Tag Archives: inspiré de faits réels

120 BATTEMENTS PAR MINUTE **

23 Mar

2sur5  Le troisième film de Campillo (après l’aventureux Les Revenants et surtout le très pertinent Eastern Boys) est en deux grandes parties, une collective (plus copieuse), l’autre individuelle, vers laquelle il glisse (car rien n’est très délimité – ni fouillé – les informations techniques sur le virus ne sont pas là pour renseigner). Il est surtout morcelé, ressemble à une série de collages autour d’un fil conducteur – presque un film à sketches mais uniforme, variant sur une zone de décors, sur un baromètre d’intensité. Il culmine avec des clips ‘forts’, sensuels, proches de l’abstraction lors des danses. La mise en scène semble chercher le chemin des souvenirs ou du flot d’impressions catalysées.

Le problème essentiel vient du chaos chronologique. L’urgence et les préoccupations peuvent être communiquées émotionnellement mais rien ne ‘gonfle’ – seules ces émotions imprimées et définies dès le départ vont s’accumuler. On sait ce qui doit arriver, sans le sentir plus au fur et à mesure (et surtout sans le savoir mieux). On verra bien la mort, la maladie, mais seulement lors des secousses (ou performances) puis lors des visites. En une ou deux scènes Les Témoins de Téchiné rendait déjà ce malheur (et ses incidences) plus palpable.

L’approche reste superficielle, dans un couloir entre survol ‘choral’ et tragédie d’un seul individu (et de son couple), avec un enfilage de crises et d’événements sans trop de conséquences sur le récit et à l’intérêt documentaire médiocre. Que le film s’affadisse en même temps que Sean s’éteigne est cohérent, mais loin d’être payant. Auparavant son cas a le pouvoir d’adoucir un point de vue, d’atténuer une certaine indifférence – car l’univers esthétique et la moralité du militantisme d’Act’Up, dans ce film, peuvent être dissuasifs (modalités d’expression grotesques, agressivité inutile, complexe, arrogance et exigence du martyr).

Mais ce qui s’applique à l’organisation s’applique, dans une moindre mesure, à sa foule. Nathan est le seul des personnages masculins récurrents qui conserve l’attitude d’une personne tout court – Thibaud est abject mais ce n’est pas qu’une question d’attitude, à ce niveau c’est presque dans l’os. Quand aux minorités non-homosexuelles, ponctuellement citées, elles ne sont que des pièces rapportées – des appuis ou extensions pour les revendications.

Note globale 48

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (6), Pertinence/Cohérence (5)

Note arrondie de 50 à 48 suite à l’expulsion des 10×10.

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LE VIEUX FUSIL ****

13 Déc

le vieux fusil

4sur5  Tout en souscrivant à un certain classicisme français et jouissant d’un casting prestigieux (Noiret, Romy Schneider), Le Vieux fusil est une anomalie, car il s’autorise une attitude de film choc typiquement seventies et une violence frontale propres au cinéma bis voir underground. C’est l’équivalent hexagonal du Chiens de paille de Peckinpah. En 1944, au moment où la défaite allemande devient inéluctable, Julien (Philippe Noiret) est relativement heureux. La guerre est bientôt finie et son statut social l’a toujours protégé.

Lorsqu’il prend en charge des convalescents pourchassés par les nazis dans le cadre de son activité de chirurgien, c’est une résistance passive-agressive (un humanisme?). Le conflit ouvert est inutile car sans espoir et somme toute, dans cette zone bucolique du moins, la vie continue suit sereinement son court malgré l’Occupation. Aussi Julien rentre chez lui guilleret lorsqu’il découvre, dans le hameau de Barterin où il vient d’envoyer sa famille par précaution, la population réunie et décimée dans l’église ; puis un peu plus loin, les corps sans vie et calciné de sa femme et sa fille, au milieu des soldats nazis.

De la comédie dramatique à l’aigreur lancinante et la décontraction suspecte, Le Vieux fusil passe au film de vengeance. Très sauvage, à la hauteur des derniers instants de sa femme et de sa fille. Le récit est alterné par des flashbacks contenant la rencontre entre Julien et Claire, leurs moments de bonheur. Pendant que Julien parcourt les châteaux de Bruniquel pour décimer les assassins, la résistance se propage. Il pourrait laisser ces forces officielles se charger de la situation ; il préfère les flouer et achever seul le processus, au péril de sa vie, danger naturellement dérisoire dans le cas où il serait ressenti.

Le film de Robert Enrico est à la fois académique et impeccable (rythme et dialogues excellents), tout en étant fort en contrastes. Ses ruptures de ton sont cohérentes et décuplent l’émotion. La bande-son est d’une ambiguité géniale. Vainqueur des Césars et même des Césars des Césars, Le Vieux fusil reste controversé en raison de son traitement de la violence. Prétendre que Julien est fou n’ôte en rien la légitimation de sa vengeance. Comme les films de Peckinpah à cette période, Le vieux fusil est un film désespéré, montrant crument l’horreur sans passer par un quelconque idéal. Le manichéisme et le relativisme moral ne sont pas au rendez-vous.

Les allemands apparaissent fatigués et piégés. Ils sont au bout du processus et n’ont plus qu’à s’exécuter : la violence tant qu’on peut la faire, en vrais missionnaires. Julien est dans une dynamique comparable même si sa nature est différente. Il a déjà tout perdu, la vie ne sera plus jamais qu’un cauchemar, au mieux son existence sera un bonus sans grâce. Il faudrait être bien inhumain pour accepter de voir disparaître son morceau de paradis sans réagir. Allez vers une évidente souffrance et une solitude telle que plus rien n’a de sens, les autres ayant tout cassé. Qu’on soit nazi ou notable tranquille.

Note globale 81

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Suggestions… Seul contre tous + L’Armée des Ombres + C’est arrivé près de chez vous + Black Book + Buffet froid + Funny Games + L’Ange de la Vengeance

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