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MINI 13 ou 2020-1

2 Mar

Gatsby le magnifique ** (USA 1974) : Une des deux principales adaptations du roman de Fitzgerald, avec celle de Lhurman en 2013 qui ne m’a pas attiré. Propre, éventuellement captivant à certains endroits quand on sent l’envie ou l’opportunité de le regarder autrement qu’en dilettante. On aurait peut-être pas gagné grand chose à condenser la séance en 1h40 au lieu de 2h25, mais on y perdait certainement rien. (58)

Le tailleur de Panama ** (USA 2001) : Éclatant comme d’habitude avec Boorman, mais désespérément inintéressant, sauf pris scène par scène et sans souci de continuité. Léger assurément, drôle difficilement. On sourit, on s’ennuie. Rien à reprocher au casting ou à la technique, ni aux dialogues hormis leur proportion excessive. (48)

A couteaux tirés ** (USA 2019) : Quatrième film que je vois cette année et premier issu de la précédente (le premier de 2020 sera Les vétos) ; vu en salle (bondée et réceptive, au moins à l’humour) au début de sa sixième semaine. Même si la séance et le casting sont agréables, je ne suis pas convaincu et préfère finalement la série télé Les enquêtes d’Agatha Christie sur France2, du moins la seconde saison dont j’ai vu plusieurs morceaux. Dès que l’enrobage a finit de produire son effet, À couteaux tirés s’avère pauvre, avec pour sa défense qu’une mécanique ironiquement prévisible et simpliste. Il monte des trucs qu’il va dégonfler ensuite (la coolitude de Captain Evans) et effectivement, il va surprendre, c’est promis – il prend à revers, toujours – et toujours comme convenu. Il faut être attentif et ne pas trop écouter ni se laisser happer par les gens et alors on a quadrillé le terrain comme le ferait le spectateur d’une vieille série télé policière aux recettes usées. Si on vise l’endroit où ‘on’ doit atterrir, comme le suggère Benoit Blanc, on voit tout venir ; seulement on emprunte des routes ou cumule des anecdotes qui n’ont pas de raison d’être devinées – rien ne peut prédire qu’il y aura une course-poursuite essoufflée par exemple. Comme lui, on repère un détail et rien ne sera surprenant [mamie croyant voir Ransom], ou seulement des détails en chemin (que les manipulations fonctionnent et durent, par exemple). Que le style soit aussi criard est donc une bonne chose pour passer sans s’ennuyer la séance. Je préfère de loin Wedding Nightmare, film d’horreur de l’an dernier, plus adolescent et différemment outrancier, où on trouvait une héroïne dans une configuration similaire. (52)

True Grit / 100 dollars pour un shériff ** (USA 1969) : Beaux décors naturels. Le garçon manqué a joué 26 ans plus tard dans Halloween VI. Quelques détails ou répliques de temps à autres pour arracher à l’ennui (comme une chute dans une fosse à serpent au milieu d’une interminable confrontation). C’est assez mou et sans grand attrait à mes yeux, comme l’ensemble des quelques films signés Hathaway que j’ai vus jusqu’ici ; peut-être plus sobre [ou moins ouvertement mielleux] et démesurément bavard. Les deux partenaires principaux sont trop faux (des durs de soap sous un emballage vieillot) et leur duo laborieux. Qu’une fille garçon manquée soit en tête d’affiche et que les Coen aient fait un remake (True Grit) est tout ce qui tire ce western de l’oubli et l’insignifiance – même si à l’époque ce film a connu un beau retentissement (le seul Oscar attribué à Wayne, des suites télé). (54)

Deux jours une nuit * (Belgique 2014) : Une esthétique pauvre et débile pour compenser une écriture lamentable et un discours de tract courant après les grands. Toujours les mêmes scènes pendant une heure, chialeuses malgré le semblant de sobriété et proches du reportage irrégulier sous le verni du pseudo-réalisme. Ensuite deux types osent des percées amusantes voire gentiment grotesques – on aperçoit une sous-intrigue immédiatement résolue (la femme lâche son macho), du reste rien ne naît, même au niveau du couple de Sandra/Cotillard. J’ai succombé à Gloria Mundi (en découvrant Guédiguian, maintenant les frères Dardenne – marge d’erreur : un oubli envisageable) mais ici la répartition des rôles et des taches est atrocement sommaire. Et surtout les personnages sont trop nuls, au point où on a pas l’occasion de savoir s’ils sont cons – ou quoique ce soit. Dès que le film essaie de faire autre chose que coller aux basques de la démarcheuse, il est navrant – la scène musicale en voiture fait pitié (quoique la fin soit.. renversante..), heureusement pour ce film les émotions suscitées voire ‘suscitables’ sont faibles ; le mépris pour ce pauvre numéro paraît encore trop intense. L’espèce de décontraction téléfilmesque rend la séance moins exaspérante qu’une orchestrée par Loach ou un autre spécialiste très sérieux et affecté de la misère ouvrière. C’était donc fort pourri, à en regretter Louise Wimmer, comparativement plein de panache, d’espoir authentique et de variété. (28)

Houseboat/La péniche du bonheur ** (USA 1958) : Une de ces comédies sentimentales avec romance et contrariétés sans incidences, où des bourgeois s’encanaillent avec bonne volonté jusqu’à l’inéluctable fin de recré. Mais si le scénario est juste décent, les dialogues sont bons, souvent drôles, dominant la niaiserie de leurs sujets (bien que la VF en rajoute dans le mielleux, avec les voix compassées des dames soignées). Dans l’absolu c’est du niveau de frontalité d’une comédie douce, mais dans le domaine c’est déjà assez franc quant aux motivations et préoccupations de sa faune humaine. Le casting est bon et le duo principal fonctionne ‘merveilleusement’. Par contre Sophia Loren est sur-maquillée à l’occasion et son personnage de Madame Sans-Gêne bien qu’encore plus con était aussi plus libre. (56)

Tarzan trouve un fils ** (USA/UK 1939) : Beaucoup de mouvements, de personnages, d’animaux et de trucs outranciers ou délicieusement datés (comme nous en averti Arte, grande adepte du politiquement correct) ; pourtant c’est difficilement captivant, faute d’écriture sérieuse ou d’enjeux solides. Issu de la franchise des années 1930-40 où Johnny Weissmuller interprète le personnage. Premier exemplaire à me passer sous les yeux ; j’ai par contre vu et aimé Greystoke avec Lambert (1984). (48)

Indiscret ** (USA 1958) : Aimable grâce aux principaux intéressés, mais gentiment bête et trop léger pour tenir sur la durée. Le luxe et la célébrité amènent un enfermement supplémentaire à un petit manège qui n’a pas tellement sa place hors du théâtre, si ce n’est pour afficher quelques décors pimpants et une balade dans les rues de Londres. Quand la romance s’engage tout semble fini et les modestes qualités d’écriture sont prostituées ; dans la dernière ligne droite une petite révélation apportera du piment – mais aussi des dialogues de grosse comédie de boulevard, plus ou moins heureux ou délicieusement caricaturaux (« I don’t need.. »). Les personnages secondaires meublent décemment et compensent même, par leur lourdeur assurée et leurs traits exacerbés, le décalage sensible entre Bergman et l’ambiance voire envers son personnage – tandis que Cary Grant se traîne paisiblement, en expert. (44)

The Old Man & the Gun ** (USA 2018) : Balade avec des gens au soir de leur vie. Pas le niveau déjà modeste de nervosité de la Mule d’Eastwood. De bons dialogues, effets triviaux avec les répétitions et les signes de coolitude fatigué. Un film représentatif de l’extinction des fantasmes de liberté de l’âge des ‘boomers’ (un passage avant le sursaut ultime rappelle Seuls sont les indomptés). (58)

Cahill U.S. Marshal / Les cordes de la potence ** (USA 1973) : Nous invite à pardonner au papa qui a failli tout en recomposant la famille et ramenant la confiance pour un papa réhabilité et volontaire dans ses fonctions. Essaie très fort d’être grave et intense, n’avance à rien et reste aussi niais que la concurrence. John Wayne se rapproche de Trump par son maquillage mais s’en écarte par la largeur d’esprit. Attention la date de production du film peut surprendre – malgré quelques détails un peu durs ou crus comme la mort d’un proche, on croyait voir un film des années 1950. (46)

Suggestions : Le grand McLintock, Rio Bravo.

The Man from beyond / L’homme de l’au-delà ** (USA 1922) : Où Harry Houdini s’essaie au cinéma (comme acteur, scénariste et producteur), bien que la réalisation incombe à un autre. Laborieux et lent même relativement à l’époque. Décousu et fumeux en bonus. Au moins ce n’est pas tiède ni trop laid, c’est techniquement plus que décent, mais rien n’inspire trop le sérieux ou le respect – scénario bancal et faible, acteurs livrés à eux-mêmes, dialogues et thèses foireux. Les envolées spirituelles suggérées (et pas les pérégrinations romantiques) sont le seul point où l’originalité se concrétise. Mais des courts plus ou moins fantaisistes avaient déjà poussé bien plus loin et fourni mieux, ne serait-ce que parmi les bricolages de Méliès ; en revanche j’ignore à quel point l’idée de cryonie était neuve. À ma connaissance elle n’a pas tenu une place centrale [au cinéma], sinon marqué personne, avant Hibernatus. (44)

4.500e film enregistré sur SC (vs 4.819 musiques, 317 livres, 264 séries, 199 bd, 68 jeux vidéo).

Un homme idéal ** (France 2015) : Du genre explicite, avec du ‘gros’ et des invraisemblances en abondance. Prend un tour stressant bien qu’on perde estime pour Antoine, car il enchaîne actions irréfléchies. C’est toujours bon de nous mettre du côté d’un irrécupérable qui le mérite mais qui souffre, ça fonctionne cette fois encore. Mais même en fermant les yeux sur les largesses que s’accorde le film, il est encore trop attentiste sur le développement des personnages. Que tous soient des potiches-obstacles autour de lui a du sens dans la mesure où on épouse son point de vue, mais participe à délégitimer le scénario. Le rythme lui est bon, même les gens qui n’aimeront pas voire railleront le film devraient le suivre sans trop s’ennuyer. (56)

Suggestions… Dexter (série), Five, Plein soleil, L’homme qui voulait vivre sa vie, Le témoin du mal.

Octopussy ** (UK 1983) : Avant-dernier James Bond avec Roger Moore. Un des sommets de la franchise en termes d’exploitation féminine (à proximité d’On ne vit que deux fois). Plus franchement divertissant et comique que son prédécesseur, assez proche de Dangereusement vôtre au niveau de l’entertainment débridé (avec encore trop de ces sous-intrigues ou justifications parallèles qui nuiront au climat de Permis de tuer) ; mais bizarrement le coup de mou du dernier acte peut être plus nocif que celui de Rien que pour vos yeux, où les cascades et déambulations maritimes sans humour assuraient autrement l’ambiance. Bon lot de pitreries et d’aberrations charmantes. Des scènes avec les animaux choqués lors des furies ‘automobiles’ – comme dans Moonraker, mais plus appuyé et moins phénoménal ; le filon serait-il trop bon et trop con ? (62)

Grâce à ces deux derniers films le nombre de notés 6 et 7 sur mon profil SC s’égalise (916 notes/3.850 parmi 4.510 films enregistrés – courts & longs indifférenciés sur la BDD) et probablement se croise (au bénéfice du 6).

Psychobitch ** (Norvège 2019) : Diffusé en France grâce à Arte en janvier 2020, l’année d’avant a parcouru les festivals en Europe de l’Est et en Turquie. Du goût pour le trivial – passages dans les chiottes. Musique pleine de trucs gênants pour femelles déterminées de supermarché. (62)

The party * (UK 2017) : Casting alléchant, choix lénifiants, résultats atterrants. Le film se veut acerbe mais est niaiseux comme un spectacle d’humour moyen et cliché comme une comédie de boulevard pour avinés – sans en avoir la lourdeur efficace. Les vices de chacun sont excessifs, les portraits unilatéraux et simplistes, les situations laborieuses et, c’est le plus immédiatement nocif, la progression narrative quasi nulle. Le noir et blanc est une caricature (inepte mais nécessaire) de cache-misère. La VF enfonce, spécialement pour les femmes – largement majoritaires. Bien sûr le personnage de Patricia Clarckson est un peu amusant, mais même lui est paresseusement et bêtement conçu. (34)

Suggestions… La communauté, Carnage.

L’union sacrée * (France 1989) : Bien sûr un peu ringard mais pas si cruellement ‘vieilli’ quand on le trouve trente ans après. Polar pas loin d’être aussi invraisemblable qu’une grosse comédie des années à venir type Les anges gardiens, pas tant à cause du déroulement que de données inconsistantes – comme le cas du ‘harki’ joué par Richard Berry. La famille prend trop de place, comme le reste des éléments mielleux. Pourtant les faiblesses de l’intrigue restent nues et le temps long. Bande-son typée et agréable mais pas nécessairement adéquate. Marqueurs politiques limpides avec piteux laius à teneur maximale en ‘padamalgam’ (les musulmans normaux et laïcisés au moins visuellement VS les terroristes lapidant la ‘street credibility’ de la community). L’annotation accompagnant (pour la condamner) la vengeance clôturant le film prête à sourire. (38)

Ça reste entre nous * (France 1998) : S’affale complètement à partir du départ de Maurice puis se termine de façon aberrante, en ratant tout le dévoilement. Des choses très bizarres, au minimum des raccords douteux, sinon des oublis. (36)

Das kalte Herz / Cœur de pierre *** (Allemagne 2016) : Une œuvre de fantasy parfois proche du ‘light’ et de l’esprit hobbit mais plus largement ‘dark’ et dans la rêverie nostalgique. Basé sur Le cœur froid (1827) du romantique Wilhelm Hauff, le film interpelle d’abord par ses qualités esthétiques (maquillages, costumes honorant l’environnement au sens large). La morale finit par l’emporter, heureusement sans rien sacrifier du conte de fées ; tout de même, dans la dernière partie la leçon trop de place et renforce la manie du film de revenir à l’évidence sur un plan narratif. L’optimisme est excessif puisque tout finit réparé mais on est moins dans la niaiserie que dans une espèce de reflet ‘magique’ de la maturité. Ce qu’on peut aussi reprocher mais m’a peu dérangé, c’est des effets parfois cheap, notamment lors de la scène du chien, avec le forçage et les contrechamps laborieux pour tenter de nous faire avaler son gigantisme. Malgré ses petits défauts ou ses normalisations exagérées, ce film reste un joli et bon moment à passer, avec une remarquable capacité à encaisser [gracieusement] le ridicule et animer une histoire prévisible. (66)

Suggestions… Les frères Grimm, Cœur de verre/Herzog, Le vampire et le sang des vierges, Wolfskinder/Les enfants-loups.

The Cider house rules / L’œuvre de Dieu la part du diable ** (USA 1999) : Mielleux et pas trop niaiseux malgré son allure. Enfin, ça l’est suffisamment pour éviter d’aborder la dureté des éléments cruciaux, soit l’avortement, l’abandon et la mort d’enfants. Une œuvre d’optimistes sucrant la réalité, mais sachant ‘parenter’ sans étouffer. Du cinéma signé Hallstrom j’avais relativement apprécié ses deux films centrés sur un chien (Hatchi et Mes vies de chien) et je me souviens seulement avoir été excédé par son Chocolat. (46)

Jabberwocky ** (UK 1977) : Il est difficile d’être un dieu (haut) en couleur et sans la branlette snobinarde. Une satire pas absolument débile mais quand même bien creuse, par Terry Gilliam lentement en train de s’autonomiser des Monthy Python (deux des membres sont encore dans ce projet). Son style est déjà manifeste : surchargé, alternativement dynamique et rabougri, hystérique et inepte à terme, comme le seront nombre de ses films à venir même excellents ‘en moyenne’ (L’armée des 12 singes est hors-catégorie). Pince-sans-rire même dans le potache et naturellement deux fois trop long. Des plans intéressants dignes d’Evil Dead et même quelques vues subjectives typiques du slasher à l’avènement imminent. La créature viendra pour trois des dix dernières minutes mais c’est la plus grosse blague ; pour le reste, le film passe par divers niveaux mais souvent n’est pas si dégueulasse malgré sa préférence pour la gaudriole – et bien qu’on patauge de A à Z dans la crasse, physique ou morale. Un autre film s’est basé sur le poème de Lewis Caroll : le court Jabberwocky de Svankmajer. (54)

Suggestions… Le jardin des délices/Saura, La compagnie des loups, Le roi et l’oiseau.

La religieuse ** (France 2013) : Plus gracieux que les autres films de Guillaume Nicloux (auteur des très cools mais bien moches Thalasso et L’enlèvement de Houellebecq) mais pas nécessairement moins plat (que Valley of Love). Cette adaptation de Diderot ne vaut pas celle de Rivette mais confirme la force de l’histoire. L’institution catholique n’est pas attaquée ni profondément traitée ; on est plutôt dans la complaisance envers le matériau comme le sujet, avec la beauté des chants au début et le défilé de mauvaises fréquentations forcées. Perd sur tous les plans aux abords de l’arrivée de la sœur lesbienne campée par Huppert. Sa contribution ne fait que rendre la séance plus pathétique et froide, sa passion en échec reflète la raideur émotionnelle du film. La fin abrupte est doublement significative : on ne prend pas le matériau à bras le corps et on ne veut surtout pas retourner vers la société commune, vers ‘les gens’ ordinaires, afin d’éviter de blâmer qui que ce soit ou quelque classe que ce soit. (52)

OSS 117 n’est pas mort * (France 1956) : Premier film OSS 117, une adaptation plus sérieuse mais à peine moins ennuyeuse, laissant de côté les détails loufoques – qu’elle ne peut se permettre, comme les micro-films cachés dans les dents (remplacées par un vulgaire sonotone), ou n’ose, comme une bagarre saignante en ouverture. À la place, essaie de paraître comme un film noir léger, mais fait trop de manières sans avoir l’équipement nécessaire. Les appréciations souvent crues et bêtes, quelquefois croustillantes, disparaissent au bénéfice de petits blablas poseurs d’époque – même pas des laïus. Au moins ils ont le mérite d’être souvent directs et efficaces. Un film pas dégueulasse (par sa réalisation comme par ses interprètes) mais étriqué sur tous les plans et insipide. (36)

A Testrol és Lelekrol / Corps et âme ** (Hongrie 2017) : Une jolie idée, un premier tiers parfois amusant ou vaguement percutant (la descente à l’abattoir, l’entretien d’embauche) et une vision souvent désuète des individus (le regard du film se confond avec celui du directeur, paternaliste demi-impuissant et soporifique avec une tendance à s’enfler injustement cautionnée). La femme est un cas intéressant puisque bloquée dans l’ensemble son développement émotionnel. Le film est gratuitement crade et provocateur en dernière partie – on se coltine le souffle insupportable du mec de 50 en train de poutrer à vitesse et ampleur d’escargot l’autiste de 30. Finalement c’était un simple film sentimental et terre-à-terre pompeusement emballé. (52)

Herrliche zeiten / Le temps des seigneurs *** (Allemagne 2018) : Sans doute un peu lourd (comme toute satire) mais ne se tasse pas sur un point de vue, une thèse, ou même le fil prévu. Avec un des héros de Dark en principal intéressé. (74)

Suggestions… Chien, Les vestiges du jour, Paradis amour, Parasite.

Rio Grande ** (USA 1950) : Un film bien armé mais où les multiples chants (une curiosité dans le western, peut-être moins à l’époque ?) et les nombreuses gesticulations compensent une incapacité à faire décoller le scénario et les personnages d’une toute petite coquille. C’est de toutes façons trop proche du film de propagande ou d’hypnotisés pour apporter quoi que ce soit de consistant (sur l’amour filial, sur cette aventure en particulier ou le rapport aux autochtones) – et c’est trop doux et respectueux pour interpeller ou sérieusement divertir en-dehors des proches ou initiés. Puis John Wayne avant d’être vieux est tellement fadasse qu’on l’ignorerait face à ses camarades si les studios n’avaient pas décidé de le mettre au centre ; Gabin au même âge était généralement plus charismatique et taillé pour jouer le patriarche. (48)

THALASSO ***

8 Sep

3sur5 Si on connaît les protagonistes, on a pas de surprises, ou alors minuscules et agréables. Ils jouent le rôle par lequel on les identifie, quoiqu’on ne s’attendait pas nécessairement à Houellebecq vaniteux. Cette suite de L’Enlèvement (téléfilm de 2014 diffusé sur arte) a le bon goût d’accepter un certain état de paresse et délabrement tempéré par les satisfactions d’une conduite anarchique. Contrairement à Valley of Love qui à force de fan-service docile et d’attention scrupuleuse pour son couple iconique devenait simplement insipide, Thalasso se vautre sans pudeur ni justification dans une gaudriole à la mesure de ce tandem formant « la honte de la France ». Il est conforme à leur image sans croire nécessaire de les rehausser ou de les défendre ; eux-mêmes ne se soucient pas d’être récupérables, tout au plus se régalent-ils de se laisser-aller publiquement et ainsi soigner leur crédibilité de demi-humoristes inconvenants, surtout Houellebecq pour qui c’est moins fréquent.

L’écrivain avait fait part de son incapacité à se convertir au catholicisme ; dans ce centre de soins ses tentations mystiques apparaissent plus concluantes. Dans sa première ivresse [du film] il confie croire à la résurrection des corps, lui qui en porte un malade, fuyant manifestement la vie sans renoncer à la jouissance. Michel se lance alors dans un déni pathétique de la mort, cet accès d’émotivité est le morceau le plus déstabilisant de la séance. Ses airs de petit garçon passif-agressif et de moribond détendu étaient déjà connus, mais prennent une tournure tendre au début avec sa compagne. Les petites échappées fantastiques liées aux rêves de Michel sont le deuxième élément relativement insolite. La présence incongrue d’un Stallone potentiellement alternatif renvoie à cette bizarrerie des romans de Houellebecq : l’introduction de personnalités médiatiques métamorphosées de manière improbable ou jouant un second rôle dont on peut douter de la pertinence. Cela va de l’anecdotique avec Philippe Sollers en éditeur du narrateur dans Les particules au craquage avec Pernaut en capitaliste souriant et homosexuel mondain de La carte et le territoire. Le compère Depardieu est forcément plus limpide, alimente les monologues croisés et évite à tous, y compris au premier intéressé, de sombrer dans les réflexions mélancoliques et les humeurs vaseuses de Michel. À l’occasion Gérard fait son gros dur de cour de récré, sans méchanceté, en bon Obélix teigneux pour la forme – ou pour lever sans tarder les ambiguïtés qui menacent de la gonfler.

Ce film ressemble à une récré pour adultes gâtés ou profondément blasés. C’est quasiment un nanar exigeant mais en roue libre, un peu comme Tenue de soirée – évidemment c’est loin d’être fracassant comme du Blier, mais les dialogues sont savoureux en moyenne, excellents parfois. Les situations ne sont pas nécessairement meilleures que prévues, mais plus originales que ce que laissait entrevoir les bande-annonces. On écoute des bourrés cultivés, truculents ou portant en eux les résidus d’heures fort inspirées. Il y a un côté Absolutely Fabulous dépressif au masculin, à observer des privilégiés rétamés voire diminués par leur alcoolisme, ainsi qu’une proximité avec Groland à cause des octogénaires en rupture (et de l’attitude sombre mais sanguine de monsieur). La thalasso apparaît comme un EHPAHD ‘de luxe’, un mouroir AAA ou semi-HP farniente pour vieilles célébrités semi-démentes ou demi-vieux usés. Attention la fin façon Triplettes de Belleville (ça ne ‘divulgache’ rien) n’est qu’un petit tour pour nous scotcher au fauteuil en guettant un éventuel bonus. Vous pouvez économiser une minute et accepter simplement ce dénouement à l’arrachée, décevant même avec les faibles attentes induites par le scénario et la participation de branquignoles.

Note globale 66

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Suggestions… Near Death Experience + Les Valseuses + Donnie Darko

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L’ENLÈVEMENT DE MICHEL HOUELLEBECQ ***

27 Déc

houellebecq

3sur5  Le 16 septembre 2011, une information circule selon laquelle Michel Houellebecq aurait été kidnappé. La rumeur va se maintenir quelques jours et Houellebecq rejoindra le colloque où il est juré comme convenu. Le film de Guillaume Nicloux, réalisé pour la télévision (arte), part de cet événement pour un résultat entre la fiction et le documentaire, où Houellebecq joue son propre rôle et surtout reste lui-même, en tout cas reste le personnage qu’il affiche publiquement. L’enlèvement est diffusé en août 2014, juste avant la sortie de Near Death Experience, où Houellebecq est le héros du film de Kervern et Delépine, tandem issu de Groland s’étant illustré par ses chroniques sur les paumés (Eldorado, Mammuth avec Depardieu).

Au début c’est une immersion dans la vie quotidienne de Michel. Les gens le croisent dans la rue, il leur répond, toujours avec cette décontraction blasée caractéristique. Puis il y a ses conversations culturelles avec une bobo à la maison. Bientôt les kidnappeurs entrent en scène et l’emmènent chez eux en attendant d’obtenir la rançon. Ils restent à visage découvert et dialoguent avec lui. Houellebecq peut laisser allez ses réflexions comme d’habitude et n’est pas brimé, juste otage. Il s’exprime sur la chimérique identité polonaise, le vide nécessaire à l’écriture, la démocratie et l’Europe, les mœurs des écrivains, partage leur train de vie. Rencontre improbable entre deux mondes, l’écrivain à bout (mais depuis longtemps, sinon toujours) et une micro-mafia pas loin des barakis évolués.

Luc, le gros sensible formé par l’armée israélienne, est dérangé par ce personnage soulignant ses manques intellectuels. Mathieu, le boxeur, a envie d’attirer l’attention de Houellebecq, de lui montrer son univers, cherche son approbation et essaie de donner du sens à ses attitudes. Tous les autres apprécient Michel, type affable à sa façon, le questionnent et s’ouvrent à lui naturellement – et réciproquement. L’enlèvement est ouvertement non crédible vu par le prisme du film de cinéma ou de la fiction sincère. Toutefois le prétexte n’est jamais oublié, simplement le contexte est absurde, mais d’une absurdité dont tout le monde s’accommode. Alors on converse, s’étend sur les banalités et les anecdotes avant de sombrer dans l’introspection.

Même si le spectacle est engageant dès le départ, le parti-pris autour de l’enlèvement fait douter. La troupe de kidnappeurs semble venir chercher quelques miettes de gloire de Michel, lui-même est profondément absent, ne s’en excuse pas. Mais le film prend la bonne direction et permet à son héros de s’épancher librement, le concept s’effaçant à son profit et permettant une cohabitation riche et stone. De même, au départ Houellebecq est sujet à un certain snobisme appuyé, lui évitant la sécheresse de l’analyse pure ; heureusement, une fois la tension du rendez-vous consommé, il peut donner le meilleur de lui-même, sans subir de tensions ni céder à la (discrète) compulsion à se mettre en scène, soi ou ses pensées. L’ennui objectif de Michel et ses acolytes laisse du terrain aux petites expérimentations et causeries. Il n’y a qu’a piocher des morceaux, ils sont de plus en plus savoureux. Le génie avachi de Michel irradie.

Note globale 69

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Suggestions…

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