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POTICHE ***

27 Déc

3sur5  Farce complaisante et sophistiquée, Potiche renoue avec le kitsch et le féminisme paradoxal de 8 Femmes et des débuts d’Ozon, après quelques incursions vers les études de caractères égocentriques (Le Refuge, Le Temps qui reste), à la dimension plus concrètement sociale (Ricky). Adaptation d’une pièce de théâtre des 80s, Potiche trompe largement son support-prétexte pour dresser un tableau de la France pré-mitterandienne (1977) digne d’un roman-photo totalement désinhibé. On a dit que Ozon se moquait de ce qu’il montrait ici, ce n’est pas tout à fait vrai : il adhère à cet univers, il aime être le chef-d’orchestre de ce théâtre flamboyant. Il est complice de cette outrance. La différence, c’est qu’il est conscient et revendique cet abandon. Et surtout, il démontre par l’absurde l’échec et la facticité d’un certain féminisme, cette croyance mensongère consistant à espérer une politique différente sur la base totalement arbitraire du sexe et du style. Les artifices et apparences sont menteurs, même si Ozon garde toute son affection pour eux.

Toute la dynamique de Potiche consiste à révéler cette modernité somme toute chancelante, mais néanmoins vivifiante. Il ne s’agit que d’esquisser la réalité, en tirer l’essence sirupeuse mais aussi les pastiches délicieux ; et la fuir, s’y soustraire finalement, par la constitution d’un catalogue hystérique. La conséquence de cette cécité romanesque amène à sortir de la politique, des rapports de force (ou plutôt, de leur visibilité, mais à l’affiche, l’effet est le même), des logiques ancrées dans la société, les survoler de façon semi-lucide, en faisant semblant de croire à un monde simple, scintillant et agréable, où tout se joue sur l’avant-scène et se règle à l’écart de tout risque. Contourner la mise à l’épreuve en somme ; avec, pour réprimer cette impuissance, une foi et des icônes ravissantes, vraisemblablement un peu éméchées.

Les parallèles aux acteurs du monde politique immédiat (sortie en 2010) sont évidents : le personnage de Robert Pujol, l’industriel marié à Deneuve, sorte de vieux Picsou misogyne et grotesque, est férocement chargé et prend même pour lui les références à Sarkozy (dont le slogan  »Travailler plus pour gagner plus »). Le personnage de Deneuve, avec son tailleur blanc et sa conception spécifique de la justice, fait évidemment référence à Ségolène Royal. Tout ce manège et ces parallèles ne font que mettre en exergue la dépolitisation de la politique, sa mutation dans le spectacle ; et les candidats de l’élection présidentielle de 2007 furent les meilleurs artisans (par-delà leur propre volonté) de ce nivelage people.

Les enfants de ces réactionnaires burlesques et chics (ils le sont tous deux, simplement l’une a un costume post-moderne, et c’est ce qu’aime Ozon) sont eux-mêmes les quintessences de certaines attitudes socio-politiques. Le fils, petit dissident de confort, évoque le « sens de l’Histoire » dans lequel sa mère s’inscrirait – en étant une femme prenant le pouvoir, à l’image du mouvement du monde. Avec une certaine complaisance et une résignation complice à ce sujet, le partisan du progrès explique « le paternalisme c’est fini, si on veux réussir aujourd’hui il faut être une ordure, c’est le libéralisme et le capitalisme sauvage ». Dans sa bouche, c’est même assez glorieux, comme un signe d’acquis de conscience. Quand à la fille, authentique  »fille de » abrasive et planquée, elle raille le mode de vie désuet de sa mère, qu’elle considère piégée et humilie ouvertement ; dans le même temps, la jouisseuse individualiste se révèle autoritaire sans retenue.

Elle est la première à vomir les revendications sociales et à dénigrer les ouvriers en les considérant comme une cohorte de tarés, surfant de façon totalement cynique sur sa position et la jouissance d’être née du bon côté. Un conservatisme de soi, repoussant toutes les entraves, s’habillant de modernité et d’impertinence mais seulement pour servir un individualisme primaire et pratique ; voilà la caricature de la libertaire accomplie, opportuniste absolue, incapable haïssable, grimée comme une femme libre alors qu’elle n’est qu’une héritière indigne. Voilà la pure arrogance de classe, la vanité de la femme moderne ingrate, piteusement narcissique et déguisant sa médiocrité.C’est elle aussi, qui panique finalement lorsque tout se délite et que les choses évoluent, car, comme elle semble l’adorer, le monde change et offre de nouvelles perspectives… face auxquelles elle se retrouve finalement toute petite et désemparée, lorsque les vieilles reliques ne sont plus là comme un filet de sécurité, lorsqu’il faut choisir aussi entre une vie non-préméditée et la pilule pour se débarrasser.

Enfin, Deneuve a rarement été aussi bien exploitée qu’ainsi : elle apparaît en bourgeoise sympathique, un peu dissociée et mélancolique, désespérée mais foncièrement revêche, stoïque et habituée à être pragmatique et imperméable, réprimant ses désirs et aménageant sa frustration. Ainsi elle se montre avide d’histoires sensationnalistes ou rêvées, les fabriquant même dans son entourage proche. Et puis la ménagère endormie devient une progressiste formelle, floue et passe-partout politiquement. Une maman venant remettre de l’ordre, avec fougue et émotionnalisme. Dans l’entreprise de son mari, avec sa méthode douce, elle passe plus facilement, tout en restaurant cohésion et dynamisme : pour autant, le dialogue social n’est pas plus actif, les revendications trouvent simplement une réponse fataliste, vaguement décalée et formulée dans un ton bienveillant. Et la voilà bientôt gagnée par le délire, proclamant les femmes au pouvoir et invoquant la montée sur l’estrade des amazones. Tout se termine en chantant pour agrémenter une vision doucereuse et utopique, délibérément sucrée et parfaitement grand-guignolesque, pour fantasmer un pouvoir sympathique et dépolitisé, ouvert et non-partisan.

Note globale 69

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

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Aspects défavorables

Aspects favorables

* à cause de son mélange de premier et second degré, entre fatalisme (résignation aux artifices) et fièvre progressiste et disco, Ozon noie le poisson et son propre sujet

* farce complaisante : mise en scène d’un théâtre factice mais tellement chatoyant et aimable

* caricatures avisées et précises

* une méchanceté sourde, une esthétique kitsch

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 Voir l’index cinéma de Zogarok

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LE RETOUR EN GRACE DE LA DAME DE FER

9 Fév

The Iron Lady est l’une de mes grandes attentes de l’année. Phyllida Loyd étant l’auteure de Mamma Mia, je ne me fais guère d’illusions et me doute que le film s’adresse à un public bourgeois, peut-être bohème et probablement assez mûr quoiqu’il en pense. Mais, dès le premier teaser, ce mélange de Bree VanDeKamp et du Général de Gaulle auquel Meryl Streep donne vie m’a enthousiasmé.

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Nous allons d’abord évoquer l’actrice politique, son style idéologique, l’application de sa vision du monde tel qu’il devrait être et leurs stigmates. Puis, sur la base des images et extraits du film, la chronique s’étendra sur le personnage-même, celui du réel et celui d’une œuvre qui, manifestement, cherche à réhabiliter Madame Thatcher.

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Par son allure, pour son charisme, Margaret Thatcher est à mon sens l’un des personnages politiques les plus brillants du siècle passé, un des rares qui me fascine et via leur simple apparence, suscite une empathie teintée d’admiration béate et candide. J’ai bien parlé de personnage, parce que sa personnalité, sa carrière, ses réalisations et même son idéologie sont quasiment des anecdotes, en tout le seront sur cet article.

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Ou plutôt, l’intérêt pour nous est de comprendre combien l’ambiguïté politique de Thatcher est visible dans son personnage. Le style personnel de Thatcher est la vitrine d’une certaine vision du monde en même temps que son caractère est le vecteur de nuances décisives. Au libéral-conservatisme dont cette Dame de Fer est une sorte de haut idéal caricatural et flamboyant, s’ajoute une dimension de grand chef patriote en contradiction absolue avec l’héritage direct et indirect de Maggie et de l’idéologie qu’elle a permis de diffuser, implanter pour finalement dénaturer.

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Margaret Thatcher est aussi un produit de communication politique brillant et affûté. A la fin des 70s, le gouvernement travailliste (c’est-à-dire se réclamant du socialisme démocratique) est en piètre posture et la victoire des conservateurs ne fait guère de doutes. Devenue leader des Tories en 1975, Thatcher est encore une figure peu connue du grand-public. L’évidence de son élection ne peut dissiper un certain trouble dans les rangs ; il s’agira de la première femme chef d’État élue en Occident.

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Aussi, en vue de l’échéance de 1979, la championne de la  »droite » britannique est reformatée ; sa garde-robe est épurée, les accessoires trahissant la condition originelle de simple fille d’épicière sont métamorphosés. Mais surtout, il fallait cultiver l’accent Oxbridge (l’accent finement élaboré des étudiants des universités d’Oxford et de Cambridge) enfoui sous cette voix vaguement aiguë et nasillarde qui un jour lui fit tort au Parlement, lorsqu’un député socialiste railla celle qui « crissait ». C’est ainsi que se façonna ce timbre si particulier qui participera au charme carnassier de Thatcher et assoira, dans l’imagerie collective au moins, sa crédibilité en tant que personnage d’autorité.

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Pour parfaire son aura, la future Premier Ministre est contrainte de jongler entre plusieurs paradoxes, devant surjouer la wonderwoman rigoureuse, sous les traits d’une femme anglaise sophistiquée, mère au foyer harmonieuse et affairiste hyperactive.

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La Droite New look

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Il y a alors un enjeu qui dépasse Thatcher en même temps qu’elle en est le moyen d’impulsion. A la fin des 70s, face à la crise de l’état-providence et la remise en question de la validité des modèles sociaux et sociétaux, le « libéralisme tempéré » fait de plus en plus d’adeptes ; or il n’y a pas plus excessif que les nouveaux convertis, qui pousseront les dogmes jusqu’à leur point de rupture ou jusqu’à les trahir. Thatcher est l’outil de promotion d’une droite new look ; celle anticommuniste et rigoriste sur le plan sociétal (sauf au niveau des mœurs, quoiqu’il y ait un grand écart avec sa défense des valeurs familiales et son soutien précoce à la décriminalisation de l’homosexualité) qu’elle interprète avec Reagan, mais aussi, de façon plus générale, toute une droite qui s’empare du libéralisme économique (et non du libertarianisme) pour se regonfler après une période de panne idéologique relative.

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C’est ce qui en fait le personnage controversé qu’elle est devenu. Amusant d’ailleurs comme Thatcher est souvent citée par certains comme un repère politique consensuel, une référence naturelle et presque un argument d’autorité, alors qu’il s’agit d’une figure de détestation majeure de l’après-seconde guerre mondiale. 

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The Iron Lady semble prendre ce parti, posant apparemment Thatcher comme un leader courageux et adulé autant que craint ; les teasers montrent  une visionnaire trahie de toutes parts alors qu’elle accomplit une mission salvatrice (en tout cas, le film semble être de parti-pris et porté à justifier et relégitimer l’action de l’ancienne Premier Ministre). 

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Émissaire et idéologue mondialiste ou Nationale-libérale improbable ?

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Pourtant on aurait tort de lui attribuer tous les maux. Certes, nous connaissons les prétendus « libéraux-conservateurs » qui emprunteront la voie entamée ou plutôt défrichée par Thatcher ; ils ont fait de leurs pays les esclaves d’une mondialisation pervertie et illusoire, puisque seuls quelques acteurs peuvent s’inscrire comme des dynamiques impliquées dans cette mondialisation « restreinte » devenue la face émergée du mondialisme. 

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Ces types de gouvernements ont eu pour effet de dénaturer leur pays, alors même qu’ils en singeaient les valeurs élémentaires (Berlusconi, « l’italien », ne sert finalement qu’à lâcher son pays à l’autorité européenne – sacré coup de fatigue pour un ersatz de fasciste). C’est tout l’inverse chez Thatcher qui est une nationale-libérale avant tout, une sorte de De Villiers plus progressiste et ambitieuse.

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La Dame de Fer a restauré l’ampleur nationale et l’ascendant du Royaume-Uni (jusqu’à la Guerre), est montée au créneau en contenant les influences extérieures. Ainsi, pas de putsch européen sous Thatcher et, si les britanniques sont restés vigilants, c’est probablement pour une large part grâce à elle. 

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Sauf que tout cela n’est peut-être que constats de courts-termes ou évaluations politiciennes, voir cosmétiques. Aussi, les « anti » ont de nombreux éléments en main et ne se privent pas de les exploiter. De l’antisocialiste à l’antisociale, il n’y a qu’un pas que la Dame aurait franchit avec les répressions sévères de mineurs en particulier et de grévistes en général. Car au moment même ou le scepticisme, voir le rejet de l’Europe de Thatcher, réaffirment la grandeur et la souveraineté nationale, celle-ci saque sa plèbe et contribue à institutionnaliser le modèle mortifère qui étouffe les classes populaires anglaises. Il y a donc un paradoxe, car cette autonomie nationale, qui suppose que le recours étatique reste à disposition, n’est pas ou est mal utilisé, ou plutôt est exploité suivant des principes similaires aux instances vouées à déposséder les foules de leur liberté. Et même à la déposséder tout court ; la poll tax vaudra d’ailleurs à Thatcher son éviction (alors même que cet impôt grotesque n’avait pas ses faveurs ; apparemment supplantée par la trop longue durée de son règne, elle poursuivait donc une logique qu’elle avait confortée, tout en devenant d’une certaine façon passive devant les enchaînements de sa propre mécanique). 

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Il faut relativiser l’impact de la politique thatchérienne et surtout revenir sur cette tendance à lui prêter des intentions malsaines, en tout cas toxiques. De toute évidence, cet anticommunisme virulent a été salvateur à son époque, d’ailleurs, Thatcher est sans doute la femme qu’il fallait à l’Europe et surtout la Grande-Bretagne déclinante des 70s (le redressement économique est avéré, c’est un fait, pas un point de vue). Mais ce n’est pas tout d’avoir foi en la liberté, encore faut-il se rappeler qu’à un moment, le peuple ne peut plus se l’approprier ; le problème est dans le jusqu’au-boutisme, puisqu’un excès de dureté s’est substitué à un excès de laxisme. Effectivement, le peuple n’est plus dépendant et c’est l’idéal libéral le plus haut ; sauf qu’une large part ne peut même pas compter sur lui-même et qu’on le prive de toute initiative, implicitement ou frontalement. Et comme toujours, le serpent se mord la queue.

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La femme est l’avenir de la com’ politique

Depuis l’ère Thatcher (moins pour elle que suivant un phénomène très global), outre une droite devenue plus financière que républicaine, la communication politique est un enjeu en elle-même. Elle est scrutée par les observateurs avisés mais aussi par le public, qui tend même aujourd’hui à disséquer de plus en plus les messages que les tribunitiens leur adresse (espérons-le avec force au moins). Les politiciens qui s’esquintaient (surtout en France) à convaincre soigne leur image, car désormais il leur suffit, croient-ils, d’épurer leurs discours, tracer de grandes lignes et, surtout, les illustrer avec brio et avec des performances charismatiques ternes mais adaptées aux vœux et à l’imaginaire de l’auditoire du moment (le discours du Bourget de Hollande est un faste exemple).

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Ainsi, Bush s’est fait grenouille de bénitier, protecteur studieux et compatissant, loyal à son père et à l’Amérique ; Tony Blair joue les sage-femmes, infirmière sermonneuse des britanniques cherchant à arrondir les angles tout en louant les règles du jeu qui ont sabordées les conditions de vie de ses patients amochés. Sarkozy, lui, est une sorte de Thatcher raté avec des tics lepénistes et des manies mitterandiennes, simulées avec toutes les peines du monde et pour quel échec ! Et c’est une formule ratée sur tous les plans ; il est plus excessif et outrancier que Miss Thatcher dans ses réformes sécuritaires tout en étant incapable d’aller au bout de ses impulsions/décisions, il est soumis au dogme ultracapitaliste quand elle en était à la fois l’ouvrière et une dompteuse sur son sol. Par ailleurs, il est un faux chef et bien qu’omniprésent, il est impuissant ; enfin, au lieu de fixer la politique par rapport à son propre agenda, c’est les discussions de salons sur sa personne qu’il stimule (pas d’enjeu avec Sarkozy ; il ne sert qu’à distraire la masse).

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Première femme leader d’un parti politique avant même d’être la première chef d’Etat du Monde du XXe siècle, Thatcher est de facto une pionnière ; il est naturel ensuite qu’une femme prenne la tête d’un parti ou le représente ponctuellement – il faut le dire d’autant plus que ce truisme n’en était pas un il y a seulement trente ans. Mais la façon dont elle a mené son triple mandat amène à envisager quelque chose de terrible : porter sur la scène publique une femme pour mener une politique donnée pourrait être une manière de faire passer avec plus d’aisance des valeurs autoritaires, réactionnaires ou coercitives. Admettons que Chavez soit l’odieux népotiste que la communauté internationale présuppose ; pourquoi Kirchner, qui poursuit en Argentine une politique similaire, quoi-qu’à des degrés moindre et bien qu’elle ne soit pas affiliée aux mouvements régionaux boostés par Chavez, n’est jamais pointée du doigt par qui que ce soit ? Comment se fait-il que les flagrants délits de mensonge de Christine Lagarde suscitent moins d’émules que la pédagogie fallacieuse et paternaliste de DSK ? Pourquoi à Condoleeza Rice a-t-ton toujours concédé cette aura de personnalité modérée et éclairée alors qu’elle était plus réactionnaire encore que Colin Powell ?

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Mais pour que l’illusion soit effective, il faut une dose de subtilité (ou de servilité à ses spin doctors) ; c’est cette qualité qui a manqué à Ségolène Royal, plombée par sa volatilité et ses trop grands écarts de postures (malgré quelques tentatives de rendre cohérent ce no man’s land dans lequel elle sa vautrait). Comme elle, certains technocrates ou opportunistes besogneux et sans envergure ou vision oublient que les artifices usés sur scène doivent être le prolongement de sa propre personnalité ; c’est ainsi que se construisent les personnages politiques valables sur la durée et appelés à devenir des références – Montebourg, Chevènement, Cohn-Bendit, chacun dans leur genre de prédilection. Toute la bonne volonté du monde ne peut réparer l’erreur qui consiste à se muer en un quelque chose de tout à fait extérieur à soi (et donc finalement standard) : c’est ce qui, aujourd’hui, me fait espérer la défaite, au moins psychologique, de François Hollande (à moins que l’incarnation du looser pathétique émeuve les français et les frappent dans leur inconscient collectif, ce qui serait le signe d’une grandiose débandade).

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Pour clore et en revenir à l’avantage du label « féminin » (le label « issu de la biodiversité nationale » fonctionne aussi – et dans la même intention de berner les peuples : Obama est une sorte de Omar Sy en haut de la pyramide), il faut souligner une chose : femme, Thatcher l’était-elle vraiment ? Le gouvernement de Thatcher n’a jamais compté aucune femme à une poste-clé, pas plus qu’il n’y en eut à graviter autour d’elle une fois qu’elle pris le contrôle des Tories puis de l’État. Par ailleurs, la Première Ministre n’a jamais mis en avant sa féminité, assumant plutôt une sécheresse langoureuse à l’occasion. Lorsqu’elle affiche ses attributs de femme, c’est comme si son corps restait impassible face à cette féminité, voir comme s’il le méprisait abondamment. 

 

Le premier trailer

 

Tout commence par le dénigrement de Thatcher, avec un tandem de coachs (qui comprend en vérité un réel partenaire politique) présomptueux et volontiers condescendant. Thatcher est mise dans une position de faiblesse, d’ou elle déborde aussitôt ; ainsi, depuis le démarrage officiel de la promotion, The Iron Lady s’inscrit dans le camp de Thatcher, mettant en avant un personnage courageux, faisant face à l’adversité et s’en tirant avec excellence. Alors que le spectateur s’attend logiquement à découvrir une espèce d’autiste inaptes à assumer des fonctions décisives, c’est une femme pleine d’aplomb qui apparaît à l’écran.

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Néanmoins, Margaret est ici anachronique et n’incarne pas le leader idéal, pas esthétiquement et physiquement en tout cas. Sa démonstration d’autorité est convaincante, mais le chapeau dont elle refuse de se séparer atteste d’une identité hybride qu’il serait de bon ton de peaufiner pour que le charisme de la championne ne soit pas entâché de quelques fautes de goûts (les reliques héritées du passé doivent être standardisés, c’est leur seule option). La vidéo annonce une métamorphose ; la conversation entretenue est exclusivement axée sur un changement d’enveloppe et la sortie de la chrysalide est entrevue dans les dernières secondes.

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La cohérence de cette scène est totale. On peut ainsi observer un environnement physique à la croisée des chemins, post-moderne 70s mais essentiellement neutre et fonctionnel. Une imperméabilité qui fait écho à l’allure adoptée par cette espèce de rigoriste incandescente qu’était Thatcher : c’est un glaçon décharné et élégant contenant une colère intense et inlassable.

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La bande annonce officielle

 

A-priori, The Iron Lady surfe sur cette image glam-conservative de Thatcher (dont l’infecte Anna Wintour a récemment fait un idéal esthétique) ; pour faire miroir à cet aspect essentiel, le film exhibe aussi généreusement la décrépitude physique d’aujourd’hui.

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Les promoteurs ont vraisemblablement décidé de jouer la carte « faste, grandeur et décadence » ; les grandes décisions et les affaires du Monde se mêlent à une dimension intime tragique et grandiose, avec quelques pointes d’un quotidien plus trivial (la dualité réussite-famille). Alléchant, mais assurément partisan. Le risque est d’esquiver l’essentiel sur le plan social ; le potentiel pour un beau sinon grand film sur le pouvoir et ses implications est ostentatoire.

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LA THATCHER DU REEL EN QUELQUES VIDEOS

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Maggie l’antisocialiste : la conservatrice inflexible et grand-guignole

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Maggie, vue par une certaine droite aveuglée par son idéalisme

La voix de Maggie : Avant/Après 1979

Contrainte à la démission, c’est une Maggie réduite en petite bourgeoise provinciale du 3e âge qui salue ses concitoyens

La décadence : Maggie n’est plus qu’un pantin flasque, à peine dans l’ombre de sa propre caricature