coupables, les deux principaux dans cette histoire sont complices malgré eux, tandis que Nazish (demi-fou transformé en vieillard dans le film) est lointain. Quand vient le temps de sanctionner la femelle égarée l’ouaille disciplinée bombarde une déviante nichée sous sa burka ; de quoi conserver une distance, qui vaut bien une drogue pour renforcer les convictions forgées par des années de rappels extérieurs et de dialogue intérieur sous contrôle. Le film démarre sur une distance doublement perdue pour Mohsen (avec la voix de Swann Arlaud, aussi en monsieur sensible décalé et désabusé dans Perdrix sorti au même moment) : en participant aux festivités il perd ses certitudes sur lui-même et ses convictions, tout en étant charnellement affecté par ce qui jusqu’ici l’indignait simplement (ce personnage est le meilleur pour établir une connexion avec l’auditoire occidental ou n’importe quel autre, car ses concitoyens, moins dans leurs états d’âmes et davantage dans la réalité, sont trop imprégnés, même si c’est en rageant de ne pouvoir déteindre sur la couleur locale).

L’autre pilier masculin n’en est plus à avoir peur de son ombre. Le marié présente une attitude ‘dépressive’ avec son orgueil et sa combativité anéantis. Pourtant ces deux hommes semblent des personnages positifs. Loyaux et tourmentés, ils n’ont pas les moyens de leur courage. Ils confirment douloureusement l’impuissance et le malheur généralisés, qui concernent les individus des deux sexes ; à l’inverse, certaines femmes semblent trouver leur compte dans cette ambiance totalitaire miteuse. C’est la fuite en avant du sujet incorporant l’oppresseur ou mieux encore, le prêcheur hostile à sa liberté ; malheureusement ce sont des figurantes aussi dans le film. S’il met à profit ses 80 minutes et ouvre à de nombreuses et discrètes perceptions, on peut aussi lui reprocher une certaine superficialité, voire une écriture schématique (et ce scénario rachitique, le point noir ‘technique’ du film). Le livre de Khadra semble moins à charge, évoque les raisons de chacun (l’aveu y survient bien avant le drame). Ici elles se devinent, mais on ne voit pas l’effet du conditionnement sur les individus clés et leur construction, seulement le résultat du conditionnement ou la façon dont on le gère aujourd’hui (cyniquement pour Mirza, avec cruauté pour Qassim). Par contre on en tire une grande force émotionnelle sans sacrifier l’élégance.

Le film abonde en détails et micro-conflits significatifs, comme ce contraste entre le mari embrouillé récoltant une proposition de trafic (d’armes) de la part de son ex-chef de guerre [contre les russes] versus celle du vieux prof dans une université désaffectée incitant Mohsen à enseigner du ‘vrai’ et des humanités dans son école clandestine [contrairement à l’école coranique]. Ou encore ce passage au commissariat où rien ne peut se dire puisqu’existe déjà la ‘version’, or remettre ici et maintenant cette version en doute, même pour une affaire locale et spécifique, pousserait à toutes sortes de dissonances insoutenables. On ne peut laisser place au doute, à la moindre omission ou ambiguïté, ce seraient autant d’échappatoires dans lesquels les malins s’engouffreraient et les candides s’abîmeraient ; suffit de croire absolument, même un instant, en quelque chose pour sentir aussi cette menace. Il n’y a que la force et le déni prescrit pour soutenir un système avec des bases exclusives et unilatérales, qu’elles soient morales ou autrement construites.

Dans le détail se retrouve ce style de vie ‘autoritaire’ où tout doit être codifié et encadré dans les comportements (et où tout revient aux comportements car eux seuls apportent des garanties au surveillant), dans un contexte miséreux et débile, donc porteur d’aucune grâce ou justification (aucune valeur ‘progressiste’ dans le sens dépassé, actuel comme celui dégradé de la notion). C’est par exemple ce petit geste inutile du chef tapant sur le toit de la voiture pour lancer le signal de démarrage ; quand ils n’ont pas les réseaux sociaux, les nerveux en besoin de souligner leur existence savent bien trouver un moyen de faire écho – et comme d’habitude, il n’y a pas de meilleure manière que celle du courant dominant ou des plus agressifs. Puis il y a ces connexions ‘normales’ qui ne peuvent émerger dans un contexte de censure généralisée : les dessins pourraient servir de preuves en faveur de la tueuse, pourraient indiquer un accident ou un crime passionnel plutôt qu’un meurtre calculateur ; autant de suggestions parasites quand on a par le livre ou la loi un jugement d’office.

Pour les adultes Les hirondelles de Kaboul n’apportera rien de neuf sur le fond. Les gens indifférents à ses thématiques s’ennuieront gentiment, ceux sensibles aux beaux efforts dans l’animation auront de quoi se tenir motivés avec ce monde en aquarelle introduisant des qualités artistiques où il n’y en a pas. Pour les enfants et adolescents c’est une bonne propagande, avec une démonstration claire grâce à la trajectoire de Zunaira, l’introduction de plusieurs lignes de discours et l’absence de rabâchage. Ce film agacera nécessairement ceux qui voudraient montrer tous les visages de l’islam ou rappeler ses vertus, donc fouiller dans le passé lointain. Ici nous avons un focus sur le pire de l’islam, dans un territoire clôt en esprit et détaché en pratique ; cela dit, même avec ses prétentions universelles, elle reste un culte qui dans les faits soutient le comble des sociétés fermées et régressives (les sociétés communistes ont au moins des reliquats de développement technologique et des larbins-citoyens parfois propres sur eux) – les îlots high-tech avec foules de galeux semblent encore des exceptions en trompe-l’œil. Finalement ce film relève sur le fond et sur les principes de ce qu’on peut attendre de mieux de la gauche ‘culturelle’ et de créateurs gravitant dans le [cosmo]politiquement correct. Son existence vaut mieux et pourrait s’avérer plus efficace que la conjugaison d’un million de ‘Pray for Paris’.

Note globale 68

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Parvana

Les +

  • des intuitions et invitations à la réflexion sur les sociétés et le grégarisme fondamentalistes
  • animation et montage, son, mise en scène

Les –

  • trop simple, le scénario en est le premier affecté

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LE MESSAGE (version anglaise) **

30 Juil

3sur5  Moustapha Akkad, futur co-producteur d’Halloween et cinq de ses suites, tourne en 1976 un film sur la révélation du prophète de l’islam. Le Message est un des rares films produits simultanément en deux versions, une anglaise et une arabe – l’anglaise dure quelques minutes de moins que son modèle et réunit un casting plus bigarré, donc probablement moins approprié. Dans les deux cas le prophète n’est pas montré, se trouve hors-champ lorsqu’il est impliqué dans une scène. Cette excentricité apparente témoigne des précautions prises par Akkad et son équipe, respectueux du code religieux. Mahomet se signale donc indirectement, par une possible vue subjective ou par le biais de son ‘assistant’ Hamza (Anthony Quinn joue l’exalté en chef).

Le prophète Mahomet apparaît comme un missionnaire apportant la justice et la miséricorde, plaidant pour la compassion et le respect des humbles. Il va jusqu’à défendre l’égalité, entre esclaves et maîtres, aussi entre hommes et femmes. Le film montre la réaction de la domination ; les origines de l’islam sont subversives (mobilisation et construction du premier temple par un petit peuple enthousiaste, enfin libre). Les autorités religieuses ultérieures pourront donc tirer de cette représentation une légitimité plus abstraite, celle des généreux, qui tiennent le livre et les règles bien sûr mais en vertu d’une compréhension de l’Homme, de ses besoins et sentiments, de sa vérité et de ses hautes aspirations – tout ce qu’adore le paternalisme quand il est ou se présente mielleux et/ou amoureux des âmes.

La proximité entre les religions chrétiennes et musulmanes est éclatante. Le Dieu de Mahomet n’est pas incarné, « pas d’argile », pas stockable dans une icône ; ce Dieu unique attire les rires puis la colère des polythéistes. L’heure est au catéchisme ‘optimiste’, mélange de pacifisme (en volonté, aspiration terminale) et de collectivisme intégral. Pas de coercition, en théorie ; après tout le très-haut est avec nous. Ainsi Mahomet remporta la victoire sans opprimer. Les méchants, les anciens exploiteurs, durent se résigner face à la conquête « des cœurs » – c’est l’angle essentiel par lequel le sujet est abordé, l’esprit, les lois, les ‘dérivés’ n’y étant pas. Dans la propagande et donc dans ce film, les premiers musulmans obtiennent des victoires militaires sans lancer d’attaques et en tardant ou négligeant l’armement et les préparatifs. Comme toute religion qui se fera respecter, l’islam est au fondement d’une civilisation. Son avènement implique une opposition au tribalisme ; s’il doit être compromis à l’avenir, on en dit pas un mot ici – c’est un des nombreux impensés et impensables. Dans tous les cas il restera l’universalisme – prétention dont toute la violence est déguisée ici comme ailleurs. La Mecque est supérieure à la famille, la tribu, etc.

C’est un esprit de chapelle absolutiste qui l’emporte sur plus petit que soit – et ne pourra trouver que plus petit, plus près des simples nécessités (politiques et matérielles) ou de l’endroit où un mécréant est seulement né. L’islam a l’originalité de pousser cet universalisme conquérant et inclusif à un stade terminal – comme dans tous les films de ce genre (tous Les dix commandements n’y échappent pas), les comparaisons avec les autres grandes confessions ne sont pas au programme – rien de ce qui porterait un regard extérieur n’est admis, ce qui réduit l’intérêt documentaire (historique, même aussi peut-être à un degré ‘comptable’) du film mais permet de sauver l’intégrité, malgré les choix à assumer sur des points tendancieux comme le sang versé par les pionniers. Si la cruauté doit être prise en compte, c’est toujours d’un point de vue de victime vaillante, mais en même temps inconsciente (elle aura la sécurité pour le rester). L’option La passion du Christ est à des années-lumières, trop brutale, trop intime. Ici les martyrs sont des gens qui meurent pour leurs convictions, sans plus.

Que ce soit ou non à cause de ce mélange de rigorisme et de tiédeur, ce Message manque de souffle. Ce n’est pas le film qui fera décoller ailleurs que chez des convaincus, des individus spécialement en demande ou avec des raisons d’y être. De plus, s’il a les décors authentiques pour argument, il lui manque les moyens. L’absence de libertés d’un tel projet est facilement admissible, mais ici elle entrave plus loin que prévu. Le Message a peut-être le goût secret de la grandeur mais pas l’ampleur manifeste. La négligence de l’espace donne presque l’impression d’un tournage dans une optique ‘théâtrale’ – ou dans l’esprit d’une vidéo de simulation, avec des barrières imaginaires qui en plus d’atteindre les abstractions ont aussi cerclé le périmètre physique. Enfin l’hypocrisie est massive : où sont les femmes, lors de ces origines (hors de la mère de Mahomet, première martyr de l’islam avec le père) ? Et pourquoi ne pas pousser plus loin, pourquoi ne pas aller voir les fruits de cette mobilisation, vérifier l’affirmation sur le long-terme (celui de la vie des participants suffirait) de ces vertus, leur pénétration dans les cœurs amorphes ou endurcis, leur expansion dans la bonne humeur ?

Note globale 62

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Note arrondie de 63 à 62 suite à la mise à jour générale des notes.

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INNOCENCE OF MUSLIMS *

16 Sep

innocence-of-muslims

1sur5 Il n’est sorti dans aucune salle mais c’est le film du moment et l’actualité qu’il engendre est presque une parodie des humeurs internationales de l’époque immédiate. Innocence of Muslims est pourtant une obscure série Z, un sketch hors-norme aux moyens atrocement désuets ou amateurs (découpage de sitcom ringarde, décors artificiels statiques et rococo, échos parasites, acteurs évanescents…). Cependant, il assume avec jusqu’au-boutisme son intention unique, ridiculiser le prophète de l’Islam, Mahomet, le faisant hystérique, voleur, pédophile et coureur de jupons, ainsi que vaguement homosexuel, faute de goût impardonnable pour tous les amoureux des grands livres rigoristes, pour tout ceux qui cherchent à s’inhiber dignement par le biais d’honnêtes valeurs sociales.

Gaudriole & fureur

Aujourd’hui, nous ne connaissons encore que deux fragments de ce film dont on dit qu’il dure deux heures, diffusés sur Internet sous les noms de « Life of Muhammad » et « Movie Trailer Muhammad », courts-métrages de 13 et 14 minutes (en vérité le même avec quelques ajustements) n’arborant aucun sens ni de l’esthétique ni du rythme cinématographique, s’avérant plus pénibles et laborieux à suivre que les V-Video les plus lamentables ou les derniers Guinea Pig.

Lancé sur le Web en Juillet 2012, Innocent of Muslims semble être le jouet de divers provocateurs et opportunistes surfant ou alimentant les tensions entre le monde arabo-musulman et le monde libéral occidental. Relayé par une chaîne égyptienne islamiste le 11 septembre 2012, il a contaminé les pays arabes et déclenché de violentes manifestations de fureur civile, provoquant déjà plusieurs morts, notamment des diplomates anglo-saxons, ainsi que la destruction d’ambassades américaines.

Un réflexe démocrate consisterait à sauter sur l’occasion de défendre la liberté d’expression et de blasphémer, tout en pointant du doigt le dogmatisme des musulmans, déjà condamné de la sorte par l’ensemble des forces politiques et sociales occidentales, même les plus incompatibles. Mais Innocent of Muslims fait le jeu de destructeurs de toute sorte. Naturellement, il alimente une colère et des sentiments irrationnels et collectifs, donc inquiétants. Il permet aussi aux médias de présenter des hordes de barbus proférant « Allah Akbar », alors que Innocent of Muslims est le produit des contributions financière d’une centaine de juifs (et que le Mahomet du film se soustrait à la bienveillante proposition de réconciliation émanant d’un émissaire juif – seul moment un peu non-grotesque du film) et qu’une telle genèse fait sens au-delà des nations du Nord. Reste à déterminer si Innocent of Muslims trouble à ce point les Musulmans, puisque le compteur des vues de cet Innocence n’atteint pas celui d’un clip de Lady Gaga, la vidéo officielle tournant actuellement à 3 millions, score assez sommaire pour qui soulève toute une Civilisation… Le côté soupe-au-lait de quelques légions d’histrions minables serait-il généralisé à tout le Moyen-Orient ? 

Ingérence anti-fascisme vert

Devant la pauvreté formelle du métrage, il semble que le budget de 5 millions de $ ait servit à sa promotion et son accession à la sphère publique, afin de susciter la polémique et enflammer le conflit entre sionistes et musulmans. Les créateurs de cet Innocent of Muslims, tous juifs ou américains, sont la caricature du décadentisme occidental comme l’envisagerait tout intégriste poli : réalisateur porno évoquant « le cancer de l’Islam », copte condamné pour fraudes, mais aussi association chrétienne aux leitmotivs plus militants que caricatifs. Néanmoins cette paternité cynique ne suffit pas à compenser la consternation spontanément éprouvée devant les déchaînements des dogmatiques musulmans. 

Les apôtres anti-fascisme vert, bien-pensants de demain, y trouveront un élément-clé pour leur rhétorique ; si parmi leurs ennemis lointains résident de nombreux fanatiques et déchets moraux (aussi teigneux que les bouffons du film – aussi stupides, seule une presse dépassionnée nous l’indiquerait), l’Islam n’est toujours pas une menace concrète pour l’Occident et notamment par pour le Vieux Continent. S’il peut le devenir, c’est par la faute de méthodes néolibérales, du relativisme culturel et de l’annihilation des frontières que nous acceptons nous-même, localement, quand le monde arabo-musulman se structure, probablement avec l’appui de ses ennemis jurés libéraux-démocrates, pour devenir le nouveau gardien par contraste du modèle de société états-unien. Oui, le fascisme vert est l’URSS bis qui compensera le vide généré par le monopole de la société marchande moderne, à la fois roue de secours et limite au moins apparente du Mondialisme. 

Note globale 10

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SHOATISE TA LIFE

15 Fév

Ces derniers jours ont été marqués par une recrudescence de la shoatisation de la vie politique et publique. Plusieurs micro-actualités en attestent :

→ Marine Le Pen aurait un « problème avec la Shoah » selon Dominique Sopo. Ce n’est même pas un procès d’intention puisque le porte-parole n’étaye en rien son information ; tout au plus s’appuie-t-il sur les vieux clichés que son mouvement SOS Racisme, organe indépendant mais indissociable du Parti Socialiste, attribue au Front National depuis des lustres et depuis qu’il a décidé de se reposer sur la diabolisation d’un adversaire politique incompatible avec ses propres aspirations. Voilà donc que la présidente-candidate du FN a un problème avec une Shoah qu’elle ne cite jamais et à laquelle elle ne se réfère ni de près ni de loin.

→ Mr Letchimy (député PS), dont l’essentiel de la population civile ignorait jusqu’à l’existence il y a deux semaines, s’est fait un petit nom en fonçant vers le point Goldwin lors de sa réaction à la dernière saillie du Ministre de l’Intérieur. Monsieur Guéant se réjouit sûrement de cette petite pagaille poussive et grossière qui écarte encore un peu plus le débat des préoccupations des français pour orienter la petite caste politique vers des conflits bourgeois, cosmétiques et anachroniques. Voilà encore une polémique inepte et sans intérêt, crée délibérément par le toutou réactionnaire de Nicolas Sarkozy, parfaitement juste dans son rôle du vieux con intellectualisant sa xénophobie sous-jacente. Mais que les socialistes de salon se rassurent, de tous côtés, Guéant, son simulacre de haine et son authentique méchanceté sont vomis dans un même mouvement fédérateur (peut-être l’un des derniers à franchir quasiment tous les clivages).

→ Après le sulfureux bal autrichien, Jean-Marie Le Pen a commenté la virée par un « c’était Strauss sans Kahn ». Je répète pour les petits uluberlus qui n’auraient pas réalisé l’ampleur et la gravité de ce slogan digne de tous les Goebbels juniors de la Terre : « c’était Strauss sans Kahn ». La référence à Strauss-Kahn et à Richard Strauss est aussitôt considérée comme  »antisémite », parce que Kahn est un nom récurrent dans la culture juive, comme chacun sait à l’exception de ceux qui ne l’avait pas calculé ou s’en foutent pleinement, ce qui est tout à leur honneur. Le président d’honneur frontiste signifie donc qu’il était dans son élément, entouré de symboles qu’il affectionne (et on peut lui reprocher des goûts douteux – l’univers des souverainistes, patriotes et nationalistes est vaste). C’est-à-dire sans Strauss-Kahn qui aurait été, selon Le Pen père et fille, l’adversaire idéal du camp  »national » représenté par le FN. Il y a pire contre-modèle.

L’objet du délit à la 18e minute

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Toutes ces accusations d’antisémitisme, de nazisme, de négationnisme ou de révisionnisme joyeux font partie d’un certain folklore. Mais pourquoi les obsessionnels de la Shoah sont-ils parvenus à imposer leur rigorisme, nous plongeant ainsi dans une réalité ubuesque ?

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La Gauche, la grande Gôôche n’est plus rien, c’est un tas de vestiges et de vieilles reliques souillées par des héritiers malhonnêtes. Le dogmatisme, le prêchi-prêcha et la récitation des grands classiques est un gage de gauche, pour les individus qui prétendent la composer. Mais ces charlatans ne font que dérober un titre. Afin d’éviter la remise en question, la rénovation des fondamentaux et l’affrontement des réalités du Monde tel qu’il est et non pas tel qu’il est leurré par lâcheté et complaisance, la Gauche se cherche donc des ennemis. A toutes les échelles, c’est excellent pour se positionner et attirer l’attention sur soi ; essayez donc !

Idéologiquement décharnée, rhétoriquement dépouillée (ses références naturelles sont mieux maîtrisées par des souverainistes comme Chevènement voir Dupont-Aignant & ses éléments de langage sortent de la bouche de Marine Le Pen, de Mélenchon ou de Montebourg en minorité dans son parti), la Gauche s’est alors faite « victimaire », récupérant les malheurs et les affres de l’Histoire pour demander réparation et accabler les populations d’une morale castratrice, parfois même punitive. Femmes, noirs, gays, juifs sont rappelés sans cesse à leur souffrance originelle – ils ne l’ont pas tous connus, mais on leur l’attribue néanmoins. Les musulmans sont aussi régulièrement pris sous l’aile de la Gauche, mais leur traitement est paradoxal et hypocrite…

La défense des minorités et de tous les groupes qui ont pu en être est devenue une idéologie en soi… alors qu’en face, plus personne ne cherche à les opprimer depuis longtemps et même que plusieurs d’entre eux sont favorisés par la droite classique (la « discrimination positive »). La Gauche a finit par se heurter aux limites de ses causes plus ou moins imaginaires ; ses sujets de prédilection commencent à s’épuiser, il lui faudra bientôt une relève. La solution est dans la religion.

Alors même qu’ils sont déjà très forts, les communautarismes, parfois couverts mais souvent vivaces, sont accentués par la Gauche, comme rappelés à l’ordre et à la scène publique. De cette manière, les gauches gouvernementales disséminent ce qui, à terme et dans les hypothèses les plus sombres, conduit aux affrontement voir aux guerres civiles et de religion. Intellectuelles et symboliques, ou pas. Cette gauche réformée pourra alors surgir et se poser en rassembleuse, alors qu’elle ne s’attache qu’à quelques cultures ou quelques nouveaux dogmes embrassés pour mieux en mépriser ou bafouer d’autres (notamment celles du  »français souschien », du peuple  »d’en bas » qui est le ciment de la société – « le poisson pourrit par la tête » pendant sa base est rendue exsangue).

Voilà ce qu’est le Gauche d’aujourd’hui ; cette vassale de la droite financière la plus outrancière précipite les français sur un champ de mines. Il ne faut pas omettre les origines culturelles de nombre de cadres ou propagandistes du Parti Socialiste (mais aussi de ses satellites et même de plusieurs membres du Front de Gauche) qui, en bons anciens trotskistes ou maoïstes; détestent les français (et les autochtones des vieilles contrées en général), détestent le peuple dont ils cherchent à se dissocier, sans réaliser qu’ils ne font que poursuivre une revanche contre des vieux démons qui se sont éteints. Ces libéraux-démocrates, libéraux-libertaires ou libéraux-bourgeois sont des nantis ingrats et ils savent que leur puissance dépend de l’explosion d’une société en une multiplicité de petites chapelles incompatibles et aux identités trop fortes pour coexister sans la moindre limite.

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Je sais bien que certains esprits catégoriques et fermés, en voyant Zogarok relever ces éléments (peut-être avec emphase ou excès) qui sont à mon sens les stigmates d’abus de plus en plus normalisés, assimileront aussitôt ce Blog à une sorte de troisième groupe « poubelle », ou ils rangent tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à des voix dissonantes, donc réactionnaires (autant dire qu’il y a peu de troupes au sein du 2e groupe – les bayrouistes et les morinistes en somme). Autant dire qu’il s’agit d’une masse immense ou se retrouvent l’ensemble des internautes et de ceux qui ne s’informent plus essentiellement par le biais de la presse écrite, de la radio ou de la télévision (et de tous ceux cherchant à échapper aux grilles de lectures et aux pensées formatées véhiculées par les médias archaïques) ; comme si nous, petits internautes, petits nabots curieux mais impuissants, devenions de fait les agents d’une sorte de caste, d’anti-élite subversive, à la botte des nouveaux populistes (eux-mêmes, comme chacun sait, à la botte d’Al-Qaida). Car il faut comprendre ce qui se joue lorsqu’on présente Internet comme le nid de toutes les dérives ; c’est qu’on cherche à assimiler la liberté à un danger et ce phénomène est récurrent et le sera toujours.

Je devance donc et matérialise par la même occasion cette pensée qu’ont eu instinctivement une large fraction des visiteurs politisés tombant par hasard sur ce Blog. Ce petit billet d’humeur n’a pas pour intention de relayer de quelconques éléments de la rhétorique anti-immigrationniste de nos chers reacs soft et mainstream, ni les thèses antisionistes de quelques-uns des derniers agitateurs français et occidentaux ; c’est la simple expression d’une lassitude et d’un écoeurement devant ce débat politique étouffé par des affaires qui n’intéressent quasiment personne et pourri par des arrivistes bornés à défendre des étiquettes. Il est aujourd’hui manifeste que l’appropriation d’un cliché culturel, sociologique, généralement pour s’en faire le porte-parole revanchard, est le motif principal de plusieurs carrières. Certaines personnalités publiques ont même la mainmise sur ces thèmes ; ils se sont auto-proclamés chef de file des gays, des musulmans, des femmes (vaste cause), des autorités institutionnelles les ont consacrés et aujourd’hui, ils ridiculisent ceux qu’ils prétendent défendre en s’affichant comme le parangon de ce qu’ils peuvent avoir de plus irritable (Clémentine Autain pour la féministe véhémente, Hourja Bouteldja).

Ces baudruches médiatiques, sortes de slogans ambulants que les formations politiques ou les associations aiment mettre en avant pour illustrer leurs valeurs de façon bien péremptoire, agissent comme si leur religion, leur couleur de peau, leur sexe ou ce qu’ils en faisait pouvait leur conférer une quelconque puissance, une identité ; a-t-on alors à faire à des humanistes, ou à des néo-obscurantistes, clinquants et chic ? Ces néo-obscurantistes réduisent l’Humanité à des fractions sociologiques et/ou sociétales structurées par de simples attachements, alors que les sujets concernés ne cherchent pas forcément à rendre ostentatoire leurs appartenances (une adhésion, de principe, de tradition ou même active, peut n’être qu’un aspect mineur d’une identité). Ces élites morales (intellectuelles diront les farceurs mesquins) qui encourage l’exaltation de menues différences n’aboutissent-elles pas à faire de nous des caricatures, pas de nous-mêmes, mais de leurs fantasmes ou de stéréotypes millénaires ? N’est-il pas dangereux de la laisser organiser le monde comme un vaste terrain de clichés ambulants, ou chacun deviendrait imbu de son application vigoureuse et dogmatique de codes poussifs et limitatifs ? Est-ce que la quête d’appartenance, prédisposition naturelle des Hommes, n’est pas pervertie par ces sauvages rigoristes déguisés en despotes éclairés et bienveillants ?